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WIDENER UBRARY
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PUBLIÉ D'APRÈS LES MANUSCRITS ORIGINAUX
par
CH. POTVIN.
PREMIERE PARTIE : LE ROMAN EN PROSE.
Jïïons
DEQUBSKE-MASQUILLIER , imprimeur de la Société des Bibliophiles belges.
M DCCC LXVI.
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\ — —
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JJcrcetnil le (Gallois.
PREMIÈRE PARTIE:
LE ROMAN EN PROSE
DE LA FIN DU XII. e SIÈCLE,
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iez Festoire du seintime
veissel que l'en apele
Graal *, en quoi li pre-
cieus sanc au Sauvéor
fu recéuz au jor qu'il fu
rois an croiz et crucefiez
pour le sien peuple ra-
cheter des poignes (Panier*. Josephus le mist an reraan-
hrance par Fanoncion de la voiz d'un ange, por ce que
la vérité fust seue par son escript de bons chevaliers
et de bons preudesommes, conmant il voudront sou-
frir poigne et travcillier de * |a loi Jhesucrist avan-
cer, que il vost renouveler par sa mort et par son
crucefiemant.
JJi hauz livres du Graal conroance u non du pere*et du fil et
du seint esperit; ces trois perssones sont une sustance5, si est Diex,
Vamaktis dd Manuscrit ds Birni. — 1 Le graal. — » Le penle ai jor qu'il fn ernceflés
por racheter d'infer. — 8 Por la loi. — « £1 non del père. — * Substance.
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et de Dieu si vient 1 li hauz contes del Graal, et tuit cil qui l'oent 2
le doivent antendre et oblier toutes les vileingnies qu'il ont an
leur cuers. Car il iert mout profitables à touz ceus qui l'orront de
cuer. Pour les preudesommes et por les bons chevaliers 3, les fez
Josephus nos raconte ceste seinte estoire, por le lignage du Bon
Chevalier qui fu après le crucefiement Nostre Seignor. Bons che-
valiers fu il sanz faille, quar il fu chastes 4 et virges de son cors et
hardiz de cuer et poissanz, et si ot tesches sanz vileignies. N'estoit
pas bauz de parler et ne sanbloit pas à sa chière qu'il fust si cou-
rageus; mès, par poi 5 de parole qu'il déloia à dire, avindrent si
granz merveilles 6 en la greignor Breteigne que toutes les illes et
toutes les terres an chéirent an grant doulor ; mès puis les remist
il en joie par l'autorité de sa bone chevalerie 7. Bons chevaliers fu
il par droit, car il fu du lignage Joseph d'Abarimacie. Et cil Joseph
fu oncles sa mère, qui out esté sodoiers Pilaste 8, ne ne demanda
gerredon de son service autre que le cors au Sauvéour dt-spandrede
la croiz. Li dons li sanbla estre mout granz quant il li fu ostroiez,
et li gerredons sanbla estre mout peliz à Pilate. Car Joseph l avoit
mout bien servi. Et se il li éusl demandé ne or ne terre en avoir,
il li éust donné volentiers. Et por ce li fisl Pilate le don du cors
au Sauvéor, car il cuida qu'il le déust vimant 9 traîner parmi la
cité de Jérusalem, quant il l'éust osté de la croiz, et leissier *° le
cors fors de la cité Â aucun vilein leu 11 ; mès li bons sodoiers n'an
ot talent, ainz annoura 12 le cors au plus qu'il pot, ainz le coucha u
seint monument et garda la lence dont il fu féruz 13 et le seintime
veissel en quoi cil qui le créoit reciurent 14 péoureusement le sanc
qui découroit de ces 15 plaies quant il fu mis an la croiz. De cest
lignage fu li bons Chevaliers por quoi cist hauz estoires est traitiez.
Ygloas 16 ot non sa mère, li rois Peschierres fu ces oncles, et li rois
de basse gent 17 qui fu nommez Pelles, et li rois qui fu nommez
1 Si niuel. — * L 'oient. — * por les boos chevalier* dont on oru ramenievoir les
fais. — * Castes. — 5 Par moult pou. — « Meschéances. Ce mol de Berue est plus conforme
au sujet. — ' Par sa bone chevalerie.*— 8 Pylate VII ans. — » Vmant (Vilement) est
laissé en blanc dans Berne. — m Laissiet.— 11 Lieu. — » Honora — 13 Féruz el costé. —
14 Eq quoi cil qai le créoient reciurent. Ces mots manquent à notre Ms. — 15 Ses. —
m Iglals. — « De la basse gent.
— 3 —
da Ghastel Mortel en cui il ot aulrelant de mal comme il en ot en
cetui 1 de bien, où il an ot moût; et cist troi furent si oncle de par
Yglaï sa mère qui mout fu bone dame et loial, et li Bons Chevaliers
ot une serour qui ot à non Dindrane2. Cil qui fu chiés du lignage
de par sa mère 3 ot non Nichodemus. Gais 4 li gros de la croiz
des ermites fu pères Julien 5. Cil Juliens ot Vt frères, mout bons
chevaliers autresint coume il fu. Et ne vesquirent chaucuns en lor
chevalerie que XII anz 6 et morurent tuit d'armes 7 par lor grant
hardement, por avencier la loi qui renouvelée estoit. Il furent
XII frères. Juliens li gros fu li ainez, Gorgalians fu après , Bruns
Brandalis fu li tiers, Bertholez 8 li quarz, Brandalus de Gales fu
li quinz, Elinaus de Gavalon 9 fu li sistes, Galobrutes 10 fu li
sestièmes, Meralis del pré del paiés fu li huitièmes, Frommers 11
de la vermeille lande fu neuvièmes, Melaarmaus d'Arban 12 fu li
disièmes, Galiaus de la blanche tor li onzièmes, Aliliaus 13 de la
gaste cité fu li douzièmes. Tuit cil morurent d'armes u service del
seint propheste qui a voit renovelée la loi par sa mort, etpleissièrent
ces armerais aus plus qu'ils porent 14 à lour povoir. De ces deus
manières de genz dont vos avez oï les vois 15 et les recors, nos
raconte Joseph us li bons chevaliers clèrs 16 que cil Bons Chevaliers
an 17 fu estraiz, dont vos orroiz bien le non et la menière.
Jj'autorité de Tescripture nos dit que après le crucefiemant
Notre Seignor, n'avença nus rois terriens tant la loi Jhesucril comme
fist li rois Artus de Breteigne, par lui et par ces bons chevaliers qui
repeirant estoient an sa cort. Li bons rois Artus, après le cruceûe-
ment Nostre Seignor, si corn je vos ai dit, estoit mout puisanz
rois 18 et bien créanz an Dieu, et mout avenoient de bones aven-
tures an sa cort. Et avoit an sa cort la table raonde qui garnie estoit
des meillors chevaliers du monde. Li rois Artus, après la mort son
1 Ces. H. — 1 Qui ot nom Dandraoe. — * Son père.—* Glais.— * Julien le gros des tans
de Camaalot. — • Et ne vesqoi chalcuos que XII ans chevaliers. — 7 A armes. — • Ber-
tholes li chaos. — • Elinaos d'Esea valor». — 10 Calobrutus. — 11 Fortunes. — '* D'Abanie.
— 15 Alibans. — ,« Plaissierent ses eoemis à leur povoir. — « Les nons. — « Li bons
clercs. — *• GhOTaliors fu. — « Notre Seignor, estoit si come je vos dis et estoit rois
puisanz.
père, mena la plus hauste vie et la pf us cointe que nus rois menast
onques, si que tuit li prince et tuit li baron prenoient exanple 1
à lui de bien feire. Li rois Artus fu X ans an tel estât, conroe je vos
ai dit, ne n'estoit nus rois terriens tant loez corn il estoit; tant que
une volentez delatanz 2 li vint, et commança à perdre le talant de
largesce que il souloit avoir 3, ne ne voloit cort tenir, ne à Nouel, ne
à Pasques, ne à Pentecouste. Li chevalier de la table réonde, quant
il virent son bienfet alenti, si s'anpartirent * et conmanciérent
sa cort à deloignier 5; car de IlIC et LXVI chevalier qu'il souloit
avoir de sa meignie 6, n'avoit-il ore mie plus de XXV au plus. Ne
nule aventure n'avenoit mès an sa cort. Tuit li autre prince avoient
lor bienfet délaie por ce que il véoient li roi Artus meintenir si
foiblement. La reine Guenièvre en estoit si dolante qu'ele ne savoit
nul conseil 7 de li méismcs prendre 8, ne conment ele i pouisl
mestre conroi se Diex ne Pi metoit. Dès ore commancera l'estoire.
Vje fu un jor de l'Acencion que li rois estoit à Kardeil 9.
Et estoit levez du mengier, et aloit par la sale de chiez an autre,
et esgarda et vit la reine qui estoit assise à une fenestre. Li rois
ala séoir joule lui 10 et Pesgarda enmi le vis et vit que les lermes
li chéoient des euz. « Dame, fist li rois, que avez-vos et por-
quoi plourez-vous? » — « Sire, dit-ele, je ai droit se je plour.
Vos méimes ne déussiez 11 vos pas mener joie. » — « Dame,
cer.tes, non faz-je. » — « Sire, fet-ele, vos avez droit. Je ai
yéu à cest jor ou à austres jors qui sanblabes estoient à celui
de hautescé, que vos aviez si grant planté de chevaliers an
vostre cort que à poignes les povoit l'an nonbrer i2. Or an i a
si poi chaucun jor que j'en ai grant vergoigne, ne nule aven-
ture n'i aviennent 15 mès. Si ai grant paor que Diex ne vos 14
ait mis en oubli. » — « Certes, Dame, fet li rois, je n'ai volenté
de feire largesce ne chose qui tort à ennor 15. Ainz m'est mes
i Prenoient garde. — » Delaians. — 5 Souloit faire. — « S'en départirent. — 5 À eschiver
cl à lalssier. — * Maisnie. — 7 Ne savoit conroi. — 8 La fin 'de la phrase jusqu'à l'alinéa ne
se trouve pas dans Berne. — 9 Li rois ert à Cardoel nn jour de l'Acencion. — 10 Delès li.—
" Devei.— "Apainesles poïst-oo d ombrer.- « Atient.— « Nenos.— "Qailorlà hooor.
talanz muez en foibletez 1 de cuer. Et par ce, sa-je bien que je
per mes chevaliers et l'amor de mes amis. » — « Sire, dit la
réine, se vos aliez à la chapelc de seint Augustin qui est an la
blanche forest que Tan ne peut trouver se par aventure non, je
cuit que vos auriez talant de bien feire al repairier 2, car nus nu
requist onques desconsilliez que Diex nu conseillast par l'amdr
de lui, porquoi il le requéist de bon cuer 5. » — « Dame, fet li
rois, et je irai volentiers, quar je l'ai oï bien tesmoignicr ainsint
com vos le dites an plusors leus où j'ai esté 4. » — « Sire, fet-ele,
li leus est moult perilleus et la chapele est mout aventureuse.
Mes li plus preudoms hermites 5 qui soit u réaume de Gales a
son abitacle lez la chapele, ne ne vit plus fors de la gloire Dieu. »
— « Dame, fet li rois, il me couvendra aler touz armez et sans
chevaliers. » — « Sire, fet-ele, vos porroiz bien mener avec vos
I chevalier et un vallet. » — « Dame, fet li rois, je n oséroie. Car
li leus est perilleus, et que plus 6 i raoinne l'an genz, moins i
treuve l'en aventures 7. » — « Sire, fet ele, I valet manroiz vos
par mon los, ne jà por ce ne vos venra se bien non, se Dieu
plest. » — « Dame, fet li rois,, à vostre pleisir soit, mès je dout
mout qu'il ne m'an viegne, se mal non 8. » — Sire, fet la réine,
non fera, se Dieu plest 9. » Atant se lièveli rois de delez la réine,
et li rois esgarde devent lui et voit un garçon 10, grant et fort et
bel et juene, qui Chaus avoil non, et estoit fuiz Yvain l'Aoutre.
— < Dame, dit-il à la réine, cestui manrai ge avec moi se vos le
me loez. » — « Sire, fet-ele, il me plest bien, car je l'ai mout oï
tesmoignier à preu. » Li rois apele le valet, cil vient et s'ajenoille
devant lui. Li rois le fet redrecier et li dit : < Céanz gerroiz-vos
encore annuit 11 en ceste sale i2, et gardez que mes chevaus soit
1 Eo foiblesce. — * Al repairier, n'est pas dans noire Ms, mais dans B. — 5 Car nus
descoo8illiez nelreqmst onqoes que Diex nel conseillaist pour lai, poor qu'il le priast de
bon cuer. — « An lieu de ces derniers roots : an plusors, etc. B. dit : • Et talens m'en
est venus 111 jors a. » — * Le mot hermites ne se trouve que dans B. - 6 Notre Ms. au
lien de : et que plus, porte : car plus. J'ai préféré B. — 7 B. dit au contraire .* Plus i
treuve on cruels aventurés. Notre version prête au roi un caractère pins noble. — » Que
mais ne m'en viegn«.— » Non sera, sire, Dius vos en défende! — w Vallet. — » Chaos,
dit-i!, céans vos gerrois annuit. — M En cele sale, n'est pas dans notre Ms.
anselez au point du jor et mes armes prestes. Car je voudrai
mouvoir à Peure que je vos di, et vos méimes avec moi sans point
de compaignie. » — « Sire, fet li valez, à vostre pleisir. » Et li
vespres aproucha, et li rois et la réine se vont concilier. Quant
Tan ot mangié an la sale, li chevalier alèrent à lor ostiex ; li valez
demoura en la sale, il ne se vost desvestir ne deschaucier ; car la
nuit li sanbloit estre trop corte, et porce qu'il vost * estre prez au
mein 2, au commandement le roi. Li valez fu couchiez ainssint
com je vos ai dit; u premier sonme 3, li sanbloit que li rois s'an
fust alezsanz lui; li valiez enestoit mout effracz et venoit à son
roncin et li metoit lasele et le freing et chauçoit ses espérons et
ceignoit c'espée 4, ce li estoit avis en dormant, et issoit du chastel
grânt aléure après le roi, et, quant il ot chevauchié grant pièce,
si antra en une grant forest, et esgardoit an ta voie 5, si véoit les
escloz del cheval le roi, ce lui estoit avis; et suivi la trace grant
pièce, tant que il vint à une lande de la forest et que il penssa que
li rois estoit ilec descenduz ; li valiez penssa que la voie ferrée li
estoit faillie 6, si resgarde à destre et vit une chapele anmi la lende,
et voit anviron un grant cimetire où il avoit mout de sarqueuz, ce
li estoit avis. Il se pansa en son cuer qu'il irait vers la chapele, car
il cuidoit que li roiz i fust antrez por orer. Il ala cele part et des-
cendu Quant li valez fu descenduz, si atacha son roncin 7 et antra
dedanz la chapele, il nu vit 8 ne de nule part ne d'autre, fors un
chevalier qui gisoit morz anmi la chapele desus une litière, et estoit
couvers d'un riche drap de soie, et avait entor lui cierges ardanz 9
qui estoient *o fichiez an chandeliers d'or. Cil Valez se mer-
veilla mout conmant cist cors estoit ilec 11 leissiez, quant il n'avoit
antor lui fors les ymages, et plus se merveilloit du roi qu'il në
trouvoit; car il ne le savoit quel part querre. Il osle un des
estavaus et prant le chandelabre d'or et le met antre sa house et
sa cuise 12, et ist fors de la chapele et remonste sor son roncin et
i Voloit. — 1 Al matin. — * El primerain somme qu'il fa endormis. — * S'espée. —
5 La voie par devant lui. — 6 Et que il s'apenssa queli rois ert illec descendus ou assez
près, car li esclot li èrent failli. — 7 Cheval. — * Il ne vit nu lui ne d'une part, etc. —
» £t avoit II II estavaus environ lui ardaos. — 10 Notre Ats. dit : qui estoient grant
fichiez. — ii lUec H seus laissiez. — " Et le met eu sa huese et ist fors, etc.
s an revêt et trespasse le senaetire, et ist fors de la lande, et entre
en la forest 1 et pansae que il ne cesserait 2 s'auroR le roi
trouvé.
Si con il antre an un chemin u bois 3, si voit venir devant
lui 4 un borne noir et hideus, et estoit assez greindres à pié que il
n estoit à cheval 5. Et tenoit un grant coutel agu an sa main, à deuz
trancbanz, ce li estoit avis. Li valiez vint ancontre lui grant aléure
et li dist : « Vos qui là venez, ancontrastes-vos le roi Artus en
ccsle forest? » — « Nanil, fet li mesages, mès je vos ai ancontré,
dont je suis mout liez en mon cuer, car vos vos estes partiz de la
chapele 6 comme lierres et comme traites. Car vos an aporlez le
chandelabre d'or dont 7 li chevaliers estoit ennourez, qui gist en
la chapele morz. Si veil que vos me le randez, si le reporterai, ou,
se ce non, je vos desli. » — « Par foi, fet li valiez, je nu vos randrai
mie, ançois l'anporlerai, si en ferai présant au roi Arlu 8. » —
« Par foi, fet cil, vos le conparrois mout chièremant, si vos nu me
randez en haste. » El li valiez fiert des espérons et cuide celui
outrer ; et cil le haste et fiert 9 du coustel u coslé senestre *<>, si qu'il
li an bat u cors jusqu'au manche. Li valiez qui gisoit an la sale à ^
Kardeil, qui ce ot songié, c'esvcilla et cria à haute voiz : « Seinte
Marie ! le prouvoire ! aidiez ! aidiez ! car je sui morz. » Li rois et la
réine oïrent le cri et li cbambellauc saillirent 11 sus et distrenl au
roi : « Sire, vos poez bien movoir, il est jorz. » Li rois se fet vestir
et chaucier. Et cil crie à tel povoir corn il a : « Amenez-moi le
provoire, car je muiri » Li rois i vet grant aléure et la reine, et
li chambellanz portent granz torches 12 de chandeles. Li rois li
demande que il a, et cil li conte tout ainsint con il a songié. c Ha,
fetli rois, est-ce dont songes? » — « Oïl, sire, fet-il, mès il m'est
mout leide chose, car il m'est mout leidemant avérez13. » U hauce
* Notre Ms. porte : et ist de la foret. — « Noire Ms. porte : qu'il ne pansseroit. —
5 Chemin herbe u a. — « Si voit Tenir devant loi, manque à notre Ms. — s Que s'il estoit
à cheval. — 6 Notre Ms. dit : forest. — 7 Le chandelabre d'or malvaisemenl, de qooi li
chevalirs, etc. — 8 Présent le roi Artq. — » Le fiert. — m Al désire costé. — " La réine
et li chambellanc oïrent le cri, il saillirent. — » Tordus. — w 011, sire, fet-il, mes il
m'est mout leidement avéré.
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le braz senestre : « Sire, fet-il, esgardez çà ; vez-ci le cous tel
qai m'est mis a costel jusqu'au manche *. » Après, mest la main
â sa heuse ou li cbandelabres estoit, il le trait fors et le monstre au
roi. « Sire, fet-il 2, por cest chandelabre sui je navrez à mort,
que je vos présant. » Li rois prent le chandelabre et l'esgarda à
merveille, car onques mès si riche n'avoit véu. Li rois le montre à
la réine : « Sire, fet li valiez, ne péchiez 3 mie le coustel de mon
cors jusqu'à tant * que je soie confès. » Li rois manda un sien
chapelein, si le fist confès 5 et feire sa droiture mout bien. Li rois
méimes li trait 6 le coustel du cors et l'âme s'aparti ilec 7. Li rois
li fist feire son servise mout richemanl et ensevelir et entierrer.
Yvains li Àoltres, qui pères fu au vallet, fu mout dolanz de la
mort son fil. Li rois Àrtus, par le commandemant 8 Yvain son
père, donna le chandelabre d'or à Seint-Pol, à Londres, car l'iglise
estoit fondée nouvelemant, et li rois Artus vouloit que ceste aven-
ture merveilleuse fu 9 séue partout, et que l'an priast an l'iglise
por l'âme de! valet qui por le chandelabre fu ocis.
JUi rois Artus s'arma, la matinée, si corn je vos ai dit et con-
mancié à dire, por aler à la chapele seint Augustin. La réine li dist :
« Sire, que manroiz-vos *o avec vos? » — c Dame, fet-il, je n'i aurai
conpaignie se de Dieu non, quar vos povez bien savoir par ceste
aventure qui avenue' est, que Diex ne veust 11 consantir que nus
aust 12 avec moi. » — « Sire, fet-ele, Diex soit garde de vostre
cors et vos lest revenir sauvement, si que vos puissiez avoir
volanté de bien feire, par quoi vostre los soit essauciez qui mout
est descréuz 13 ! » — « Dame, fet-il, à Dieu en souviegne! > Ces
destriers fu amenez 14 au perron ; li rois monta 15 touz armez. Li
rois ot ceinte c'espée. Messire Yvains li Aoltres li bailla son escu
et son glaive. Quant li rois ot pendu l'escu 16 al col et il tint le
glaive an sa main, l'espée ceinte 17, sor le grant destrier armez,
> Qai m'est el cors dwqu'al manche. — * Fet-il, manque dans notre Ma. — * Sachiei.
— « Jusqu'à ce. — * Confesser. — « Traist. — 7 Lors. — • Par le los. — » Foist.— «o Qui
Ira aroec vos? — « Vuet. — »» Voisl. — ** Dechéus. — " Li f u amenez. — »s 1 monta. —
" Notre Ms. porte : Tôt pendu a col. — 17 Ces deux derniers mots manquent dans B.
— 9 —
bien sanbla estre au corsage et à la contenance chevalier de grant
povoir et de grant hardemant. Il s'afiche si roidemant 1 ès arçons
qae il les fist croissir 2 et le cheval ploier desouz lui, qui mout
estoit fors et isniaus; et fiert des espérons,* et li chevaus li rant un
grant saust. La réine estoit à fenestre de la sale, et chevaliers jus-
qu'à XXV estoient tuit venus au perron. Quant li rois s'anparti :
« Seignors, fet la réine, que vos sanble du roi? Dont ne sanble-il
estre preudon? » — c Certes, dame, oïl; c'est grant do u mâche 3
au siècle quant il ne porsiut son bon commencement, car Tan ne
set ne roi ne prince miex anseignié de toute courtoisie, ne dé toute
largesce, se il le vouloit feire autresinl con il soloit. » Li cheva-
liers se tèsent atant, et il rois Àrtus s'an vet grant aléure. Et antre
an une grant forest aventureuse, et chevaucha au lonc du jor tant
qu'il vint, à l'avesprir, en l'espoisse de la forest. Et choisit une
petite meson dejoute 4 une petite chapele, et li sanbla bien hermi-
tages. Li rois Artus chevaucha cele part et descentdevent cele petite
meson et antre dedanz et trait son cheval après lui, qui à grant
poigne antra an l'uis, et coucha son glaive à 1ère, et apoia son escu
à la messière, et a desceinte s'espée et deslaça sa ventaille. Il esgarda
devent lui et vit orge 5, si i mena son cheval et lui osta le freing et
après a l'uis clos et serré de la petite meson. Et li senbla qu'il i ot
un escrit 6 en la chapele : li un plouroient ainsint feite et ainsint
doucement conme anges 7, et li autre ainsint durement conme
annemi. Li rois oï tiex voiz en la meson 8, si se merveilla mout que
ce peut 9 estre. Il treuve un huis en la petite meson qui euvre 10
sor un cloitre petit par ou Tan vet à la chapele. Li rois i est alez et
antre dedanz le petit moutier, et esgarde partout, mes il n'i voit
riens que les ymages et les crucefiz. El ne cuide pas que li escrois
de ses voiz vienne d'eus 11 . La voiz failli ilec quant il fu dedanz 12;
il se merveilla conmant ceste meson et cist esmitages estoit sous 43
et que li hermites estoit devenuz, qui ilec 14 manoit là dedanz; il
*• Fièrement. — » Es estriers que il fesist les arçons croistre. — « Dolors. — « Delex. —
* Orge et panture. — 6 Estrif. — 7 Partaient antre si docement comme angle. — » Oï tiex
voiz en la meson, manque dans B.— 9 Pooit.— 19 Ovroit. — « Que li eslris moeve d'els.
— " La Toisa failli lues qu'il fu entres là dedans. — 13 Sens. — 14 JUec manque à fi.
— 10 —
aprocha l'autel de la chapele et esgarda par devant I sarceil 1 tout
descouvert, et vit gésir Termite là dedanz, tout veslu de ces dras,
et voit la barbe longue jusqu'à la ceinture et ces meins croisiées
desus son piz. 11 avoit une croiz desus lui, dont l'image li venoit
à la bouche 2, et avoit ancore vie en soi, mès il estoit près de
finer, car il définoit 3. Li rois fu granl pièce devant le sarceil et
esgarda moût volentiers l'ermite, car mout li sanbloit qu'il avoit
esté de bonne vie. La nuit estoit parvenue, et si avoit la dedanz *
conme se XX cierges 5 i alumassent. Il ot volenté de demourer 6
ilec tant que cist preudoms seroit desviez. Il se votaséoir devant7
le cerqueil, quant une 8 voiz li huscha mout orriblement qu'il
s'an alast, car l'an voloit loianz feire un jugement qui ne sereit pas
fez tant con il i fust 9. Li rois s'anparti, qui volantiers i fust
demourez, et s'an revint an la partie de la 10 petite meson arrières,
et s'asiet desor un siège où li heçmites souloit séoir. Et oï l'estres 11
et la noise recommander 12 dedanz la chapele et oï les uns parler
hauz *3 et les austres bas, et connoissoit bien aus 14 voiz que li un
sont 15 anges et li autre déable. Et oï que li déable destreingnofent
l'âme 16 de l'ermite et que lor jugemant est auques aprouchiez, si
an font grant joie. Li rois Arlus en est mout dolanz quant il voit *7
que les voiz des anges 18 sont acqisies. Li rois est si pan§sis qu'il
n'a talant de boivre ne de mangier. Ainsinl conme il s'anbrunchoit
a terre, pleins d'annui et de contraire, il oï an la chapele la voiz
d'une dame qui parloit si doucement et si haust que n'est hons u
monde terrien 19, tant éust grant duel et grant pesance, s'il oïst la
douce voiz20 de sa reson, que il ne refust en joie. Eledistau
déable 21 : « Alez fors de çoians 2*, car vos n'avez droit en l'âme
du preudonme, que que il ait fait çà en arrières23; car il est pris u
service mon fiuz et ou mien, et feisoit sa pénitance en cest hermitage
* Sarquen. — » Dusqa'en la boche. — 5 Dévioit. — « La dedans si grant clarté. —
s Chan Joiles. — • Qu'il dormiroit. — 7 Dales. — • Tant c'uoe. — » Fust demoré. —
w La partie de manque dans B. — 11 l/estrif. — « Notre Ms. porte: rocoomance. —
15 Haut. — m a*. — w Estoient. — *« Desrainoleot l'a m me. — " Dolanz en son cuer,
qaar il ot. — » Notre Ms. dit : les ornes des autres enges. — w Homs terrien el inonde.
— «o La dame et la douce vois. — « As anemis. — ** Hors le chaiens. — 83 Fet
arrières.
~ 11 -
des péchiez qu'il avoit fez. > — « Voire, Dame, font li déables,
mès il nos avoit plus servi que il n'a voit vos ne vostre fiuz i. Quar
il a esté XL anz 2 ou plus murtriers et robéor en ceste forest 3.
Or n'a esté que Y anz en cest ermitage. Or 4, le nos voulez tolir. »
— « Non fas, tolir nu vos veil-je mie, car s'il éust esté ausint *
pris en vostre service conme 6 il est u nostre, vos l'éussiez tout
quite. » Li déable s'an vont tuit desconfit et tuit doutant, et la
douce mère Dame-Dieu si prant 7 l'âme del ermite qui estoit
partiz du cors, si la coumanda 8 aus angles et aus arcangles,
qu'il 9 en facent présant à son chier fil, en pqradis. Et li engle la
pranent, si coumancent à chanter de joie : Te Deum laudamus.
Et la seinte Dame les conduit et s'en vet aveques eus. Josephus de
ceste estoire nos fet sage et remembrance 10 et nos dist que cist
prendons ot non Calixins 11 .
JJi rois Àrtus fu an la petite meson jouste la chapele et ot oïe
la voiz de la douce mère Dieu et les angles; il ot grant joie et fu
moût liez de l'âme au preudomme qui portée an fu en paradis. Li
rois ot dormi la nuit moul petit et estoit louz armez. 11 vit le jor
aparoircler et bel; li rois s'an vet vers 12 la chapele crier â Dieu
merci 13, et cuide trouver le sarqueil descouvert là où li esmites
gisoit, mès non fet u, ains estoit couvert de la plus riche lame que
nuz 15 véist onques et avoit par desus une croiz vermeille, et san-
bloit que la chapele fust toute ancenssée. Quant li rois ot fet s'oroi-
son là dedanz, il s'an rerevint 16 arrières et met son frain et sa sèle,
et monte, et prant son escu et son glaive, et se part de n. la petite
meson et s'an entre an la forest et chevauche grant aléure, tant
que vint, en droit oure 18 de tierce, à 49 une des plus bêles forés 20
que nus homs véist onques. Et voit à l'entrée une barre lan-
céice 2*, et regarde à destre ainçois qu'il entrast dedanz et voit séoir
i Vostre fias ne tos. — » LXII ans. — » Mnrdrissières en ceste forest et robères. —
« Si. — 5 Autint manque dans B. — • Si comme. — 7 Mère Dien prent. — 8 Si l'a con-
mandée. — • Notre Ms. porte.- qui. — w De ceste estoire fet remembrance. — 11 €a-
fixtes. — 11 Clair aptroir, si s'en Ta en. — 15 Dien prier et crier merci. — m Non fist. —
» Nus homs. — " Revint. — " En. — » Vient encore l'enre. — m Ko. — » Landes. —
?i Lancie.
— 12
une damoisele desouz un grant arbre feillu, et tenoil les reignes de
sa mule en sa main. La damoisele estoit de grant biauté et vestue
assez reignablemant. Li rois tome cele part, si la salue, et dit 1 :
« Damoisele, fet-il, Dex vos doinl joie et bone aventure ! » —
« Sire, fet-ele, et à voz si face*! » — c Damoisele, fet li rois,
a-il nul recet an ceste lande? » — c Sire, fet la damoisele, il n'i
a recet fors une chapele seintime et un hermite qui est delez 3 la
chapcle seint Augustin. » — « Est-ce dont la chapele seint
Augustin? » dist li rois 4. — « Oïl, sire, por voir le vos di, mes
la lande et la forest anviron est si périlleuse que nus chevaliers
n'an revient qui ne soit ou morz 5 ou plaiez ; mes li leus de la
chapele est de si grant dignetez que nus n'i vet tant desconseillez
qu'il n'en reviegne conseillez, se jl an puet retorner vis. Et Damediex
soit garde de vostre corz, car je ne vi mès pièça nul qui mieuz
éust sanblant d'estre bon chevalier6, et ce seroil grant doumache se
vos ne Testiez, et je ne me partirai mès de ci, si aurai 7 véu vostre
fin. » — « Damoisele, dit li rois, vos m'en verroiz repeirier, se
Dieu plest. » — « Certes, dit la damoisele, j'en seroie mout lie,
quar donc demanderoie à loisir noveles [de celui que je quier. »
— Li rois s'en va vers la barre par ù on entroit en la lande et
entre là dedanz et regarde à destre el regort de la forest et voit la
chapele seint Augustin et l'ermitage mout bel], il vet cele part et
descent [et li semble que li hermites8] soit apareillez à la messe
chanter 9. Il areingna son cheval au rein d'un arbre jouste la cha-
pele et cuide là dedanz antrer; mès, s'il dcust conquerre tous les
réaumcs du inonde, il n'i péust. antrer et si ne l'an fesoit nus
desfansse, car li huis estoient ouvert11, ne il ne véoit nullui qui li
desfandist. Li rois en est mout vergondous 12. Etesgarda I image
qui estoit de Nostre Seignor là dedanz, et li cria 13 merci mout dou-
* Si la salue et dit manque dans B. — * Sire, dist-elle, et vos tos jors. — s Un hermi-
Uge qoi est dedens. — * Dist li rois manque dans notre Ms. — 5 Que nos chevaliers
n'i puet aler qu'il ne revienne morz, etc. — 6 Car je n'en vi nul mes pièça mieux sem-
blait estre bon chevalier. — 1 Je ne partirai de ci s'aurai véu. — * Ces passages placés
entre crochets manquent dans notre Ms., un coin du feuillet de vélin étant déchiré à
cet endroit. Berne nous a permis de rétablir le texte complet. — 9 Pour chanter la messe.
— w Ne pôusUl entrer là dedans. — " Estoit ouvers. — » £ ot mont vergogne.— " Pria.
— 13 —
cernent et regarda devers l'autel. Et regarde le seint hermite qui
estoit revestuz por la messe chanter et disoit son confîteor, et voit
à destre i le plus bel enfant que il véist onques, et estoit revestuz
d'aube 2 et avoit une couronne d'or an son chief, chargiée de
pierres précieuses qui randoient mout grant clarté. A la senestre
partie, avoit une dame si bele que toutes les biautez du monde ne
se porr oient compasser 3 à sa biauté. Quant li seinz hermites ot dit
son confîteor et il ala à l'autel, et la dame prist son fil et ala séoir
à la destre partie vers l'autel desus une chaière mout riche, et mist
son fil desuz ses jenouz et le comança à beisier mout doucement
et dist : c Sire, fet-ele, vos estes mes pères et mes fiuz et mes
sires et garde de moi et de tout le monde. » Li rois Artus oï les
paroles et voit la biauté de la dame et de l'enfant, si se merveille
mout de ce [qu'ele .l'apele son père et son fil. Il esgarde à une
verière derrière l'autel et voit une flambe parmi venir, luès que la
messe fu comencie, plus clère que nus rai de] soleil [ne lune ne
estoile], et plus encor jetoit clarté tele que, se toutes les lumières du
monde fussent ensemble, n'eussent li pareil. Et est descendue desus
l'autel. Li rois Artus le voit qui mout s'an est merveilliez. Mais
mout li poise de ce qu'il ne peut entrer là dedanz, et oï, là ù li seinz
hermites chantoit la messe, les respons moult biaus et li senblcnt
estre respons 4 d'angles. Et, quant la seinte esvcngile 5 fu léue, li
rois Artus esgarda vers l'autel et vit que la dame prist son enfant
et l'ofri ès mains au seint hermite 6, ne il ne lava mie ses mains,
quant il ot receue l'offrande. Si s'an merveilla moult durement li
rois Artus, mès il ne s'an déust pas merveillier se il séust la reson ;
car s'il n'éust les meins nestes et mondes et le cors de toutes
vices7 Et quant li enfes li fu offers,il le mist cfesus l'autel; après
conmança son sacrement. Et li rois Artus se mist à jenoillons par
devant 8 la chapele et conmança Dieu à proiier pt à batre sa coupe.
Et regarda 9 après le préfet 10 et li sanbla que li seinz hermites
1 A destre del hermite — » Ce détail manque à Berne. — 5 Comparer. — * Voit. —
* Li tains Evangile. — « Le passage qoi suit est ainsi dans B. : mais de ce s'esmer-
villa mont li rois Artus, que li sains hermites ne lava mie ses mains qnant il ot recéae
l'offrande.— 7 Cette dernière phrase qui n'est pas achevée ici est omise dans Berne. —
* Defors. — 9 Regarda vers l'autel. — w Le préfasce.
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- u -~
tenist antre ses mains un home» sanglant 1 u costé et ès paumes et
ès piez, et couronné d'espinnes, et le voit an propre figure. Et quant
il l'a tant esgardé, si ne set qu'il devient, li rois an a pitié an son
cuer de ce qu'il a véu et l'en vindrent les termes du cuer aus eux.
Et regarde devers l'autel et cuide véoir l'umaine figure elle voit mué
en la forme de l'anfant qu'il avoit devant véu.
louant la messe fu chantée, la voiz du seint angle dist : « lté
missa est..* Li fiuz prit la mére par lg main et c'esvanouirent 2
de la chapele à la greignor conpaignie et à la plus bele que nus
éust onques véue. La flambe qui descendue estoit parmi la ver-
rière s'an ala avec cele conpaignie. Quant li hermites ot fet son
service et il fu desvestuz des armes Dieu, il s'an vet au roi Artus
qui ancore estoit defors la chapele. « Sire, dist-il au roi, or povez-
vos bien antrer çoianz et^mout péussiez estre joianz en vostre
cuer se vos éussiez deservi par quoi vos i fussiez antrez an conman-
cement de la messe. » Li rois Artus antra an la chapele sanz nul
deforz 3. « Sire, fet li hermites au roi, je vos. connois bien. Si
fis-je le roi Uter Pandragon vostre père. Par vostre pechié et par
vostre déserte, ne péustes vos 4 antrer çoianz tant conrae l'an
chanta la messe. Nou feroiz vos demain, se vos n'avez avant
amandé vostre meffet à Dieu et au seint que l'an aoure çoianz.
Car vos estes li plus riches rois du monde 5 et li plus aventureus ;
si devroil à vos touz li mondes prandre example de bien feire et
de largesce et d'onor; et vos estes li exanples 6 de vileignie feire à
touz les riches homes qui ore soient u monde. Si vos an mécharra
mout durement, se vos ne rcmetez vostre afeire au point où vos
l'aviez coumancie. Car vostre cort estoit la souvereinne de toutes les
cors et la plus aventureuse; or est la pis vaillant. Mout peut estre
dolanz qui d'anor à honte vet, mès cil ne puet avoir reproche qui
mal li face, qui de honte chiet 7 à honor ; car l'anor 8 où il est
trouvez le rescoust à Dieu ; mais li blasmes ne peut rescorre home
1 Noire Ma. dit : on borne sanglant entre ses nuins. — * S'esranuirent Tors de la cha-
pele. — z Deffois. — * Uni antrer. — 5 Et li plus poissaoz et li plûmeotureus». —
8 Li essemplares. — 7 Vient. — 8 Li onora.
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— 15 —
se il a gerpi * honor por honte; car la honte et la vileinnie an qnoi
il est pris 2 juge le mauveis 3. »
c Oire 4, por moi conseilliez ving-ge ci 6, et porestre inieuz
conseilliez que je n'avoie esté. Je voi bien que li leus est seinlimes,
et je vos requier que vos priez à Dieu qui 7 me conseut, et je metrai
poigne an moi amander. » — « Diex vos leist vostre vie amander 8,
dit li seinz hermites, ainsint que vos puissiez aidier à esfacier la
mauveise loi 9 et à essaucier la loi qui est renouvelée par le cruce-
fiement du seint propheste. Mès une grans dolors est avenue an
terre novelemant par I jeune chevalier qui fu herbegiez an l'oslel
au riche roi Peschcor : si aparut à lui li seintimes Graaus, et la
lance de quoi li fiers seigne 10 par la poigle; ne ne demanda de
quoi ce servoil ne dont ce venoit 11 ; et por ce qu'il nu demanda,
sont toutes les terres conméues an guerre, ne chevalier n'an-
contre autre an forest qu'il ne li core sus et ocie s'il peut, et vos
méimes vos an aparcevroiz bien, ainz que vos partoiz de ceste
lande. • — c Sire, fet li rois Artus, Diex me 12 desfande d'an-
goisse, de mort *3 et de vileignie, car je ne ving ça por autre
chose fors por ma vie amander 14, et je si ferai se Diex me ramaigne
sauvemant. • — t Voire, fet li hermites, qui dedanz XL anz
a esté III ans mauveis, il n'a voit pas esté anterinemanl bons. » —
c Sire, fet li rois, vos dites vérité. » Li hermites s'an part, si le
conmande à Dieu. Li rois vint à son cheval et monta le plus tost
qu'il onques pot; et met son escu à son col, et prant son glaive an
sa main, et s'an torne arrières grant aléure, et n'ot pas alé une
archiée 16 quant il vit venir un chevalier à desroi ancontre soi, et
àéok sor un grant cheval noir et avoit escu autretel et glaive. Et si
estoit li glaives anson gros près du fer et ardoit à grose flanbe
tresque desouz les poinz au chevalier 11 aloigne son glaive et
» Guerpie. — * Troré. — 5 Le juge malveis. — * Sire, dit H rois Artus. — s Amender. —
• Ci à vous. — 7 Qu'il. — « En bien amender. — » A effacer la mauvaise loi, ces mots
si importants el qui annoncent tout le aojat manquent dans B. — 10 La pointe saine. —
« Ne eni on en servoit. — m Moi. — ,s D'anieuse mort. — u A amendor. — « Notre Ms. :
orz. — 19 Cherauchié une traitiée.— 17 Et ardant à grosse flambe, laide et hideuse, flt
descendent la flambe dusque sor le poing del chevalier.
- 16 —
cuide férir le roi; ii rois l'esehive1 et cil passe outre; après, U
demande : « Sire chevaliers, por quoi me haez vos? » — « Je ne vos
doi anmer, fet li chevaliers. » — « Por quoi 2? fet li rois. » — « Por
ce 3 que vos éustes le chandelabre mon frère, qui li fu robez mau-
veisement, » — « Savez-vous donc qui je sui? fet li rois. » —
c Oïl, fet li chevaliers, vos estes li rois Artus qui jadis fastes bons,
or estes mauveis. Si vos desfi conme mon mortel annemi. » U
se trait arrières por mieuz poindre son eslès 4 ; li rois voit qu'il
n'an peut eschaper 5 sanz estor, il aloigne son glaive quant il voit
celui 6 venir qui aporte le sien glaive tôut ardant. Li rois fiert le
cheval des espérons au plus duremant qu'il peut et ancontre le
chevalier de son glaive et. li chevaliers lui. Et s'entrefièrent si dure-
ment 7 que li glaive archoient sanz péçoiier, et qu'il se désaûnent
andui et perdent les estriex; il s'entrehurtent si duremant des
cors et des chevaus que li eil lor es tan cèlent ès testes et que li
sans roie 8 fors au roi Artus, parmi la bouche et parmi le nés. Li
uns se trait an sus de l'autre, et repranent 9 leur aleines. Li rois
regarde le glaive au noir chevalier qui art, et se merveille mout
duremant qu'il n'est péçoiez por le grant cop qu'il an ot recéu, ainz
quide qu'il soit déables ou 40 annemis. Li noirs chevaliers ne veust
pas leissier le roi Artus atant, ainz vient envers lui à grant eslès.
Li rois le voit vers lui venir, si se ceuvre de son escu por le péour
de la flanbe; li rois le reçoit au fer de son glaive et le fiert 11 par
si grant aïr qu'il le fet ploiier *2 sor la croupe de son cheval. Cil
resaust sus à force 15, qui estoit de grant vertu, et fiert le roi desouz
la boucle de son escu, si que li fiers ardanz li perce l'ëscu et la
manche de son haubert et li conduit le fer tranchant 1S parmi le
braz. Li rois santi la plaie et la chalor, si fu pleins de grant aïr
et cil retrait son glaive à lui et ot grant joie an son cuer quant il
santi le roi navré. Li rois ne fu mie joianz et esgarda le glaive,
cel vi qui esteiuz estoit, que plus 17 n'ardoit. Si s'an merveilla moult.
1 Li rois manque i notre Ms. — * Et vous, pourquoi. — s Por ce, dit-il. — * Prendre
son estais. — 8 Partir. — « Celui ters lui venir. — 7 Durement andui. — * Ist. — « Repran-
dent. — 10 fit. _ u Le fiert emmi le pis. — ** Sovine. — 13 Resailli es arçons. — 14 Le
fust. — « Tous. — m Ire. — « Et plus.
— 17 —
c Sire, fet li chevaliers je vos cri merci. Jà mès mes glaives
ne fost esteioz d'ardeur 2 s'il ne fust baigniez en vostre sanc. »
— « Jà Dieus ne m'ait, fet H rois Artus, quant je jà merci an aurai,
se j'an puis esploitier. » Il broche vers lui de grant eslès et le
fiert u gros du piz 3 et le porte à terre 4 et lui et le cheval tout
an un mont 5, et trait 6 son glaive à lui et esgarde celui qui gisoit
conme morz et le leisse en la lande et se trait vers l'oissue inèlement.
Et, si conme li rois s'an aloit, il oï grant 7 esfrois de chevaliers
venir très parmi la forest; il sanbloit bien qu'il an i éust XX
ou plus; de la forest les voit antrer an la lande, armez et bien
enchevauchiez. Et viennent à grant esploit vers le chevalier qui
morz gisoit anmi la lande. Li rois Artus devoit oissir fors de la
forest 8, quant la damoisele li vint au devant 9, que il leissa souz
l'arbre. « Sire, fet-ele, por Dieu, retornez arrière et si m'aportez
le chief du chevalier qui là gist morz. » Li rois regarde en arrière
et voit 10 le grant péril et la foison des chevaliers qui là sont luit
armez, c Ha ! damoisele, fait-il 11 , vos me volez ocirre.» — c Certes,
sire, non fas, mais 12 il me seroit mout grant mestier que je
Téusse; ne onques chevaliers ne m'es con dit de chose 13 que je li
demandasse ne de don que je li demandasse 14. Or doint Diex que
vos ne soiez li plus vileins. > — « Ha, damoisele, je sui
navrez mout durement parmi le braz dont je lieng l'escu. » —
« Sire, fet-ele, ce sai-je bien. Ne vos n'an povez estre gariz
si vos le chief ne m'aportez del chevalier. » — * Damoisele,
fet-il, je m'en pènerai, combien 45 qu'il m'an doie avenir. »
Li rois Artus esgarde anmi la lande et voit que cil qui 16 sont
venuz ont depécié le chevalier tout pièce à pièce, et chaucun enporte
ou pié ou cuisse, ou bras ou poing, et c'espandent par la forest.
Et voit le darrien chevalier qui anporte sor le fer de son glaive le
i Li noirs chevaliers. — 1 Estanchies d'ardoir. — » B. ajoute : et li en fîer.t son
glaive el cors demi ôn*, — * A terre estendn. — 5 B. omet : tout eâ on mont. — « Retrait.
— 7 11 et un grant. - »B. omet : de la forest. — » A rencontre. — 10 B. omet : et voit.
— u Notre Ifs. omet : fait-il. — M Notre Ms. : car. — » Bon. — *« B. n'a pas cette répé-
tition. — » Comment. — " Qni là.
S
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chief, et li rois vet après lui grant aléure et li crie : c Ha! sire
chevaliers, atandez-vos *, si parlez à mpi 2. > _ c Que vos
plest 5? » fet li chevaliers. — c Je vos requier * sor toutes anmors
que vos me daigniez 5 le chief de cest chevalier, fet li rois, que vos
emportez 6 sor le fer de vostre lance 7. » — c Je vos la donrai,
fet li chevaliers, par un co venant. » — c Par quel? » dit li rois.
— c Par tel 8 que vos me dites qui le chevalier ocist dont je port
le chief que vos demandez. » — t Ne le puis-je autremant
avoir ? » fet li rois. — « Nanil. » fet cil. — t Et je le vos dirai, fet li
rois 9. Sachiez tôt de voir que li rois Àrtus l'ocist. » — t Et où
est-il? » fet li chevaliers. — « Querez-le tant que vos l'aiez 10, » fet
li rois Artus, car je vos an ai dit 11 la vérité ; donez-moi le chief. »
— c Vola n tiers, » fet li chevaliers. Il abeis'e son glaive et li rois
prant le chief. Li chevaliers avoit à son col un cor, il le met à sa
bouche et le sone trop durement 12. Li chevalier qui mis c'estoient
dedanz la forest oïrent le cor, si retornenl arrière grant aléure, et
li rois Artus s'an vet vers le chesne 13 de la lande là où la damoisele
l'atant. Et li chevalier viennent adès 14 vers celui qui le chief li
avoit dpné et li demandent porquoi il a sonné le cor. c Por ce,
fet-il, que cil chevaliers qui là s'an vet m'a dit que li rois Àrtus
ocist le chevalier noir 15 et que nos le suivons. » — « Nos ne le
suivrons pas, font li chevalier, car c'est li rois Àrtus meïmes qui
anporte le chief, ne nos n'avons povoir de lui ne d'autrui mal
feire 16, puisqu'il a passé 17 la barre. Mès vos le comparroiz, qui
l'an leissastes aler quant il fu si prochiens de vos. > Il c'esleissent
vers lui et l'ocient et détranchent et anporte chaucun sa pièce
ainsint conme de l'autre. Li rois Artus est oissuz fors de la barre
et vient à la pucele qui l'atant et li presante le chief. c Sire, fet
la damoisele, grant merciz. '» — Damoisele, fet-il, volentiers. »
— c Sire, fet la damoisele, vous povez bien descendre, car vos
1 Arreslés. — • B. omet ces derniers mots. — « B. ajonle : beas sire. — * B. ajoute
encore : beas sire. — * ftonés. — • Portés. — 7 Glaire. — 8 B. répète : par quel coventf et
omet : par tel. — » B. omet : fet li rois. — 10 Qoerex-le tant que tos Taies troré. — 11 Dite.
— 11 Si durement qne li. — *s L'issue. — u A desroi. — 15 B. ajoute je veul, fait-il,
qne tous le sachiet. — 19 Pooir de nuiui mal faire ne de loi. — " Passée.
9
— 19 —
n'avez garde deçà la barre. » Atant est li rois descenduz. < Sire,
fet-ele, osiez vostre hauberc séurement, si vos restreindrai la plaie
de vostre braz, ear vos n'an poez garir se par moi non. » Li rois
oste son hauberc et la damoiselle prant le sanc * du chevalier qui
ancore decouroit 2 touz chaus, et an loe le roi Àrtus sa plaie 3;
après li fist revestir son hauberc. « Sire, fet-ele, vos ne fussiez
jà mès gariz se par le sanc de çest chevelier noir *. Et por ce
anportoient-il le cors par pièces et le chief , por ce 5 qu'ils
saYoient bien que vos estiez navrez; et li chief m'aura mout grant
mestier, car I chastel m'an iert randuz qui m'iert toluz 6 par
traïson, se je ne tru\s le chevalier que je vois querre par qui
il me doit estre randuz. »* — « Damoisele, fet li rois, et 7 qui
est li chevaliers? » — t Sire, fet-ele, il fu fiuz Vilein 8 le gros
des vaus de Kamaaloth, et est apelés Perlesvax. » — Porquoi
Pèrlevax? » fet li rois. — t Sire, fet-ele, quant il fu nez, si
demanda son père conmant il auroit non an droit bautesme 9. Et
il dist qu'il vouloit qu'il eust non Perlesvax ; quar li sires de
Mores li toloit la greignor partie des vaus de Kamaaloth, si.voloit
qu'il an souvenist son fil par cel non, se Diex le monte-
ploioit 10 tant qu'il fust chevaliers. Li valiez fu mout biaus et
mout genz et 11 conmança à aler par les forés et à lancier de ces
gaveloz aus sers et aus biches, conme galois. Ses pères et sa mère
l'anmoient mout. Et estoient un jor venuz hors de leur recet por
esbattre, de quoi la forest fu mout prochiene. Si avoit, entre le
recel et la forest, une mout petite chapele qui séoit sur IIII
coulonbes de marbre. Et estoit couverte d'un fust et avoit dedanz
un petit autel et avoit devant l'autel un sarqueil mout bel et estoit
pardessus la figure d'un home escripte. Sire, fet la damoisele au
roi, li valiez demanda à son père et à sa mère quex homs gisoit
dedanz cel sarceil. Li pères respondi : « Biau fiuz, fet-il, certes
je ne le vos sai dire, car li sarceuz i est ainçois que li pères mon
i Le sanc del chief al cberalier. — * En decoroit. — 8 Et le lie le roi Artn sor la plaie.
— * Ne fust. — 5 B. omet la répétition de: por ce. — • Qo'on m'atolo.— *B. omet: et.—
* Julien. — • Baptesme. — 10 Multiplioit. — " Et çrot et commança.
— 20 —
père fust nez. Et onquesn'oïdire à nullui qu'il séust qu'il a dedanz,
fors tant que les lestres qui sont sour le sarcueil dient que, quant
li mieudres chevaliers du monde vendra ci, li sarceuz aouverra 4
et desjoindra touz et verra l'en ce qu'il a dedanz.
c JL/amoisele, fet li rois, i a-il mout pasez2 de chevalier puis
que li sarceuz i fu mis? » — « Oil 3, tant que je ne nus n'an set
li nombre4. Ne onques ne s'en remut li sarceuz. Quant li valiez oï s
parler son père et sa mère, fl demanda que chevaliers estoit. Biau
fiuz, dit la mère, vos le devriez 6 bien savoir, par lignage. Ele
dit au valet qu'il avoit XI oncles 7 de par son père qui avoienl tuit
esté 8 ocis à armes. Et ne vesqui chaucuns que XII ans chevaliers.
Sire, fet-eleau roi, li valez dist 9 que ce ne demandoit-il mie,
mès con fès 10 chevaliers estaient. Et li pères respondi que c'estoient
cil u monde où il avoit plus de valor. Après si dist : Biau fiuz, il
ont haubers de fer vestus por lor cors garantir et hïaumes laciez 11
et escus et glaives et espèes ceindre par lor cors 12 desfandre.
c kjire, fet la damoisele au roi, quant li pères ot ainsint parlé
au vallet, il retornèrent ansanble u chastel. Quant vint lendemain
la matinée, li valiez se leva et oï les oisiaus chanter, et se panssa
qu'il iroit déduire an la forest par le jor qui biaus estoit. Et monta
sor un des chacéors son père et porta ces gaveloz conme galois et
ala an la forest et trouva I cerf et le suivi bien IIII lieues galesches,
tant qu'il vint an une lande et trouva II chevaliers touz armez qui
là se combatoient; et avoit H uns I vermeil escu et li autres I blanc;
il dégerpi la chace *3 por regarder la mellée 14 et vit qui li ver-
meus chevaliers conquéroit le blanc; il lança un de ses gaveloz
au chevalier vermeil si durement qu'il li fauça son hauberc et li
fist passer parmi le cors *?. Li chevaliers chéï morz. Sire, fet la
damoisele, li chevaliers au blanc escu an mena grant joie, et li
* 0?erra. — • Passé. — » OH, sire. — « Je nés tos sai nombrer. — * Oï ainsi. — « Deve-
riés. — ? Oncles éns. — 8 Esté tait. — s Respondi. — 10 Quel. — " Hiaaroes ès chiés.
— « Espées rhaintes por els desfendre. — 18 I! gnerpi la trace del cerf. — " Mesiée. —
« Coer.
valiez li demanda se li chevalier * estaient si aesiez à ocirre.
c Je cuidoie, fet li valiez, que nus n'an péust fausser ne maus-
mettre 2; car je n eusse pas lancié de mon javelot, » fet li valiez.
Sire, cil anmena le destrier chiés 3 son père et sa mère; il furent
moût dolant quant ils orent * les noveles du chevalier que il ot ocis.
Il orent droit, que grant poigne lor an vint 5 puis. Sire, li valez se
départi de chez son père et de sa mère 6, et s'an vint à cort le
roi Artu. Li rois le fist chevalier mout volontiers quant il sot sa
volonté, et après se départi de la terre et ala aventurer par toutes
les terres. Or est li miudres chevaliers qui soit u monde. Si le vois
querre et je auroie mout grant joie à mon cuer se je le povoie trover.
Sire, se vos l'ancontrez par aucune aventure, an aucune de ces forés,
il porte un escu vermeil à un cerf blanc. Si li dites que ses pères est
morz et que sa mère perdra toute sa terre se il ne la vient secorre ;
et que li frères au chevalier au vermeil escu qu'il ocist an la forest
de son gavelot la 7 guerroie avec le seignor des Mores. » — c Da-
. moisele, fet li rois, se Diex le me donoit ancontrer, j'an seroie mout
liez, et forniroie * mout bien vostre mesage. » — « Sire, fet-ele, or
vos ai-je dit ce que je quier, or si me dites vostre non. » — « Cil ^
qui me connoissent m'apelent Artu. » — c Artus ! avez-vous ains-
sint non? — t Damolsele, fet-il, oïl. » — c Se m Vit Diex, fet-ele,
ce vos hé-je plus que devant, car vos avez le non au plus mauveis
roi du monde et je voudroie qu'il fust aussi ci conme vous estes
ore *°. Mès il ne se mouvra en pièce sous de Cardeil tant con il
puisse ; ainz garde la réine que Fan ne li toille, ainsint conme je
Pai oï tesmoignier, car je ne vi oncques.ne l'un ne l'autre, festoie
esméue à aler à sa cort; mès je ai bien ancontré XX chevaliers,
I après autre, à qui j'an demandoie"; si m'an ont dit ainsint li un
conme li autre, car chaucun m'a dit que la cort le roi Artus est la
plus vil du monde et que tuit li chevalier de la table raonde Font
* Se chevalier. — 1 Que les armes del chevalier ne poïst nos fausser ne malmeUre. —
* Sire, li valiez en amena le cheval chiès, etc. — * Surent. — « Créât. — * S'enparti
del recel son pere et sa mère. — » Le. — » Damoisela, fait li rois, J'en seroie mont liés
se Diex le me laissoit trover et si fornlroifl, etc. — • Damoisele, feit li rois, volentiers,
cil, etc. — *° Qu'il fnst ore ci ausi comme vous estes. — De lui.
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— 22 —
gerpie par sa maoveistié. » — c Damoisele, fet li rois, de ce peut-il
estre mount dolanz ; à son conmancemant, oi je dire que il le fist
raout bien. » — c Et qui chaust, fet la damoisele, de son bien
conmancier *, quant la fin est mauveise? Et mout me poise quant
si biaus chevaliers et si preudon conme tous estes 2 a le non à si
mauveis roi* » — « Damoisele, fet li rois, Tan n'est pas bons par
le non mès par le cuer. » — t Vos dites vérité 3, fet la damoisele,
mès por le non du roi m'an despit4 li vostres. Et quel part iroiz
vos?» fet-ele. t Je irai à Kamaaloth & où je trouverai le roi Artus,
quant g'i venrai. » — « Of tost, fet-ele, l'un mauveis avec l'autre.
Ainsint l'espoir-je de vos puisque vos i alez. » — c Damoisele, vos
diroiz vostre pleisir, car je m'an vois 6. A Dieu vos conmant, » —
c Et jà Diex ne vos conduie ! fet-ele, se vos alez à la cort le roi Artus. »
• ixtant s'an parti li rois et monta 7 et leisa la damoisele sor
l'arbre et entra en la haute forest 8, et chevaucha à grant esploit
plus tost qu'il pot venir à Cardeil. Et ot bien chevauchié X lieues
galesches quant il oï une voiz en l'espoisse de la forest et conmença
à huchier. c Artus, li rois de la grant Breteigne 9, mout peuz
estre joieus à ton cu^r de ce que Diex m'a tramis à toi. Et si te
mande que tu teignes court au plus prochiènement 10 que tu porras ;
car li siècles, qui est anpiriez por toi et por ton deloiement de ton
bienfet, en amandera mout. » La voiz se test atant et li rois fu
mout joieus an son cuer de la voiz qu'il ot oïe 11 . Li contes ne
parole ci plus d'aventure 12 qui avenist au roi Artus an sa revenue
ne an son repeire 13. Ainz a tant chevauchié qu'il est revenuz à
Cardeil. La réine et si chevalier firent mont grant joie de lui
Li rois fu descend uz au perron et monta an la sale et se fist
désarmer. Et montra à la réine la plaie qu'il avoit u braz, qui
moult avoit esté grant et merveilleuse 15 ; mès ele garissoit
i B. omet : de son bien eommencier. — * Semblés estre. — * Voir. — « Me desplaist.
— 5 Cardoël. — « B. omet : car je m'an Tois. — * Atant remonta li rois et s'era parti. —
• Et entra en la haute forest, manque dans notre Ms. — » Roi Artnt de le grant Bretaigne.
— 10 Tost. — « De ce qu'il ot oï. — Ne parle pins ci d'autre aventure. — « Au roi
Artu en son repairier. — " Fisent gral feste de lui et grant joie. — 15 Grans et annuieuse.
— 23 —
belemant. Li rois s'an vet ep la chambre, et la réine avec et fet
li rois vestir d'une robe de drap de soie, fourée d'ermine toute, et
seeot et manlel *. « Sire, fet la réine, vos avez mout éu et poigne
et travail. » — « Dame, ainsint le convient il soufrir à preude-
somes por annor avoir car à poignes peut nus annor avoir
sans travail. » Il conte à la réine 3 toutes les aventures qui avenues
li sont4 puis qu'il s'an parti, et par quel manière 5 il fu navrez
el braz, et de la damoisele qui tant l'avoit blasmé de s'onnor 6.
< Sire, fet la réine, or savez-vous bien 7 que hauz hons et riches
et puissans doit estre mout honteus quant il devient mauveis. » —
« Dame, fet li rois, ce me feit bien antandant 8 la damoisele. Mès
une voiz m'a mout réconforté que j'ai oïe an la forest, quar ele me
dist que Diex me mandoit que je tenisse cort prochiènemant. Et je
i verrai la plus bele aventure avenir que je onques véisse. » —
« Sire, fet-ele, vos devez estre mout joieus 9 quant il sovient au 10
Sauvéor de vos. Or si feistes son conmandement. » — < Certes,
dame, si ferai-je. Car onques nus n'ot plus grant 11 talent de bien
faire que j'ai ores* ne d'anor, ne de largesce. » — Sire, fet-ele,
Diex en soit loez »
iV conmancc ci l'autre branche du seint Graal, el
nom du père et du fil et du seint esperit. Li rois
Arlus fu à Kardeil et la réine, à mout poi de
chevaliers. Talanz et volentez li fu venus 13 par le
pleisir de Dieu d'anor et de largesce feire 14 tant
con il pon oit. Il fit sééler ces lestres et les
traniist 16 par toutes ces terres el par toutes les
viles 17 et manda aux barons et aus chevaliers qu'il tendroit cort à
1 Et la réine fet test ir le rois une roabe de soie et (Termine et cote el sorcot et mante. —
* A preodommes por bonor avoir. — * Il conte la reine. — * Qae a énes. — * Comment.
— • Blasme por son nom. — i Poés-vos bien savoir. — • Entendre. — • Liés. — 10 Le. —
i* Millor. — « Aorés et sa roore. Après ces mots B. ajoute à l'encre ronge : cire manche.
— t» Retenns. — « B. omet : faire.— « Ses. — m Enyoia. — « laies.
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Pannenoisance 1 qui siet sor la mer de Gales, à la prochiène * feste
St Jehan, après la Pantecoiisle. Et por ce, la veust-il retenir 3 à
cel jor que la Pantecouste estoit trop prochienne, ne n'i péussent
pas tuit estre cil qui adonc i seront *. Les noveles alèrent par
toutes les terres; si viennent chevaliers à grant foison, car li bienfet
estoient 5 si délaiez par touz les réaunes que chàucuns avoit pris
garde au roi Artus qui noient ne feisoit mès 6. Or si se merveil-
loient tuit dont cil talanz li iert venuz. Li chevaliers de la Table
Réonde, qui esparz estoient par les terres et par les forés, en sorent
les noveles par la volanté de Dieu7; il en menoient mout grant
joie, et revindrent à la cort à grant esploit. Mes sires Gauvains ne
Lancelot n'i vindrent pas à cel jor* Mès tuit li ajutre vindrent, qui
devant venoient 8. Li jorz de la Seint Jehan vint, li chevalier i
furent venuz de toutes parz, qui mout se merveillent por ce que 9
li rois n'avoit cele cort tenue à la Pantecouste, mès il n'an savoient
pas la reson 10. Li jors fu biaus et clers et li airs clers et purs 11;
et la sale fu granz et large et garnie à grant planté de bons cheva-
liers *2. Les napes furent mises sor les dois dont il i ot à grant
planté par la sale. Li rois et la réine orent lavé et alèrent asséoir
ans chief des dois 13, li autre chevalier s'asiéent dont il
ot CV 15 et plus, ce dit li contes. Kex li seneschal *6 et misire
Yvains li fiuz le roi Urien servirent le jor aus table du mangier,
et XXV chevaliers avec ails. Et Luquans li bouteilliers servi devant
le roi la coupe d'or. Li souleus *7 raioit parmi les verrières parmi
la sale de toutes parz, an la sale 18 qui jonchiée estoit de flours et
de jonz et de mantatres 19, et randoit une oudor autresint conme
se ele fust anbaussemée. Et, si conme l'an ot 20 servi du premier
mès, et l'an atandoit le secont, atant ès-vos III damoiseles où eles
antrent an la sale. Cele qui devant venoit séoit sor une mule plus
* Pannenoisense. — • Manque: prochiène. — » Tenir. — « Ièrent. — * Estoit. — • Artn
qui Tilment le faisoiU — i Volonté Dieu. — • Toit li antre qui adont Tfroient. —
• Porcoi. — 10 L'acoison. — » Et li airs purs. — » B. ajonte ceei : Et 11 jors fa renn qne
Ta rors dut commencier.— » Séoir al chief d'un dois. — »« S'assisent.— ** 11 i ot bien VC.
— 16 Kès li seneschans. — 17 Solias. — 18 Par totes les verrières de la sale.—» Métastre.
— » Si c'on ot.
— 25 -
blanche que n'est noif négiée 1 et avoit I frain d'or et sele à arçon
d'ivoire, bandée * de riches pierres, et à feutre d'un vermeil samit
goûte d'or. La damoisele qui séoit desor la mule estoit mout gente
de cors, mès n'estoit pas, mout bele de vis; et estoit vestue d'un
riche drap de soie et d'or, et avoit un mout riche chapel qui li
couvrait tout le chief. Et estoit louz chargiez de chières pierres 5
qui flamboient conme feus. Grant meslier * li estoit qu'ele éust le
chief couvert, quar ele estoit tote chenue et portoit à son col son
destre bras pandu à une astele 5 d'or. Et gisoit son braz sor un
oreillier le plus riche 6 que nus véist onques. Et estoit touz char-
giez de campeneles d'or; et tenoit an cele main le chief d'un roi
séélé en argent et couronné d'or. L'autre damoisele qui après venoit
chevauchoit au fuer d'escuier, et portoit une maie troussée der-
rière lui, et avoit par desore un brachet, et portoit à son col
un escu bandé d'argent et d'azur à une croiz vermeille, à une
boucle d'or, toutes pleines de pierres 7 précieuses. La tierce
damoisele venoit à pié et estoit secourciée haust conme valez à
pié 8, et portoit une courgiée 9 an sa main, dont ele chaçoit les
deux chevaus i0. Chaucune de ces II estoit plus bele que 11 la
première, mès cele à pié les passoit de biauté. La première
damoisele vient devant le roi là u il siet al mangier et la réine.
* Sire, fet-ele, li Sauvierres du monde vos doint honor et joie et
bone aventure, et à madame la réine ?t à tous ceuz de ceste sale
por l'amor de vos! Si nu tenez mie à vileignie se je ne descent, car
je ne pui descendre là où a chevaliers, ne ne doi trésqu'à cele
houre que li Graaus soit conquis. » — « Damoisele, fet li rois, je
te vodroie *2 volentiers. » — t Sire, fet-ele, je le sai bien *3; ne
vos annuit pas se je vos di 14 la besoigne que je quier. » — t Non
fera-il, damoisele dites vostre pleisif . » — t Sire, fet-ele, li
escuz que ceste damoisele porte fu Joseph le bon sodoiier 16 qui
i Que noif oégie. *- * Et sele d'ivoire bordée.—' De pierres précieuses. — * Grans
mestiers. — * Son destre bras i une estole. — • Sor un des plus beaux oreilliers. —
* Tôt ptain de riches pières. — • Escorcie haust cou me valex. — » Seorgie.— » Chera-
chéures. — « De. — M Vossissa moult. — w C« sai-je bien. — " Ne ne tos annuit pas se
je di. — w B. ajoute : Fait li rois. — w Notre Ms. porte : le bon chevalier soudoier.
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N
— 26 —
Dieu 4 despandi de la croiz. Si vos an faz présant, ainsint conme
je vous dirai : que vos garderoiz l'escu à un chevalier qui pour
el vendra 2, et le feroiz pandre à cele coulombe enmi vostre sale, et
le garderoiz que nus ne le puisse oster \se cil non, ne pandre le
à son col; et de cest escu conquerra il le Graal, et leira * un autre
escu ça dedanz vermeil à un cerf blanc; et li brachet 5 demorra
ça dedanz que la damoiseie porte, ne ne demanra joie jusqu'à là
'que li chevaliers vendra 6. » — c Damoiseie, fet li rois, l'escu et
le brachet garderons nos bien, la vostre grant merci 7, quant vos
le daignâtes feire aporter. * — « Sire, fet la damoiseie, ancore
n'ai-je pas tout dit ce que l'an m'a anchargiée 8. Li mieudres rois
qui vive an terre et li plus loiauz vos manda saluz et li plus
droituriers 9, de qui est granz dolors, quar il est chaùz en une
doulereuse langour. > — «J)amoisele, fet-il 10, c'est mout grant
doumage 11, s'il est tiex con vos dites. Si vos pri que me dites
qui il est. » — t Sire, fet-ele, ce est li rois Peschierres, de
qui est grant doulours. » — t Damoiseie, fet-il, vos dites voir, et
Diex li doint ce que ces cuers vodroit. » — « Sire, fet-ele, sa vez-vos
porquoi il est çhéus an langeur? » — « Damoiseie, nanil, mës je
lesauroie volantiers. » — « Et je le vos dirai, fet-ele; ceste lan-
guer 12 li est venue par celui qui se herberja*3 an son os tel, à qui
li seintimes Graaus s'aparut; por ce que cil ne vost demander de
qu'il an servoit 14, toutes les terres an furent conméues en gerre,
ne *5 chevalier n'ancontra puis autre *G où il n'éust contançon
d'arme sans nule autre achoison 17; vos méimes vos en povez bien
estre apercéuz, car vos avez vostre bienfet délaié grant pièce, de
quoi vous avez esté mout blasmez et tuit li autre baron qui pris
ont garde à vos, car yos estes le miréour au siècle 18 de bien feire
et de mal. Sire, je méiiçes me doi mout plaindre *9 del cheva-
1 Dieu nostre Seignor. — * Un chevalier qui por huec vendra. — 8 Qnar nos no la
poroit osier.— 4 Laira.— « Brachés.— • Chacnns dusqti'à Tenre que lî chevaliers i vendra.
—7 Mercis. — » Chn qu'on m'a chargie. — 8 Ad lien de : Et li pins d roi tarière, B. porte :
Sire,/aît-ele, ce est li riches rois Peschieres. — 10 Riit li rois. — " Oonmages. La phrase
suivante, & partir de ce mot, jusqu'à : vos dites voir, manque dans B. — *■ Languers. —
» Héberga.— i< Por ce qu'il ne volt demander cui on en servoit et.— 15 Ne, manque dans
notre Ms. — m Autre en forest ne en lande. — " Contenu d'armes sans raisnable ocoison.
— m Le miréors al siècle. — 19 Me duel mout.
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— 87 -
lier, si vos monterrai porquoi. > Si desceovre son cbief du riche
chapel, si montra au roi et à la réine et à toz les chevaliers de la
sale sa teste toute chenue sanz cheveus *. c Sire, fet-ele, mes chiés
estoit mout biaus et cheveluz et galonez de riches trécéors d'or, au
point 2 que li chevaliers vint an l'ostel le riche roi Peschéor, mës
je deving chauve 3 por ce qu'il ne fist la demande ; ne jà mès ne
serai chevelue jusqu'à icele oure que chevaliers i ira qui mieuz fera
la demande que cist ne fist, ou chevaliers qui le Graal conquerra.
Sire , ancores n'avez vos pas éu * le grant doumaje qui avenus
an est. Il a defors 5 ceste sale un char que III cers blans ont
amené, et povez bien feire véoir con riches il est; je vos di que
li traiant sont de soie et li chevillon d'or et li merriens del char
est bruis 6, li char est touvers par desus d'un noir samiz et a
desuz une croiz d'or tant corn il dure; et, au desoz la couverture el
char, a C. et L chiés de chevaliers, de qui li un sont séélé an or et
li autre an argent et li tierz an pion 7. Si vos mande li rois Pes-
chierres que cest doumaches est avenuz de celui qui ne demanda
de que l'an servoit du Graal. Sire, la damoisele qui l'escu porte
tient an sa main le chief d'une réine qui est séélez an pion et
couronnez de coivre 8, et si vos di que par la réine dont vos véez
ci le chief fu cist rois trait9 dont je port le chief et les III manières
de chevaliers dont li chief sont ès chars 10. Sire, anvoiez véoir là
defors la richesce et l'atour du char. » — Li rois i envoia véeir
Kex 11 le sèneschal. Il regarda bien dedans et defors ; après est
revenuz au roi : t Sire, fet-il, onques mès si riche char ne vi, et
si i a trois cers blancs qui le char moignent, les plus grans et les
plus biaus 12 que nus véist onques. Mès, se vos m'an créez, vos
panrois 13 celui qui devant est, quar il n'i a si cras et si an feroiz
feire bon lardez. » — « Avoi, fet li rois, Kex, vos avez dit 14 grant
vileinie; je ne le voudroie avoir fet por un autel roiaume est 15
cist de Logres. » — c Sire, fet la damoisele, qui coustumières 16 est
i Ghanneet samYhmls.— * Al jour. — » Chenue. — « Vén. — * Làdefori.— • D'ébenus.
— * Plonc. — » Keavre. — » Trahis. — » Li chiés sont el char. - " I anroia Ké. — « Les
plus beaos et les pins cras. — « Nos prenderoos. — u Dite. — « Por no tel roianme
corne est. — *• Coutnmiers.
— 28 —
de vileinie feire, si s'an oste moat à enviz. Misire Kcx 1 dira son
pleisir, mès je sai bien que vos ne panroiz pas garde à son dit.
Sire, fet la daraoisele, commandez à pandre l'escu à cele coulombe
et le brachet à mètre ès chambres la reine avec les puceles. Si nos
an irons, car nos avons ci assez esté. » — Misire Yvains prist
l'eseu et l'osta 2 à la damoisele du col, par le conraandemant du
roi 3, et le pant à la coulombe anmi la sale; et Tune des puceles
la reine prant le brachet et le porte an chanbres la reine ; et la
damoisele prant congié et s'an tome 4, et li rois la coumande à
Dieu. Quant li rois ot 5 mangié an la sale, la réine et li rois se
vont 6 apoiier aus fenestre por esgarder les III damoiseles et les
III blans sers qui le char anmenoient; et dissoient li plusor que la
damoisele qui an à pié aloit après les II' à cheval iert la plus me-
séaisiée. La damoisele chenue s'an aloit devant, et ne remistson
chapel an son chief jusqu'à icele eure qu'ele dut antrer dedanz la
forest et que li chevalier qui aus fenestres estoient ne les porent
mès véoir. Dont remist ele son chapel en son chief. Li rois et la
réine 7 et li chevalier, quant il ne les porent mès véoir, descen-
dirent des fenestres et distrent li auquant 8 que onques n'avoient
véue nule chanue damoisele se ceste non.
ijLtant se test ores li contes du roi Artus, et retorne à parler 9
des III puceles et du char que li troi cers anmenoient. Eles sont
antrées an la forest et chevauchent à grant esploit. Quant eles orent
esloignié le chastel VII lieues galesches, si virent venir un cheva-
lier par cele voie où eles 10 dévoient aler. Li chevaliers séoit sor un
grant cheval mesgre et descharné, et ces haubers estoit anraouil-
liez M et ces escuz trouez an plus de VII lieus 12. Et la coulor an
fu 13 si esfacie que l'an n'en povoit la connoissance véoir 14 ne con-
noistre. Et portoit un glaive mout gros en sa main. Quant il
« Notre Ms. dit : Y valût. — * Prant l'eseu et l'oste. — « Le congié al roi. — « Confié al
roi si s'en torne. — 5 Quant on ot. — • Li rois et la reine et li cheralier* s'alérent. —
* B. omet : et la reine. — 8 Li plusors chevaliers. — » Arthas et parole. — » Notre Ms.
dit : ut — ii EnroUlés. — " Liens. — ** B* omet : an fn. — *« B. omet s reoir ne.
— 29 —
aproocha h damoisele, si la salue mout hautement, c Damoisele,
bien puissiez-vos venir et la vostre conpaignie î » — c Sire, fet-ele,
joie et bone aventure vos ostroit Diex !» — c Damoisele, fet li
chevaliers, de quel part venez-vos? » — c Sire, d'une cort que li
rois Artus tient, grant plénière *. Alez-i-vos, sire chevalier, fet la
damoisele, por véoir le roi Artu et la réine et li chevalier qui là
sont? » — « Nanil, fet-il, je les ai véuz meintefoiz 2, mès je
sui mout joianz del roi Artus qui s'est repris à bien feire, car
meintefois an a esté coutumiers. » — c Quel part avez-vos la voie
anprise? » fet la damoisele. — c An la terre 3 le roi Peschéor, se
Diex la * me veust consantir. » — t Sire, fet-ele, dites-moi vostre
non, et si vos aretez5 dejoute moi. » Li chevaliers tire son frain
et les damoiseles s'arestent 6. « Damoisele, fet-il, mon non vos
doi-je bien dire. L'an m'apele monseignor Gauvain 7, le neveu le
roi Artu. » — « Quoi, misires Gauvain estes-vos? Par foi 8, li
cuers le me disoit bien. » — « Damoisele, fet-il, oïl 9, » — c Diex
en soit ahourez, car si bons chevaliers conme vos estes doit bien
aler véoir le riche roi Peschéor. Or vos veil-je proier, par la vallor
qui an vos est et par la franchise, que vos retornez avec moi et
que vos me conduisiez outre un chastel qui est an ceste forest, où
il a un poi de périt. » — c Damoisele, fet misires Gauvains, à
vostre merci, volanté 10. » Il retorne avec la damoisele parmi la
forest qui hauste estoit et feillie et poi hantée de gent. La damoisele
li conte l'aventure des chiés qu'ele portoient et qui èrent u char,
antresint coume ele fist à la cort le roi Artus, et de l'escu et du
brachet qu'ele i avoit leissié; més à monseignor 11 Gauvain poise
mout de la damoisele qui estoit à pié après eus 12. « Damoisele,
fet misires Gauvains, porquoi ne monste ceste damoisele qui va à
pié, sor le char 13? » — « Sire, fet-ele, nou fera. Ele ne doit aler
se è pié non. Més se vos estes si bons chevaliers conme l'an dit,
ele aura par tans feite sa pénitance. » — «En quele manière? »
fet li Gauvains. « Je le vos dirai, fet-ele. Se Diex vos moigne à
1 B. ajouta : A Pennenoisense. — * Maintes. — 8 Damoisele, an la terre — 4 Le. —
* Estes. — « Arrêtent et 11 chars. — 7 Oq m'appele Gauwaio. — • Fail-ele.— » B. ajoute :
je sais Gaanuns. — » a rostre plaisir. — « Mes mensignor. — « Kls. — « Col char.
— 30 —
l'ostel le riche roi Peschéor, et li seintimes Graaus s'apert devant
vos 4, et vos demandez qui l'an an sert2, ele aura fete sa pénitence
et je, qui sui chanue, recevrai cheveléure3. Et, se vos ainsint ne
le feites, il nos couvandra soufrir mout anuiz, trèsqu'à icele oure
que li Bons Chevaliers vendra et que il aura 4 le Graal conquis. .
Car, par celui qui premièremant 5 i fu, qui ne fist la demande,
sont toutes les terres an doulor et an gerre, et an languist li bon
rois Peschières. » — « Damoisele, fet misires Gauvains, Diex m'en
doint courage et volanté que je â gré li viengne de feire tel chose 6
et de quoi je soie louez à Dieu et 7 au siècle ! »
lYlisires Gauvains et les damoiseles s'an vont grant aléure
et trépassent la haute forest, vert et feillue, où li oisel chantent g,
et antrent an la plus hideuse forest et an la plus orrible que nus
véist onques ; et sanbloit que onques verdeur n'i éust 9, ainz èrent
toutes les branches nues et sèches 10 et tuit li arbre noir et brullé
ainsint conme de feu 11 ; et la terre arse et noire par desuz, sanz
verdure et pleigne de granz crevaces. ^Damoisele, fet misires Gau-
vains, ceste forest est mout leide et mout hideuse. Dure-ele auques
itele?» — c Sire, ele dure IX lieues 12 galesches, mès nos ne
l'outerrons pas tote. » Misires Gauvains regarde d'oures an autre la
damoisele qui vient à pié, et mout Tan poise se il le péust amender.
Il chevauchent tant qu'il vindrent an une grant valée et voit 13
aparoir un chastel 14 qui estoit enclos d'une cengle 15 de mur, leide
it ennieuse. Conme plus aproche le chastel, plus li sanble hideus,
et voit granz sales aparoir qui mout èrent de leide figure 16 et
voit la forest anviron autretele conme il l'avoit trouvée arrières, et
voit un aigle 17 descendre du chief d'une monteigne, laide et
orrible *8 et noire, qui parmi le chastel aloit si durement bruiant
que ce sanbloit estre foudre et tounoires 19. Misires Gauvains voit
* A toi. — * Cui on en sert. — * Reserai chevelue. — * Nos conrendra soffrlr notre
annai dasqn'a cele heure que li boens chevaliers aura. — * Premerainemeot. — « Et
volante faire chose qui en gré li viengne.— 1 B. omet : à Dien et. — * Li oiselet chan-
toient. — •N'i éust éne. — 10 Sèches et naes de feailles. — « Aatresi corne bralé de feu.—
" Bien X liewes. — « Mesire Ganvains regarde el regort d'une grant valée et voit. —
" Chastel noir. - « Chaingle. - *• Faitnre, — « Ewe. — ts Torble. — » U tonoire.
— 31 —
l'antréè de la porte si laide et si orrible conme se ce fust anfers ;
et ot dedanz le chastel granz cris et plours; et oit que li
plusor dient : « Diex, qu'est devenus li Bons Chevaliers et quant
venra-il?» — « Daraoisele, fet misires Gauvains, quex chastel
est-ce ci, qui si est laiz et hideus *, où l'an démaigne tel doulor et
regreste la venue du Bon Chevalier?» — « Sire, c'est li chastiaux
du Noir Hermite. Si vos veil proiier 2 que vos ne vos entremêlez
de chose que cil de laianz me facent; iost vos en porriez bien
morir, ne vos n'auriez force ne povoir contre eus. » Il aprochent
le chastel à II archiées près, et voici parmi la porte venir 3 cheva-
liers armés sor noirs chevaus, et lor armes 4 toutes noires cl lor
escuz, et esloient CLII mout péoureus à voir 5, et vienent à mout
grant eslès vers la damoisele et vers le char, et prennent les
C et LU chiés, chaucun le sien, et les mettent anson lor glaives,
et rentrent dedanz le chastel à mout grant joie. Misires Gauvains
vit l'estoutie que li chevalier orent feite 6, il en a mout grant honte
à soi méimes 7 de ce qu'il ne s'est méuz. c Mesire Gauvain, fet la
damoisele, or povez savoiyjae vostre force ne vaussist ci gaires. »
— c Damoisele, ci a mal enastel où Tan robe ainsint la gent. » —
c Sire, cist doumages n'iert amandez, ne cil maufeitor 8 de là
dedanz pleisiez, ne cil gîtez de la prison qui là dedanz crient et
plorent, jusqu'à cele ore que li Bons Chevaliers venra, que vos
oïstes ore regreter-. » — « Damoisele 9, mout peut estre liez li
chevaliers qui tant 10 de maie gent destruira par sa valor et par
son hardement. » — « Sire, quar c'est li mieudres chevaliers du
monde 11 et si est assez de jeune aage, mès je sui moult dolante
an mon cuer de ce que je ne sai veraies noveles de lui i2. Car je
le verroie plus volantiers que nul home qui vive. » — « Damoisele,
ausint feroie-je, fet misires Gauvains, et puis m'an retorûeroie j>ar
vostre congié. » — c Nanil, sire, si vanrois outre le chastel, puis
vos anseignerai la voie par où vos devez aler. »
* Lai* et histeus. — > Requerre et prier. — 5 Notre Hs. omet : Tenir. — « Érent tontes
noires et lor esens et lor glaives. — * Notre Ms. omet : à véoir. — • Ce commencement
de phrase manque à B. — 1 Mesires Gauwains a mont grant honte en soi méisme. —
a N'iert restorés ne cis outrages, ne cil malfaiteur. — * Fet mesires Gaurains. — *• Liés
qui tant. — " Li mieldre del monde. — t* Notre Ms. omet : de lui.
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XJLtant s'an vont u chastel 1 tuit ansamble. Si com il dévoient
entrer u mur 2 du chastel, ès-vos I chevalier où il ist fors par une
fausse poterne du chastel, et séoit sor un grant cheval, armez, un
glaive an son poing, et avoit à son col un vermeil escu où il a voit
escrit un eigle d'or. « Sire chevaliers, fet-il à monseignor Gauvain,.
[je vos proie que vous arrestez. » — t Que plaist-vos? » fet misires
Gau vains3]. » Il vos convient, fet-il, jouster à moi et conquerre
cest escu, ou je vous conquerrai. Et li escuz est mout riches,
si vos devez an grant poigne mestre de l'avoir et du. conquerre, car.
H fu au meillor chevalier qui onques fu de sa loi et au plus pois-
sant et au plus sage. » — t Qui fu-il donc? » fet misires Gauvains.
— c U fu Judas Macabé, celui qui fet a d'un oisel à prandre autre. >
— t Vos dites voir, fet misires Gauvains, bons chevaliers fu-il. » —
t Dont porriez vous estre bien joieus fet cil, se vos le povicz
conquerre 5, car U vostres si est li plus poures et li plus escroiz
que je onques mes véisse porter à chevalier 6. Car à poines en
peut l'an la coulor connoistre. * — c ^r povez bien véoir, fet la
damoisele au chevalier, que li siens escuz n'a pas 7 esté oiseus,
ne li chevaus sor quoi il siet n'a pas esté si séjournez conme li
vostres. > — c Damoisele, fet li chevaliers, Ion plez 8 n'i a mestier.
U le convient jouster à moi; quar je le desfi9. » — Fet misires
Gauvains : c foi bien que vos dites. » H se traist arrières et prant
son escu 10, et li chevaliers autresi, et vient li uns vers l'autre
quanque cheval pèvent randre, les glaives aloigniez. Li chevaliers
fiert monseignor Gauvain sor son escu, où il n'a voit pas grant
force11, et passe outre et au passer brise li chevaliers son glaive 12,
et misires Gauvains le fiert de son glaive anmi le piz et le porte à
terre par desus la croupe de son cheval, tout anferré de son glaive
dont il avoit bien pleine pausmée an la forcele. Il retrait son glaive
* B. omet : U chastel. — » Outrer le mur. — * La phrase placée entre crochets appar-
tient à B. — « Moult joians.— * Se ?os povex son escn conqoerre. — « Chevalier porter. —
7 Fet la damoisele del char, que li chevalier et li escus n'ont pas.— 8 Lons plez.— » Jouster
à moi en totes Ans et je te deffi. — w Son eslés. — 11 Deffois. — « Et Pompasse outre un
grant doe, et brise son glaive al passer outre.
— 33 —
à lui, et, quant li chevaliers se santi desferez, il sailli an piez et
vint droit à son cheval et vost mestre le pié an restrier, quant la
damoisele du char c'escrie : t Misire Gauvain, ostez le chevalier,
car, se il estoit remontez, trop i aroit poigne à lui conquerre. »
Quant li chevaliers ot nonmer monseignor Gauvain, il se trait
arrières : « Conment, fet-il, est-ce donc li bons Gauvains, li niés
le roi Artu? » — t Oïl, fet la damoisele, c'est-it 1 san faille. » —
t Sire, fet li chevaliers à monseignor Gauvain, esles-vous ce2? »
— t Oïl, fet-il, je sui Gauvains. » — « Si vos plest, sire, fet-il,
je m'an tieng à conquis. Et mout sui dolanz que je nu soi ainçois
que je fusse mêliez à vos. » 11 oste l'escu de son col et li tant :
c Sire, fet-il, tenez l'escu qui fu au meillor chevalier que l'an
séust qui fu de son tens de la loi 3; car je n'an connois nul an
qui il fust mieuz anploiez qu'an vos. Et de cest escu sont conquis
tuit li chevalier qui an cest chastel sont an prison. » Misires Gau-
vains prant l'escu qui mout estoit biaus et riches, c Sire, fet li
chevaliers, or me donez le vostre; car II escuz ne porterez vous
pas. » — « Vos dites voir, » fet misires Gauvains. Il oste la guige
de son col et li vost doner l'escu, quant la damoisele à pié : « Avoi,
sire chevaliers qui misires Gauvains avez non, que volez-vos feire*?
Se il anporte là dedanz le chastel vostre escu, cil du chastel vos
tandront por recréu et por conquis, et vendront ça fors por vos
conquerre et vos anmanront u chastel à force, où vos seroiz gîtez
an la doulereuse prison ; quar l'an ne porte là dedanz escu se de
chevalier conquis non. » — t Sire chevaliers, [fet misires Gauvains]5,
vos ne volez pas mon bien, selonc ce que cele damoisele me dit. »
— € Sire, fet li chevaliers, je vos jcri merci, et autre foiz me tieng
à conquis; et mout fusse joianz se je an péusse porter vostre escu
laianz et mout an eusse grant honor; car jà mès escuz de si bon
chevalier n'i an anterra, et mout me doit estre bel de vostre venue,
.conmant que vo9 m'aiez navré de la greignor plaie; [car vos m'avez
gelé de la greignor paine] 6 que onques chevaliers éust. » — t Quex
* B. omet : c'eit-il. — * Vos en kérroie-je? — » Qoe Pan séust, etc. Cette fin de phrase
manqoe dans B. — * S'wcrie : Mesires 6., que rolei-yos faire? — * et ». Les mots placés
entre crochets manquent dans notre Ms.
3
— 34 —
est la paine * ? » fet misires Gauvains. « Sire, fct-il, je le vos dirai.
Ci devant avoit trespas de chevaliers meintes foiz et de hardiz et de
couarz. Si me covenoit à eus contandre et jouter et randre mellée,
et lor feisoie présant de l'escu aussiut conme je fis à vos 2. Je trou-
voie les plusors hardiz et desfansables ,. qui me navroient an
plusors leus; mès onques chevaliers ne m'abati ne ne me dona
' si grant cop conme vos féites. Et, puisque vos enportez l'escu et
je sui conquis, jà mès chevaliers qui past devant cest chastel
n'aura garde moi ne de chevalier qui là dedanz soit. » — « Par
mon chief, fet misires Gauvains, or aim mieuz la conqueste que
devant. » — « Sire, fet li chevaliers, je m'an irai à vostre congié,
ne ne porrai ma honte céler u ehastel, ainz le covendra monstrer
tout an apert. » — t Diex vos doint bien feirel » fet misires Gau-
vains. « Misires Gauvains, fet la damoisele du char, donez-moi
vostre escu que li chevaliers an vouloit porter. » — « Damoisele,
fet-il, volantiers. » La damoisele qui aloit à pié prant l'escu et le
met dedanz le char. Et li chevaliers qui conquis estoit remonta
desor son cheval et rantra dedanz le chastel ; et, quant il fu antrez,
si i leva une noise et un granz cris, si granz que toute la forest et
toute la valée en conmença à retentir., « Misires Gauvains, fet la
damoisele du char, li chevaliers est honiz 3 et là gitez en prison
autre foiz. Or tost, misires Gauvains, or vos en povez aler. » Atant
se remestent tuit ansenble à la voie et esloignent le chastel 4 une
lieue englesche 5. « Damoisele, fet misires Gauvains, quant vos
pleira, je aurai vostre congié. » — « Sire, fet-el, Diex soit garde
de vostre cors, et mout grant merciz de votre convoiement ! » —
€ Dame fet-il, li nostres 7 servises vos est touz prez. » —
c Sire; gran merciz, fet la damoisele, et véez ilec vostre voie à
cele grant croiz à Tantrée de cele forest. Et est la plus duisant
qui soit8, quant vos auroiz trespassée ceste qui mout est an-
nieuse. » Misires Gauvains s'an torne, et la damoisele à pié
l'escrie : c Sire, vos n'estes pas si apanssez conme je cuidoie. » Et
1 Notre Ms. : plaie.— * Corne je fis rot. — 5 Honir, manque à notre Ms. — « Dn ehastel
— 5 Une grant liene ftalesche. — « Damoisele. — » Li miens. — 8 Et trorerét là dedans
la pins bêle forest et la pins déduisant qui soit.
— 35 —
misires Gauvains retorne le chief de son cheval mout esfraement :
i Por quoi, fet-il, damoisele, le dites-vos? » — c Por ce, fet-ele,
que n'avez ancore demandé à ma damoisele por quoi ele porte son
braz à sen col pandu an cele astele d'or où li rices oreilliers est,
sor quoi li braz gist. Autresint apanssez seroiz-vous an là cort au .
riche roi Peschéor?» — c Ma douce amie, fet la damoisele [du
char] *, n'an blâmez mie monseignor Gauvain [seulement], mais
le roi Artu avant, et tous les chevaliers qui èrent an la cort. Car
il n'an i ot nul apanssé du demander. Misires Gauvains,- alez-vos
an, car por noiant le demanderiez ore, car je ne le vos diroie pas,
ne jà ne le sauroiz se par le plus couart chevalier du monde non,
qui est à moi et me va querrant, ne ne me set où trouver. » —
< Damoisele* fet misires Gauvains, je ne vos an os plus anpres-
ser. » Atant s'aa part la damoisele, et misires Gauvains an vet sa
voie * qu'ele li avoit anseigntée 3.
ne autre branche du Graal conmance ci, el non
du père, el non del fil, el non du seint esperit.
Ici se test li contes des trois damoiseles et del char
et dit que misires Gauvains a trespassée la forest
qui tant est leide 4 et est antrez an la plus bele
forest et an la grant et an la haute et an la
planteureuse de bestes. Et chevauche à grant esploit, mès mout
est esbahiz de ce que .la damoisele li a dit et de ce 5 qu'il
n'an ait blasme. Mout chevaucha au lonc du jor, tant qu'il fu
vespres et li souleus dut couchier 6. Et esgarda devant lui et voit
la meson d'un hermite et la chapele an l'espoisse de la forest, et
sordoit une fonteingne par devant la chapele, qui mout estoit et
* Tons les passages placés entre crochets ne sont pas dans notre M»., ils ont été
empruntés i celai de Berne. — * S'en remet tots la Toie. — » B* ajoute ici i l'encre ronge :
Une branche, et passe auisittt à ces mots : El nom del père et del fll et del saint eipe*
rit. — « La maie forest. — * It doute qu'il n'en ait blasme en mout de liens.—* Esconser-
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clère et raide, et avoit par desus un arbre tout réont 1 et large, qui
randoît onbre à la fonteingne. Une damoisele séoit desouz l'onbre 2
et tenoit une mule par les reignes, et avoit à l'arçon de la sele
pandu le chief d'un chevalier. Et misires Gauvains vint cele part
et est deftenduz : < Damoisele, fet-il, Diex vos doint bone aven-
ture3! » — « Sire, fet-ele, et à vos toujours! » Quant ele se fu levée
ancontre lui : « Damoisele, fet-il, que atandez-vos ci?» — « Sire,
fet-ele, je atant Termite de ceste seinte chapele [qui est alés en la
forest], et li veil demander nouveles d'un chevalier. » — « Guidiez-
vos qu'il les vos die, ne que il les an sache? » — t Sire, oïl, ce
m'est avis, si conme Tan me dit 4. » Atant ès-vos l'ermite qui venoit
et salue la damoisele et monseignor Gauvain et euvre l'uis de sa
meson et met les deus chevaus 5 anz, et lor abat les frains et lor
donc herbe avant et orge après; et lor vost oster les seles, quant
misires Gauvains saust avant : < Sire, fet-il, nou ferez; il n'a-
fierl 0 pas à voz. » — t Tôt soie hermites, fet-il 7, si an sai-je
bien à chief venir; car je fui, an cor le roi Uter Pendragon, valez
et chevaliers XL ans, et an cest hermitaje ai-je esté plus de XX ans.»
Et misires Gauvains le regarde à merveille : « Sire, fet-il, il sanble
que vos n'aiez mie XL ans. » — «Ce sai-je bien de voir. » fet li
hermites. Et misires Gauvains oste les seles et pansse plus de la
mule à la damoisele que de son cheval. Et li bermiles prant mon-
seignor Gauvain par la main et la damoisele, et les moigne an la
chapele. Et li leus estoit mout biaus « Sire, fet li hermites à
monseignor Gauvain, vos ne vos désarmeroiz pas, fet-il ; car ceste
forest est trop aventureuse et nus preudome ne doit estre desgar-
niz. » Il vet por son glaive et pour son escu et les met dedanz la
chapele. Il lor aporte devant lor tel viande conme il avoit et de la
fonteinne [à boivre quant il orent mangié]. < Sire, fet la damoisele,
d'un chevalier que je vois querre vos sui venue demander 9. » —
« Qui est li chevaliers?» fet li hermites. « Sire, ce est li Chastes
1 Qui tout réons estoit. — * L'arbre. — 8 Bone aventure vous doinst Diex. — * Sire, oïl,
ce dit. — 5 Chevachéures. — « Car il n'aflerl. — 7 Tôt soe, fet li hermites. — • Quar li
lieus i estoit mont beaus. — 9 Demander norcles.
— 37 -
Chevaliers du seintime lignage. Il a chief (Tor, et regarl de lion, et
oombril de virge pucele, et cuer d'acier, et cors d'olifant1, et tesches
sanz vileinnie. » — < Damoisele, fet li hennîtes, je nu vos ansei-
gnerai mie, quar je ne sai pas certeignement où il est, mès il a
jéu an ceste chapele par II foiz, non pas une 2, n'a pas encor I an. »
— t Sire, fet-ele, ne m'an diroiz-vous plus, ne a us très noveles? »
— c Nanil 5, » dit li hermites. < Et vos? fet-ele, misires Gau-
vains. » — < Damoisele, fet-il, je le verroie autresint volantiers
eonme vos. Mès je ne truis qui nouveles m'an die. » — < Et la
damoisele del char, sire, véistes-vos? » — « Oïl, dame, fet-il, n'a
gaires que je me parti de li. » — < Portoit ore ancore son braz à
son col pandu? » — c Oïl, fet misires Gauvains, ele Pi portoit. »
— c Grant pièce, fet la damoisele, l'i a porté. » — < Sire, fet li
hermites 4, eonmant est vostre non 5? » — c Sire, fet-il, l'an
m'apele Gauvain, le neveu le roi Artu. » — c Tant vos ain-je
mieuz. » fet li ermites. « Sire, dit la damoisele, vos estes del lignage
au poior 6 roi qui soit. » — c Duquel roi dites-vos? » fet misires
Gauvain. c Je di, fet-ele, du roi Artus par qui touz li siècles [est
empiriés, car il] anconmança bien à feire et ore est devenuz mau-
veis. J'an anhaï 7 1 chevalier por aïnor de lui, que je trouvai 8 vers
la chapele seint Augustin, et estoit li plus biaus chevaliers que je
onques véisse. Il ocist un chevalier dedanz la barre mout hardie-
mant. Je li demandai le chief du chevalier et le r'ala por ec et se
mist an grant péril ; il le m'aporta et je li fis grant joie; mès, quant
il me dit qu'il ot non Artus, je ne l'an soi gré de la bonté qu'il m'ot
feite, por ce qu'il avoit le non du mauveis roi. »
« Damoisele, fet misires Gauvains, vos diroiz vostre pleisir ;
je vos di que li rois Artus a tenue la plus riche cort qu'il tenist
onques, et de la mauveistié dont 9 vos li portez blâme se vost il
eschiver à toujorz mès, et fera plus de bien et plus de largesce
1 Notre M s. porte : et coer de falor et tesches sans vileioie. J'ai préféré la version de B.
— * B. omet : non pas une. — 5 Damoisele, je non. — « 01!, fet messire GanTains. — Ele
ie portera grant pièce, fet la damoisele. — Sire, fet li hermites. — 5 Nons. — 6 Al pior.
— ' Je hé trop. — 8 Qui me tro?a. — 9 De coi.
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#•
— 38 —
qu'il ne fist onques que Fan .sache 1 orandroit, tant conme il vivra ;
et je ne connois nul chevalier qui port son non. » — « Vos avez
droit, fet la damoisele, se vos le rescovez 2, puisqu'il est vostre
oncle; mès vostre rescousse ne li vaudra geires se il méimes ne
s'an oste. » — t Sire, fet li hennîtes à monseignor Gauvain , la
damoisele dira son pleisir ; Diex garisse le roi Artus 3 1 car ces pères
me fist chevalier. Or si sui prêtres et ai puis servi, an l'ermitage,
puis que g'i ving le roi Peschéor, par la volenté de notre Seignor
et par son conmandemant, et tuit cil qui le servent s'aparçoivent
bien de son gerredon, car li leus de son servise 5 repaire est si
dous que, quant l'an i a esté un an, ne sanble il pas que l'an i ait
esté I mois, par la seintéé du leu et de lui, et an son chastel 6 où je
ai fet meintefois li servise an la chapele où li seinz Graaus s'aparut7.
Por ce, sui-je ainsint de jeune aage [par sanblant], et tuit cil qui
le servent. » — « Sire, fet misires Gauvains, par où vet-an an son
ostel? » — c Sire, [fet li hermites], nus ne vos an peut anseignier la
voie, se la volanté nostre seignor ne vos i moinne; et i voudroiz-vos
aler?» — « Sire, [fet misires Gauvains], c'est la greindre voulante
que je aie. » — « Sire, fet li hermites, or vos doinst Diex voulanté
et courage de feire la demande 8 que li autres chevaliers à qui li
Graaus s'aparut ne vost feire, por quoi meintes meschéances sont
avenues puis à meintes genz. »
ixtant leissièrent le parler, et li hermites mena monseignor -
Gauvain an sa meson reposer, et la damoisele demoura en la cha-
pele. L'endemain, quant 1 aube aparut, misires Gauvains, qui ot
jéuz touz armez, se leva et trova mise sa sele, et la damoisele
autresi, et les frains mis; et vient à la chapele et treuve 9 l'ermite
qui iert apareilliez por la messe chanter *o, et voit la damoisele
ajenoilliée devant une ymage de Nostre Dame, et prioit Diex et la
doce Dame qu'il 11 la conseust de ce qui mestier li seroit, et pieu-
* Et plu» de Parg esse tant corn i! Tirra que nus rois que ore tache. — * Rescoés. —
» Arto. — « Que je fiog en l'ermitage. — * Senrioe sainiisme. — * Par la sainteté du
lien et par la dochor de ton chai tel. — 7 S'apert. — * ûez courage feire la demande. —
' Voit. — *e por mette chanter. — " Kt proie Dien et la douée mère merci qu'il, etc.
— .39 —
roit mout tandremant, si que les lerraes li couraient 1 aval la face.
Et, quant ele ot grant pièce oré, si se dresce 2, et misires Gauvains
si li dist que bonjor li donast Diex 3. Et ele li ranvoie son salu.
c Damoisele*, fet-il, moi sanble que vos n'estes pas très bien
joieuse 4. » — « Sire, fet-eie, je ai droit, car je sui près de mon
désertèment, car je ne puis trouver le Bon Chevalier. Or si me
convient aler au chastel du noir hermite et i porterai 5 le chief
qui pant à l'arçon de ma sele; car autremant ne porroie passer
parmi la forest, que mes cors riï fust detenuz ou vergondez; ce
iert la quitance du passage; puis, querrai la damoisele du char, et
irai par la forest sauvemant. » Atant a li hermites la messe con-
mapciée et misires Gauvains et la damoisele l'ont oïe. Quant la
messe fu chantée, monseignor Gauvains prist congié à Termite et
la damoisele autresi. Et misires Gauvains s an vet d'une part et la
damoisele d'autre, et conmandent 6 li un l'autre à Dieu.
se test atant li contes de la damoisele et dit que misires
Gauvains s'an vet 7 parmi la haute forest et chevauche à grant
esploit et prie à Dieu mout doucement que il le meste an tel voie
par où il puisse 8 aler à la meson au riche roi Peschéor 9. Et che-
vaucha jusqu'à ore de midi, et vint an la forest plénière et vit
desouz 10 un arbre un valet descendu d'un chacéor. Misires Gau-
vains le salue et cil 11 li dit : c Sire, bien puissiez -vos venir! » —
€ Biau douz anmis, quel part iroiz-vos? » fet misires Gauvains.
« Sire, je vois querre le seignor de cesle forest. » — c Gui &t la
forest 12? » fet misires Gauvains. c Sire, ele est au meillor cheva-
lier del monde. » — « Sauriez-m'en- vos dire noveles?» — « 11 doit
porter un escu bandé d'asur et d'argent, à une croiz vermeille el
une boucle d'or. Je di qu'il est bons chevaliers, si nu déusse-je pas
louer, car il ocist mon père an ceste forest d'un gavelot. Li Bons
i L'en qneoreot. — * Redresce. — * GauTains li dist bonjor li doinst Des. — 4 Qne Vos
ne soiés pas bien lie. — * Porter. — 6 Commande. — 7 Si se taist li contes de la damoi
seie et parole de monseigneur Ganvaio. Ci dit li contes que mesires GaaTains s'en ra. —
• Pnist. — 9 A la tere le roi Peschenr. — 10 Dasqn'à l'heure de midi et rit en la forest
plaoiére dosons. — « Notre Ms. omet : cil. — u Coi est-ele la forest?
— 40 —
Chevaliers estoit valiez quant il l'oeist *, et je veogeroie volantiers
mon père de lui, se je le irouvoie ; car il me toii le meillor chevalier
qui fust u réaume de Logres, quant il ocist mon père. Il le me toli
bien, quant il le m'ocist sans desfansse 2, de son gavelot ; ne je ne
serai jà mès à eise ne à repos si l'aurai vengié. » — < Biax douz
amis, (et misires Gauvains, puis que il est si bon chevalier, gardez
que vos n'acroissiez vostre doumache de vos méimes, et je voudroie
que vos l'éussiez trouvé par si que maus ne l'an venist 3. »
c Ge ne voudroie-je * pas, fet li valez, car je ne le verrai jà
an cest leu que je ne li coure sus, conme à mon ennemi mortel. » —
c Biau douz amis, fait misires Gauvains, vos diroiz votre pleisir,
mès dites-moi se il a nul recet an ceste forest où je me puisse annuit
herberger. > — « Sire, fet li valiez, je n'i sa recet jusqu'à XX lieues
en tous sans 5 en vostre voie; vos n'avez que targier, car près est de
none. » Et misires Gauvains salue le vallet, si s'an vet grant aléure
si conme cil qui ne sot ne voie ne santier, se ainsint non conme6
aventure le moigne. Et li plest mout la forest, qui si est bele, et ce
qu'il voit trespasser les bestes par granz routes 7. Si chevaucha
tant qu'il vint à l'avesprir 8. La vesprée estoit bele 9 et série et li
souleus devoit esconser. Et ot chevauchié XX lieues galesches puis
qu'il fu partiz du vallet; il douta mout qu'il ne trouvast nul recet.
Il trouva la plus bele praierie du monde, et regarda avant soi
quant il ot chevauchié II archiées, et voit un chastel aparoir de la
forest 10 desor une monleigne. Et estoit clos de granz murs à
querniaus, et avoit dedanz riches sales dont les feneslres paroient
par defors 11 les murs, et il avoit Une tor 12 enciene u mileu 13 et
estoit avironnez de granz èves et de granz praieries u. Misires Gau-
vains se trait cele part et esgarda vers l'antrée du chastel, si an voit
un valet oissir grant aléure sour un roncin, et venoit la voie que
1 Notre Ils. dit: il oci*t. — * DcfBance. — 3 Que dos l'éussiens Irové par si que mal
ne Ken dôust avenir. — * Feroie-je. — s Lieues galesches. — « Ne les voies ne les chemins
fors ensi corne. — 7 Les bestes trespassenl devant lui à grant ronte. — 8 Qu'il vient à
l'aresprir à un des chiés de la forest. — » Coie. — w Près de la forest. — 11 Sales feoestrées
qui paroient par deous. — 11 Grant tor. — 15 Eromi le chastel. — u Prairies et de riches
forest.
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— 41 —
misires Gauvains venoit. Et quant li valiez apressa *, si le salue
moul hautement.
ire, bien puissiez-vos venir! » — « Bone aventure aiez-
vosî fet misires Gauvains. Biau douz anmis, quex c h a s lia us
est-ce ci? » — « Sire, c'est li cbastiaus à la vesve dame. » —
c Conmant a-il non?» — c Akamaalot, et fu Viliain le gros, qui
mout fu loiaus chevaliers et preudon. Il est morz pièça et ma dame
est demourée sanz aïe et sanz conseil. Si est li chastiaus degerré, car
Fan li veust tolir à force ; li sires des Mores et uns autres chevaliers
qui la gerroient et li vuellent tolir son chastel 2. Ele dcsirre mout la
revenue de son fil, car ele n'a plus de conseil fors d'une soie fille et
de V chevaliers autres3 qui li aident à garder son chastel. Sire,
fet-il, la porte est fermée et li ponz traiz amont, car Tan garde le
chastel 4; raès vos me diroiz vostre non et, se il vos plest, g'irai
avant et ferai le pont abeissier et la porte desfermer, et diroiz que
vos i herbergeroiz annuit. » — < Grant merciz, fet misires Gau-
vains, mout saura l'an bien, ainz que je me parte du chastel, mon
non. > Li valiez s'an vet grant aléure et misires Gauvains chevauche
tout le pas, car il avoit grant jornée à feire, et trova une chapcle
qui séoit antre la forest et le chastel, et esloit assise sor MI cou-
lonbes de marbre, et avoit dedanz un sarceil mout bel. La chapele
n'esloit close de nule riens, ainz voi l'en le sarceil tout an aperl; et
misires Gauvains s'i arcste por esgarder. Et li valiez est antrez u
chastel et a fet le pont abeissier et la porte ouvrir; il descent et est
venuz an la sale où la veve dame estoit et sa fille. Et la dame de-
manda au vallet por quoi il estoit retornez 3. < Dame, por le plus
bel chevalier que je onques mes véisse, qui çoianz veust herber-
gier, et est garnis de toutes armes et chevauche sanz conpaignie. »
— c Et conment a-il non? » Cet la dame, t Dame, il me dist vos le
sauriez bien ainz qu'il se parte 6 de cest chastel. » La dame con-
i Qaant li râliez le voit et il Tôt auques aproebiô. — * B. ajoute : Et bien l'en ool .
tolo VU. — 8 Anciens. — * On garde le chastel près. — 5 Fait la dame ao vallet : « Porcoi
estes-ros retornés de faire moa message? » — 6 Que nos saverieos bien son nom ainz
qu'il partesist.
— 42 —
mança lors à plôrer de joie et sa fille ausinl ; et tandent lor mains
vers le ciel * : * Biau sire Diex, fet la veve dame, se ce est me fiuz 2,
je n'oi onques mès joie qui à cesle s'apareillast 3 ; je ne seroie pas
déséritet de m'arçnor, ne me perdroie mon chastel que l'en me veust
tolir à tort, por ce que je n'ai seignor ne avoé. »
A.lant se liève la veve dame et sa fille et s'an vont desour le
pont del chastel et voient monseignor Gauvain qui ancore esgardoit
le sarceil de la chapele. « Or tost, fet la dame, au sarceil porrons
nos bien véoir se ce est il. » Eles s'an vont vers la chapele grant
aléure, et misires Gau vains les voit venir, si descent. « Dame, fet-il,
bien puissiez- vos venir, et vos et vostreconpaignie! y La dame ne
respont mot, ainz vient au sarceil; quant ele nu treuve ouvert, si
chiet pasmée. Et misires Gauvains est mout esfraez quant il voit ce4.
La dame revint de pâmoison et giète un grant pleint. « Sire, fet la
damoisele à monseignor Gauvain, bien soiez-vos venuz ! Ma mère 5
cuida oreins que vos fussiez ces fiuz, si an mena mout grant joie ;
et ore voit bien que vos ne Testes pas, si an est mout dotante; quar
cis sarceuz doit ouvrir tantost 6 conme il revendra, ne ne saura Tan,
très qu'à icele eure, qui gist dedanz. » La dame se dresce et prant
monseignor Gauvain par la main : « Sire, fet-ele, conment est
votre nom? » — t Dame, fet-il, Tan m'apele Gauvain, le neveu le
roi Artu. » — « Sire, fet-ele, vos soiez le bien venuz por l'anmor
de mon fiuz et por amor de vos ! » La dame fet mener à un vallet
dedanz le chastel son cheval et porter son escu et son glaive. Puis,
antrent dedanz le chastel et moignent monseignor Gauvain an la
sale et le font désarmer; après li aporte l'en Tève por laver ces
mains et son vis, car il esloit camoissiez du hauberc. La dame li fet
veslir une riche robe de dras de soie et d'or et forrée d'ermine. La
vesve dame ist hors de sa chambre et fet séoir monseignor Gauvain
dejouste lui. « Sire, fet-ele, savez-me-vos dire novele de mon fiuz
que je ne vi piéça, ore dont je auroie mout grant mestier. »
i Les ciels. — * Se ce estoit mes fils. — » Notre Ms : M'aparillast.— 4 Quant il le Toit.
— & Madame ma mère. — * Ici s'arrête le premier fragment dn Ms. de Berne. -
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ame, fet-il, je ne vos sai à dire ouïes nouvelles de lui, ce
poise moi, car il est li chevaliers du monde que je verroie plus
volentiers, se c'est vostre fiuz que Tan dit. Conmant a-il non? » —
« Sire, fet-ele, Pelles va us an droit bautesme, et estoit mout |)iaus
valiez quant il se parti de çoianz. Orsuna l'an dit que ce est li plus
biaus chevaliers qui vive et li plus hardiz et li plus nez de toutes
vileinies. Si m'auroit grant mestier ces hardemenz, car il me leissa
en grant gerre, quant il s'anparti de ci, por le chevalier au vermeil
escu qu'il ocist; il s'an ala dedanz la semaintoe si c'onques puis ne
le vi, si a jà bien VII anz passez. Or si me guerroie li frères au
chevalier qu'il ocist et li sires des Mores, et me veullent tolir mon
chastel si Diex ne m'an conseille. Car mi frère me sont trop loig, et
li rois Pelles de la Basse Gent a gerpie sa terre por Dieu et est
antrez en un henni tage; li rois du Chastel Mortel a autretant de
mauvestié et de félonnie conme cist dui ont de bien en eus, qui
assez en i ont. Cil ne m'i feront ne secourz ne aide, car il cha-
longent monseignor le roi Peschéor et le seintime Graal et la lance
dont la pointe seingne chaucun jor; mès, se Dieu plest, il ne
l'aura jà. »
< Dame, fet misires Gauvains, il ot an l'ostel le roi Peschéor I
chevalier devant qni li seinz Graaus aparut 111 fois, ne onques ne
vost demander de quoi il servoit ne qui il honoroit. > — « Sire, dit
la fille à la veve dame, vos dites voir, et si est il li mieudres che-
valiers del monde, ce dist l'an por l'amor de mon frère, mès je ain
mout tous les chevaliers par anmor de lui; mès par le fol sans du
chevalier est chéuz li rois Peschièrres mes oncles en langour. » —
€ Sire, fet la dame, tuit bon chevalier doivent aler véoir le riche
roi Peschéor; dont n'iroiz vous? » — c Dame, fet paisires Gauvains,
oïl, au plus tost que je pourrai. Car je n'ai aillors la voie enprisc. »
— t Sire, fet-ele, dont iroiz-vos mon fiuz véoir, si direz à mon
fiuz, se vos le véez, ma mesaise et ma mestance, et le roi Pescbierre
mon frère. Mès gardez, misires Gauvains, que vos soiez mieuz
apanssez que ne fu li chevaliers. » — « Dame, fet misires Gauvains,
je ferai ce que Diex m'enseignera. » Endemantres qu'il parloient
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— 44 —
ainsint, atant ez-vos les V chevaliers à la veve dame qui vcnoient
de la forest, et font aporter cers et biches et cenglers. Si descen-
dirent et font grant joie de monseignor Gauvain, quant il soient
que ce iert il.
Vouant la viande fu p restée, il s'asistrent au mangier et
furent mout bien conraé et servi. Atant ez-vos le vallet qui ot la
porte ouverte à monseignor Gauvain. Si s'ajenoille devant la veve
dame1. « Et quex nouveles? » fet-ele. — « Dame, il aura une mout
grant assemblée ès va us qui jadis furent nostres. Jà i sont tandues
les loges galesches, et si sont cil anmedui qui vos gerroient et
autre chevalier à grant foison. Et ont devisié que cil qui mieuz le
fera asanbler prandra la garnison an cest chaste), quar il le gar-
dera à un an anconlre touz les austres. > La dame vesve conmence
à plourer. « Sire, fet-ele à monseignor Gauvain, or povez oïr, cest
chastel n'est pas miens, ainz veullent dire cil chevalier qu'il est
leur, si com vos entandez. » — c Certes, dame, fet-il, il font grant
vileinie et péchié. »
Vouant la table fu ostée, la damoisele chiet à monseignor
Gauvain au piez en ploraat; il l'en redresce tantost et li dist :
t Ha! damoisele, mar i féistes. » — « Sire, por Dieu, preigne-vos
pitié de ma dame ma mère et de moi. » — « Certes, damoisele,
pitié en ai-je grant. » — c Sire, ore verra l'en, à cest besoing, se
vos estes bons chevaliers. Car la chevalerie est bone qui bien fet
por Damedié. » La veve dame et sa fille s'an vont an la chanbre
et li liz monseignor Gauvain fu fez enmi la sale. Si se vet couchier
et li V chevalier autresi. Misires Gauvains fu la nuit an grant
penssée. L'endemçin, quant il fu levez, il ala la messe oïr à une
chapele qui loianz estoit et après menja MI soupes en vin; si
s'arma après ; tantost lors demanda aus V chevaliers qui loianz
ièrent s'il iront véoir L'asanblée. c Oïl, sire, font-il, se vos i alez. »
— « Par foi, voirement i irai-je. » fet misires Gauvains. Li che-
* J'ai retranché ici le commencement d'une phrase, inachevée : Et li dist qu'il.
— 45 —
valier se sont armez tantost et a l'en amené leur chevaus et le
monseignor Gauvain, et H vet prandre congié à la vesve dame et à
sa fille. Mès de ce meinent-eles grant joie qu'eles li ont oï dire qu'il
ira avec leur chevaliers à l'asenblée.
Mjsires Gauvains et li V chevalier raonstèrent et issirent
fors du chastel et chevauchièrent grant aléure devant une forest.
Misires (?auvains esgarde devant li, an la forclose de la forest, et voit
la plus bele qu'il onques mès éust véue, et est si grant qu'il n'an
pot pas la quarte partie véoir ne savoir. El est garnie de hautes
forest d'une part et d'autre, et de granz pierres u milieu et de bestes
sauvages, t Sire, font li V chevalier, vez-ci les vaus de Kamaa-
loth que Tan a toluz à madame et à sa fille, et des plus riches
chastiaus qui soient en Gales très qu'à VII. » — t C'est torz et
péchiéz. » fet misires Gauvains. Il ont tant chevauciiiù qu'il voient
les enseignes et les escuz là où l'asanblée doit estre, et voient jà
montez les plusors des chevaliers touz armez et por courre lor
chevaus aval la praierie. Et voient les paveillons tanduz d'une part
et d'autre. Et misires Gauvains s'areste et li V chevalier desouz
un arbre et voient que chevalier asanblent et d'une part et d'autre.
Uns des V chevalier qui èrent avec lui li fist connoistre le seignor
des Mores et le frère au chevalier au vermeil escu qui avoit non
Chaos li rois. Tantost conme li tornôiemenz fu assanblez, misires
Gauvains et li chevalier viennent à l'asanblée, et misires Gauvains
s'an vet à un chevalier galois et le porte à terre, et lui et le cheval,
tout en I mont. Et li V viennent après à grant eslès et abatent
chaucuns le sien et c'esbaudissent mout por monseignor Gauvain.
Chaois li rois voit monseignor Gauvain, mès il nu connoisl pas; il
vet vers lui de plein eslès et misires Gauvains le reçoit au fer de
son glaive et le hurte si durement qu'il li brise la chenole du col
et li fet voler le glaive des poinz. Et misires Gauvains cerche les
renz et d'une part et d'autre, et ne trouve ne n'ancontre chevalier
devant li an sa voie qu'il ne meste jus du cheval ou qui ne soit
navrez, ou par lui ou par les V chevaliers, qui moignent mout grant
joie de ce que il li voient feire. Il li monstrent le seignor des Mores
qui venoit à mout grant route de gent. Il vet cele part à grant
— 46 —
eslès. Si s'antrefièrent de lor glaives si aïréement qu'il les arçonent
et péçoient et s'antrehurtent si durement des chevaus et des cors
que li sires des Mores pert les estriex, et est brisiez li arçons
derierres, et chiet à terre par desus la croupe del cheval, si que li
coinz de son hiaume fiche pleine paume en la prée. Et misires
Gau vains prent le cheval, qui mout estoit riches et bons,- maugré
toute sa gent, et le donna à un des V chevaliers, et cil le fej mener
el chastel de Kamaaloth par un vallet. Misires Gauvains cerche
les rans d'une part ët d'autre et fet tant d'armes conme nus cheva-
liers péut plus feire méime; li V chevalier ceillent grant hardement
et firent plus d'armes, cel jor, que il onques mès n'orent fet. Car il
n'i ot celui au moins qui n'oit chevalier abatu et cheval gaeingnié.
Li sires des Mores fu remontez desor son riche cheval, et ot grant
vergoingne de ce que misires Gauvains I'ot abalu. Il choisit mon-
seignor Gauvain et vet vers lui grant aléure et cuide vengier sa
honte. 11 s'antreviennent de grant eslès, et misires Gauvains le fiert
du tronçon qui li estoit remés enmi le piz, si qu'il Fesquartèle
tôt. Et U sires dès Mores rebrise son glaive sor lui. Misires Gauvains
trait l'espée el gièle le tronçon à terre, et li sires des Mores fet ense-
ment et conmande à sa gent qu'il ne se mellent d'eus deus ; car
il ne trova onques chevalier qu'il ne conquist. U se donent granz
cox sor les hiaumes, si que les estancèles en volent et les espées
usent. Li cop monseignor Gauvain sont greignor que li autre, car
il les done si granz et si orribles que le sa ne raie au seignor des
Mores parmi la bouche et parmi le nés, si que li haubers an est
touz sanglanz; et ne peut plus andurer, ainz fiance prison à
monseignor Gauvain qui mout en est liez, et li V chevalier ense-
ment. Li sires des Mores vet descendre à sa tente et misires Gau-
vains avec lui et descent, et misires Gauvains prant le cheval et
dit à un des V chevaliers : « Gardez-le-moi. » Et tuit li chevalier
sont repeirié an lor tentes, et s'aedrdent tuit et dient tuit que li
chevaliers au vermeil escu et à l'eigle d'or Ta mieuz fet que nos, et
demandent au seignor des Mores s'il s'i acorde *, et il dist : c Oïl. »
i Le Ms. dit : acordent.
- 47 -
t Sire, font-il à roonseignor Gauvain, dont avez-vos le garde an
cest chastel à Kamaaloth. » — « Grant merciz, seignors, » fet
monseignor Gauvains. Il apèle les V chevaliers et lor dist : c Sei-
gnors, je veil que vos i soiez por moi et que vos le gardoiz par le
los des chevaliers qui ci sont, » — « Sire, nous le volons bien mout
volentiers. » — c Sire, fet monseignor Gauvains au seignor des
Mores, et vos doing conrae mon prison à la veve dame qui annuit
me herberga. » — « Sire, fet— il, non devez feire. Assanblée de
tornoi n'est pas gerre. Por ce ne devez mon cors enprisoner en
chastel. Car je sui bien poissans de ma reançon paiier ci. Mès
dites-moi quex li vostres nons est. > — «L'en m'apele Gauvain. »
. — « Ha, misires Gauvains, je ai meintefoiz oï parler de vos, ne
onques mès ne vos vi. Mès, puisque li chastiaus de Kamaaloth est
. en Yostre garde, je vos créant loiaument que, devant un an et un
jor, n'ara mès li chastiaus garde de moi ne toute la terre à la dame,
ne de moi ne d'autre, là où je l'an puisse destorner, et si le vos
fianz devant tous ces chevaliers qui ci sont. Et, se vos volez or ne
argent de moi, je vos an donrai à vostre volanté. » — « Sire, fet
-misires Gauvains, gran merciz,je m'an tieng bien atant comme
vos an avez dit. » Misires Gauvains prant congié et s'an retorne
vers le chastel de Kamaaloth, et an voie par I valet le cheval au
seignor des Mores à la fille à la veve dame, qui mout grant joie en
fist. Et li V chevalier anmoignent lor gaieng devant eus. Et, quant
il vindrent el chastel, a dont fu grant la joie. Se misires Gauvains fu
bien herbergiez la nuit el chastel, l'an ne s'an doit pas merveillier.
Il conta à la dame conmant li chastiaus estoit en la garde à ces
chevaliers. Quant il vint à la matinée, misires Gauvains se parti
del chastel et prist congié. Mès il ot avent oïe messe ; car tiex
estoit sa coustume. La veve dame et sa fille le conmandent à Dieu,
et li chastiaus demeure an greignor garde qu'il nfe l'ot trové.
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— 48 —
ne autre branche del Graal conmance ci, el nom
du père et del fil et del seint esperit. Et ce test ci
li conles de la mère au Bon Chevalier, et dit que
misires Gauvains s'an vet, si conme Diex et aven-
ture le moignent, vers la terre au riche roi Pes-
chéor. Et antre an une grant forest, touz armez,
son escu à son col et son glaive an sa main. Et prie Notre Seignor
qui le conseust de cest seint message qu'il a enpris, si qu'il le puisse
honorablement achever. Il chevaucha tant qu'il vint à la vespréeà
un recet qui estoit anmi la fbrest. Et estoit avironez d'une grant ève
et avoit anviron granz pleisseiz de bois, si que à grant poigne
povoit Tan choissir la sale qui mout estoit grant. La rivière qui l'avi-
ronnoit esloit èveroial, carele ne perdoit son sounon ne son cors,
jusqu'au la mer. Et misires Gauvains panssa que c'estoit recet à
preudonme; il se trait cele part por herbergier. Si conme il aprou-
choit le pont du recet", il regarde et voit un nain séoir sor I estage.
Il sailli sus : « Misires Gauvains, fet-il, bien puissiez-Vos venir! »
— c Biau douz amis, fet misires Gauvains, bone aventure vos doint
Dex! Connoissiez-me-vos donc?» fet-il. t Bien vos connois-je, fet
li nains, car je vos vi au lornoiement. En meillor point ne poviez-
vos mie venir çoianz, car mi sires n'i est pas. Mès vos i troverez
madame, la plus bele et la plus gente et la plus courtoise du réaume
de Logres, et si n'a pas encore XX anz. » — t Biaus anmis, fet
misires Gauvains, conmanta non li sires du recet?» — tSire,
l'an l'apele del petit Gomeret. Je vois dire à ma dame que misires
Gauvains vient, li bons chevaliers, et qu'ele face grant joie. » Et
misires Gauvains se merveille mout de la joie que li nains li fet,
quar il a meintes vileignies trouvées en plusieurs leus, en cors de
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_ 49 —
plusors nains. Li nains est venuz en la chambre où la dame estoit
« Or tost, dame, fet-il, menez grant joie, car misires Gauvains
vient herbergier avec vos. » — c Certes, fet-ele, de ce sui-je raout
liée et mout dolanle, liée por ce que li bons chevaliers gcrra çà
dedanz, et dolante por ce que c'est li chevaliers u monde que mes
sires het plus. Si le reisone por amor de lui, car il m'a dit mein-
tefoiz c'onques misires Gauvains ne porta foi n'a dame n'a damoi-
sele, qu'il q'an féist sa volanté. » — c Dame, fet li nains, il n'est
pas voir quanque l'an dit. *
Atant misires Gauvains antre an la corl et descent, et la
damoiscle li vient à rencontre, et li dit : « Sire, à joie et à bone
aventure soiez-vos venyz! » — t Dame, fet-il, et vos aiez honor et
bone aventure ! » La dame le prant par la main et l'anmoigne an
la sale, et le fet asséoir sor une coste de pailles. Et un vallet moinne
son cheval establer. Et li nains huche II autres valiez et fet mon-
seignor Gauvain désarmer et il i aide mout viguereusement, et fet
de Fève aporter por laver ses mains et son viaire. c Sire, fet li
nains, encore avez vos tous les poinz enflez des cox que vos
recéustes et donnastes au tornoiement. » Monseignor Gauvains ne
li respondi noiant. Et li nains antre an la chambre et aporte une
robe d'esquarlate forrée d'ermine, et la fet vestir à monseignor
Gauvain. Et la viande fu preste, et la table fu mise, et la dame
s'assiet au mangier. Il a esgardé la dame maintefoiz por la grant
biauté, et, se il voussist croire son cuer et ces euz, il éust tote
changiée sa panssée; mès il avoit si son cuer noué et eslaint qu'il
ne li leissoit pensser chose qui à vileinie tornast, por le haust
pèlerinage qu'il avoit anpris; ainz conmança ces euz à oster
d'esgarder la dame, qui de très grant biauté estoit esprise. Après
mangier, fu fez li Hz monseignor Gauvain, et il s'apareille d'aler
couchier. La dame li dist que bone aventure li donast Diex. Et il
li respont ensement. Quant la dame fu an sa chambre, li nains
dist à monseignor Gauvain : c Sire, je gerrai devant vos, si vos
soulacerai tant que vos soiez endormiz. » — c Gran merciz, fet-il,
et Diex le me lest déservir an aucun tens ! » Li nains s'apuie
devant monseignor Gauvain sor une couste, et, quant il vit qu'il
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— 50 —
dormoit, il se liève au plus coiement qu'il pot el vient à une nef
qui esloit an la rivière qui couroit derière la sale, et antre anz,
puis nage contremont la rivière. Et vient à une pescherie où il avoit
une sale mout bele an une petite ilète, el l'anclot un braz marins
de la rivière. Li jaleus estoit venuz por esbatre et gisoit anmi la
sale sour une couche. Li nains ist de . la nef là dedanz et alume
plein son poing de chandeles et vient devant la couche. « Quest-ce?
fet li nains, dormez-vos? » Et cil s esveille mout effraéement et li
demande que il a et dont il vient, t En non Dieu, fet-il, vos ne
gisez mie si à eise com fet misires Gauvains. » — « Que savez-vos?»
fet-il. c Ju sai bien, fet li nains, car ju leissai ores an vostresale
et si cuit qu'il sont couchiez lui et votre famé braz à braz. » —
« Gonment! fet-il, je li avoie desfandu qu'ele ne herberjast mon-
seignor Gauvain. » — t Par foi, fet li nains, ele li a fet la greignor
joie que je li véisse onques mès feire à nullui. Mès hastez-vos de
venir, car j'ai grant paor qu'il ne l'anmaint. » — « Par mon chief,
fet li chevaliers, je n'irai pas tant con il i soit. Mès ele le conparra,
quant il s'an sera alez. » — c Dont iert à tort, ce dist li nains, si
conme je cuit. »
IVlisires Gauvains gisoit an la sale, qui garde ne se donoit
de ce; il voit que li jorz aparut, biaus et clérs, si s'est levez. La
damoisele vient à l'uis de la sale et ne vit pas del nain, si connut
bien sa traïson ; elle dist à monseignor Gauvain : c Sire, por Dieu,
aiez merci de moi, car li nains m'a traïe. Se vos esloigniez nostre
forest et vos ne m'aidiez à rescourre de la doulor que mes sires me
fera soufrir, vos i auroiz grant péchié. Gar vos savez bien que je
ne doi estre ancourpèe vers mon seignor ne vers autre, par droit,
de chose que vos aiez feite vers moi, ne je vers vos. » — c Vos
dites voir. » fet misires Gauvains. Atant c'est armez et prant congié
à la dame et s'an ist fors du bel recet et s'anbuche an la forest près
d'ilec. Atant ez-vos le jalous chevaliers où il vient, lui et son nain.
Et antre dedanz la sale. La dame li vient à l'ancontre : < Sire,
fet-ele, bien puissiez-vos venir! » — • Et vos aiez, fet-il, honte et
maie aventure, comme la plus desloial qui vive, quant vos avez
annuit herbergié an mon ostel et an mon lit celui que je plus
resoigne I » — t Sire, fet-ele, an vostre ostel le herbergai-je, mès
onques vostre liz ne fu vergondez par moi, ne jà n'iert. » — t Vos
maniez, fet-il, conme fause. » Il s'arme tout erramment et fet
armer son cheval, puis fet la dame desceindre et despoillier en sa
chemise, qui merci li crioit mout doucement en plourant. Il monte
sor son cheval et prant sbn escu et son glaive, et fet la dame
prandre au nain par les tresces et la fet amener après lui en la
forest. Et s'areste desus un lac d'une fonteigne et la fet entrer en
• Tève qui sordoit mout froide, et descent et ceilli verges cinglanz an
la forest et la conmança à batre et à férir très parmi le dos et parmi
les mameles, si que li ruz de la fonteigne en estoit toz sanglanz.
Et ele conmança mout haust à crier. Adont primes Toi monseignor
Gauvains et se desbuche de là où il estoit et vient celle part grant
aléure. « Par foi, fet li nains, vez-ci monseignor Gauvain où il
vient. » — c Par foi, fet li chevaliers, or sa-je bien que il n'i ot
se viieinie non, et que ce est bien chose prouvée. » Atant est misires
Gauvains vcnuz et dist : « Avoi, sire chevaliers, porquoi ociez-vos
la meillor dame et la plus loial que je onques véisse? Onques mès
ne trouvai dame qui tant m'annourast ; si Tan déussiez savoir mout
bon gré ; ne an sa contenance, ne an son parler, ne an soi ne tro-
vai-je se tous les biens non, que Tan peut trouver an bone dame et
en loial. Si feites grant mal et grant péchié quant vos la maumetez
ainsint. Si vos voudroie prier par franchise et par amor que vos li
pardonnesiez vostre ire et que vos la méissiez hors de Tève. Et si
vos jurrai sor seinz an cele chapele c'onques mal ne vileignic ne li
requis, ne talant n'an oi. » Li chevaliers fu pleins de grant ire
porce qu'il vit que misires Gauvains n'an estoit pas alez, et une
angoisseuse jalousie li alume le cuer et le cors et ancharja har-
dement de grant folie et d'outrage, et misireâ Gauvains qui ancor
est devant li le meut en greignor errour. Et toutes voies li dit por
la péor qu'il ot de li : « Misires Gauvains, fet-il, je l'an oslerai par
un convenant que vos jousteroiz à moi et je à vos, et, se vos me
povez conquerre, quite sera du meffet et du blasme. Et se je vos
conquier, ele an iert ancoupée; tiex en iert li juises. » — c Je ne
demant mieuz. » fet misires Gauvains.
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— 58 -
A.tant, fet li chevaliers au nain feire mestre hors la dame du
lac de la fonteigne, et la fet séoir en une lande où il dévoient
jouster. Li chevaliers se trait arrière por prandre son eslès, et
misires Gauvains vient tant conme li chevaus li [peut randre
vers Marine le jalous. Et, quant il le voit venir, si eschive son
cop , il beisse son glaive et vient à sa famé qui se dementoit
mout durement et plouroit conme cele qui coupe n'i avoit, il la
fiert parmi le cors et lotit, puis s'antorne, tant con cheval Fan peut*
porter, vers son recet. Misires Gauvains voit la damoisele morte et
le nain qui s'anfuit grant aléure après son seignor, il le conssuit et
le démarche au piez de son cheval tanX qu'il li criève le cuer du
ventre, puis s'an vet vers le recet, car il cuide antrer dedanz. Mès
il trouva le pont fermé et la porte verrouilliée. Et Marins li escrie :
c Geste honte et ceste mésaventure m'est avenue par vos; mès vos
le conparroiz encore, se je vif. » Misires Gauvains ne vost pas
pleidier à lui; ainz se retrait arrière et revient là où la dame
gisoit morte, et la charge desor le col de son cheval toute sanglante.
Après l'anporte à une chapele qui estoit defors l'antrée du recet.
Puis descendi et le mist dedanz la chapele au plus bêlement qu'il
péut, conme cil qui mout an estoit dolanz et correciez. Après,
reclot l'uis de la chapele conme cil qui péor ot du cors por les
bestes sauvages, et se panssa que l'an la venroit ansevelir et enterrer
quant il s'an seroit partiz.
Autant s'an part monseignor Gauvains, moult courreciez, car
onques mès chose ne li avint, ce li sanble, dont il li pesast plus au
cuer. Et il chevauche, panssis et enbrons, parmi la forest, et voit
un chevalier venir la* voie que il venoit, si venoit an sauvage me-
nière; il chevauchoit à reculions an mout sauvage menière, ce
devant derrière, et avoit les reignes de son cheval très parmi son
piz, et portoit le pié de son escu desus et le chief desouz et son
glaive ce desouz desuz, et son hauberc et ses choses de fer trousée
à son col. Il voit monseignor Gauvain venir toute la foresf, qui
mout se merveille de lui quant il le voit, mès cil ne le voit pas,
mès il li crie mout haust : c Gentil chevaliers qui là venez, por
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Dieu, oe me feites nul mal, car je sui li Couarz Chevaliers. » —
« Par Dieu, fet misires Gauvains, vos ne me sanblez pas home qui
Fan doie mal feire. » Et, se ne fust la grant pansée de la grant ire
qu'il avoit, volantiers éust ris de sa contenance, c Sire chevaliers,
fet misires Gauvains, vos n'avez garde de moi. » Atant s'aproche et
le voit anmi le visage, et li Couarz Chevaliers lui. c Sire, fet-il, bien
puissiez-vos venir! » — « Et vos autresinl* fet misires Gauvains.
A qui estes-vos, sire chevaliers? » — « A la damoisele du char. »—
' « Tant vos ain-je mieuz, » fet misires Gauvains. « Enhaudieus,
fet li Couarz Chevaliers, dont n'auré-je garde de vos. » — *Non
voir, fet misires Gauvains, soiez tout aséur. » Li Couarz Chevaliers
voit Fescu monseignor Gauvain et le connoist : c Ha, sire, fet-il,
or sai-je bien qui vos estes. Or descendrai-je et chevaucherai à
droit et remetrai mes armes à point. Car vos estes misires Gau-
vains, ne nus ne devoit conquerre cel escu se vos non. » Li che-
valiers descent et met ses armes à droit, et prie monseignor Gau-
vain qu'il s'arest tant qu'il soit armez ; et il si fet mout volantiers
et li aïde. Atant ez-vos un chevalier où il vient grant aléure au.
travers de la forest connue tempeste, et avoit un escu parti de
blanc et de noir. « Misires Gauvains, fet cil, arestez-vos, car je
vos des G, de par Marin le jalous, qui por vos a sa famé ocise. » —
c Sire chevaliers, fet misires Gauvains, de ce sui-je mout dolanz
an mon cuer, car ele n'avoit mort déservie, i - i Ce ne vaut
Doiant, fet li Partiz Chevaliers, car je vos en requier la mort. Se
je vos conqueir, li torz en est vostres, et, se vos me conquérez,
misires tient le blâme et la honte por seue, et si tanra son ostez de
vos, se vos m'an leissiez eschaper vif. » — c Ce ne vos vé-je, fet
misires Gauvains, car Diex sait bien que je n'i ai coupes. » —
« Ha, misires Gauvains, fet li Couarz Chevaliers, ne vos combatez
pas, sor ma fiance. Car vos n'aurez jà ne secors ne aïde de moi. »
— t J'ai achevées [maintes aventures] fet misires Gauvains, sanz
vos; si ferai-je ancor ceste, se Diex m'an voust aidier. » Il s'antre-
vienent de plein eslés et brisent lor lances sor lor escuz, et misires
Gauvains hurte le cheval et passe outre et abat, tout ensanble,
et lui et le cheval. Après, trait l'espée et li cort sus. Et li chevaliers
li escrie : c Avoi, misires Gauvains, me voulez-vos donc ocirre?
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— 54 —
je me rant conquis, car je ne vcil pas mourir por autrui folie, et
si vos en cri merci. » Misires Gauvains pansse qu'il ne li fera plus
mal, car les conmandemanz son seignor doit il bien feire. Il tant
ces mains et li fet houmage, de par son seignor, de son recet et de
toute sa terre, et devient ces hon.
ixtant s'en part li chevaliers, et misires Gauvains remaint
ileques. « Sire, fet li Couarz Chevaliers à monseignor Gauvain,
je ne voudroie pas estre si hardiz conme vos estes. Car, se m'ait
Diex, s'il m'éust ausint desfié conme il fist vos, je m'an fusse fouiz
tantost, ou je li fusse chéuz au piez por crier li merci. » — • Vos
ne volez se pès non. » fet misires Gauvains. « Par Saint Jaques,
fet li Couarz, i a grant droit. Car il ne vient de gerre se mal non ;
ne je n*oi onques plaie ne blecéure, se aucuns rains ne la me fist;
et je voi vostre viaire tôt déplaié et navré an plusors leus. Si m'ait
Diex, de tel hardiece n'ai-je cuire, et chaucun jor pri-je Dieu que
m'an desfande. Si vos conmant à Dieu, car je m'an vois après ma
damoisele del char. » — c Vos n'an iroiz mie ainsint, fet misires
Gauvains, ains me diroiz ainçois por quoi vostre damoisele du
char porte son braz à son col pandu en tel menière. » — c Sire, ce
vos dirai-je bien. Ele servi, du seintime Graal, de cele main, le
chevalier qui fu en l'ostel le roi Peschéor, qui ne vost demander de
quoi ii Graaus servoil; por ce qu'ele en tint le précieus veissei
en quoi li glorieus sans dégoûta de la poigte de la lance, si n'en
vost nule autre chose tenir jusqu'à cele houre qu'ele revendra
el seint leu où il est. Sire, fet li Couarz Chevaliers, or m'an
puis-je bien aler, s'il vos plest; et vez-ci mon glaive que je vos
doing, quar je n'an ai que feire. » Misires Gauvains le prant,
car li siens estoit tronçonnez, et se part du chevalier et le con-
mande à Dieu. Et s'an vet grant aléure et misires Gauvains parmi
la forest et est mout traveilliez et mout las. Et chevaucha tant que
li souleus dut esconser. Et ancontre un chevalier qui s'an venoit
au travers de la forest et s'an venoit vers monseignor Gauvain,
grant aléure, si conme cil qui estoit fcruz parmi le cors; el crie
sor toute la forest : « Conmant avez-vos non, sires chevaliers? » —
c Je ai non Gauvains. » — « Ha ! misires Gauvains, fet cil,
— 55 —
ainsint sui-je navrez en vostre servise. • — c Conmant en mon
servise? » fet misires Gauvains. < Sire, je vouloie enterrer la
damoisele que vos aportastes an la chapele, et Marins li jalous me
courut sus, et me navra en plusors leus, en tel menière que vos
véez. Et je avoi jà la fosse feite à m'espée por le cors anterrer,
quant il la me toli et l'abandonna as bestes sauvages. Or m an vois
ci ilec à une «hapele à un ermite qui est an ceste forest, por moi
confesser. Car je sai bien que je ne vivrai pas longuement, car la
plaie me gist mout près del cuer. Mès je mourrai plus à eise de ce
que je vûs ai trouvé et vos ai monstré l'annui que Tan m'a fet por
vos. » — « Certes, fet misires Gauvains, ce poise moi. >
iitant s'an part li chevaliers, et misires Gauvains chevaucha
tant que il trouva en la forest un chastel mout bel et mout riche,
et encontra un ancien chevalier qui estoit oissuz del chastel por
esbatre, et tenoit un oisel sor son poing. Il salue monseignor Gau-
vain, et il lui, et li demanda quel chastel ce est, que il voit si bel
aparoir. Et il dist que c'est li chastiaus à l'orgeuleuse pucele qui
onques ne daigna demander à chevalier son nom. « Et nos qui à
lui somes, ne Posons feire por lui. Mès vos seroiz mout bien her-
bergiez el chastel, car ele est mout courtoise an autre manière, et
la plus bele que Tan sache. Ne oncques an autre manière n'ot
seignor, ne onques ne daigna anmcr chevalier, s'ele n'oït dire qu'il
fust le meillor chevalier du monde. Et je m'an irai avec vos por
courtoisie. » — < Gran merciz, sire. » fait misires Gauvains. Il
antrent u chastel andui ansanble et descendent à un perron devant
la sale. Li chevaliers prant monseignor Gauvain parmi la main et
l'anmoigne contremont et le fet désarmer et li porte un sercot
d'esquarlate, fouré de veir, et li fet afubler. Puis amoinne la dame
du chastel à monseignor Gauvain, et il se dresce anconlre li :
t Dame, fel-il, bien puissiez-vos venir! » — € Et vos, soiez bien
venuz, sire, fet-ele. Volez-vos véoir ma chapele? » — t Damoisele,
fet misires Gauvains, à vostre pleisir. » Et ele Fi moigne et prant
par la main monseignor Gauvain , et il regarde la chapele et li
sanble bien c'onques mès n'antra an si bele ne an si riche, et voit
1III sarceuz dedanz, les plus biaus que nus véist onques. Et avoit
— 50
à la destre partie de la chapele III pertuis an I mur, qui estaient
tuit avironnez d'or et de pierres précieuses, et voit outre les trois
pertuis grant luminaire de cbandeles devant III filatieres qui là
estoient. Et fleuraient plus souef que baumes. « Sire chevaliers,
fet la damoisele, véez-vos ces sarceus? » — « Damoisele, fet
misires Gauvains, oïl. » — c Li III sont fet por les III meillors
chevaliers du. monde, et li quarz por moi. Li uns a non mon-
seignor Gauvains, et li autres Lanceloz du lac. Je les ain por
anmors chaucun par foi. Et li tiers a non Pellesvaus. Celui ain-je
plus que les autres II. Et en ces III pertuis sont les reliques mises
por amor d'eus. Et or esgardez que je feroie d'eus se lour III chiés
estoietot çà dedanz ; et, se je ne le puis feire àus III ansanble, je le
ferai aus II ou à l'un. » Ele met la main vers les pertuis, et trait
' une cheville hors, qui fichiée estoit parmi le mur, et un tranchéor
d'acier chiet hors, d'acier, plus tranchant que nul rasors; et clot
les III pertuis : c Et ainsint lor trancheroie-je les chiés quant il
cuideroient aourer les reliques, si sont outre les III pertuis. Après,
ferai les cors prandre et mestre les ès III sarceuz et mout riche-
ment ennourer et ensevelir, car je ne puis avoir joie d'eus en lor
vie. Et, quant la fin de ma vie iert venue, que Diex le voudra, si
me ferai mestre el quart sarcueil, et aurai la conpaignie des trois
bons chevaliers. » Misires Gauvains ot la parole, si s'en merveille
mout durement et voudroit bien que la nuit fu trespassée. Il
issent fors de la chapele. La damoisele fet monseignor Gauvain
mout honourer cele nuit, et out grant compaignie de chevaliers là
dedanz, qui le servoient et qui aidoient le chaste! à garder. Il
honorent mout monseignor Gauvain, mès il ne sorent pas que ce
fust il, ne il nu demandèrent pas; car ce n'est'oit pas la coutume
du chastel. Mais ele savoit bien que il trespassoient parmi la forest
souvant, elo avoit conmandé à IIII de ces chevaliers, qui la forest
gardoient et les trespas, se nus de ces III chevaliers passast, que il
li amenassent sanz contredit; et ele en croislroit à chaucun sa terre.
ires Gauvain fu anuit el chastel trèsqu'à l'endemain et
ala la messe oïr en la chapele ainz qu'il se méust. Après, quant il
ont oie messe et il fu armez, il prist congié à la demoisele et oissi
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fors du chastcl conme cil qui n'a lalant de plus arestcr. Et antre
an la forest et chevauche une grant lieue galesche et trouva II che-
valiers séanz en un destor de la forest. Et, quant cil le voient venir,
il saillent sus les chevaus tuit armé et viennent contre monseignor
Gauvain, les escuz aus cox et les glaives ès poinz. c Sire cheva-
liers, font-il, aretez-vos, si nos dites vostre non sanz mantir. » —
c Seignors, fet-il, mout volentiers. Mes nons ne fu onques célez
puis que Tan le me demandast. L'an m'apele Gauvain, le neveu le
roi Artu. » — « Or, çà, sire, bien puissiez-vos cstre venuz; autre
demandieûz-nos fors vos; si vendroiz à la dame du mont avec nos,
qui mout vos désirre et qui fera mout grant joie de vos, au
chastel Orgeillous où ele est. » — Seignor, fet mesires Gauvains,
n'i ai loisir de l'aler, car j'ai ail lors ma voie anprise. » — « Sire,
font-il, vos i co vient à venir sanz faille, car il nos est ainsint com-
mandé que nos vos i maingnons à force, se vos n'i volez venir
déboneirement. » — c Je vos ai bien dit que je n'i irai pas. » fet
misires Gauvains. Lors saillent avant et le prannent par le fraing
et l'en cuident mener à force. Et misires Gauvains se vergoigne et
trait l'espée et fiert l'un par tel aïr qu'il li cope le braz. Et li autres
let le fraing et s'an tome grant aléure et cil avec, qui afolez estoit.
Et s'an vont vers le chastel Orgeilleus et vers l'orgeilleuse pucele del
chastel, et li monstrent le doumache qui avenuz lor estoit. « Qui
vos a ainssint malbailli? » fet ele. c Certes, dame, misires Gau-
vains. » — « Où le trovastes-vos? » — c Dame, font-cil, an la
forest, où il venoit vers nos grant aléure et voloit passer le destroit;
quant nos li déismes qu'il s'arestast et venist à vos, il n'i vost venir.
Nos li féimes force et il trancha le braz à mon cônpaignon. » Ele
fet sonner un cor tôt errant, et li chevalier du chastel s'arment et ele
lor commande à suivre monseignor Gauvain, et dist qu'ele croistra
sa terre et sa garison qui li amenra. Il furent bien XV chevaliers .
armez. Ainsint comme il dévoient oissir del chastel, atant ez-vos II
gardes de la forest où il viennent, anbedui fu feruz parmi les cors.
La damoisele et les chevaliers lor demande qui ce lor « fet, et il
dient : monseignor Gauvain qui ce lor a fet, qu'il voloient amener
el chastel. — « Est-il loinz? » fet la damoisele. c Oïl, fet-il,
IIII granz lieues galesches. » — c Et plus grant folie seroit de
— 58 —
lui suivre, fet li uns des XVI chevaliers, car nos n'i acroistrons
fors nostre honte et nostre doumage; et ma dame Ta perdu par son
for fet; car nos savons bien que ce fu il qui çà dedanz jut, se il
porte un escu de sinople à une aigle d'or. » — « Oïl, fet li cheva-
liers navrez, sanz faille. > — < Dont est-il ce? fet la dame, je le
connois bien, car je l'ai perdu par mon orgeil et par mon oustraje,
ne jà mès chevalier ne gerra an mon ostel, puisque il soit estranges,
que je ne li demande son non. Mès c'est à tart, car i a failli à
cetui à toujors mès, se Dex ne le me ramoigne, et par cetui per-
drai-je les deus austres. »
A.tant demoure la chace de monseignor Gauvain qui s'an vet
et prie à Dieu qu'il li anvoit verai conseil, de ce qu'il a enpris, et
qu'il le lest an aucun lieu venir o.ù il puist oïr noveles veraies de
l'ostel au roi Peschéor. Ainsint con il le pansoit, il ot un brachet
glapir et s'an vient vers lui grant aléure. Si conme il ot aprochié
monseignor Gauvain, il met le nés à terre et trueve une trace de
sanc parmi une voieerbeuse en la forest, et, quant misires Gauvains
vouloit leissier la voie de la . trace del sant, li brachez venoit
ancontre et glapissoit. Monseignor Gauvains ne vost gerpir la trace,
ains suit le brachet grant aléure, tant qu'il vient anmi la forest,
an un marès, et i voit une meson an un marès, viez et ancienne.
Il passe après le brachet parJesus le pont qui mout estoit foibles,
et avoit grant ève desouz, et vient an la sale qui gaste estoit et
ancienne. Et li brachez lest le glatir. Misires GaUvains voit enmi
la meson un chevalier qui estoit feruz parmi le piz trèsqu'au cuer,
et gisoit ileques morz. Une damoisele issoit hors de la chambre et
aportoit le suaire por lui ansevelir. c Damoisele, fet misires Gau-
vains, bone aventure aiez-vos! » La damoisele, qui plouroit
mout landrement, li dist : < Sire, je ne vos respondrai pas. » Ele
vient vers le mort chevalier, et cuidoit que ces plaies li rescreuas-
sent à seignier, mès. non feisoient. c Sire, fet-ele à monseignor
Gauvain, bien soiez-vos venuz. » — « Damoisele, fet-il, Diex vos
doint plus grant joie que vos n'avez. » Et la damoisele dit au
brachet : < Je ne vos rouvoie pas cetui amener, mès celui qui cest
chevalier ocist. » — « Savez-vos donc qui l'a ocis, damoisele? »
fet misires Gauvains. c Oïl, fet-ele, bien ; Lanceloz du Lac l'ocist
en cele forest, de qui Diex ra'achat vengeupe, et de touz ceus
de la cort le roi Àrtus, car il nos ont feit maint annui et maint
doumache. Mès, se Dieu plest, il an iert ancor mout bien ven-
giez, car il a un mout bel fil et je suis sa seur ; si a mout de
bons amis. » — « Damoisele, à Dieu vos conmant. » fet misires
Gauvains. Atant est oissuz du gaste manoir, et s'an revêt an son
chemin qu'il avoit gerpi, et prie à Dieu qu'il li laisl trouver Lancelot
du Lac.
f i reconmance une autre branche del Graal, el nom
del père et del fil et del seint esperit. Misires Gau-
vains s'an vet, et vespres aprouche, et avoit à destre
unestroit santierqui li sanblotestre hantez de genz.
Il s'an vet cele part, por ce qu'il vit le souleil abeis-
sier, et treuve an l'espoisse de la forest une grant
chapele. Et avoit un moult biau manoir npr defors. Devant la chapelc
avoit un vergier qui clos estoit de baliz de bois et n'avoit pas Testant
d'un home de haust. Un hermites, qui mout sanbloit estre preudons,
i estoit apoiez et regardoit dedanz le vergier, et feisoit grant jeie
d'eures en autre. Il voit monseignor Gauvain, si vet ancontre lui,
et monseignor Gauvains descent. « Sire, fet li hermites, bien puis-
siez-vos venir! » — « Diex vos oslroit la joie de paradis! » fet
misires Gauvains. Li hermites fet son cheval establer a un vallet,
puis le prant par la main et le fet séoir dejousle lui, por esgarder
le vergier. c Sire, fet li hermites, or véez de quoi je fas joie. »
Misires Gauvains esgarde là dedanz et voit II damoiseles et un
vallet et I anfant qui gardoient I lion, t Sire, fet li hermites,
véez-vos ici ma joie de cesl anfant/ Véistes-vos onques de son
aage si bel anfant? » — t Nanil. » fet misires Gauvains. Il s'an
vont u vergier séoir, car la vesprée estoit bele el série. Il le fet
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— 60 —
désarmer; après, li aporte la damoisele un sercot de soie mout riche,
fourré d'ermine. Et oiisires Gauvains regarde l'anfant qui chevau-
choit le lion mout volantiers. c Sire, fet li hermites, nus n'ose
garder ne meslroier, se cil anfes non. Et si n'a pas li valiez plus
de VI anz. Sire, il est de mout haust lignage, mès il est fiuz au
plus cruel home et au plus félon qui soit. Marins li jalous est ces
pères, qui sa famé ocist por monseignor Gauvain. N'onques puis,
li valiez ne vost éstre avec son père, que sa mère fu morte; car il
set bien qu'il l'ocist à tort. Et je sui ces oncles, si le fas ici garder
à ces damoiseles et à ces II valez, mès il n'est nule chose qu'il désire
tant à véoir conme monseignor Gauvain. Car il doit estre ces homs,
après la mort son père. Sire, se vos en savez noveles, si le nos
dites. » — « Par foi, sire, fct-il, nouveles en sai-je veraies. Vez-
vos là son escu et son glaive, et lui méimes auroiz-vos annuit à
oste. » — c Biau sire, esles-vos ce? » fet li hermites. c Ainsint
m'apele l'an, fet misires Gauvains, et la dame vi-ge ocirre an la
forest, de quoi je sui mout courreciez. »
iau niés, fet H hermites, vez-ci vostre désirier, venez à li,
et li feites joie. » Li valiez se part del lion et le fiert d'une courgiée
et le moigne en la cave et fet Puis fermer, qu'il n'an puist fors
oissir, et vient à monseigqpr Gauvain et monseignor Gauvains le
reçoit antre ces braz. « Sire, fet li enfes, bien §oiez-vos venuzî •
— t Diex vos croisse hopor ! » fet misires Gauyains. 11 le beise
et conjoit mout doucement, c Sire, fet li hermites, cist doit estre
vostre hons, ce lui devez-vos aidier et conseillier, car sa mère
reçut mort por vos. Cist aura mout grant mestier de vostre aide. »
Li enfes s'ajenoille devant lui et li tant ces mains jointes, c Sire,
esgardez grant pitié, fet li hermites, il vos offre son oumage. »
Et misires Gauvains met ces mains antor les seues. c Certes, fet
misires Gauvains, et vostre honor et vostre houmage ai-je mout, et
m'aide et mon conseil auroiz-vos toutes les foiz que vos an auroiz
mestier. Mès je veil savoir "vostre nom. » — « Sire, l'an m'apele
Meliot de Logres. » — < Sire, il dit voir, fet li hermites, car sa
mère fu fille à I riche conte du réaume de Logres. *
— 61 —
Misires Gauvains fa la nuit bien herbergiez et jut an une
moût bele roeson et mout riche. Au matin, quant misires Gau-
vains ot la messe oïe, li hermites li demande : c Quel part iroiz-
voz? 9 et il dist : t Vers la terre au roi Peschéor, se Diex le me
veust consantir. » — c Mesires Gauvains, fet li hermites, or vos
doint Diex mieuz feire vostre esploit que li austres chevaliers ne
fîst, qui devant vos i fu, par quoi les terres sont chéqes an doulor,
et li bons rois Peschierres en lenguist. » — « Sire, fet misires
Gauvains, Diex m'an laist feire son pleisir! » Atant prant congié,
si s'an vet. Li hermites le coumande à Dieu. Et misires Gauvains
chevauche tant par ces jornées qu'il esloigne la forest de l'ermi-
tage, et treuve la plus bele terre du monde et les plus bêles praierics
que nus véist onques; et duroit bien II granz lieues galesches. Et
voit une haute forest par devant lui et ancontre un vallet qui venoit
cele part, et le voit mout mat et mout sinple. c Biaus anmis, fet
misires Gauvains, dont venez-vos? » — c Sire, fet-il, je vien de
cele forest là dedanz. » — « A qui estez-vos? » fet misires Gau-
vains. « Je sui à un preudonme à qui la forest est. » — « Vos ne
sanblez pas estre bien liez. » fet misires Gauvains. « Sire, j'ai
droit, fet li valiez, car qui pert son bon seignor, il ne doit pas
estre liez. » — c Et qui est vostre sires? » — « Li meillors del
monde. » — c Est-il morz? » fet misires Gauvains. « Nanil voir,
fet li valiez, car ce seroit mout grant doulor au siècle; mès il ne
fu en joie, mout grant pièça. » — c Et conmant a-il non?» fet
misires Gauvains. c L'an l'apele, fet-il, Parlui, là où il est. » —
« Et où est-il donques? Le porroie-je savoir? » — « Sire, nanil
par moi, mès tant vos puis-je bien dire qu'il est en cele forest,
mais je ne doi pas le leu ànseigner autrement, ne je ne doi pas
chose feire qui soit contre la volonté mon mestre. » Misires Gau-
vains voft le vallet de très grant biauté et le voit adès enbronchier
vers terre et les lermes chéoir deseuz. Si li demande que il a.
c Sire, fet-il, je ne puis avoir joie trèsqu'à cele houre que je soie
entrez en un hermitage por m'ame sauver. Car j'ai fet le greignor
péchié que nus péust feire, car j'ai ocise ma mère qui réine estoit,
por ce soulement qu'ele dist que je ne seroie pas rois après la mort
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- 62 —
mon père, ainz me feroit moine ou clerc, et mes austres frères qui
meinnez estoit auroit le réaume. Quant nos pères sot que j'oi ocise
ma mère, il se randi en ceste forest et fist un hermitage et gerpi
son réaume ; je nç voil pas tenir la terre por la grant desloiauté
que je avoie feite, si me sui porpanssez que je doi mieuz mestre
mon cors à essil que mes pères, i — c Et conment est vostre
non? » fet misires Gauvains. < Sire, je ai non Joseus et sui du
lignage Joseph d'Abarimacie; li rois Pelles est mes pères, qui en
ceste forest est, et li rois Peschierres mes oncles et li rois del
Chastel Morel, et la veve dame de Kamaalot m'ante, et li Bons Che-
valiers Par-qui-li-fez 1 est de cest lignage autresint proucheins
comme je sui.
ii.tant s'anpart li valiez et prant confié à monseignor Gau-
vain, et il leconmande à Dieu et mout an a grant pitié et entre an la
forest et s'an vet grant aléure et treuve le riu d'une fonteigne qui
couroit par grant ravine, et avoit près d'ilec une voie qui mout
estoit hanlée. Il gerpi sa grant voie et s'en vet tout le ru de la fon-
teinne qui li dure une grant lieue plénière, tant qu'il choisi une
mout bele meson et une mout bele chapele qui mout estoit bien
close de haie de bois. Il garde par defors à l'entrée, desouz un
petit arbre et il i voit un des plus biaus home seoir qu'il éust
onques mès véu an son auge. Et estoit vestuz conme hermites,
blanche la teste et la barbe chanue, et tenoit sa main à sa meisele,
et feisoit tenir à I vallet un destrier mout bel et fort et grant et
un escu au souleil, et resgardoit un hauberc et unes chauces de
fer qu'il ot feites devant lui aporter, et, quant il voit monseignor
Gauvain venir, si se dresa ancontre lui et li dist : < Biau sire, fet-il,
chevauchiez bêlement et ne nos feites pas noise, car nos n'avons
mestier de pis avoir que nos avons. » Et misires Gauvains s'areste
et li preudons li dist : < Sire, por Dieu, ne le tenez â vileinie,
car je vos proiasse mout volentiers de herbergier se je n'éusse
» Ou plutôt : Par lui fez : qui s'est fait par loi-mémo. Voir pag. 63.
— 63 —
essoigne, mès uns chevaliers gist là dedanz malades que l'en tient
au meillor chevalier del monde. Si ne voudroie pas qu'il éust nul
chevalier en cest porpris, car il se leveroit, jà si deshaitiez conme
il est, ne ne le porroit nus garder ne retenir qu'il ne s'armast et
qu'il ne monstast sur son cheval et qu'il ne joustast à vos ou à
autre, s'il estoit ci, si l'an porroit bien de pis estre. Et por ce, le
gardé-je çà dedanz si an recoi que je ne veil qu'il voie ne vos ne
autrui, car ce seroit grant doumage au siècle s'il inouroit si tost. »
— « Sire, fet misires Gauvains, conmant a-il non? » — « Sire,
fet-il, il c'est fez par lui méime et por ce l'apelé-je : Parfez, par
chierté et par anmor. > — « Sire, fet misires Gauvains, poroit-il
estre en nule manière que je le voisse ?» — « Sire, fet li hermites,
je vos ai bien dit que nanil, nuz hons estranges ne le verra jâ
çoianz, devant cele houre qu'il iert sains et en joie. » — « Sire,
fet misires Gauvains, feriez-mi-vos en nule manière de ce que je
vos diroie? » — « Certes, sire, il n'est nule riens u monde que je
li déisse s'il ne m'apeloit avant. > Mout est dolanz misires Gau-
vains de ce qu'il ne peut parler au chevalier. « Sire, fet-il à l'er-
mite, de quel aage est li chevaliers et de quel lignage? » — « Du
lignage Joseph d'Abarimacie, le bon sodoiier. »
IXtant ez-vos une damoisele qui vient à Fuis de la chapele et
apele l'ermite mout bas, et li hermites se liève et prant congié à
monseignor Gauvain et clos Fuis de la chapele, et li valiez enmoine
le destrier et anporte les armes ià dedanz et referme le potiz de la
meson. Et misires [Gauvains] remeint defors et ne sel de voir se
il est fiuz à la veve dame, car il sont maint bon d'un lignage. U
se part touz esbahiz et rantre en la forest. Li esloires ne raconte
pas toutes les jornées qu'il Gst. Ainz vos veil dire à bries paroles
que il erra tant par terres et réaumes que il trouva une terre mout
bele et mout riche et un chastel el mileu séant. Il s'an vet cele part
et aproche del chastel et le voit avironé de granz murs et voit
l'antrée del chastel mout fors. Il esgarde et voit un lion enchaenné
* En recoi, plus sonfent à recoi, en secret.
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— 64 —
qui se gisoit cnmi l'antrée de la porte, et estoit fichiée la cbeanne
el mur. Et voit de chaucune partie de la porte II vileins de cuivre
marssis, qui fichiez estoient el mur et descochoient, par anging,
quarriaus d arbalesle, par grant force et par grant aïr. Misires Gau-
vains n'ose aprochier la porte, por ce qu'il voit 1 le lion à la porte et
itiex genz. Il esgarde desuz le mur amont et voit une manière de
gent qui sanbloient estre de seinte vie, et i vit provoires revestuz
d'aubes et chevaliers chanus et enciens qui vestuz ièrent ancienne-
ment. Et en chaucun quernel du mur avoit une croiz et une cha-
pele; desus le mur par là où l'en venoit d'une grant sale qui el
chaste! estoit ravoil une chapele, et avoit desuz la chapele une
croiz haute et de chaucune part de cele croiz an ravoit une, qui un
poi plus basses estoit, et desuz chaucune croiz avoit une aigle
d'or. Li provoire et li chevalier furent desor les murs et s'aje-
noilloient par devers cele chapele et regardoient vers le ciel, et
menoient grant joie, et sanbloit bien qu'il véissent Dieu el ciel,
o sa mère. Misires Gauvains les regarde de loing, car il n'ose
aprouchier le chastel por ceus qui descochent si durement que
nus arme ne le poiroit desfandre; il ne voit voie à destreneà
seneslre, se il ne relorne arrière; il ne set que* feire, il regarde
devant lui et voit un provoire oissu fors de la porte. « Biau
sire, fet misires Gauvains, bien soiez-vos venuz ! » — c Et vos
aiez bone aventure, fet li preudons. Que plest-vos? » — « Sire,
fet misires Gauvains, s'il vos pleisoit, je vos voudroie prier que
vos me dèissicz quel chastel c'est ci. » — « C'est, fet-il, l'antrée
de la terre au riche roi Peschéor, et çà dedanz conmance l'an à
feire le service du saintisme Graal. » — « Dont me soufrez, fet
misires Gauvains, que je puisse outre passer, car vers la terre le
roi Peschéor ai-je la voie emprise. » — t Sire, fet li prestres, je
vos di por vérité que vos ne poez entrer el chastel, ne aprouchier
de plus près le seint Graal, se vos n'aportez l'espée de quoi
seint Jeanz fu déco lez. » — « Quoi, fet misires Gauvains, dont
seroie-je malbailliz?» — «Vos m'an povez bien croire atant,
1 Le Mi. porte : voient.
— 65 —
fet li prestres, et si tos di que li plus fel rois mescréanz qui
vive Va. Mès se vos aportez l'espée, ces te antrée vos sera abandonée
et fera l'en grant joie de vos» en toz les leus où li rois Peschierres
a povoir. » — c Dont me couvient-il retorner arrière, fet misires
Gauvains, de quoi je doi estre moût dolanz. » — - c Non devez, fet
li prestres, car se vos aportez l'espée et nos la conquérez, dont
saura bien que vos estes dignes de véoir le seint Graal. Mès sou-
viègne vos de celui qui ne vost demander de quoi il servoit. »
Misires Gauvains s'an part atant, si dolanz et si panssis qu'il ne li
souvient demander an quel terre il trouvera l'espée, ne conment li
rois a non qui l'a. Mès il an saura nouveles quant Dieu pleira.
JU'estoire nos dit et tesmoigne que il chevaucha tant que il
vint defors un tertre, et estoit li jorz mout biaus et mout clers.
Il esgarde devant soi devant une chapele et voit I grant borjois
séoir sour un grant destrier qui mout iert riches et biaus. Li bor-
jois choisit monseignor Gauvain et vient ancontre lui et le salue
mout hautement, et monseignor Gauvains, lui. « Sire» fet monsei-
gnor Gauvains, Diex vos doint joie ! » — « Sire, fet li preudons,
mout sui dolanz de ce que vos avez si meigre cheval et si des-
charné. Avenist bien à si preudonme conme vos sanblez estre qu'il
fust mieuz anchevauchiez. • — c Sire, fet misires Gauvains, je
ne le puis or amander, ce poise moi. Je aurai autre quant Dieu
pleira. > — « Biau sire, fet li bourgois, quel part devez-vos aler? »
— «le vois querre l'espée de quoi li chiés seinz lehans Bautistes
fa décolez. > — c Ha ! sire, fet li borgois, vos alez en trop grant
péril : uns rois qui ne croit pas en Dieu l'a, qui mout est fel
et mout cruel. Si a non Gurgalanz et meinz chevaliers sont par
ci passez, qui por l'espée i aloient, qui onques n'an revindrent.
M£s, se vos me vouliez créanter que, se Diex vos dônnoit l'espée
conquerre, que vos par ci revendriez et la me montreriez au
revenir, je vos donroie cest destrier, qui mout est riches, por le
vostre. » — c Feriez? fet misires Gauvains, dont estes-vos mout
cortois, car vos ne me connoissiez. » — c Certes, sire, fet-il, vos
me sanblez estre si preudons que vos me tanrez bien ce que vos
m'avez en convant.» — c Et je le vos créant tôt ainsint, fet misires
— 66 —
Gauvains, que, se Diex la me lest conquerra, je la vos montrerai
au revenir. »
Autant descent li borjois et monte sor le [cheval] monseignor
Gauvain, et misires Gauvains sor celui, et prant congié au borjois
et s an vet, et entre an une mout grant forest outre la cité, et che-
vauche tresqu'à souleil couchant, qu'il ne treuvc ne chastel ne
cité. Et Ireuve un pré anmi la forest, mout large, et coroit outre si
conme li ruissiaus d'une fonteinno parmi. Il esgarda au pié de la
prée mout prés de la forest et voit une tante mout large dont les
cordes esloient de soie et li peisson d'ivoire, fichié an terre, et li
poumel d'or, et avoit desour chaucun un aigle d'or. La tante estoit
blanche anviron et li festes par desus estoit d'un mout riche drap de
soie autretel conme vermeus samiz. Misires Gauvains s'an vet cele
part et descent devant Puis de la lente et abat à son cheval le freing
et le lest pestre de l'erbe, et apuie son glaive defors la lente et son
escu, et prant garde dedanz et voit une couche mout riche d'un drap
de soie et d'or, et avoit desodz un dras déliez aulresi conme cheinsil
et pardesuz un couvertor d'ermine et de veir sanz goûte <Ti>r. Et
avoit au chevez II oreilliers si riches que nus ne vit onques si biaus,
et rendoient une odor si grant qu'il sanbloit que la tente fust an-
baumée. Et avoit anviron la couche, riches dras de soie eslanduz
par terre. Et avoit d'une part et d'autre du chevez II sièges d'ivoire,
et avoit desus II cousins de pailles, mout riches, et avoit aus piez
de la couche, an sus du lit, deus chandelabres d'or où il avoit
II granz cierges. Si avoit une table mise anmi la tante, qui toute
estoit d'ivoire, bandée d'or à riches pierres précieuses. Et estoit
desus la table la nape estandue et li tailléour d'argent et li coutel
au manche d'ivoire et li riches veisselemenz d'or. Misires Gau-
vains voit la riche couche, si s'asiet desus toz armez enmi, et se
merveille por quoi icele tente est si richement apareilliée et plus
de ce qu'il n'i voit anmè. Si conme il meimes se voloit désarmer,
Atant ez-vos un nain qui entre an la tante et salue mon-
seignor Gauvain, puis s'ajenoille devant lui et le vouloit désarmer.
Lors souvint à monseignor Gauvain par qui la' dame fu ocise :
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- 67 -
t Biau douz amis, traez-vos en. sus de moi, car je ne me veil ores
pas désarmer. > — « Sire, fet li nains, si ferez séu rement, car
▼os n'ayez garde jusqu'à demain, ne vos ne fustes onques plus
richement herbergiez que vos seroiz ennuit, ne plus honorée-
ment. » Dont se conmance misires Gauvains à désarmer, et li
nains li aide. Et, quant il fu désarmez, il met ces armes près de ia
couche et c'espée et son escu et son glaive couché dedanz la tante,
et li nains prant I bacin d'argent et une touaille blanche, et fet à
monseignor Gauvain laver ses mains et son viaire. Après desferme
un cofre mout bel et trait fors une robe d'un drap d'or fourré
d'ermine et le fet à monseignor Gauvain vestir. « Sire, fet li nains,
ne soiez pas an maleise de vostre destrier, car vos le raurez le
matin à vostre lever, je Panmenrai por estre plus à eise mout près
de ci, et puis m'an revenrai à vos. » Et misires Gauvains li ostroie.
Atant ez-vos II valiez qui aportent le vin et les viandes sor la table
et font monseignor Gauvain asseoir au mengier, et ont granz teurcis
alumez sor un grant chandelabre d'or, et s'an partent tantost. Que
que misires Gauvains menjoit, atant ez-vos II damoiseles qui vien-
nent an la tente et le saluent mout hautement. Et il respont au plus
bel qu'il sot. « Sire, font les damoiseles, or vos doint Diex demein
force et povoir d'abatre la mauveisse coustume de ceste tante ! » —
t I a-il donc mauveisse coutume, damoisele?» fet-il. t Oïl, sire,
trop vileigne dont il me poisse mout, mès vos me sanblez bien che-
valier por l'amander, à l'aide de Dieu. >
XJLtant s'est levez de la table et un des valiez fu apareilliez
qui les napes osta. Et les II damoiseles le prannent par la main et
le moignent hors de la tante et s'asiéent enmi le pré. « Sire, fet
l'ainnée, conmant avez- vos non? » — c Damoisele, fet-il, je ai
non Gauvain. » — « Tant vos amons-nos mieuz, car savons nos
bien que la vileinne coustume de la tante iert ostée, par un couvant
que vos choissiroiz annuit laquele qui mieuz vos pleira de nous
deus. » — c Damoisele, grant merciz. » fet-il. Atant se dresce, car
tra veillez estoit, si se traist vers la couche et les damoiseles le ser-
vent et aident à son couchier. Et quant il fu couchiez, eles s'assiéent
devant lui et ont le cierge alumé, et s'apuient sor la couche et li
— 08 —
presantent mont lor servise. Misires Gauvains ne lor respont autre
chose que : « granz merciz > ; car il panssa à dormir et à reposer,
c Par Dieu, fet Tune, à l'autre, se ce fust monseignor Gauvains, li
niés le roi Artu, il parlast à nos autrement, et trouveissions en lui
plus de déduit que en cestui. Més cist est uns Gauvains contrefez;
malement est emploiée l'anor que Tan li a feite. Cai chaust, il en
paiera demein son escot. »
iltant ez-vos le nain où il vient : « Biaus anmis, font-eles,
gardez-nos bien cest chevalier qu'il ne s'an fuie, ainssint va il
d'ostel an ostel par truendisse, si se fet apeler mesire Gauvain,
més il ne le sanble pas. Quar, se ce fust il, et nos voussisions
veillier II nuiz, si veillast-il ou III ou IIII. » — c Damoisele, fet
li nains, il ne s'an peut fouir, s'il ne s'an vet à pié, car ces che-
vaus est an ma garde. » Et misires Gauvains ot bien que lès damoi-
seles dient, més il ne lor respont mot. Atant s'an partent et dient
que maie nuit li ostroit Diex, conme à mauveis chevalier et à failli
et à recréant, et conmandent au nain qu'il ne se meuve an nule fin.
Misires Gauvains dormi la nuit mout poi, et, tantost comme il vit
le jor, si se leva et trouva ces armes prestes et son cheval qui li fu
amenez touz anselez defors la tante. Il s'arma le plus tost qu'il
peut et li nains li aïde et li dist : » Sire, vos n'avez pas no* damoi-
seles servies à gré, eles se pleingnent trop de vos. > — « Ce poisse-
moi, fet misires Gauvains, se je l'ai déservi. » — c Ce est grant
doumache, fet li nains, quant si biaus chevaliers con vos estes
est si mauveis conme eles dient. > — c Eles diront lor pleisir,
fet-il, car c'est droit, le ne sai à qui merci randre del bon ostel
que j'ai éu, fors qu'à Dieu, et, se je véisse le seignor de la tante
ou la dame, je les en merciasse mout. »
jLjJant ez-vos II chevaliers où il viennent par devant la
tante, sor lor chevaus, tuit armez, et voient monseignor Gauvain
qui estoit montez et avoit son escu à son col et son glaive an son
poing, conme cil qui s'an cuidoit aler sanz plus feire. Et li che-
valier li viennent devant, c Sire, font-il, aquitez vostre herber-
gement. Nos nos en mesaiesames erssoir por vos et vos leissames la
— 69 —
tante et quanque il i avoit à bandon, et vos vos en voulez aler en
tel menière. » — t Que vos plest que je face? » fet misires Gau-
vains. « Il vos couvient déservir notre viende et l'anordela tente. »
Atant ez-vos les II damoiseles qui viennent, qui mout èrent
de grant biauté. « Sire chevaliers, font-eles, or verrai se vos estes
le niés le roi Artu. » — « Par foi, fet li nains, je ne cuit pas qu'il
doie oster la mauveise coutume par quoi nos perdons la venue des <
chevaliers. Et, s'il le povoit feire, je li pardonroie mon mautalent. »
Misires Gauvains s'ot ranponner autresi la nuit conme le jor *, si en
ot grant vergoigne. Il voit qu'il ne s'an peut partir sanz meillée. Li
I des chevaliers se trait arrières et fu descenduz, et li austres estoit
sor son cheval touz armez, son escu à son col et son glaive enpoing-
nié. Et vient vers monseignor Gauvain de plein eslès et misires Gau-
vains vers lui, qui le fiert de si grant aïr qu'il li perce son escu et
li ajoute son escu aus braz et le braz ancoste, et li enferre son
glaive el cors et le hurte si durement qu'il l'abat à terre, lui et son
cheval tôt as anblée. * « Par mon chief , véez misires Gauvains li con-
trefez, li mieux fez hui qu'il ne fu erssoir ! » Il sache son glaive à lui
el trait l'espée et li cort sus, quant li chevaliers li crie merci et dit
qu'il se tient à conquis. Misires Gauvains se porpansse qu'il fera et
se regardent les damoiseles. « Sire chevalier, fet l'ainnée, vos
n'avez garde de l'autre chevalier trèsqu'a celle oure que cist iert
ocis, ne la mauveise coustume ne peut estre ostée tant conme eist
soit an vie. Car il est sires de l'autre, et por la vileinne coustume n'i
vint il chevalier mout a grant pièce»» — «Or oez, fet li chevaliers, la
grant desloiauté de lui; il n'est riens u monde qu'ele anmast autant
par sanblant con ele feissoit moi. Or m'a ma mort jugiée. » —
« Ancor, le vos di-ge bien, fet-ele, qu'ele n'an iert jà ostée s'il ne
vos ocist. » Atant misires Gauvains li liève le pan del hauberc et
li boute l'espée el cors. Atant ez-vos le chevalier mout iré et mout
dolanz et plein de grant ire por son conpaignon qu'il voit mort, et
i II faudrait : Àotreai le jor conme la nuit.
* U faut saas doute ajouter ici comme plot loin : AtatU s'eêtrie li nains.
— 70 —
vient de grant aïr à monseignor Gauvain et monseignor Gauvains à
lui et s'antrefièrent si durement qu'il percent lesescuz et percent les
aubers, et rompent la char des costez au fer des glaives, et s'antre-
heurtent si durement li cors des chevaus et des chevaliers que li
arçon froissent et li estrier estandent et les cengles ronpent et li
darrié arçon brisent, et li glaive tronçonnent, et li chevalier
chiéent à la terre si très durement que li sanz lor vole parmi les
bouches et parmi lés nés. Au chéoir que li chevaliers fist, misires
Gauvains li brise la canole du col au hurter. Atant c'escrie li nains :
t Damoisele, vostre Gauvains bestornez le fet bien. » — c Nostre
Gauvains iert il, font-eles, s'an lui ne remaint. » Misires Gauvains
se trait an sus del chevalier et vient vers le cheval et leissast le che-
valier mout volentiers vivre se ne fust por les damoiseles. Car li
chevaliers li crie merci, et misires Gauvains en a mout grant pitié,
et les damoiseles li crient : « Se vos ne l'ociez, la vileinne cous-
tume n'iert pas chéue. > — « Sire, fet la mainnée damoisele, se vos
le voulez ocirre 1, an la plante de son pié de vostre espée, car
autrement ne morra il jà. » — t Damoisele, fet li chevaliers,
vostre amor m'est tornée à honte, ne jà mès chevalier ne devroit
avoir fiance an amor à damoisele. Mès Diex en gart les austres
qu'eles ne soient tiex ! » Misires Gauvains se merveille de ce que
la damoisele li dist et se trait arrières, et a grant pitié del cheva-
lier et vint d'autre part là où fu ces chevaus alez et prist la sele à
l'autre chevalier mort et la met sor son cheval et le retrait; et li
afolez chevaliers fu remontez et li nains li ot aidié, et fuit vers la
forest grant aléure. Et les damoiseles c'escrient : « Misires Gau-
vains, vostre pitié nos occira huit an cest jor. Quar li chevaliers
sans pitié s'an vet por secor et si nos eschape, nos serons morte et
vos autresi. >
IXtant saust misires Gauvains sor son cheval et prant un
glaive qui estoit apuiez à la tante et consuit le chevalier si qu'il
l'abat à terre. Après, li dit : c vos n'an povez aler an avant. » —
i II faut sani doute ajouter ici : férez-k.
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€ Ce poise-moi, fet li chevaliers, car je fusse vengiez ainz la nuit
de vos et des damoiseles. > Et misires Gauvains treit l'espée et li
fiche an la plante del pié, pleinne paume, et li chevaliers c'estant
et meurt. Et misires Gauvains revient arrière et les damoiseles li
font grant joie et distrent que jà mès autrement ne fust la mauveise
coustume ostée. Car, se il s'an fust alez, tous fust à recommencier,
car il est de tel manière, car il fu du paranté Achilles, car tuit li
ancessor ne porent oncques mourir autrement. Et misires Gau-
vains descçnt et les damoiseles prannent garde à la plaie de son
cote], et il dit que il n'a garde. « Sire, font-eles, ancore vos
offrons-nos nostre servise, car nos savons bien que vos estes bons
chevaliers. Recevez à enmie lequele que vos voudroiz. » —
t Grant merciz, damoiseles, fet misires Gauvains, vostre amor
ne refus-je pas et à Dieu vos conmant. » — « Conment, font les
damoiseles, vos an iroiz-vos ainsint? Certes, roieuz vos vendrait
htiimès séjorner an cesle tante et aeisier. » — « Il ne peut estre,
fet-il, car je n'ai loisir du demourer. » — « Leissiez Tan aler, fet
li meignée, car ce est li plus fox chevaliers del monde. » — « Par
mon chief, fet Teinnée, ce poise-moi quant il s'an va. Car mout
me pléust sa demourance. » Atant s'an part misires Gauvains et
est remontez sor son cheval, puis est entrez an la forest.
ne autre branche dit que Josephus nos raconte
et tesmoigne del seint Graal et nos conmance ci
el nom del père et del fil et del saint-esperit.
Misires Gauveins chevaucha tant que il vint an
une foi est, et voit une terre mout bele et mout
riche, an un grant anclos de mur, et de quoi la
terre et le pais durait mout loing la clôture. Il vient
cele part et n'i voit que une entrée là dedanz et voit le plus biau pais
que nus véist onques et le miex garni, et les plus biaus vergiers. Li
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païs n'estoit pas larges plus de mi lieues galesches, et a?oit anmi
une tor sus une roche haute. Et avoit une grue en haust qui
là guettoit et crioit quant nus- hons estranges antroit u païs.
Misires Gauvains chevauchoit parmi la terre, la grue c'escria
haust, si que li rois de Gales l'oï, qui sires estoit de la terre.
Atant ez-yos II chevaliers qui viennent après monseignor Gau-
vain et li dient : « Sires chevaliers, arêtez-vos et venez parler
au roi de cest païs, car nus chevaliers estranges ne passe parmi sa
terre qui ne le voie. > — « Seignor, fet misires Gauvains, je ne
savoie pas la coustume, je irai volantiers. » Il Tan moinent an la
sale où li rois estoit, et descent misires Gauvains et lait son escu et
son glaive apouié à un perron et monte an la sale. Li rois fet grant
joie de lui et li demande où il ira. « Sire, fet misires Gauvains, en
un païs où je ne fui onques. » — c Je sai bien, fet li rois, où ce
est, puisque vos passez parmi ma terre. Vos alez an la contrée
le roi Gurgalain, por conquerre l'espée de quoi S. Jehanz fu
décolez. >
ire, fet misires Gauvains, vos dites voir. Diex me consente
que je Taie ! » — «Ce n'iert pas si hastivement, fet li rois. Car
vos n'iroiz mès de ma terre devant un an. » — * Ha, fet misires
Gauvains, por Dieu, merci î » — « Il n i a autre merci, fet li rois. >
U fet tantost monseignor Gauvain désarmer; après, li fet aporter
robe por vestir et l'annoure mout. Mès il n'est pas à eise, ainz li
dit : < Sire, porquoi me volez- vos tenir ci dedanz si longuement?»
— « Sire, por ce que je sa bien que vos auroiz l'espée et ne reven-
droiz pas par moi. » — c Sire, fet misires Gauvains, je vos créant
que, se Diex la me donne conquerre, je revenrai par vos. > —
c Et je vos leirrai partir de moi à vostre volanté. Car je ne désir
tant riens à véoir. > Il jut la nuit loianz; l'andemain s'an parti et
oissi fors de la terre, mout liez et mout joieuz. Et s'an vet vers la
terre le roi Gurgalain. Et antre an nuieuse forest del font et trouva
en droit eure de midi une fonleigne qui close estoit de marbre et
estoit aonbrée de la forest par deseure autresi conme de feille, et
avoit riche pilers de marbre tout environ à litiaus d'or et à pierres
précieuses. Eus el mestre piler pandoit uns veisiaus d'or à une
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chaenne d'argent, et avoit anmi la fonteigne une ymage si propre-
ment figurée conme se ele fust vive. Lorsque misires [Gauvains]
s'aparut à la footeinne, l'ymage se mist en Fève et c'est esconsée.
Misires Gauvains deseent et vost prendre le veissel d'or, quant
une voiz li escrie : « Vos n'estes pas li bons chevaliers cui l'an en
sert et cui l'an en garist. » Misires Gauvains se trait arrière et voit
un clerc venir à la fontainne, qui estoit de jeune aage et de blans
dras vestuz, et avoit une estole an son braz, et tenoit un veisselet
d'or carré; et vient au veisselet qui estoit au piler de marbre panduz
et esgarde dedanz et puis reince l'autre veisselet d'or qu'il tenoit,
et puis met an l'un ce qu'il tenoit an l'autre.
Atant ez-vos II damoiseles qui viennent, de mout très grant
biauté, et avoient blanches vesléures, et lour chiés avoient couvers
de blans dras, et aportoient l'une an un veisselet d'or pain, et
l'autre an un veisselet divoire vin, et l'autre an un d'argent
char; et viennent au veisselet d'or qui au piler pandoit et mestent
anz lor aport ; après, l'asiéent desus le piler, puis s'an revont
arrière. Mès au râler sanbla à monseignor Gauvain qu'il n'an n'i
éust que une. Misires Gauvains se merveilla mout de cest miracle,
il s'an vet après le cler qui l'autre veissel d'or anportoit, et li dist :
c Biausire, parlez à moi. > — « Que plest-vos? » fet li clers.
« Où portez-vous cel veissel d'or et ce qui dedanz est? » — c Àus
hermites, fet cil, qui sont an ceste forest et au bon chevalier qui
gist chiés son oncle, malade, le roi hermite. » — « Est-ce loing
de ci? > fet misires Gauvains. « Sire, oïl, fet li clers, à vostre eus.
Mès je i serai plus tost que vos ne seroiz. » — c Par Dieu, fet
misires Gauvains, je i voudroie ore estre; si le péusse véoir et
parler à lui. » — c le le croi bien, fet li clers, mès n'an est ores
mie leus. » Misires Gauvains prant congié, et s'an vet et chevauche
tant qu'il treuve un hermitage et voit Termite par defors. Il fu
vieuzet chanuz et de bone vie. c Sire, fet-il à monseignor Gauvain,
où iroiz-vos? » — t An la terre le roi Gorgalan ; sire, est-ce la
voie?» — « Oïl, fet li hermites. Mès mainz chevaliers ont passé
par ci qui onques n'an revindrent. » — « Est-ce loinz? » fet-il.
c II et sa terre est près de ci, mès li chastiex est loinz, où l'espée
- 74 -
est. » Misires Gauvains jut la nuit là dedanz. L'anderoain, quant
il ot oïe messe, s'an parti, et chevaucha tant qu'il vint an la terre
le roi Gorgalan, et ot les genz de la contrée démener mout grant
deul. Et ancontre un chevalier qui s'an venoit grant aléure à un
chastel.
< Sire, fet misires Gauvains, porquoi font les genz de cest
chastel tel deul, et de tout cest païs et de toute ceste contrée? Car
je les oi plourer et batre lor paumes de toutes parz. » — « Sire,
fet-il, ju vos dirai. Li rois Gorgaranz si n'avoit que un sol fil, si li
a tolu un jaianz qui mainz maus li a fet et mout de sa terre gastée.
Or a fet li rois crier partout, qui son fil li porroit raporter et le
jaiant ocirre, il li donroit la plus bele espée del monde que il a et
tout de son trésor conme il an voudroit prandre. Or ne treuve il
chevalier si hardi qui aler i ost; et blasme plus assez sa loi que la
loi aus crestians, et dit que s'aucuns crestians venoit en sa terre,
qu'il le recevrait. » Misires Gauvains est mout joieuz de ces nou-
veles e( se part del chastel et chevauche tant que il vient au chastel
au roi Gorgalan. Les noveles viennent au roi qu'il a un chevalier
crestien venu en son chastel. Li rois an moine grant joie, puis le
fet venir devant lui et li demande conment il a non et de quel
terre il est. « Sire, fait-il, j'ai non Gauvain et si sui de la terre le
roi Arlus. » — € Vos estes, fet-il, de la terre au Bon Chevalier.
Mès je n'an puis trouver an la moie terre qui ost mestre conseil
an un mien afeire. Mès, se vos estes de tel valor que vos i vosissiez
mestre conseil, je le vos gerredoneroie mout bien. Uns jaianz en
a porté mon fil que je mout amoie, et, se vos voliez mestre vostre
cors en aventure por mon fil, je vos donroie la plus riche espée
c'onques fust forgiée, de quoi li chiés S. Jehanz fut décolez ; ele est
sanglante chaucun jor en droit midi, por ce que li preudons ot à
icele heure le chief copé. » Li rois li fet aporter l'espée et li montre
le feure premièrement, qui touz estoit chargiez de pierres pré-
cieuses, et les renges estoient de soie à boutons d'or, et l'anheu-
déure antretele, et li poumiaus estoit d'une seintime pierre sacrée
que Énax, uns haus emperères de Roume, i fist mestre. Puis, la
traist hors li rois del feure, et l'espée en ist toute sanglante, car il
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- estoit eure de midi. Et la fist tenir devent monseignor Gauvain tant
que l'eure fu passée; lors devint l'espée aatresint clère conme une
esmeraude et autresint vert. Et misires la regarde et la couvoite
mout plus qu'il ne fist onques mès; et voit qu'ele est autressint
grant conme une autre espée, et, quant ele est el feurre mise, si ne
sanble pas li feures ne l'espée estre de la longuer de H espanz.
ire chevaliers, fet li rois, ceste espée vos donrai-je et ferai
autre chose dont vos auroiz joie. » — « Sire, fet misires Gauvains,
et je ferai vostre besoigne, se Diex plest et sa douce mère. » Atant
li enseingne la voie par où li jaianz s'an ala et le leu ou il ot son
repaire, et misires Gauvains s'an vet cele part et se conmande à
Dieu. Les genz du païs proient selonc lor créance por lui, 'que il
puist repairier an vie et an santé, car il vet an grant péril. Il a
tant chevauchié que il vint à une grant monteigne haute, qui
m avironnoit une terre que li jaianz avoit toute gastée, et duroit bien
III lieues galesches li clos de la monteigne; et là dedanz estoit li
jaianz qui estoit si granz et si crueus et si orribles qu'il ne dotoit
nului el monde, ne n'avoit esté requis de chevalier grant tens
avoit ; car nus n'osoit cele part àbiter. Et l'antrée de la monteigne
estoit si estroite par où l'en aloit à son recet que nus chevaus n'i
peut passer, ainz convient à monseignor Gauvain leissier son
cheval et son escu et son glaive et passer outre la monteigne à
mout grant force; car la voie estoit autresint conme une tranchiée
entre pierres aguës. Il est venuz à la pleinne terre et resgarde
devant lui et voit un recet que li jaianz avoit sor une roche, et
choissit le jaiant et le vallet, où il séoient à la pleinne terre desouz
un arbre. Misires Gauvains fu armez et ot c'espée ceinte, et vet
cele part; et li jaianz le voit venir, si salli sus et prant une grant
hache qui dejoute lui estoit et vient vers monseignor Gauvain touz
antesez, et le cuide férir à II mains très parmi le chief. Et misires
Gauvains ganchit, qui le haste de l'espée et li done tel cop qu'il li
tranche fe braz atout la hache. Et li jaianz retorne arrières quant
il se sant afolez et prant le fil le roi par le col à l'autre main et
restreint si durement qu'il l'esteint et estrangle et ocit; puis revient
à monseignor Gauvain et l'acole et estraint mout durement très
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parmi les flanz et le liève III piez en haust de terre, et l'an cuide
porter à son recet qui estait anson la roche. Si conme il s'an aloit,
il chiet atout monseignor Gauvain et fu desouz; mès il cuida
relever, mès il ne peut; car misires Gauvains H anvoia l'espée très
parmi le cuer outre ; après, li trancha la teste, et vient là où li
anfes le roi gisoit morz, dont il est mout dolanz; et le cbarcbe à
son col et prant la teste du jaiant an sa main et revient là où il
leissa son cheval et son escu et son glaive, et est montez et revient
arrière et aporte le fil le roi devant lui et la teste del jaiant pandant.
Xji rois et tait cil du chastel viennent ancontre lui à mout
grant joie; mès, quant il voient le damoisel mort, si mue lour grant
joie en grant deul. Et misires Gauvains descent devant le chastel
et présante au roi son fil et la teste del jaiant. « Certes, fel-il, se je
le vos péusse présanter vif, je en fusse mout plus joianz. » —
c Je vos en croi bien, fet li rois, et, de tant con vos en avez fet, vos
sai-je mout bon gré et auroiz vostre gerredon. » Et il regarde son
fil, et le regreste mout doucement, et tuit cil du chastel après.
Après, fet alumer un grant luminaire enmi la cité et fet feire un
grant feu et fet son fil mestre an un veissel d'arein, tout plein
(fève, et le fet cuire et boulir à cel feu, et fet pandre la teste del
jaiant à la porte.
vouant la son fil fu bien cuite, il la feit détranchier au
plus menuement qu'il peut et fet mander touz les haus homes de
sa terre et en donne à chaucun tant con ele dure. Après, fet
aporter l'espée et la donne à monseignor Gauvain. Il l'an mercie
mout. « Encor ferai-je plus por vos, » fit li rois. Il fet mander
touz les homes de sa terre an la sale et en son chastel. « Sire,
fet-il, je me vueil baulisier. » — c Diex en soit loezî » fet misires
Gauvains. Li rois fet mander un hermite de la forestetse fet bau-
tisier et ot à non Archis, en droit baptesme; et à touz ceuz qui ne
vostrent an Dieu croire, conmanda à monseignor Gauvain qu'il k>r
copast les testes.
insint fu bautisiez cel rois, qui sires estoit d'Albanie, par
le miracle Dieu et par la chevalerie monseignor Gauvain, qui del
chastel se part à mout grant joie, et ebevaocbe tant qu'il s'an est
venuz en la terre au roi de la Gaie et se penssa qu'il s'iroit aquiter
sa fience. Il descendi devant la sale, et li rois li fist mout grant joie
quant il le voit venir. » Et misires Gau vains li a dit : « Sire, je me
vieng aquiter; vez-ci l'espée.» Et li roîs la prant an sa main et la
regarde mout volentiers et après en fet mout grant joie et la met an
son trésor et dit : « Or i ai-je fet mon désirrier. » — « Sire, fet
misires Gauvains, dont m'avez-vos traï? » — « Par mon ehief,
dit li rois, nou auroie, car je sui du lignage à celui qui seint leban
décola ; si la doi mieuz avoir que vos. » — « Sire, font li cheva-
lier au roi, monseignor Gauvains est mout loiaus et mout courtois
chevaliers ; si li randez sa conqueste, car vos i auriez grant blasme
de lui malfeire. » — « Je li randrai, fet li rois, par tel convenant
que la première damoisele de qui il iert requis , quelque chose
qu'ele li requière, quelqu'ele soit, ne li soit pas véée. » Et misires
Gauvains li ostroie, et par cel ostroi souffri puis mout de ver-
goigne et d'angoisse et fu blâmez. de mainz chevaliers. Et li rois li
randi l'espée. II jut la nuit là dedanz et au matin, au plus tost
qu'il pot, s'an parti et chevaucha tant qu'il vint defors la cité où li
bourjois li donna le cheval por le sien. Et li manbra de la cove-
nance, si s'areste grant pièce et s'apoie sor l'aresteul de son glaive,
tant que li borjois vint. Adonc fet mout grant joie li uns à l'autre,
et missires Gauvains li monstre l'espée, et [li borjois la prant et] fiert
cheval des espérons et s'an vet grant aléure vers la cité. Et misires
Gauvains vet après grant aléure, qui li crie qu'il fet grant vileinie.
c Ne venez pas après moi, fet li borjois, en la cité, car ce sont gent
de quemune. > Et il le suit après, car il ne le peut aconssuivre defors.
Et ancontre là dedanz une grant porcession de prouvoires et de clercs
qui portoient croiz et encensiers. Et misires Gauvains descent por la
porcession et voit le borjois qui est antrez dedanz l'iglise et la por-
cession après, c Seignors, fet misires Gauvains, feites-moi randre la
toste que cil bourjois m a tolue, qui est antrez dedanz vostreyglise. »
— c Sire, font li prouvoire, nos savons bien que e'est l'espée de
quoi seinz Jehanz fu décolez, si la nos aporte li borjois çà dedanz
por mestre aveques noz reliques, et dit qu'ele li est donnée. » —
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— 78 —
t Ha, seignors, fait misires Gauvains, non est; ainz li a voie mons-
trée por aquiter ma fiance. Et il Fan a aportée vileinement. » Après,
lor conte ainsint conme il li est avenu, et li provoire li font
randre et il s'an part à mout grant joie, et remonste sour son
cheval et est oissuz fors de la cité. Il n'ot alé geires loing quant il
encontre un chevalier qui venoit, tout armé, quanque li chevaus
li povoit randre, son glaive aloignié. < Sire, fet-il à monseignor
Gauvain, je vos aloie aidier, Fan nos avoit dit qu'an vos avoit
meffet an la cité ; et je sui del chastel qui secort touz les estranges
chevaliers qui par ci passent, puisqu'il ont mestier d'aïde. • —
< Sire, fet misires Gauvains, bénéoiz soit li chastiaus ! Ge ne me
plein pas del trespas puisque Fan m'a fet droit. Et conment a non
li chastiaus? » fet misires Gauvains. < Sire, Fan Fapele le chastel
de la Pelote. Si m'an retorne en arrières, puisque vos estes délivres,
et herbergeroiz ennuit avec monseignor qui bons preudons est et
entiers. » Et il s'an vont ansamble vers le chastel qui mout estoit
biaus et bien séanz. Il antrent dedanz, et, quant il furent antrez
dedanz, li sires qui séoit desor un perron de marbre avoit II filles
mout bêles et les faisoit devant lui jouer d'une peloste d'or, et les
esgardoit mout volentiers. Il voit descendre monseignor Gauvain, il
vet encontre, si li fet mout grant joie ; après, le fet mener à ces
II filles an la sale.
Vouant il fu désarmez, l'en li aporta une mout riche robe
et, après le mangier, les II puceles s'asiéent dejoute lui et li font
mout grant joie. Atant ez-vos un nain qui ist hors d'une chanbre
et tient unes courgiées. Et vient aus damoiseles et les fiert parmi
les viaires et parmi les chiés : « Levez sus! fet-il, foies mal en-
seigniées! vos feites à celui feste que vos déussiez haïr, quar c'est
monseignor Gauvains, li niés le roi Artus, par qui vostre antein fu
ocise. i Atant se lièvent, toutes vergoigniées, et s'en vont en la
chanbre; et misires Gauvains remaint illec touz esbahiz. Mès lor
pères le conforte et lor dit : « Sire, ne vos chaille de chose qu'il
vos die! car li nains est nostre mestres, si chastie et enseigne mes
filles ; si est irez de ce que vos océistes son frère, que vos océistes
le jor que Marins ocist sa famé por vos, dont nous somes mout
- 79 —
dolanz en cest chas tel. • — c Ainsint sui-je, feit misires Gauvains,
mès je n'oi coupes en sa mort ne ele; ausint le set bien Diex
veraiemenl. »
Lia nuit jut misires Gauvains u chastel et l'andemain s'an
parti, et chevaucha tant par cez jornées que il vint au chastel de
ï'antrée de la terre au riche roi Peschéor, et vit que li lion n'es-
toient pas an l'antrée, ne li vilein de coivre ne tréoient plus. Et
voit à grant porcession les provoires et ceus del chastel venir an-
contre lui, et il descent et un vallet fu aparelliez qui prist ces
armes et son cheval, et il monstre l'espée à ceus qui contre lui
vcnoient. Il estoit eure de midi, il trait l'espée et il la voit toute
sanglante; et il l'anclinent et aourent et chantent : Te Deutn lau-
damus. A itel joie fu misires Gauvains recéuz el chastel et il
remist l'espée el feurre, et la gardoit mout près et ne feisoit pas
savoir en touz les leus où il se herbergoit qu ele fust tele. Li pro-
voire et li chevalier del chastel font mout grant joie et li prioient
mout, se Diex l'avoit mené el chastel le roi Peschéor et li Graaus
s'aparoit devant lui, quMil ne fust mie si oyblieus conme li autres
chevaliers. Et il respondi que il feroit ce que Diex li anseigneroit.
isires Gauvains, fet li mestres des provoires, qui mout
estoit anciens, vos auriez grant mestier de reposer, car vos me
sanblez estre mout tra veilliez. > — « Sire, car j'ai mout de choses
véues, dont je sui mout esbahiz, ne ne sai que ce puisse estre. • —
< Sire, fet li provoire, cist chastiaus est li chastiaus de l'Anqueste,
car vos ne demanderoiz chose dont l'an ne vos die la sénéfience,
par le témoignage de Joseph le bon clerc et le bon hermite, par
qui nos l'avons, et il le set par l'anoncement del seint esperit. » —
c Par foi, fet misires Gauvains, je sui mout esbahiz des trois
damoiseles qui furent à la cort le roi Artus, si aportèrent les II d'un
roi et les deus d'une réine, et si menèrent an un char G et L chics
de chevaliers dont li un estoient sééllé an or et li autre an argent
et li autre an pion. • — c Voire, fet li prestres, que par la réine
estoit li rois traiz et morz, et les chevaliers dont les chiés estoient
el char, ele dist vérité si conme Joseph nos tesmoigne, car il nos
dit par remanbrance que par envie fa Adanz traïz et touz li peuples
qui après fu et li peuples qui est à venir s'an doudra toujorz mès.
Por ce que Adanz fu li premiers hons, l'apele il roi, car il fu nostre
père terriens et sa moillier réine. Et li chiés des chevaliers sèéllez
an or sénéfient la nouvele loi, et li chief séélé an argent, la viez, et
les chiés séélez an pion, la fausse loi des Sarrazins. De ces III ma-
nières de genz est establiz li mondes. > — c Sire, fet misires Gau-
vains, je me merveil del chastel del noir hermite, là où Tan li toit
les chiés touz, et la damoisele me dist que'li Bons Chevaliers les en
giteroit touz fors quant il viendroit. Et autre gent qui laienz sont
le regrestent. > — c Vos savez bien, fet li près très, que, par la
pome que Ève fist mangier à Adam, alèrent autressint an anfer,
aussint li bon conme li mauveis; et, por son peuple giter d'anffer
devint Diex hons, et gita ces an mis hors d'anfer par sa bonté et
par sa puissance; et por ce nos fet Joseph révérance del chastel au
noir hermite qui sénéfie anfer, et que li Bons Chevaliers an gitera
ceus fors qui dedanz sont. Et vos di que li noirs hermitesest Lucifer
qui autresint est sires d'anfer conme il vost estre de paradis. Sire,
fet li prestres, ce vost traire por cele sénéfiance li bons hermites
por la novele loi en quoi li plusor ne sont pas bien connoissant,
si an veust faire révérance par exanple. > — c Par Dieu, fet misires
Gauvains, je me merveil mout de la damoisele qui toute estoit
chanue et dist qu'ele n'iert chevelue devant cele eure que li Bons
Chevaliers aura conquis le seint Graal. > — < Sire, fet li preudons,
chaucuns jorschanûe doit ele bien estre, dès dont fu ele bien chanue
que li bons rois chéï en langour par le chevalier qu'il herberja,
qu'il ne ifist la demande. La chenue damoisele sénéfie Joseu Jose-
phus qui fu chanuz devant le crucefiemant Nostre Seignour, ne ne
fu cheveluz trèsqu'à icele oure qu'il ot rachetez son peuple par son
sanc et par sa mort. Li chevaliers qu'ele moine après lui sénéfie la
roe de fortune; car, tout autresint conme li chars vet sor les
roueles, demoinne ele le siècle aus II damoiseles qui la suivent.
Si le povez-vos bien véoir, car la plus bele ceurt à pié et l'autre
estoit sor I mauveis roncin et èrent pourement vestues, et la tierce
avoit plus riche ator. Li escuz, où la vermeille croiz estoit, qu'ele
leissa à la cort le roi Artus, sénéfie le seintime escu de la croiz
81 —
que onques nus n'osa anchargier, se Diex non. » Misires Gauvains
ot ces sénéfiances, si li plest mout, et se pansse que à l'escu qui
an la sale le roi pandoit n'osoit nus mestre la main ne anchargier
le, si conme Tan li ot conté an mainz leus; ainz atandoient le Bon
« Chevalier de jor en jor, qui por l'escu devoit venir.
« Sire, fet misires Gauvains, de ce que vos me dites me feites
connoistre ce dont je estoie esbahiz ; mès j'ai esté mout dolanz
d'une dame que I chevaliers ocist por moi, si n'i avoit coupes, ne
je ne ele. » — « Sire, fet li prestres, ce fu mout grant sénéfiance
de la mort, car Josephus nos tesmoigne que la vielle loi fu abatue
par I cop de glaive sanz ressusciter, et, por la vielle loi abatre,
si soufri Nostres Sires à férir el costé del glaive ; par cel cop fu
la vielle loi abatue et par son crucefiement. La dame sénéfie la
vielle loi. Volez-vos me plus demander? » fet li prestres. « Sire,
fet misires Gauvains, je ancontrai I chevalier an la forest qui che-
vauchoit ce devant deriére, et portoit ces armes ce desus desouz.
Et dist qu'il estoit li Couarz Chevaliers, et portoit son hauberc sor
son col, et tantost conme il me vit il remist ces armes à droit et
chevaucha corn uns autres chevaliers. > — < La loi estoit ber-
tornée, fet li prestres, devant le crucefiement Nostre Seignor, et
tantost corn il fu crucefiez, si refu mise à droit. » — t N'encor i a
(ont el, fet misires Gauvains. Quar uns chevaliers vint jouster à
moi, mi partiz de blanc et de noir, et me requéroit la mort à la
dame de par son mari, et me dist que, se je le conquéroie, que lui
et si home seroient mi home. Je le conquis et il me fist homage. »
— c C'est droiz, fet li prestres, parla vielle loi qui fu abatue, furent
tuit cil sougiet, qui an demorérent, et seront à toujorz mès. Volez-
vos plus anquerre? » fet li provoires. t Je me merveil mout dure-
ment, fet misires Gauvains, d'un anfant qui chevauchoit I lion an
un hermitage, et n'osoit nus aprochier del lion se li enfes non, et
n'avoit pas plus de V anz, et li lyons estoit mout cruieus. Li enfes
avoit esté fiuz à la dame qui por moi fu ocise. » — < Mout avez
bien dit, fet li prestres, qui le m'avez ramtéu *. Li enfes sénéfie le
1 Kamcmén.
6
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— 82 —
Sauvéor del monde qui nasqui en la vielle loi et fu circoncis, et li
lions qu'il chevauchoit sénéfioit le monde et H peuples qui dedanz
est, et bestes et oisiax, que nus ne pourroit gouverner se par sa vertu
non. » — «Diex, fet misires Gauvains, conme j'ai grant joie an mon
cuer de ce que vos me dites. Sire, je trouvai une fonteinne an une
forest, la plus bele que nus véist onques, et avoit une ymage dedanz
qui lors s'esconsa qu'ele me vit, et aporta I clercs I veissel d'or et
prist, an un autre veissel d'or qui pandoit à la coulonbe, ce qu'il
i avoit, si le mist el sien ; après i vinrent III damoiseles et enplirent
le veissel de ce qu'il en aportèrent; tantost me sanbla qu'il n'an i
éust que une. • — « Sire, dit li prestres, je ne vos en dirai plus
que vos an avez oï, et de tant vos devez vos tenir à paié ; car l'en
ne doit pas descouvrir les secrez au Savéor, ainz les doivent cil
garder céléement à qui il sont conmandez. >
t Sire, fet misires Gauvains, je vos veil demander d'un roi;
quant je li oi son fil raporté mort, il le fist cuire, et après le fist
mengier à touz ceus de sa terre. » — « Sire, fet li prestres, il avoit
jà son cuer apoié à Jhésu-Crist; si vost son sacrefice feire de son
sanc et de sa char à Nostre Seignor, el por ce an fist-il mahgier à
touz ceus de sa terre et vost que lor penssée fust autretele conme
la seue. Et a si toute sa terre desracinée de toute mauveise créance
qu'il n'an n'i a point demorée. » — » Bénéoile soit l'eure, fet
misires Gauvains, que je ving çoianz ! » — t Ce soit mon! » fet li
prestres. Misires Gauvains jut la nuit là dedanz et fu mout bien
herbergiez. Le matinet, quant il ot oïe messe, s'an parti et ist fors
del chastel quant il ot pris congié. Et treuve la plus bele terre del
monde et les plus bêles praieries que nus véist onques et les plus
bêles rivières et forés, garnies de bestes sauvages et d'ermitages. Et
chevauche tant qu'il, vint I jor, si conme il devoit avesprir, chiez
I hermite, et estoit sa meson si basse que cheval n'i poist entrer *.
Et sa chapele n'estoit geires greigdre, et li preudons n'estoit issuz
de là dedanz passé avoit XL anz. Li hermites mist son chief à la
Le Ms. répète déni fois : Si basse que cheval nJi poist antrer.
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— 83 —
fenestre; quant il voit monseignor Gauvain, si dit : c Sire, fet-il,
bien puissiez-vos venir! » — t Sire, Diex vos doint joie! Me
herberjeroiz-vos' annuit? » fet misires Gauvains. c Sire, nus ne
herberge çoianz se Damedieu non ; quar bons terriens n'antra çà
dedanz o moi, XL ans a; mès vez ici devant, le chastel où l'en
herberge les hons chevaliers. » — t Qui est li chastiax? » —
< Sire, li bons rois Peschéor, qui est avirpnnez de granz èves et
planteureuse de tous biens, se li sires fust an joie. Mès il n'i doi-
vent herberger se bons chevaliers non. > — c Diex le doint, fet
misires Gauvains, que je le deviegne ! »
louant il set qu'il est près del chastel, il descent et se confesse
à l'ermite et géhit touz ces péchiez et an est repantanz mout
veraiemant. c Sire, fet li hermites, or n'oubliez pas à demander,
se Diex le vos veust consantir, ce que li autres chevaliers oublia,
et ne soiiez pas oublieus por chose que vos véoiz à l'antrée del
chastel; mès chevauchiez séurement et aourez la seinte chapele
que vos verroiz aparoir el chastel, là où la flanbe del Seint Esperit
descent chaucun jof, por le seintime Graal et por le pointe de la
lence que l'an i sert. » — c Sire, fet misires Gauvains, Diex
m'anseintà feiresa volenté! » Il prantcongié et s 'an vet et chevauche
tant que la valée li apert*, garnie de touz biens, où li chastiax
séoit; et voit la seintime chapele aparoir. Il descent et puis se met
à jenoillons et l'enclinne et aoure mout doucement. Après, remonte
et chevauche tant qu'il treuve un sarceuil 3 mout riche, et avoit un
cuvescle par desus, mout bel, et séoit assez près del chastel, et
sanbloit à estre un petit cimetire, que il estoit clos tout anviron,
ne n'i avoit plus de sarqueuz. Une voiz li crie au passer del cime-
tire : « Ne touchiez pas au sarqueil, car vos n'estes pas li Bons
Chevaliers par quoi l'an saura qui dedanz gist. • Misires Gauvains
passe outre, quant il ot la voiz oïe, et aproche l'antrée del chastel
et voit qu'il i a III ponz, mout granz et mout orribles à passer. Et
« Noiro M», dit: Qui garnie. — • Et chevauché tant qu'il treuve un sarqueil, est
répété deux foi* dans le 5fo,ajrec une variante d'urthographe.
— 84 —
courent III granz èves pas desouz, et sanble que li premiers
ponz ait une archiée de lonc et n'oit pas un pié de lé; li ponz
li sanble estroiz et Fève parfonde et roide et granz. Il ne set
qu'il puisse feire, il li sanble que nus ne le doie passer, ne à piè
ne à cheval.
XJLtant ez-vos I chevalier qui ist fors del chastel et vient très
qu'au chief del pont que Tan apeloit pont de l'anguile, et huche
moût duremant : c Sire chevaliers, passez tost, qu'il sera jà nuiz ;
car cil del chastel nos atandent. » — « Ha, fet misires Gauvains,
biau sire, car m'anseigniez conmant je i passerai. » — « Certes,
sire chevaliers, je ni sai autre passaje que cestui-ci an ceste antrée,
et, se vos avez talant de venir el chastel, si passez sans doutance. •
Misires Gauvains a vergoigne de ce que il a tant aresté et se por-
pansse an lui méimes de ce que li hermiles li dist qu'il ne ressoi-
gnast nule riens née à l'entrée del chastel, et, avec tout ce, il est
verais confès de ces péchiez, si an doit mainz douter la mort. Il se
seigne et bénéist et conmande à Dieu conme cil qui cuide morir,
et fiert cheval des espérons et treuve le pont grant et large tantost
conme il se fust avencié; car par cest passage esprouvoit l'en plu-
sors de chevaliers qui là dedanz voloient antrer. Il se merveilla
mout du pont que il treuve si large, qui si li sanbloit estre estroiz.
Et, quant il fu passé outre, li. ponz qui tornéiz estoit se drece par
anging après lui, car l'ève desouz esloit de trop grant raidor. Li
chevaliers se trait arrière outre le grant pont, et misires Gauvains
s'aproche por passer, et cil li sanbla autresint long conme li autre.
Et \oit l'ève qui n'estoit pas mainz raide ne moinz profonde, et li
fu avis que li ponz fu de glace faible et tenue et avoit grant haute-
ce desoz l ève, et le regarda à grant merveille, ne ne resloigna plus
le passage por l'antrée; il passe outre et se conmande à Dieu et vet
très parmi, et voit que li ponz estoit li plus biaus et li plus riches
et li plus fors que il onques éust véu, et les estoiens estoient
toutes pleines d'images. Quant il fu outre le pont, il se drece après
lui aussint conme li autres fist, et regarde devant lui et ne voit pas
le chevalier, et est venuz au tierz pont et ne fu pas effraez de chose
que il véist; et n'estoit pas mainz riches que li autres et avoit
— 85 —
coulonbes de marbres tout anviron et sor chacun un poumel si
riche qu'il sanbloit estre d'or. Après, esgarde la porte contremont
et voit Nostre Seignor escrit si conme il fu mis an la croiz, et sa
mère d'une part et seint Jehanz d'autre, de quoi les ymages estoient
toutes d'or, à riches pierres précieuses qui flanbléoient conme feus.
Et voit à destre un ange moult bel, qui à son doit anseingnoit la
chapele où li seinz Graaus estoit, et avoit une pierre précieuse
enmi le piz et lestres desus son chief escriptes, qui disoieut que li
sires dcl chastel estoit autresint purs et nez de toutes vileignies
conme cele pierre estoit.
il près, vit à Tentrée de la porte I lion mout grant et mout
orrible, et estoit touz droiz sour ces piez. Tantost conme il voit
monseignor Gauvain, il se couche à la terre ; et il passe antre sans
contredit et vient el chastel, et descent à pié et apuie son escu et
son glaive au mur de la sale, et monte uns degrez amont de marbre,
et entre an une sale mout bele et mout riche, et estoit, de leus en
leus, à ymages d'or peinte. Si treuve el milieu une couche mout
bele et mout riche et mout haute, et au pié de cele couche avoit
un eschequier mout bel et mout riche à un orlé d'or, tout plein de
pierres précieuses, et estoient li point d'or et d'azur, et n'estoient
pas desoure li eschec. Entretint conme misires Gauvains esgardoit
la biauté de l'eschequier et de la sale, estes-vos II chevaliers qui
issent fors d'une chanbre et viennent à lui. t Sire, font li cheva-
lier, bien puissiez-vos venir! » — « Diex vos doint joie et bone
aventure! > fet misires* Gauvains. Il le font asseoir desus la
couche; après, le font désarmer. L'an li aporte, an II bacins d'or,
Fève por son vis et por ces mains laver. Après, viennent II damoi-
seles qui li aporlent une riche robe d'un drap d'or et de soie;
puis, li font veslir; puis, li dient les damoiseles : « Prenez en gré
ce que l'an vos peut feire ça dedanz ; car ce est li ostiex aus bons
chevaliers el aus loiaus. » — « Damoisele, fet misires Gauvains,
si ferai-jc. Grant merciz de vostre servise. » Il voit bien que la
nuit iert ocure, et il a là dedanz si grant clarté sans chandelles, que
c'est merveilles. Et sanble que li souleus i luise. Si se merveille
mout duremant dont cele clarté vient.
— 86 —
louant misires Gauvains fu vestuz de la riche robe, moût fu
biaus à esgarder, et bien sanbloit estre chevalier de grant valor.
c Sire, font li chevalier, vos pleiroit-il que vos venissiez véoir le
seignor de cest chastel? > — c Je le verroie mout volentiers, fet-il,
et si li veil présenter une riche espée. » Il le menèrent dedanz la
chanbre où li rois Peschierres gisoit, et sanbloit qu*ele fust toute
jonchiée et enbaumée, et estoit toute jonchiée d'erbe vert et de
rosel. Et li rois Peschières gisoit an un lit cordéiz dont li quepou
estoient d'ivoire, et avoit une coûte de paille sor quoi il gisoit
et par desus I couvertoir de sable, dont li dras estoit mout
riches. Et avoit un chapel de sebelin an son chief, couvert d'un
vermeil samiz de soie, et une croiz d'or; et avoit desouz son chief
I oreiller qui touz estoit anbaumez, et avoit au IIII cornez de
l'orillier IIII pierres qui randoient mout grant clarté; et avoit
I piler de coivre sor quoi I aigle séoit qui tenoit une croiz d'or où il
avoit, de la veraie croiz ù Dieu fu mis, autretant conme la croiz
avoit de grant, que. li preudons aouroit. Et avoit an IIII granz
chandelabres d'or IIII granz estavaus, toutes les foiz que mestier
estoit. Misires Gauvains vint devant le roi, si le salue. Et li rois li
fet mout grant joie, et dit que bien soit il venuz. < Sire, fet misires
Gauvains, je vos présant l'espée de quoi Jebanz fu décolez. » —
« Gran merciz, dit li rois ; certes, je savoie bien que vous Impor-
tiez. Ne vos ne austres ne pouist entrer çoianz sans l'espée, et, se
vos ne fussiez de grant valor, vos ne l'éussiez pas conquise. » Il
prant l'espée, si la met à sa bouche et*à son viaire, si la beisse
mout doucement et an fet mout grant joie. Et une damoisele vint
séoir à son chevez à qui il baille l'espée à garder ; II autres séoient
à ces piez qui l'esgardent mout ducemant. « Conmant est vostre
nons?» dit li rois, c Sire, je ai non Gauvain. • — « Ha, misires
Gauvains, fet-il, ceste clarté, qui ça dedanz est, nos vient de Dieu
por l'amor de vos. Quar, toutes les foiées que chevaliers se vient
herbergier çoianz en cest chastel, s'apert-ele ainsint feitement con
vous véez orandroit. Et je vos féisse plus grant joie que je vos faz,
se je me péusse aidier ; mès je sui chéuz an lengour dès cele oure
que li chevaliers se herberja çoianz, dont vos avez oï parler ; par
- 87 -
une soûle parole que il déloia à dire, me vint çeste langour. Si vos
pri por Dieu qu'il vos an souviegne, car vos devriez estre mout
joieus se vos m'aviez mis an santé. Et vez-ci la fille ma seur à qui l'en
tost sa terre et désérite si qu'elc ne la peut ravoir se par son frère
non, qu'ele va querre; si nos a l'en dit que c'est li mieudres chevaliers
del mont, mès nos n'an poons savoir veraies nouveles. » — « Sire,
fet la damoisele à son oncle le roi, merciez monseignor Gauvain de
l'annor qu'il fist à ma dame ma mère, quant il vint an son ostel ;
il remist nostre terre an pès et conquist la garde del chastel très
qu'à I an ; il mist les V chevaliers ma dame ma mère avec nous.
Or est li anz passez, si ert la gerre si grant renouvelée, se Diex ne
nos secort et je ne truis mon frère que tant avons perdu. » —
« Damoisele, fet misires Gauvains, je vos aidai à mon pooir et
ferai encore se je an estoie. Et vostre frère verroie-je plus volentiers
que touz les chevaliers del monde. Mès je n'an puis savoir veraies
nouveles, fors tant que je fui an un hermitage où il avoit un roi
hermile, et me dist que je ne fêisse pas noise, car li mieudres che-
valiers del monde estoit là dedanz deshaitiez; et me dist qu'il a
non Par-lui-fez. Je vi conraer son cheval à un vallet devant la cha-
peleet ces armes et son escu mestre au souleil. » — t Sire, fet la
damoisele, mes frères n'a pas non Par-lui-fez ; ainz a non Perllesvax
an droit bauptesme, ne ne set Tan plus biau chevalier, ce dient
cil qui Font véu. » — t Certes, fet li rois, je ne vi onques plus bel
de celui qui çà dedanz vint, ne mieuz sanblant destre bons che-
valiers, et je sai de voir qués i est il ; car autremant ne péust il estre
antré çoianz. Mès je n'oi pas bon gerredon de son ostage, puisque
je ne puis aidier, moi ne autrui. Misires Gauvain, por Dieu, car vos
souveigne de moi annuit; car je ai mout grant fiance an vostre
valor. » — « Certes, sire, se Dieu plest, je ne ferai jà chose çà
dedanz de quoi je doie estre blâmez. »
ixtant, en fu menez misires Gauvains en la sale et treuve
XII chevaliers anciens, touz chanuz, et ne sanbloient pas estre de
si grant aage con il estoient; car chaucuns avoit C anz ou plus et
si ne sanbloit pas que chacuns an éust XL. Il ont assis monseignor
Gauvain au mangier à une mout riche table d'ivoire et s'asiéent
— 88 —
tuit environ lui. « Sire, fet li meslres des chevaliers, souveigne vos
de ce que li bons rois vos a prié et dit annuit, si l'auroiz. » — t Sire,
dit misires Gauvains, Dieu an souveigne! • Atant aporte Tan lardez
de cerf et venoison de cengler et autre mès à grant foison; et fu,
desus la table, la riche veisselemente d'argent et les granz coupes
d'or couvesclées et li riche chandelabre où les grosses chandeles
ardoient; mès la grant clarlez qui là dedanz aparoit esconssoit
la lour.
ixtant ez-vos II damoiseles qui issent d'une chapele et tient
Tune en ces mains le sentime Graal, et l'autre, la lance de quoi la
lance 1 seigne dedanz. Et vet l'une déjouste l'autre an la sale où li
chevaliers et misires Gauvains manjoient; si lor an vint . si douce
odour et si sein Urne qu'il an oublient le mangier. Misires Gauvains
esgarde le Graal et li sanble qu'il avoit un calice dedanz dont il
" n'iert geires à icest tens ; et voit la point de la lence dont li sans
vermeil chiet dedanz, et li sanble qu'il voit deus angeles qui por-
tent II chandelabres d'or espris de chandeles. Et les damoiseles
passent pardevant monseignor Gauvain et vont an une autre cha-
pele. Et misires Gauvains est panssis, si li vient une si grant joie
que ne li manbre se de Dieu non an sa panssée. Li chevalier sont
tuit mat et dolant an lor cuers et regardent monseignor Gauvain.
Atant ez-vos damoiseles qui issent fors de la chanbre et reviennent
devant monseignor Gauvain, et il li sanble qu'il voit III angles là
où il n'en avoit devant véu que II; et li sanble qu'il voit anmi le
Graal la forme d'un anfant. Li mestres des chevaliers semont mon-
seignor Gauvain. Misires Gauvains esgarde devant lui et voit chéoir
III goûtes de sanc desus la table; il fu touz esbahiz de l'esgarder
et ne dist mot.
XiLtant passent outre les damoiseles, et li chevalier sont tuit
esfraé et regardent li un l'autre. Et misires Gauvains ne pot oster
ces euz des III goûtes de sanc et, quant il les vost beissier, si li
* II faot sans doute lire : la pointe.
— 89 —
eschivent, dont il est mont dolanz, car il ne peut mestre sa main
ne chose qui de lui fust, à atouchier i. Atant ez-vos les deus damoi-
seles qui reviennent devent la table et senble à monseignor Gau-
vain qu'il an avoit III et esgarde contremont et li sanble eslre li
Graaus touz an char, et voit par deseure, ce li est avis, un roi cou-
ronné, clofichié an une croiz, et li estoit li glaives fichiez el costé.
Misires Gauvains le voit, si an a grant pitié, et ne li souvient
d'autre chose que de la doulor que cil rois soufre. Et li mes très
des chevaliers le resemont de dire et li dist que, s'il atant plus,
que jà mès n'i recouverra. Mesires Gauvains se test, qui pas n'an-
tant le chevalier, et regarde contremont; mès les damoiseles s'an
revont en la chapele et reportent le seintinme Graal et la lance, et
li chevalier font oster les napes et sont levez de mangier et entrent
an une autre sale el leissent monseignor Gauvain tout seul ; et il
regarde tout anviron et voit les huis touz clos et fermez, et esgarde
aus piez de la sale et voit anviron deus chandelabres ardans entor
l'eschequier et voit les eschés as-is, dont li un sont d'argent, et li
autre d'or. Misires Gauvains s'asiet au jeu et cil d'or jouèrent contre
lui et le matèrent II foiz; à la tierce foiée, quant il se cuida reven-
gier et il vit qu'il an ot le poior, il dépeça le jeu. Et une damoisele
ist fors d'une chanbre et fet prandre à un vallet feschequier et les
eches, si les an fet porter. Et misires Gauvains. qui traveilliez estoit
d'errer por venir là où il est ore venuz, s'andormi desus la couche
jusqu'au matin que il fa ajorné et oï I cor souner moult ancre-
ment.
/Liant s'est armez et vost aler prandre congié au roi Pes-
chéor; mès il trova les huis si verroiliez qu'il n'i peut antrer. Et
voit moult bel servise feire an une chapele, il est mont dolanz de
ce qu'il ne peut oïr la messe. Une damoisele vient an la sale, si li
dist : « Sire, or povez oïr le servise et la joie que l'an fet por
l'espée que vos présantasles au bon roi, et mont déussiez eslre
liez an vostre cuer se vos fussiez dedanz la chapele. Mès vos an
avez peidue l'antrée par mout peu de parole, car li leus de la
chapele est si seintefiez par les seintes reliques qui dedanz sont,
que jà home ne prouvoire n'i enterra dès le sanmedi à midi très
— 90 —
qu'à lundi après la messe. » Et il ot les plus douces voiz et les
plus biax servises qui onques fust fez en chapele. Misires Gauvains
ne respont mot, ainz est touz esbahiz. Et la damoisele li dist :
t Sire, Diex soit garde de vostre cors, car il m'est avis qu'il ne
faust an vos que ce que vos ne voussistes dire la parole dont cist
chastiax fust an joie. » Atant s an part la damoisele, et misires
Gauvains ol le cor soner autre foiz et ot une voiz huchier mout
fort: « Qui de çoianz n'est, si s'an voist! Car li pont sont abeissié et
la porte ouverte, et li lions est an sa cavée; et après, couvendra le
pont relever por le roi del Chastel Mortel qui gerroie cest chaslel,
et ce la chose de quoi il morra. »
A. tant ist misires Gauvains de la sale et trcuve son cheval
tout apresté au perron et ces armes. Il ist fors et treuve les ponz
granz et larges, et s'an vet grant aléure de jouste une grant rivière
qui ceurt parmi la valée. Et vit, an une granz forez, une granz
pluies et uns orages, et uns tounoires liévê si granz an la forest que
il sanblc que tuil li arbre doient arachier; la pluie est si granz et
la tempeste qu'il li couvient mestre son escu sor la teste de son
cheval, que la foison de Fève ne le noit. Il chevauche tant en cele
mesaise desous la rivière qui cort an la forest, qu'il voit an la lande
outre la rivière un chevalier et une damoisele qui chevauchent
mdut cointemant à loreins; et porte li chevaliers un oissel sor son
poing, et la damoisele a un chapel de flofs. Dui brachet suivent le
chevalier. Li souleus luist mout biaus an la prée et li airs est
mout clers et mout purs. Misires Gauvains se merveille mout de ce
que il pleut an sa voie si durement, et, an la prée où li chevaliers et
la damoisele chevauchent, luist clercs li seuleus et est li tens clers
et seriz. Et les voit clievauchier anvoisiéement. Il ne lor peut
riens demander, car il sont trop loing. Misires Gauvains se regarde
et voit d'autre part de la rivière I valet plus près de soi qui au
chevalier esloit. « Biaus anmis, fet misires Gauvains, conment
est-ce qui pleut sor moi de ça l'ève et de là ne pleut noiant. » —
« Sire, fet li valez, vos l'avez déservi; car itele est la coutume dè la
forest. » — t Durra-moi ausques cist orasges? » fet misires Gau-
vains. c Au premier pont où vos vendroiz, vos faudra, » fet li valiez.
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— 91 «
A tant s'an part li valez et li orajes s'an force adès, tant qu'if
est venuz au pont, et chevauche outre et vient an la prée et li
orages li faust, dont remet son escu à son col à droit. Et voit devant
lui I chastel où il ot grant planté de gent qui grant joie démé-
noient. Il chevauche tant qu'il vint el chastel et voit grant planté
de gent, de chevaliers, dames et damoiseles. Misires Gauvains
descent, mès il ne treuve el chastel qui le veille arcignier, ainz
antandent à grant joie feire. Misires Gauvains se présante d'une
part et d'autre, et tuit l'eschivent; et il voit que il fet loianz raau-
veis demourer à son eus, si se part del chastel et ancontre I cheva-
lier à la porte, t Sire, fet-il, quel chastel est ceci? » — t Et nu
véez-vos? fei li chevaliers, c'est uns chastiax de joie. » — t Par
foi, fet misires Gauvains, cil del chastel ne sont pas bien courtois,
car encore ne m'ont il mie areignié. » — t Por ce ne perdent il
mie leur courtoisie, fet li chevaliers, car vos l'avez déservi. Si vos
cuident aussint pereceus de fet con vos estes de parole, et virent
que vos estes venuz parmi la forest périlleuse où tuit li desconfit
passent : il pert bien à voz armes et à voslre cheval. » Atants'an
part li chevaliers, et misires Gauvains a chevauchié grant pièce,
dolanz et mout esbahiz, tant qu'il vient à une terre sesche et poure
et soufroiteuse de touz biens, et treuve I poure chastel, si antre
dedanz et le voit mout agasli, mès que dedanz avoit une sale
qui sanbloit estre hantée de gent. Et misires Gauvains vient cele
part et descent, et uns chevaliers avale les degrez de la sale,
mout pourement vestuz. « Sire, fet li chevaliers à monseignor
Gauvain, bien soiez-vos venuz! » Après, le prant par la main
et l'enmoigne an la sale contremont, qui tote est gaste. Atant
issent II damoiseles d'une chanbre, mout pourement vestues, qui
estoient de mout très grant biaulé, et font grant joie de monseignor
Gauvain. Si conme Tan le vouloit désarmer, alant ez-vos I cheva-
lier qui antre an la sale et estoit enferrez d'un tronçon parmi le
cors. Il voit monseignor Gauvain, si le connoist : c Or tost, fet-il,
por Dié, ne vos désarmez pas, je sui mout liez quant je vos ai
trouvé. Je vieng de cele forest où j'ai leissié Lencelot conbatant à
IIII chevaliers, mès que li uns est morz, et cuident que ce soiez
— 92 —
vos, et sont del lignage aus chevaliers que vos océistes à la tente
bù vos abatites la mauveise coustume. Je vouloie aidier Lancelot
quant uns des chevaliers m'a féru ainsint con vos povez véoir. »
Misires Gauvains descent de la sale et monte sor son cheval, toz armez.
Sire, fet li chevaliers de la sale, je vos alasse aidier à mon
povoir, mès je ne puis oissir de mon chastel jusqu'à icele oure que
il soit regarniz de la gent qui i seulent antrer et que Tan m'ot
randue ma terre par la vertu del Bon Chevalier. » Missires Gau-
vains se part del chastel, tant con cheval li peut randre, et antre
an la forest et suit la trace del sanc, si con li chevaliers es toit
venuz, et chevauche tant an la forest, tant que il ot la noise des
espées, et voit anmi la lande Lancelot et les III chevaliers, et voit
le quart mort à la terre. Mès li uns des III chevaliers c'estoit traiz
arrière, car mès ne povoit soufrir la mellée, car li chevaliers qui
les nouveles aporta à monseignor Gauvain la voit mout navré. Li
dui chevalier hastoient mout Lancelot, et il estoit mout lassez des
cox qu'il avoit donez et recéuz. Misires Gauvains vient à un des
chevaliers et le fiert très parmi le cors et fet trébuchier lui et le
cheval tout an I mont.
Quant Lanceloz aparçoit monseignor Gauvain, si li fet
moult grant joie. Andemantres que li uns tenoit l'autre, li quarz
chevaliers s'an fuit grant aléure très parmi la forest, et cil que li
chevaliers avoit navré est chéuz morz. Il prannent les cfievaus et
dit misires Gauvains à Lancelot qu'il a le plus poure chevalier à
oste, qu'il onques véist, et les plus bêles damoiseles que l'an sache,
mès mout sont pouremant vestues. « Si li manrons nostre gaeing. »
— «Je l'ostroi, fet Lanceloz. Mès du chevalier qui ainsint nos est
eschapez sui trop dolans. » — Ne vos chaust, fet misires Gau-
vains; nos nos an poons bien feire. » Atant il s'an retornent arrière
vors l'ostel an poure chevalier, et descendent devant la sale; et li
poures chevaliers vient ancontre eus et les II damoiseles ; et il lor
délivrent les III chevaus aus III chevaliers qui morz estaient. Li che-
valiers an ot grant joie et il lor dist cor est il riches et que ces serours
seront mieuz vestues par tens qu'eles ne sont ores, et il méimes.
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— 93 —
iLtant sont venuz en la sale ; ii chevaliers fet à un sien vallet
esta b 1er les chevaux, et les II damoiseles aident à désarmer Lan-
celot et monseignor Gauvain. t Seignors, fet li chevaliers, si m'ait
Diex, je ne vos ai que prester por vestir, car je n'ai plus de robe
que mu cote. » Lanceloz an a grant pitié et misires Gauvains, et les
deus damoiseles ostent lour afublemanz autresint fez conme sercoz
de toile qui couvraient lor poures chemises, et lor bliaus qui luit
estoient ronpu et sorporté et usé, et les présantent aus chevaliers
por vestir. Il ne les vostrent refuser, por ce qu eles ne cuidassent
qu'il les éussent an despit; il vestirent les deus afublemanz mout
poures; les II damoiseles an moignent mout grant joie, por ce que
si bon chevalier ont daignié vestir les poures vestemanz. « Sei-
gnors, fet li poures chevaliers, li chevaliers qui aporta les noveles
çà dedanz, qui anferrez estoit d'un tronçon, est morz et gist an
bière an une chapcle an cest chastei, et s'est mout bien confés à
un hermite et vos manda saluz à enmedeus, et vos éust mout
volentiers véu ainz qu'il fust morz, et si requist mout que je vos
déisse que vos fuissiez demain à son anterrer, car meillor che-
valier de vos n'i pourroit il avoir, si conme il me dist. > ~ • Certes,
fet Lanceloz, il estoit bons chevaliers, c'est doumaches de sa mort,
et mout me poise que je ne sai conmant il a non et de quel païs il
est. > — « Sire, fet misires Gauvains, il dist que vos le sauriez ancore
bien, » Li dui bon chevalier jurent la nuit el chastei, li poures
chevaliers les herberga à son povoir. Quant ce vint à la matinée,
il alèrent à la chapcle por oïr la messe et por estre à l'enterrement
del cors ; après, pristrent congié au poure chevalier et aus deus
damoiseles et se départent del chastei tuit armé. « Misires Gau-
vains, fet Lanceloz, l'an ne set à la cort que vos estes devenuz,
ainz vos tiennent por mort si con il cuident. » — « Par foi, fet
misires Gauvains, je m'an irai cele part, quar j'ai esté mout tra-
veilliez, si me séjornerai tant que aucunne volenté me vendra
d'aler querre avanture. » Il conte à Lancelot conmant li Graaus
s'a parut à lui an la cort du roi Peschéor : « Et si conme il fu
devant moi , je m'oublié de demander conmant il servoit et de
quoi. » — c Ha, sire, fet Lanceloz, avez-i-vos donc esté? » —
— 94 —
« Oïl, fet-il, si an soi mout dolanz et liez, liez por la grant seintéé
que je vi, dolanz de ce que je [ne] demandé ce dont li rois Pes-
chiéres me pria mout doucemant. » — t Sire, fet Lanceloz, vos
féistes mout grant mal, ne il n'est nule riens dont j'oie si grant
desirrier conme j'ai d'aler an son ostel. » — « Par foi, fet misires
Gauvains, je i fui mout honteus, mès ice me desconforte que li
mieudres chevaliers i fu devant moi, qui autresint an fu blâmez
conme je sui. > Lanceloz se part de monseignor Gauvain, et prant
congié li uns à l'autre ; il issent d'une forest et entrent chaucuns
an une voie sanz dire riens.
tant se test li contes de monseignor Gauvain et
"conmance à parler de Lancelot qui antre an la
forest et chevauche à mout grant esploit et ancontre
un chevalier enmi la forest, qui s'an venoit grant
aléure, et esloit armez de toutes armes; c Sire,
fet-il à Lancelot, dont venez-vos? » — t Sire, fet
Lanceloz, je vieng devers la cort le roi Artu. » — « Ha! sire,
me sauriez-vos dire nouvelles d'un chevalier qui porte un vert
escu autretel conme je port. Si est mes frères. » — « Conmant
a-il non? » fet Lancelot. c Sire, fet-il, il a non Gladoens, si
est bons chevaliers et hardiz et a un blanc cheval mout fort
et mout inel. » — « A- il plus chevaliers an vostre païs qui
port tex armes conme vostre escu et le sien, fors vos et lui? » —
t Certes, sire, n'a mie. » — « Et porquoi le demandez-vos? »
fet Lanceloz. « Porce que l'en li a un sien chaslel tolu, puis
qu'il n'i fu, et je sai bien qu'il le raura par sa bone chevalerie. »
— t Est-il si bons chevaliers? » fet Lanceloz. t Certes, sire, oïl ;
ce est li mieudres des illes des Mores. » — « Sire, par vostre
merci, abeissiez vostre coife. » Il abat tantost la coiffe et Lanceloz
le regarde anmi le vis : « Certes, sire chevaliers, fet-il, vos le
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— 95 —
resanblez mont bien. > — «Ha! sire, fet li chevaliers, an savez-
vos donques novelles?» — «Certes, sire, fet -il, oïl; veraies les
▼os puis-je bien dire, car il chevaucha lez moi V lieues gales-
ches, ne je ne vi onques home plus sanbiant à autre con il vos
resanble. > — « Il me .doit bien resanbler, fet li chevaliers,
car nos somes ivel, mès il naquist devant et plus a sans et cheva-
lerie de moi, ne par toutes les il les des Mores n'a damoisele qui
tant ait valor ne biauté conme cele de qui il est amez par amors,
et plus le desirre à véoir que nule riens qui vive, car ele ne le vit
plus a d'un an, ainz [est] aie querre son pris mes frères par toutes
les forés del mont. Sire, leissiez m'an aler, fet li chevaliers, querre
mon frère et si me dites où je le trouverai. » — « Certes, fet Lan-
celoz, je le vos dirai mout dolanz. » — « Porquoi?-fet li chevaliers;
vos a-il riens meffet? » — « Nanil, fet Lanceloz, ainz a tant fet
por moi que je vos an ain et presant mon servise. » — « Sire, fet
li chevaliers, je m'an vois; mès, por Dieu, dites moi où je trou-
verai mon frère. » — « Sire, fet Lanceloz, je le vos dirai. Je me
parti hui matin de son cors et Paidai à enterrer. » — « Ha ! sire, fet
H chevaliers, me dites-vos voir? » — « Certes, fet Lanceloz, voir
vos di-je. » — • Est dont ocis mes frères? » fet li chevaliers.
« Oïl, por moi aidier, » fet Lanceloz. « Ha ! sire, fet li chevaliers,
pour Dieu, ne me dites chose qui reignable ne soit. » — « Par
Dieu, sire, fet-il, je le vos di moult dolanz. Car je n'anmai onques
chevalier an si poi de terme conme je fis lui; il m'aida à garantir
de la mort et je le vos gerredonnerai, selonc ce que il fist por
moi. » — « Sire, fet li chevaliers, se il est morz, c'est grantdoulor
à mon eus. Car j'ai perdu mon confort et ma vie et ma terre sanz
recouvrer. » — « Sire, fet Lanceloz, il m'aida à garantir ma vie et
je vos aiderai à garantir à tosjors mès, parssi que je sache vostre
meschief. » Li chevaliers antant que ces frères est morz et bien
croit Lancelot et conmance le greignor deul à feire que nus oïst
onques. Et Lanceloz li dit : « Sire chevaliers, leissiez cest deul
ester, car il n'i a nul recouvrier; mès je vos. présant mon cors et
ma chevalerie en touz les leus où il vos pleira que je puisse
garantir vostre honor. » — « Sire, fet li chevaliers, je reçoif bien
▼ostre aïde et vostre amor, puisque vos la me daigniez offrir, et or
— 96 —
m'an est-il greindres mestiers que onques mès. Sire, fet li cheva-
liers, puisque mes frères est morz, je m'an retornerai arrières et
souferrai mon doumache, car il l'amandast bien s'il fust vis. > —
c Par mon chief, fet Lanceloz, je m'an irai avecques vos, si vos
gerredonnerai ce qu'il fist por moi; il livra son cors à la mort por
moi, an autretel abandon voudrai-je mestre le mien por la vostre
amor et por la seue. »
c Sire, fet li chevaliers, je vos an sai mout bon gré de ce que
vos me dites, se li fez i est autretiex. » — « Oïl, si m'aït Diex, fet
Lanceloz, se Diex m'an preste le povoir. » Atant s'an vont ansanble,
et se conforte mout li chevaliers an ce que Lanceloz li dist, mès de
la mort son frère est mout dolanz. Et chevauchent tant qu'il vien-
nent an la terre des Mores; lors choississent I chastel desus une
roche et avoit une grant praierie desouz. c Sire, fet li chevaliers
au vert escu à Lancelot, cist chastiax fu mon frère et ore est miens.
Ce poise moi quant il m'est eschéus an tel menière. Et li chevaliers
qui le toli à mon frère est de si grant hardemant qu'il ne doute
chevalier qui soit an vie, et le verroiz jà oissir de cest chastel
tantost conme il vos aparcevra. Lanceloz et li chevaliers chevau-
chent tant que il aprochent le chastel. Et esgarde li chevaliers an
la voie devant soi et voit un vallet venir sor I roncin, qui aporloit
devant soi un cengler mort. Li chevaliers au vert escu li demande
à qui il est; li valiez li respont : « Je sui au seignor de la roche
Gladoen, qui vient ç\ derrières, et vient mes sires toz armez, lui et
austres; car li frères Giadoens l'a desfié de par son frère, mès
misires si poise mout poi sa desfiance. »
Lanceloz antant que li annemis h celui cui il déust mout
anmor se il fust en vie, vient; li chevaliers au vert escu li moustra
tantost con il le vit. c Sire, fet-il à Lencelot, vez ci celui qui me
désérite, et ancore me feroit il pis s'il savoit que mes frères fust
morz. » Lanceloz, sans plus dire, tantost conme il ot choissi le
chevalier de la Roche, fiert le cheval des espérons et vient vers lui.
Li sires de la Roche, qui fiers estoit et hardiz, vit Lancelot venir,
si fiert des espérons le cheval sor qui il siet. Si viennent de si
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— 97 —
grant ravinne li uns encontre l'autre qu'il brisent lor glaives desor
lor escuz et s'entrehurtent si duremanl que li chevaliers de la
Roche Gladoen chiet par desus la croupe del cheval. Lanceloz trait
1 espée et vient sor lui, et cil crie merci et li demande por quoi il
le veust ocirre et il li dist : Por Gladoen à qui il a tolue sa terre
et son chastel. — « Et à vos qu'an tient? fet li chevaliers, ce déust
ces frères chalongier. » — c Autretant doit il tenir à moi conme à
son frère, » fet Lancelot. c Et à vos porquoi?» — c Por ce, fet
Lanceloz, car autretant con il fist por moi, ferai-je de vos. » Il U
tranche la teste et la donne tôt erranmant au chevalier au Vert
Escu. « Or me dites, fet Lanceloz, puisqu'il est morz, est-il vostre
recréanz atant? » — c Sire, fet li chevaliers, je m'an tien bien
a tant; car, puisqu'il est morz, toute la force de son lignage est
abeissiée par sa mort. » — c Et je vos créant ioiaumant, fet Lan-
celoz, si conme je sui chevaliers, que jà ne seroiz an péril ne an
meschéance de chose dont je vos puisse aidier, puisque j'an soie en
leu ne an aise, que vos n'aiez m'aide à toujors mès, quar vostre
frères mist sa vie por moi aidier. »
ijanceloz et li chevaliers jurent la nuit an la Roche Gladoan
et ot li chevaliers au Vert Escu sa terre à sa volanté et furent tuit
obéissant à lui. Et furent mout joiant li droiturier et li loial, et,
quant il sorent les noveles de la mort Gladoen, si an furent mout
dolant. Lanceloz se parti l'andemain del chaslel; li chevaliers de-
moura là dedanz, dolanz de son frère qu'il ot perdu et joieus de
sa terre qu'il r'ot. Lanceloz s'an revêt très parmi la forest et che-
vauche au lonc del jor et ancontre I chevalier qui se venoit mout
d^mantant. Et estoit anciinnez sor l'arçon de sa sele devant, por
la doulor que il avoit. U ancontre Lancelot, si li dist : c Sire, por
Dieu, retornez arrière, car vos trouveroiz là le plus cruel passaje
del mont, là où je fui navrez parmi le cors. Si vos lo que vos n'î
ailliez pas. » — t Quex pas est-ce donc? » fet Lanceloz. c Sire,
fet-il, c'est li trespas del chastel que Tan apele le chastel de Barbes;
et por ce a il non ainsint que il couvient chaucun chevalier, -qui
par devant vient, leissier sa barbe ou chalonge. Si ai chalongié ma
barbe an tele manière que je an crien mourir. » — .« Par mon
— 9S —
chief, fet Lanceloz, ce ne tien-je pas à couardie, puisque vos fustes
hardiz de vostre vie mestre an aventure por vostre barbe chalon-
gier. Or me volez vos anbatre en couardise quant vos me volez feire
retorner. Je voudroie mieuz estre féruz parmi le cors par honor,
parssint que je n'an éusse la mort, que de perdre un des peuz de
ma barbe par honte. » — c Sire, fet li chevaliers, Diex vos puist
garantir, car li chastiax est moult plus cruieus que vos ne cuidiez,
et Diex i amaint chevalier qui la vileine coustume du chaslel puist
abatre, car mout par est vileinne à estranges chevaliers trespas-
Jjanceloz se part dei chevalier et vint vers le chastel. Si
conme il ot passé I grant pont, il se regarde et voit II chevaliers
venir louz armez à Tantrée del chastel, et feisoient tenir lor chevaus
devant eus, et lor glaive et lor escuz sont devant aus, apoiez au
mur. Lanceloz esgarde à l'entrée «del chastel et voit le portai tôt
plein fichié de barbes, et si i pendoient testes de chevaliers à
grant planté. Ainssint conme il devoit trespasser la porte, dui che-
valier issent encontre lui. « Sire, fet li uns, arestez-vos et paiez
vostre tréu. c — c Paient dont chevalier ci tréu?» fet Lanceloz.
c Oïl, fet li chevaliers, tuit cil qui barbes ont, et cil qui nés ont
sont quites. Sire, or nôs paiez la vostre, car ele est mout grant,
si nos aura mout grant mestier. » — c A quoi? » fet Lanceloz.
« Jel vos dirai, fet li chevaliers; il a ermites an ceste forest qui an
font haires. » — « Par mon chief, fet Lanceloz, de la moie n'au-
ront il jà haire, se je puis. > — c Si auront, fet li chevaliers,
autresint conme des autres, ou vos la porrez chier conparér. »
Jjanceioz sVire mout durement, et vient au chevalier et le
fiert par tel aïr de son glaive anmi le piz qu'il an passe outre
demi aune et abat tout ansanble et lui et le cheval. Li austres
chevaliers vit son conpaignon à mort navré, et vient vers lui par
grant aïr et brise son glaive sor son escu, et Lanceloz le porte à
terre très par desus la croupe du cheval et le fet chéoir si dure-
mant qu'il se brise une des janbes. Les noveles sont venues à la
dame del chaslel qu'il a I chevalier venu au trespas, qui l'un de
sans. >
— 99 —
ces chevaliers a mort et l'autre afolé. La dame est cele part Tenue
et moigne II de ces damoiseles avec lui ; ele voit Lancelot qui le
chevalier veust ocire, qui affolez gîst à terre, c Sire, fet la dame 1
à Lancelot, traiez-vos arrières, ne l'ociez pas, descendez à parler à
moi séuremant. > — c Dame , fet Tune des puceles, je le connois
bien, ce est Lanceloz du Lac, li plus courtois chevalier qui soit an la
cort le roi Artus. » Il est descenduz et vient devant la dame,
c Dame, fet-il, que plest vos? » — c Je veil, fet-ele, que vos
veigniez an mon chastel herbergier et que vos m'amandez la honte
que feite m'avez. >
ame, fet Lanceloz, honte ne vos fis jeonques, ne jà ne ferai;
mès li chevalier se melloient de trop grant vileinie, qui les barbes à
estranges chevaliers voloient avoir à force. » — c Sire, fet-ele, je
vos pardonrai mon mautalant par tel convant que vos herbergeroiz
annuit coianz. » — c Dame, fet Lanceloz, vostre maie voienté ne
veil-je pas avoir; ainz ferai volentiers vostre pleisir. » Il se met
dedanz le chastel et fet traire son cheval après lui, et la dame fet
aporter le mor chevalier an la chapele, si le fet ensevelir ; l'autre
fet désarmer et vestir et le conmande à guérir ; puis fet Lancelot
désarmer et vestir mout richement de bone robe, et li dist qu'ele
set bien qui il est. c Dame, fet Lanceloz, ce m'est bel. > Atant
s'asiéent au mangier, et aportent le premier mès chevalier qui
estoient an fers et avoient les nés tranchiez; le secont aportent
chevalier an fers qui avoient les eus crevez, si les amenoient
valiez. Le tiers mès aportoient chevalier qui n'avoient chaucun
que une main et estoient en fers. Après, vindrent autre chevalier
qui n'avoient chaucun «'un pié et aportèrent le quart mès. Au
quint més, vindrent chevalier moult bel et mout granz et apor-
toit chaucuns une espée nue en sa main et présantèrent lor chiés
à la dame.
i Le lis. porte ici par erreur : le chevalier.
— 100 -
Jjanceloz esgarde le martîre de ces chevaliers, si li desplest
mout li servises de tel gent. Il sont levez de mangier et la dame[vet]
an sa chanbre et s'asiet sour une couche. « Lanceloz, fet la dame,
vos avez véu la justise et la seignourie de mon chastel : tuit cil cheva-
lier ont été conquis au trespas de ma porte. » — « Dame, fet Lan-
celoz, il lor est leidemant meschéu. > — « Autressint vos fust-il
meschéu se vos ne fussiez si bons chevaliers, et je vos avoie mout
désiré à véoir mout grant pièce a jà. Et je vos ferai seignor de cest
chastel et de moi. > — c Dame, fet-il, la seignorie ai-je bien à
votre eus, ne vos ne veil-je pas ne ne doi refuser; ainz veil estre à
vostre service. » — « Dont remandrez-vos, fet-ele, an cest chastel
avec moi, car je vos ain plus que nul chevalier qui vive. » —
c Dame, fet Lanceloz, gran merciz! mès je ne puis demourer an
nul'chastel que une nuit deci là que j'aie esté là où je doi aler. »
— Où avez-vos la voie anprise? » fet-ele. c Dame, fet-il, au
chastel des Armes. » — c Je sai bien le chasteL, fet-ele. Li rois a
non Peschierres et gist an lengour par II chevaliers qui ont esté el
chastel, qui ne firent pas bonedemande. Avez-i-vos volentezd'aler?»
fet la dame, c Oïl, » fet Lanceloz. c Dont me créantez-vos que vos
revendroiz par ci por parler à moi, se li Graax s'apert à vos, et '
que vos demanderoiz de quoi il sert? » — c Voire, dame, fet
Lanceloz, se vos estiez outre la mer. » — c Sire, fet une deS
damoiseles à la dame, bien le porroiz feire, car li Graaus ne
s'apert pas as si anmoureus chevalier conme vos estes. Car vos
anmez la réine Genièvre, la famé vostre seignor le roi Artus, ne
jà tant conme ceie amor vos gise el cuer, ne verroiz le Graal. »
Jjanceloz ot la damoisele, si rougit de mautalant. c Ha!
Lanceloz, fet la dame, anmez-vos dont autre de moi? » — c Dame,
fet-il, la damoisele dira son pleisir. » Lanceloz jut la nuit el chastel
et fu mout iriez de la damoisele qui l'amor de lui et de la réine
apèle desloial. Et i'andemain, quant il ot la messe oïe, il prist
congié à la dame dei chastel, et ele li regorda mout que il li
tiegne couvenance, et il dit que si fera il sanz faille. Atant est
oissuz del chastel et antre an une grant forest ancienne, et che-
— 101 —
vaucha au lonc del jor, tant qu'il vint an la fauste de la forest et
vit une hauste croiz à l'entrée d'un cimetire qui estoit clos tout
anviron de haie d'espinnes. Et parmi le cimetire estoit la voie.
Lanceloz antra dedanz et fu la nuit parvenue; il voit le cimetire
plein de tonbes et de sarceuz; il esgarde arrière et voit une cha-
peie où il avoit chandeles ardanz. Il s'an vet cele part et passe
outre sans plus dire par dejoute I nain qui feisoit une fosse en
terre. « Lanceloz, fet li nains, vos avez droit se vos ne me saluez
pas, car vos estes li hons el monde que je plus haz, et Diex m'achat
venjance de vostre cors ! Si fera il, puisque vos vos estes ci dedanz
anbaluz. » Lanceloz ot le nain, mès ne li daigna de noient res-
pondre ; il est venuz à la chapeie et descent et atache le freing de
son cheval à un arbre, si apuie son escu et son glaive par defors;
après, entre dedanz la chapeie et treuve une damoisele qui anse-
velissoit I chevalier. Tantost conme Lanceloz fu là dedanz antrez,
les plaies escrevèrent au chevalier et conmancièrent à seignier. Et
la damoisele geta I grant cri et dist : c Ha! sire chevaliers, or
voi-je bien que vos océistes celui que je ansevelis. >
iltant ez-vos II chevalier qui aportent II austres chevaliers
morz, si descendent, puis les mestent an la chapeie. Et li nains
lor escrie : « Or verra l'an conment vos vengeroiz voz amis de
vostre anemi qui sor vos s'est anbatuz. » Li chevaliers qui s'an foui
de la forest quant misires Gauvains i vint, où li troi demorcnt
mort, estoit venuz là dedanz et connut Lancelot, si dist : c Nostre
anemis mortiex estes vos, car par vos fnrent cist III chevalier
mort. » — c U le déservirent bien, fet Lanceloz; ne an la chapeie
n'ai-je garde de vos; ne je ne me veil huimès partir de çoianz, car
je ne connoiz les estres de la forest. » Il fu an la chapeie tant que
li jors escleira et ist fors de la chapeie et mout li pesa de ce que
jéuné ot ces chevaus; il prant ces armes et est montez. Li nains
c'escrie moult haust : t Qu'est-ce? fet-il aus II chevaliers, leiroiz-
an-vos ainssint aler vostre annemi mortel? » A tant montent li dui
chevalier et vont au deus issues del cimetire, et cuident que Lan-
celoz s'an veille fouir; mès il n'an a talant, ainz vient au chevalier
qui l'antrée gardoit par où il devoit issir et le fiert par si grant
— 102 —
air qu'il li enpoint le glaive très parmi le cors. Li a us très cheva-
liers qui l'autre antrée gardoit, qui fouiz s'an estoit de la forest
autre foiz, n'ot talant de revengier son conpaignon, ainz s'an fuit au
plus tost qu'il peut. Et Lanceloz prant le cheval au chevalier qu'il
avoit ocis, si le chace devant soi, et se pansse qu'il pourroit avoir
mestier à aucun chevalier. Il chevauche tant qu'il vient à un her-
milage en la forest, il descent et fet establer ces chevaus, et U her-
mites lor donna de tel bien conme il ot. Et Lanceloz oi la messe,
puis manja I poi et dormi. Atant ez-vos I chevalier qui vient à
Termite et voit Lancelot qui devoit monter. « Sire, fet-il, quel
part iroiz-vos? > — « Sire chevaliers, fet Lanceloz, je irai là où
Dieu pleira; mès vos, où avez- vos la voie amprise? » — c Sire,
je vois véoir I mien frère et II moies serous, si m'a l'an dit qu'il
li est si meschéu qu'an l'apele le poure chevalier, si an sui mout
dolanz. > — « Certes, fet Lanceloz, poures est-il, ce est grant dou-
mages. El vos mi feites I mesaje. » — % Sire, fet li chevaliers,
mout volantiers. » — c Vos li présanterez cest cheval de par moi,
et li diroiz que Lanceloz, qu'il herberja, li anvoie. > — c Sire, fet
li chevaliers, mout granz merciz et bénéois soiez-vos ; car qui a
preudome fet bonté, il ne la pert mie. » — c Saluez-moi les
II damoiseles, » fet Lanceloz. c Sire, mout volentiers. » Li che-
valiers baille le cheval à son escuier et prant congié à Lancelot.
il tant se part Lanceloz de l'ermitage et chevauche tant qu'il
vient fors de la forest, et treuve une terre gaste et un païs grant et
large où il n'abitoit beste ne oisiau, car la terre estoit si poure et si
sesche que l'an n'i povoit trouver point de pasture. Lanceloz
csgarde devant lui loig et voit une cité aparoir, si chevauche cele
part grant aléure et voit que la cité est si grant que il li sanble
qu'ele pourpraigne I païs ; il voit les murs qui dechiéent environ
et les portes qui chiéent de vieil esce. U antre dedanz et treuve la
cité toute vuide de genz et voit les granz paies déchéuz et gastez, et
voit les granz cimetires pleins de sarqueuz et les granz iglises toutes
dégastées, et treuve les marchiez et les changes touz viuz. U che-
vauche parmi les rues et treuve I grant paies qui li sanble estre
mieudres et plus enciens que toz les autres; il s'aresle devant el
— 103 —
aillant que chevaliers et dames moigaent dedanz géant deul et
dient à I chevalier : c Ha, Diex, coq grant doulor et con grant
doumage ce est de vos qui morir alez an tel menière, ne ne peut
estre vostre mort respitiée. Nos devons mout haïr celui par qui
ele vos est jugiée. > Li chévalier et les dames se pasment desus
lui, au départir. Lanceloz a tout ce oï, si s'an merveille mout,
mès il n'an peut nul véoir.
lYtant ez-vos li chevalier qu'il descent parmi la sale et
estoit vestuz d'une coste vermeille courte; et estoit ceinz d'une
riche ceinture d'or, et a voit un riche fermait i son col, où mout
a voit de riches pierres; et avoit un grant chapel, an son chief,
d'or; et tenoit une grant hache. Li chevaliers iert de grant biauté et
de jeune aage. Lanceloz le voit venir, si l'esgarde mout voientiers,
car il le voit apert. Et li chevaliers li a dit : c Sire, descendez. »
— c Certes, fet Lanceloz, voientiers. » II descent et atache son
cheval à un annel d'argent qui estoit el perron, et oste son escu de
son col et son glaive de sa main, c Sire, fet- il au chevalier, que
plest-vos? » — « Sire, il cou vient que vos me copez la teste de
ceste hache; car de ces te arme est ma mort jugiée, ou je vos
an trancherai la vostre. » — c Avoi, sire, fet Lanceloz, qu'est-ce
que vos me dites? » — t Sire, fet li chevaliers, ce que vos oez à feire
le couvient ainssint, puisque vos estes venuz en ceste cité. » —
c Sire, fet Lanceloz, il seroit mout fox qui de.cest jeu-parti ne pan-
roit le meillor à son eus ; mès je an serai blâmez se je vos oci sanz
nul meffet. » — c Certes, fet li chevaliers, vos n'an povez partir
autremant. » — t Biau sire, fet Lanceloz, vos estes si genz et si apris;
conmant vet ce que vos venez si coîntement à vostre mort? Vos'savez
bien que je vos occirai ainçois que vos moi, puisque ainsint est. »
— c Ce sai-je bien de voir, fet li chevaliers ; mès vos me créanteroiz,
ainçois que je muire, que vos revendroiz dedanz ceste cité antre ci
et un an, et que vos metroiz vostre chief an autretel abandon sanz
chalonge conme li miens iert mis. » — c Par mon chief, fet Lan-
celoz, vos ne m'i sauriez chose mestre que je ne préisse ainçois
respit de mort que morir orandroit. Mès de ce me merveil-je
que vos estes si. bel atornez por recevoir la mort. >
— lOé —
ire, fet li chevaliers, cil qui veust aler devant le Sauvéour
del monde se doit apareillier au plus bel qu'il peut. Je me sui par
confession espurgiez de toutes les vileinies et de toutes les mau-
veistiez que je onques fis ; si en sui veraiement repentanz, si veil
morir en tel point. » Après, li tant la hache et Lanceloz la prant
et la voit mout tranchant et mout aguisiée. « Sire, fet li cheva-
liers, tandez vostre main vers cel mostier que vos véez ilec. > —
t Sire, fet Lanceloz, volentiers. » — « Ainssint me jurez-vos, sor
les seintes reliques de cest mostier, que vos,d'ui cest jor an I an, à
l'eure que vos m'aurez ocis, ou einçois, revenroiz ici méimes et
metrez vostre chief an autretel péril conme li miens iert jà mis,
sans desfans. » — c Je le vos jur et créant, fet Lanceloz, ainsint. >
Atant s'ajenouille li chevaliers et estant le col au plus qu'il peut ;
et Lanceloz prant la hache à deus mains, puis li dist : c Sire che-
valiers, por Dieu, aiez merci de vos méimes. » — c Leissiez-vos
la teste coper, fet li chevaliers, car autremant n'an puis-je avoir
merci. » — t En non Dieu, fet Lanceloz, ce vos veil-je refuser. »
Atant entoise la hache et li tranche le chief de si grant aïr qu'il li
fet voler VII piez en sus del cors. Cil chéï à terre quant ces chiés
fu copez, et Lanceloz geta la hache jus et se pensse qu'il feroit là
dedanz mauveis demorer à son eus. Il vient à son cheval et prant
ces armes et monte et regarde derier soi et ne voit pas le cors del
chevalier ne le chief, ne ne sot que tout fu devenu, fors que tant
que il ot un grant deul et un grant cri, loing en la cilé, de cheva-
liers et de dames, et dient qu'il iert vengiez, se Dieu plest, au terme
qui mis i est ou ainçois. Lanceloz ist fors de la cité et a entandu et
oï quanque les chevaliers dient et les dames.
— 105 -
cl seintisme Graai reconmance ci une autre
branche, si conme l'autorité le tesraoigne et
Joseph qui la recouvrance en fet, el non del père
et del fil et del seint esperit. Cist hauz estoires
profitables nos tesmoigne que li fiuz à la Veve
Dame séjornoit ancore avec son oncle, le roi
Pelles, en l'ermitage, et, par la détresce del mal qu'il ot éu puis
qu'il oissi de la meson le roi Peschéor, fu-il confès à son oncle et li
dist de quel lignage il estoit et qu'il avoit non Perce vax. Mès li
bons hermites li bons rois li avoit mis non Parluifet, por ce qu'il
c'estoit fet par lui méimes. Li rois hermites estoit I jor alez en la
forest, et li bons chevaliers Parluifet se santi plus heitiez et plus
viguereus qu'il ne souloit estre. Il ot les oisiax chanteler an la
forest et li cuers li conmance à esprandre de chevalerie, et li sou-
vient des aventures qu'il souloit trouver ès forés et des damoiseles
et des chevaliers que souloit ancontrer, ne ne fu onques mès plus
antalantis d'armes qu'il estoit lores, por ce qu'il avoit tant séjorné.
Il sant la vigor an son cuer et la force en ces manbres et la volante
an sa panssée ; il c'est armez tantost et met la sele sor son cheval
et monte tantost. Il proie Dieu qui li doint aventure de bon che-
valier encontrer ; il se mist fors de l'ermitage son oncle, et antre
en la forest qui estoit grant et onbrage. H chevauche tant que il
vint en une lande qui moul estoit large, et voit I arbre foillu qui
estoit au chief de la lande ; il descent en l'onbre et se pansse à lui
méimes que dui chevalier pourroient bien et biau jouster en cele
pièce de terre, car li leus estoit mout granz. Einssint conme il pans-
soit en tel menière, il ot I cheval hannir en la forest par III foiz
mout haust; si li plest mout et dit : « Ha, Diex, par vostre douçour,
consantez que chevalier ait avec cel cheval, si que je puisse esprou-
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— 106 —
ver se il * force ne valor ne chevalerie en moi. Quar je ne sai orc
de quel povoir je sui, ne mes tant que je sens mon cuer sein et
mes manbres haitiez. Car à chevalier qui n'a hardemant ne valor
en soi ne se peut autre chevalier qui plus a vigor en soi reignable-
ment esprover sa vertu, car je ai meintes foiz oï dire que mieuz
valent ii un des autres. Et por ce, proie-je au Sauvéor, se cist est
chevaliers qui ça vient, qu'il ait force et hardement et vertu de
desfandre son cors anvers le .mien; car j'ai grant talent de corre ii
sus. Or doint qu'il ne m'ocie ne je lui. >
Atant esgarde devant soi et voit le chevalier issir de la
forest, et antre an la lande; Ii chevaliers estoit armez et a voit à
son col I blanc escu à une croiz d'or; il portoit sa lance basse et
séoit sor I grant destrier et chevauchoit tôt le pas. Tantost conme
Perceval le voit, si s'afiche ès estrex et aloigne son glaive et fiert
le cheval des espérons, moût joieus, et s'an vet vers le chevalier
de grant randonée, puis li escrie : « Sire chevaliers, couvrez-vos
de vostre escu, por vos garantir autresint conme je fas del mien
por mon cors desfandre, car je vos desfi sans ocirre, et Damedieu
doint que je vos truisse si bon chevalier par quoi hardemanz
puisse estre an mon cuer; car je ne soi pieça quex je sui et si peut
1 an assez plus aprandre aus bons chevaliers que a us mauveis. »
Atant fiert le chevalier desor son escu de si grant aïr qu'il li fet
perdre l'un des estriers et li troue par desus la boucle l'escu, et
s'an passe outre grant aléure. Et ii chevaliers se merveille mout et
li demande et li dist : c Biau sire, que vos ai-je raeffet? » Perceval
se test et [n']a grant joie de ce qu'il n'a le chevalier abatu, mès il
n'esloit mie si légiers à abatre, car c'estoit I des chevaliers del
monde où il avoit plus de desfansse d'armes. Il vet vers Perceval
quanque cheval li peut rendre et Perceval vers lui. Si s'antre-
fièrent sor les escuz, de grant force, si qu'il les percent et estroent
aus fers des glaives. Et Perceval li met son glaive dedanz an la
char II doie, et li chevaliers ne meschoissi mie, ainz li passe son
glaive très parmi le braz, si que li fus des lances péçoièrent. Il
s'antrehurtent, au passer outre, si très durement que les fers des
mailles des hauberz ior sont fichiées ès frons et ès vicaires et li sans
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— 107 —
lor sailli fors, parmi les bouches et parmi les nés, si que tuit li hau-
berc furent sanglant. Il sachièrent les espées par très grant air. Li
chevaliers au blanc escu areigne Perceval et li dist : < Je sauroie
volenliers qui vos estes et de quoi vos me haez, car vos m'avez
navré moult très duremant, si vos ai trouvé ruste chevalier et de
grant povoir. » Perceval ne li dist mot, ainz li recort sus, l'espéc
traite, et li chevaliers à lui, si s'antredonnent mout granz cox
desus les hiaumes, si que tuit li eil lor estancèient, et la forest en
retantit del giais des espées. La bataille est mout dure et mout
orrible et il estoient bon chevalier enbeduî. Mès le sanc qui de-
couroit de lour plaies les asouplioient auques; mès la très grant
ire que li uns avoit à l'autre et la très grant ardeur de volanté
les avoit si eschaufez que à poignes lor souvenoit il des plaies
qu'il avoient, ainz s'antreféroient granz cox sans espargnier.
Jji rois hermites vient de labor de la forest, ne ne treuve
mie son neveu en l'ermitage, dont il est mout dolanz, et monte sor
une blanche mule que il avoit là dedanz; eie estoit asteiée enmi le
front d'une croiz vermeille ; Josephus nos tesmoigne, li bons clers,
que à Joseph d'Abarimacie avoit esté icele mule, au tens qu'il fu
sodoiers Pilaste, si la tresmist au roi Pelles. Li rois hermites se
part de l'ermitage sor la mule et proie Damedieu qu'il li lest son
neveu trouver. Il s'an vet parmi la forest et chevauche tant qu'il
aproche la lande où li dui chevalier estoient; il ot les cox
des espées et vient grant aléure cele part, et se met entr'cus deus
por desfandre les. < Ha, sire, fet-il au chevalier au blanc escu,
mout feites grant mal, qui à cest chevalier vos conbatez qui a jéu
malades grant tens en ceste forest; si l'avez navré mout dure-
mant. * — c Sire, fet li chevaliers, aussint a-il fet moi, ne ne je
ne li eusse jà sor couru s'il ne m'éust avant requis, ne il ne me
veust dire qui il est ne de quoi la haine monte. » — c Biau sire,
fet li hermites, et vos, qui estes? » — « Sire, fet li chevaliers, je
le vos dirai. Je sui fiuz le roi Ban de Benoiye. > — c Ha ! biau
niés, fet li roi hermites à Perceval, vez-ci vostre cousin ; car li rois
Ban de Benoiye fu cousins germains vostre père ; feites-li mout
grant joie. » Il lor fet osier lor hiaumes et abeissier lor ventailles;
puis, fet beisier l'un l'autre; après, les enmoinne an son her-
initage. Il descendent ansanble, il apele I sien vallet qui le servoit
et les fet désarmer mout souef. Il avoit loianz une damoisele qui
cousine germeinne estoit le roi Pelles et avoit loianz gardé Perceval
an son desheitemant. Gele lor levé lor plaies mout doucemant et
nestoie del sanc. Et voient que Lanceloz est plus bléciez que Per-
ce val. c Damoisele, fet li hermites, que vos en sanble?» — c Sire,
fet-ele, cest chevalier couvendra séjorner, que sa plaie est an mout
périlleus leu. » — « Aura-il garde de mort? » — « Sire, fet-ele,
nanil de ceste plaie, se il est bien gardez. » — « Dieu an soit
aourez, fet-il; et de mon neveu que vos an sanble? » — c Sire,
la plaie qu'il a iert tost garie. II n'an aura jà mal. »
Xia damoisele, qui mout estoit sage, prant garde aus plaies
des chevaliers et les garit au miex qu'il peut. Li rois hermites
méïraes i met conseil. Més, se Perceval éust porté son escu qui là
dedanz estoit, au cerf blanc de sinople, Lanceloz l'éust bien connéu,
si n'éust pas esté la tençon d'eus deus; car il avoit oï parler de
l'escu à la cort le roi Artus. L'autorité de cest conte nos recorde
que li dui chevalier sont en ermitage et que Perceval est près de
gariz ; mès Lanceloz est mout adolez de sa plaie et est ancore mout
loig de sa garison.
r se tost li contes des II chevaliers I poi de tens
et parole del vallet que misires Gauvains ancontre
enmi la fores t, qu'il dist qu'il aloit querre le fil à
la Veuve Dame, qui son père li avoit ocis. Et li
valez dist qu'il Firoit vengier, si s'an vient à la
cort le roi Àrtus, por ce qu'il avoit oï dire que
tuit li bon chevalier i repeiroient. Et vit l'escu pandre à la cou-
lonbe enmi la sale, que la damoisele del char i avoit porté.
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— 109 —
Li valiez le connut bien et s'ajenoille devant le roi, et le salue.
Et li rois li rant son salu ; puis, li demande qui il est. « Sire,
fet-il, je sui fiuz au chevalier au vermeil escu de la forestdes
Onbres, si Focist li chevaliers qui cel escu doit porter, qui
pant à cele colombe; si voudroie mout volentiers savoir no-
vêles de lui. » — c Àussint voudroie-je, fet li rois, par si que
maus ne l'en venist ; car il est li chevaliers el monde que je plus
désir. > — « Sire, fet li valiez, je le doi bien haïr puisqu'il ocist
mon père; cil qui cest escu doit porter estoit valiez quant il
r ocist, et de tant sui-je plus dolanz et je le cuidoie venchier, valiez;
mès nou ferai; si vos pri, por Dieu, que vos me façoiz chevalier,
conme à celui qui coustumiers est de tel bien feire et d'autres. »
— « Conment est vostre non, bîaus enrais? » fet li rois, c Sire,
fet-il, Tan m'apele Clamadoz des Onbres. » Misires Gauvains, qui
repeiriez estoit, iert an la sale et dist au roi : « Se cist valiez est
anemis au bon chevalier qui cest escu doit porter , son annemi
mortel ne devez-vos mie aveneier, mès arrierres mestre ; car il est
li mieudres chevaliers et li plus chastes qui vive au monde, et del
plus seintime lignage. Si avez moult longuement séjornc an cest
chastel por alandre sa venue. Je nu die mie por le val le t désaven-
cier, mès por ce que je ne voudroie pas que vos féissiez chose par
quoi li Bons Chevaliers se pleinssist de vos. » — « Misires Gau-
vains, dit la réine Guenièvre, je sai bien que vos amez l'anor
monseignor, mès il seroit mout blâmez se il ceslui ne feisoit che-
valier, car il n'an escondist onques nul à feire; ne jà li Bons
Chevaliers maugré ne l'en saura, et plus grant vergoigne devroit-il
avoir et^lus grant despit de la haine d'un vallet que d'un cheva-
lier; car il ne fu onques nus bons chevaliers qu'il ne fust sages et
trespanssez et atrenpez. Por ce vos di-je qu'il antandra bien reson,
si lo bien monseignor qu'il le face chevalier, car il seroit mout
blâmez de l'escondire. » — « Dame, dist misires Gauvains, il me
plest mout quant il vos siet. » Li rois le fet chevalier mout riche-
ment et, quant il ot les drâs vestuz, cil de la cort li dient et tesmoi-
gnent que il n'a voient véu, lonc tens avoit, an la cort, chevalier de
greignor biauté. Il séjorna là dedanz grant pièce et fu mout honorez
del roi et de toz les barons. Il estoit chaucuri jor en esgart del
— 110 —
Bon Chevalier qui devoit venir por l'escu; mès ii poinz ne li leus
n'estoit pas encore.
Vouant il vit qu'il ne vendroit pas, il prist congié au roi et à
la réine et à toz ceus de la cort, si s'an parti et se panssa qu'il
iroît esprouver sa chevalerie en aucun leu, tant qu'il auroit oïe
noveles de son anemi mortel. Il chevauche parmi les grans forés
et porte I escu vermeil autressint conroe fist ces pères, et fu touz
armez conme por son cors desfandre. Et chevaucha grant pièce de
tens, tant qu'il vint I jor au chief d'une forest et choisi sa voie par
antre deus monteignes, et vit que passer li couvenoit parmi la
valée qui mout estoit parfonde. Il esgarde devant li et vit loin de
soi I arbre et desouz avoit III damoiseles descendues et prioit
l'une à Dieu de cuer mout haust, qui lor amenast par tens cheva-
lier qui les osast conduire parmi cest destroit.
Ijlamados oi la damoisele, si vint cele part. Quant eles l'ont
choisi, si an ont mout grant joie et se drescent ancontre lui. « Sire,
font-eles, bien puissiez-yos venir! » — t Damoisele, fet Clamados,
bone aventure aiez-vos! Et que atandez-vos ci? » fet-il. t Nos
atandons, fet la mestresce des damoiseles, aucun chevalier qui
aquitast cest destroit, là où nus chevaliers n'ose passer. » —
« Quex destroiz est-ce donques, damoisele? » fet-il. Ce est li chans
del lion. Car il i a I lion si félon et si orrible que nus ne vit
onques plus cruel; si a I chevalier aveques cel lion, entre les deus
monteignes, qui mout est bons chevaliers et hardix et biax. Si n'i
ose nus passer sanz grant conpaignie de gent. Mès li chevaliers qui
repeire aveques le lion si n'i est mie souvant; quar, tfil i fustr, nos
n'éussons garde, car il a en lui mout courtoisie et valor. » Et li
chevaliers esgarde et voit an l'onbre de la forest IIII biaus cers
atelez à un char. « Ha ! fet-il, vos estes la damoisele del char, si
me diroiz bien noveles du chevalier que je vois querre. » — « Qui
est-il? fet la damoisele. «C'est cil qui doit porter l'escu bandé
d'argent et d'azur à la croiz vermelle. » — « Autressint le vois-je
quérant, fet la damoisele. Se Dieu plest, nos an orrons par tens
noveles. » — « Damoiseles, fet li chevaliers, ce voudroi-je. Et
— 111 -
por ce que vos le quérez autressinl coome vos faz, le conduirai- je
outre le destroit. » La damoisele fet aler son char avant, et les
damoiseles vont devant le chevalier ; puis sont antrez el chanp del
lion et trouvèrent mout bele terre là dedanz. Clamados regarde et
voit une sale dedanz un anclos et voit le lion qui gisoit à l'entrée de
la porte. Tantost conme il choisi Clamados et les damoiseles, il
vint cele part grant aléure, geule baée, les oreilles dreciées.
t Sire, fet la demoisele, se vos ne desfandez à pié vostre cheval,
il est morz à cest premerein ancontre.
Clamados est descenduz à pié, par son conseil, et tint le
glaive anpoignié, et li lions ganchit vers lui, touz aramis. Clamados
le reçoit au fer de son glaive et Tan ficrt par si grant aïr qu'il li
an passe une toise outre le col ; il trait à lui son glaive sans brisier,
il le cuide reférir. Mès li lions li faust, si se met sor les deus piez
derière et li met ceus devant sor les espaules, puis le trait vers lui
autresint conme uns hons féist un autre. Mès li destreindres fu
mout mal aessiez, car il li descire son hauberc de II parz et si
enporte de la char tant conme il an peut conssuivre.
Quant Clamados se santi bléciez, si li doubla ses harde-
menz; il estrcint le lion envers lui si très duremant qu'il li fet
giter I grant breit; après, le gîta à terre desouz lui, puis trait
l'espée, si li bouta el cuer très parmi la poitrinne. Li lions brait
si durement que toutes les monteignes en retentissent. Clamados
li tranche la teste, puis la vet pandre à la porte de la sale, puis
revient à son cheval et monte au mieuz qu'il peut. Et la damoi-
sele li dist : « Sire, vos estes mout bléciez. » — c Damoisele,
fet-il, se Dieu plest, je n'aurai garde. > Atanl ez-vos un vallel qui
ist fors de la sale et vient après lui grant aléure. « Avoi, sire che-
valiers, fet-il, vos avez fet grant vileinie, qui avez ocis le lion au
plus courtois chevalier que l'an sache et au plus bel et au mieuz
vaillant de cest roiaume, et en son despit l'an avez pandue la teste
à sa porte ; vos an avez fet mout très grant outrage. » — « Biaus
douz aurais, fet Clamados, il peut bien estre que li sires est mout
cortois, mès li lions estoit vileins, qui vouloit ocirre moi et les
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trespassanz, et vostre sires le déust avoir anchaënné puisqu'il
l'amoit tant; car mieuz ain-je que je Foie ocis que il moi. » —
« Sire, fet li valiez, ce n'est mie chemins par ci, ainz est une
terre en desfans que Tan veust lolir à mon seignor, et, por la
venue de ces anemis, leissoit l'en le lion fors deschaënné. » —
€ Et conment a non vostre sires, biax amis? » fet Clamados.
« Sire, Tan l'apele Mélyot de Logres, et est alez querre monseignor
Gauvain, de qui il tient sa terre, car il Fa mout chier. » — «Mon-
seignor Gauvain, fet Clamados, laissa i-je à la cort le roi Artus;
mès il s'an devoit partir quant je m'an tornai. » — « Par mon
chief, fet li valiez, je voudroie que vos les encontresiez enbedeus,
par si que mes sires séust que vos li éussiez ocis son lion. » —
t Biax anmis, fet Clamados, se il est si courtois conme vos dites,
il ne m'an saura jà maugré, quant je l'ai ocis sor mon cors desfan-
dant, et Diex me desfande d'ancontrer home qui mal me face! »
À tant s'an part li chevaliers et les damoiseles, et passent le
deslroit du champ del lion, et chevauchent tant qu'il aprochent
d'un chastel mout riche, et séoit en une prairie avironée degranz
èves et de granz forez; et estoit li chastiax toujors vieuz de genz.
Et vostrent torner cele part, mès il encontrèrent un vallet qui leur
distque cl chastel n'avoit âme; mès chevauchassent avent, il tro-
veroient grant planté de gent. Tant ont chevauchié avant qu'il sont
venuz au chief d'une forest, et voient grant foison de tentes ten-
dues très parmi une lande, et estoient avironnées d'un grant drap
blanc, et sanbloit de loig estre I blanc mur, crcstelez, et duroit
bien une lieue galesche. Il vindrenl à l'entrée des tentes et oïïent
grant joie là dedanz et, quant il furent dedanz antrez, si virent
dames et damoiseles dont il i avoit à grant foison ; et estoient de
mout très grant biauté. Clamados descendi, qui mout estoit bléciez
durement. La darnoisele del char fu recéue à mout grant joie;
II des damoiseles viennent à Clamados, si li font mout grant joie;
après, le moignent an une tante, si le firent désarmer ; après, li
lavèrent ces plaies mout doucemant et mout souef; puis li a por-
tèrent une mout riche robe, si li firent vestir et le menèrent devant
les dames des tentes, qui moult an firent grant joie.
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— 113 —
«1/ ame, fet la demoisele del char, cist chevaliers m'a sauvée
la vie, car il a ocis le lion par quoi moult de gent n'osoient venir à
vos. Si en feites mout grant joie. » — « Je ne puis mener grein-
gnor joie que je faz, ne les damoiseles de çoianz; quar nos aten-
dons la venue del Bon Chevalier qui geriz est, de jor en jor. Et or
est la riens el mont que je désir plus à véoir. » — t Dame, qui est
cil Bons Chevaliers? » fet Clamados. « Li fiuz à la veve dame des
vaus de Kamaaloth, » fet-ele. c Dites, dame, dites-vo* qui vendra
ci entresait? » — « Ainsint le cuit-je, » fet-ele. c Dame, je an
auroie mout grant joie autresint, et Diex ostroit qu'il viegne par
tens. » — « Sire chevaliers, fet-ele, conment est vostre non? » —
« Dame, fet-il, l'an m'apele Clamados, et sui fiuz le seignor de la
forest des Onbres. > Ele li giète ces braz au col, si le beisse et
acole moult doucemant, et puis li dist : « Mout ne vos an merveillez-
vos mie se je vos en faz joie, car vos fustes fiuz de ma serouge, ne
je n'ai si prochien enmi, ne si charnel conme vos, et je veil que
vos soiez touz sires de ma terre et de moi ; quar c'est droiz et
resons. > Les damoiseles des tantes font mout grant joie de lui
quant el sèvent les noveles qu'il estoit si procliiens à la dame des
tentes. Et il séjorna là dedanz tant qu'il fu gariz et respassez, por
atandre la venue del chevalier dont il ot oï novelles. Et les damoi-
seles se merveillent mout de ce qu'il ne vient, quar la damoisele
qui servi l'avoit estoit là dedanz et dist qu'il estoit gariz de son
braz; mès Lanceloz n'estoit encores mie gariz, ainz est ancore
dedanz l'ermitage.
\Jist hauz estoires nos tesmoigne et recorde que Joseph qui
nos en fet remembrance fu li premiers prestres qui sacrefiast le
cors Notre Seignor, et por itant doit Tan croire les paroles qui de
lui viennent. Vos avez oï dire que Perceval fu del lignage Joseph
d'Abarimacie que Diex ama tant por ce qu'il despandi son cors de
la croiz, qu'il ne vost giter de la prison là où Pilâtes l'avoit mis.
Por la hautesce del lignaje dont li Bons Chevaliers fu esirez, doit
l'en volentiers oïr regreter et recorder les paroles qui de lui sont.
Li contes nos dit qu'il iert partiz de l'ermitage, touz seinz et touz
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— m —
heitiez ; si a leissié Lancelot, car sa plaie n'iert encore mie sanée;
mès il li a créanté que il revendra à lui, an plis tost qu'il porra.
Il chevauche parmi une forest, touz armez» et vient al avesprir à
l'oissue de la forest et voit I chastel devant lui mout bel et bien
séant, et vet cele part por herbergier ; car li souleus estoit cou-
chiez. Il antre dedanz le chastel et descent. Li sires li vient
encontre, qui granz chevaliers estoit et rous, et avoit le regart
félon et le vis plaié en mout de leus ; ne d avoit chevalier laienz
que lui tôt sol et sa mainnie.
Quant il vit Perceval descendu, il corut la porte verroiilier
et Perceval vint ancontre lui tout dis, si le salue : « Et vos auroiz,
fet cil, tel gerredon conme vos avez déservi, ainz que vos partoîz
de toz de çoianz; car vos estes mes annemis mortiex, si estes
mout hardiz qui ça dedanz vos estes anbatuz; car vos océistes
mon frère le seignor des Onbres, et je suis Chaox li rox qui gerroie
vostre mère, et cest chastel li ai-je tolu. Autresint vos todrai-je la
vie ainz que vos partoîz de çoianz. » — c Jà me sui-je, fet Per-
ceval, en cest ostel anbatuz por herbergier aveques vos; si an
seroiz trop blâmez se vos me feites mal. Mès herbergîez-moi
ennuit si conme chevaliers doit autre feire, et le main au partir si
face chaucuns le mieuz qu'il porra. » — « Par mon chief, fet
Chaos li rous, mon anemi mortel ne herbergerai-je jà, se je ne le
herberge mort. » Il cort an la sale amont et s'arme au plus tost
qu'il peut et prant l'espée toute nue an sa main et revient an la
place là où Perceval estoit, à qui li cuers estoit mout angoisseus de
ce que il li avoit dit qu'il gerréoit sa mère et qu'il li avoit tolu cel
chastel ; il geta son glaive à terre et s'an vet vers lui à pié et li
done si grant cop amont el hiaume desus la coiffe del hauberc qu'il
li an fausse les mailles et tranche de la char II doie, si qu'il le fet
chanceler trois tors.
Vouant Chaos li rous se santi navrez, il fu mout dolanz et
vient vers Perceval, si li rant mout grant cop amont parmi son
hiaume, si qu'il li an fet les estanceles voler et le col anbronchier
contreval et les euz estanceler. Et li cox avale desus l'escu, si li a
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fonda très qu'an la boucle. Perce Yal santi le col ruiste et pesant et
santi que U chevaliers estoit durs et de grant povoir. Il revient
vers lui et le cuide férir amont parmi le chief; mès Chaos li
ganehi et Percevax le conssanti et le conssuivi el destre braz, si li
tranche rès à rès del costé atout l'espée et li fet voler à terre. Et
Chaos li cort soure, si le cuide aerdre au senestre braz, mès sa
force estoit amenuisiée; ne por quant il se vangist mout volentiers
s'il en éust le povoir. Et Perceval le rehaste, qui ne l'einme mie del
cuer, et le reféri amont parmi le chief, et li donc tel cop qu'il li
fist la cervelle espandre. Sa meinniëe et si serjant estoient au
fenestres de la sale; quant il voient que lor sires est près de la
mort, il crient à Perceval : « Sire, vos avez ocis le plus hardi
chevalier del réaume de Logres et celui qui plus estoit doutez de
ces anemis ; mès nos n'an poons autre chose feire; nos savons bien
que cist chastiax est vostre mère et doit estre vostre. Nos ne le
chalongons mie, ainz poez feire vostre volenté de quanqu'il a el
chastel; mès soufrez nos à aler à notre seignor qui là gist morz et
à oster le oors et mestre le an aucun reignable leu, por sa bone
chevalerie et por ce que nos le devons feire. > — t Je le vos ostroi
bien, » fet Perceval. Il enportent le cors à une chapele, puis le
désarment et ansevelissent. Après, moignent Perceval an la sale et
le désarment et li dient : t Sire, soiez tout asséur qui n'a que nos
deus çoianz et deus damoiseles, et les portes sont verroilliées et
vez-en-ci les dès que nos vos baillons. » — t Et je vosconment,
fet Perceval , que vos alliez à ma mère prochiennement, et li
dites qu'ele me verra par tens, se je puis exploitier ; et si le me
saluez et li dites que je sui sainz et heitiez. Et conment a non cist
chastiax? » — t Sire, il a non la Clef de Gales, car ce est l'entrée
de la terre. »
Perceval jut la nuit el chastel qu'il ot reconquis sa mère, et
l'endemain, quant il fu armez, s'an parti. Cil li créantèrent qu'il li
garderaient le chastel loiaument et qu'il le randroient sa mère à sa
volenté. Il chevaucha tant qu'il vint au tentes où les damoiseles
estoient et sacha son fraig et escoutoit ; mès il n'i avoil pas si grant
joie conme quant la damoisele au chevalier qui amenoit le char et
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li chevaliers vindrent. II oi grant deul déméner et paumes batre.
Si se penssa quel gent se peuvent estre; il ne vost mie reculer qu'il
n'antrast anz ; il descendi el milieu des tentes et apoia son escu et
son glaive, et voit les damoiseles qui tortoient lor poinz et sachoient
lor crins ; si se merveille mout por quoi ce est. Une damoisele vient
avent, qui esloit partie del chastel où il avoit ocis le chevalier :
c Sire, à vostre honte et à vostre maie aventure puissiez-vos estre
venuz ça dedanz! > Perceval se regarde, si se merveille mout de
ce que cele li dit, et ele s'escrie : « Dame, vez-ci celui qui a ocis
le meillor chevalier de vostre lignage. Et vos, Glamados, qui çà
dedanz estes, il a ocis vostre père et vostre oncle ; or si verra l'en
que vos en feroiz! » La damoisele del char vint cele part, et connut
Perceval, à l'escu qu'il portoit, de sinople et au cerf blanc. « Sire,
fet-ele, bien puissiez-vos estre venuz 1 Qui que demoint deul, je
ferai joie por vostre venue. »
IXtant l'anmoigne la damoisele dedanz une tente, si le fet
asséoir desus une mout riche couche; après, le fet désarmer à ces
II damoiseles et li fet veslir une moult riche robe; puis, l'enmôigne
à la réine des tentes qui encores feisoit grant deul. > Dame, fet la
damoisele del char, refroidiez vostre doulor, vez-ci le Bon Cheva-
lier porquoi les tentes furent ci randues, et porquoi vos avez menée
la grant joie très qu'au jor d'ui. > — « Hat fet-ele, est-ce donc le
fil à la Veve Dame? » — t Certes, oïl, fet la damoisele. * — t Ha !
fet la dame, il m'a ocis le meillor chevalier de mon lignage, et
celui qui me tenssoit mes anemis. » — « Dame, fet la damoisele,
cist nos porra mieuz tensser et desfandre, car il est li mieudres
chevaliers del monde et li plus biaus. » La réine le prant par la
main et le fet asséoir dejouste lui. « Sire, fet-ele, conmantque
l'aventure soit avenue, li cuers me semont de feire joie de vostre
venue. » — c Dame, fet-il, gran merciz. Chaos me vost occire
dedans son chastel et je me desfendi à mon povoir. > La réine
l'esgarde enmi le vis, si alume et esprant de s'anmor si très dure-
mant que près se va qu'ele ne li court seure. t Sire, fet-ele, se
vos m'otroiez vostre amor, je vos pardonroie del tôt la mort Chaos
le rous. » — c Dame, fet-il, vostre amor veil-je bien déservir et la
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moieavez-vos. » — c Sire, fet-ele, conmant m'en porroie aparce-
voir? » — « Dame, fet-il, je le vos dirai. Il n'a chevalier el monde
s'il vos vouloit grever que je ne vos aidasse à mon povoir. » —
« Ceste amor, fet-ele, doit estre conmune de chevalier à dame.
Àutretant feriez-vos por une autre. » — t Dame, fet-il, bien peut
estre, mès l'en met plus volentiers s'aïde an I leu qu'an autre. »
La réine voussist que Perceval se fiast plus de li que il ne fet, et con
plus l'esgarde, et plus li plest et plus est esprise et desirranz de
s'amor. Mès Perceval ne pansse onques à lui amer, ne à autre en
cele manière. Il l'esgardoit volentiers qu'ele estoit de très grant
biauté, ne il ne li disoit nule chose por quoi ele se péust aperce-
voir que il l'anmast d'amor entérine. Toutes voies ne povoit ele
refraindre son cuer ne oster ces eux ne perdre le talent. Les
damoiseles l'esgardoient à merveilles de ce qu'ele avoit si tost
oublié son deul.
Atant ès-vos Clamados, et li ot l'en conté que c'estoit li che-
valiers qui ot ocis son père, valiez, et Chaos son oncle mort. Il
vient dedanz la tente et le voit séoir dejoute la réine qui l'esgardoit
moût doucemant : « Dame, fet-il, vos feites grant honte à vos I
méimes, qui vostre annemi mortel et le mien avez assis dejoute vos.
Nus ne doit jà mès avoir fience an vostre amor ne an vostre aïde. » '
— c Clamados, fet la réine, li chevaliers s'est anbatuz sor moi, si
ne li doi nul mal feire; ainz le doi herbergier et garder son cors.
Si n'a chose feite par quoi l'en le puisse aréter de murtre ne de
traïson. » — « Dame, fet Clamados, il ocist mon père en la forest
souteinne, sans desfience, et li lença I javelot parmi le cors conme
traites; ne je ne serai jà mès à eise se si l'aurai vengié. Si l'apel et
vos pri que vos me teniez à droit, ne mie conme parant, mès
conme estrange, Car je veil bien que li lignages ne m'i ait jà
mestier. » Perceval esgarde le chevalier et le voit grant et de
moût bele taille et de mout grant biauté. « Biau sire, fet-il, de la
traïson vos voudroie-je oster, que je onques vers vostre père ne
vers autre ne n'oi onques taulent de traïson feire ; et Diex me
desfande de tel vileinnie et m'oslroit force de moi oster de tel
blâme ! » Clamados s'avence d'offrir son gage, c Par mon chief,
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fet la réine, gages n'en iert mès hui recéuz ça dedanz. Hës demain
\ vendra jor et conseil et si fera l'en à chaucun droit. > Clamados
est conméuz de mout grant ire, et la réine des tentes honore Per-
ceval de quan que ele peut, et de ce est Clamados mout dolanz et
dit que nus ne doit avoir fiance en fanme. Mès il Tan blâme à tort,
car ce li fet feire la très grant amor qu'ele a en celui ; car ele set bien
que ce est li mieudres chevaliers et li plus biaus. Tant est ele plus
effraée, mès ele ne peut an lui trover nule privée acointence ne
de fet ne de parole. De ce est ele dolente outre mesure. La nuit, se
couchièrent par les tentes li chevalier et les damoiseles, très qu'à
l'endemain, et alèrent oïr messe à une chapele qui estoit anmi les
tentes.
Quant la messe fu chanstée, atant ez-vos I chevalier qui
vient touz armez et portoit I blanc escu à son col. 11 descent el
milieu des tentes et vient devant la réine, touz armez, et dit :
c Dame, je me plein d'un chevalier qui ça dedanz est, qui mon
lion m'a ocis et, se vos ne m'an feites droit, je vos harrai autretant
ou plus conme je faz lui, et vos grèverai en toutes les menières
que je porrai. Si vos pri et requier, por amor de mon seingnor
Gauvain qui hons je sui, que vos droit m'en feites. > — c Con-
mant a non li chevaliers? » fet la réine. c Dame, fet- il, l'an l'apele
Clamados des Onbres, et si m'est avis que je le voi là, car je le
connui vallet. » — « Et conmant avez-vos non? » fet la réine.
c Dame, l'an m'apele Méliot de Logres. > — c Clamados, fet la
réine, oez-vos que cist chevaliers dit?» — t Dame, fet-il, oïl;
mès ancore vos di-je que vos me faciez droit del chevalier qui mon
père a mort et mon oncle. » — c Dame, fet Méliot, je m'en veil
aler. Je ne sai vers qui li chevaliers se por offre, mès je l'apel de
félonie de mon lion qu'il m'a ocis. > Il prant le pan de son hau-
berc : « Dame, vez-ci mon gaje que je vos offre. »
c Clamados, fet la réine, dont n'oez-vos que cist chevaliers
dit? » — t Dame, fet-il, je l'entent bien, véritez est que je ocis
son lion; més il me courut avent sus, et me fist les plaies dont
l'an m'a gari çoianz. Mès vos savez bien que li chevaliers qui ci
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vînt erssoir m'a plus mesfet qae je n'ai cctui. Si vos voudroie prier
que je en préisse venjance ayant. » — * Vos oez, fet-ele, que cist
chevaliers, qui ci est yennz toz armez, s'an veust râler orandroit.
Aquilez-vos atant à celui ; après, si panssera l'en de l'autre. » —
c Dame, grant merciz, fet Méliot, et misires Gauvains vos en saura
mout bon gré; car il m'ocist mon lion qui me desfandoit de toz
mes anemis, néis l'antrée de vostre tente n'estoit mie si abandonée
por la garde de mon lion, et en mon despit en pendi la teste à ma
porte. » — c Del lion, fet la reine, n'est-il pas mêliez à vos se il
l'ocist sor lui desfandant; més del despit que vos fist si conme vos
dites, quant vos ne li aviez riens mesfet, ne vos iert jà li droiz refusez
en ma cort, et, se vos la bataille voliez leissier, vos n'i auriez point
de blasme. » — « Dame, fet Glamados, onques ne l'an priez, puis
qu'il an est si antalentez. Je l'en aconplirai tôt son voloir et après
vos requier et pri que vos me festes droit de ceste autre chevalier. >
— t Je an ferai tant, fet la réine, que je n'an serai jà blâmée. »
Claraados se fet armer et monte sor un cheval, et sanbloit
bien estre hardiz de ces armes et courajeus. Il vient très enmi la
tente là où la place estoit et bele et ygal, et trouva Méliot de Logres
tôt armé sor son cheval, qui mout estoit btax chevaliers et adroiz.
Et les dames et les damoiseles si furent environ la place, c Sire, 1
fet la dame à Perce val, je veil que vos gardoiz le chanp de ces
H chevaliers. * — « Dame, fet-il, à vostre pleisir. > Méliot s'i
meut par grant aïr vers Glamados et Glamados vers lui, si s'antre-
fièrent sor les escuz si qu'il les ont perciez et faussez les haubers
au fers des glaives, et sont navrez enmedui si que li sans lor raie
des cors. Li chevaliers se traïrrent arrière por prandre lor eslès,
car lor glaives furent remès antiers, et reviennent li un vers l'autre
par grant aïr et se fièrent enmi les piz, des glaives, si roidement
qu'il n'i a nul qui ne soit anferrez dedanz la char; car li hauberc
nés porent garantir. Il se hurtent si durement que li chevalier et
li cheval chéirent à terre tout an I mont. La réine et les damoiseles
ont grant pitié des deus chevaliers, car eles voient qu'il sont si très
damnent navré. Li dui chevalier se drescent an piez et tienent les
espées nues et s'antreceurent sus, mout aïréement, à tel povoir
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conme il orent. « Sire, fet la réine à Perceval, alez désevrer ces
II chevaliers, que li uns n'ocie l'autre, quar il sont mout navré. »
Perceval les vet désevrer et vient à Méliot de Logres : c Sire,
fet-il, traez-vos arriéres, vos an avez assez fet. » Clamados santi
qu'il estoit navrez durement en II leus, et que la plaie qu'il avoit
el piz estoit moult grant; il s'an traist arrières. La réine i est
venue : « Biau niés, fet-ele, estes-vos navrez mout durement? »
— Dame, fet Clamados, oïl. » — c Certes, fet la réine, ce poise
moi ; mès je ne vi onques chevalier, s'il fu entalentis de conbatre,
qu'il ne li meschéist aucune foiz. L'en ne peut mie touz ces droiz
porssuivre. » Ele l'en fet porter en son escu en une tente ; puis fet
garder â ses plaies et vit l'an qu'il n'avoit garde de l'une, mès
l'autre estoit moult périlleuse durement.
c Dame, fet Clamados, encor vos pri-je et vos requier que le
chevalier qui mon père ocist ne leissiez oissir de çoianz, se il ne
vos baille bon ostage que il revendra quant je serai gariz. > —
« Si ferai-je, puisque il vos pleist. » La réine vient à l'autre che-
valier qui navrez estoit, por ce qu'il se recleime de par monseignor
Gauvain, si li fist garder à ces plaies, etdistrent qu'il n'est pas bleciez
si durement conme est Clamados. Ële les conmande à garder et à
servir mout déboneirement. « Sire, fet-ele à Perceval, il vos cou-
\ vient que vos demoriez jusqu'à icele oure que mes niés iert gariz;
\car vos savez bien de quoi il vos a aresté ; ne je ne voudroie mie
que vos vos an partissoiz sor vostre blâme. » — « Dame, je ne
m an veil mie partir sanz vostre congié; ainçois serai apareilliez de
moi oster de blasme toutes les eures qu'il an iert tens et (eus. Mès
le demorer çoianz ne porroie-je mie feire si longuement. Mès je
vos créanlerai que je revendrai ci dedanz, XV jors en dedanz le
terme qu'il iert gariz. » — t Sire, fet la damoisele del char, je
remandrâi en ostages por vos. » — «Mès vos li priez, fet la réine,
qu'il remaigne çoianz avec nos. »
« Dame, fet Perceval, je ne porroie, car je leissai Lancelot
navré mout durement en l'ermitage mon oncle. » — « Sire, fet la
réine, je voudroie que li demorers vos pléust autant conme i
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feroit à moi. » — « Dame, fet-il, il ne devrait nullai despleire
d'estre avec vos; mès chaucuns doit sa parole sauver au mieuz qu'il
peut. Je ai créantéà Lencelot que je iroie à lui au plus tost que je
pourroie, et l'en ne doit mie mantir à si bon chevalier conme il
est. » — « Dont me créantez, fet la réine, que vous revendroiz ci
au plus prochiennement que vos porrez, ou au mains dedanz le
terme que vos saurez que Clama dos iert gariz, por vos desfandre
de la traïson qu'il vos met sus. » — « Dame, fet-il, et se il meurt,
je an serai qui tes? » — c Sire, voire, se vos n'i volez venir por amor
de moi. Quar vostre venue anmeroie-je mout. » — c Dame, fet-il,
jà mès ne n iert jor que mes servises ne vos soit abandonez, se je
sui en leu où vos en aiez mestier. » Il prant congié et s'an part,
armez. La damoisele del char le conmande -à Dieu, et Perceval s'an
part grant aléure et chevauche tant par ces jornées qu'il vient à
l'ermitage son oncle et entre dedanz et cuide Lancelot trouver. Mès
ces oncles li dist qu'il s'an estoit partiz et estoit mout bien gariz de
sa plaie. Por ce est mout dolanz de ce qu'il ne l'a treuvé laienz, et
d'autre part est mout joieus de ce que ces oncles li dist que il
c'estoit departiz de laienz touz sains et touz haitiez de sa plaie et de
toutes autres maladies si con il cuide.
ne autre branche reconmancedelGraal, el non del
père et del fil et del seint esperil. Et se test ci li
contes de Perceval, et dit que Lanceloz s'en vet et
chevauche tant par une forest qu'il treuve I chas-
tel anmi sa voie au chief d'pne lande et voit à
l'entrée du chastel sor le pont séoir I viel chevalier
et II damoiseles. Il vet cele part. Li chevalier
et les damoiseles se drescent contre lui et Lanceloz descent.
« Sire, fet li vavassors, bien puissiez-vos venir! > Les damoiseles
li font grant joie et l'anmoingnent dedanz le chastel. c Sire, fet li
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vavassors, nos avions grant mestier de vostre venue. • Il le fet
monter en la sale contremont et le fet désarmer de ces armes,
c Sire, fet li vavassors, or poez véoir grant pitié de ces II damoi-
seles qui sont mes filles. L'en lor veust tolir eest chaste! por ce
qu'eles n'ont aide ne secors se de moi non. Et ce n'est mie grant
esfort moi, car je sui vieuz et foibles et mes lignages est auques
alez ; si ne poi piéça trover chevalier qui m'osast desfandre d'un
chevalier qui cest ehastel me veust tolir. Et vos me sanblez estre
de si grant valor que vos m'en desfandroiz bien demain, car les
trièves faudront ennuit. >
c Ijonment, fet Lancelot, je ne sui ça dedanz vènuz se por
herbergier non, et vos me volez jà si tost enbatre en mellée. > —
c Sire, fet li vavassors, ci porra l'en bien esprouver s'il a en vos
tant de valor conme il apert par defors. Car au garantir les fiez de
ces II damoiseles qui mes filles sont, conquerrez-vos l'amor de
Dieu et le los del siècle. > Eles l'en chiéent au piez en plorant et li
crient merci, qu'eles ne soient déséritées. Et il les an redresce tan-
tost conme cil qui grant pitié an a. c Damoiseles, fet-il, je vos
aiderai à mon povoir. Mès que li termes ne soit Ions. » — c Sire,
font-eles, li jorz est à demain ; si nos n'avions chevalier demein
encontre celui qui cest ehastel chalonge, nos l'aurions perdu. Et
nostre pères est anciens chevaliers, si n'a mès en lui vigor ne force
par quoi il nos péust desfandre, et toz nostre lignages est déchéuz
et alez. Iceste haïne avons nos par monseignor Gauvain que nos
herberjames. » Lanceloz jut la nuit là dedanz el ehastel, et fu
mout bien herbergiez et honorez. Et l'endemain s'arma quant il ot
la messe oïe, et s'apoia aus fenestres de la sale et voit la porte
fermée et verroillée et il oi I cor sonner de fors la porte III foiz
mout haust. < Sire, fet li vavassors, li chevaliers est venuz, si
cuide que n'oit çoianz nule desfansse. » — c Par mon chief, fet
Lanceloz, si a, se Dieu plest. > Li chevaliers resone autre foiz son
cor. « Oez, sire, fet li vavassors; midi aproche, si ne cuide que nus
doie oissir encontre lui. »
lanceloz descent aval et trouve son cheval enselé, il est
— 125 —
montez taotost. Les damoiselçs li sont à restrier et H prient por
Dieu qu'il H sousveigne de lor aonor desfandre, ou, se ce non, eles
s'anfuiront conme chestives an autres terres. Atant resonne li che-
valiers son cor I autre foiz. Lanceloz ne vost plus demorer, quant
il Foi ainsint corner ; ainz est oissuz fors del chaste!, touz armez,
la lence enpoigniée et l'escu au col. Il voit le chevalier au chief del
pont, tout[armé, desous I arbre. Lanceloz vient cele part grant aléure.
Li chevaliers le voit venir, si li escrie : « Sire chevaliers , fet-il,
que demandez-vos? Venez-vos ci por moi mal feire? » — « Oïl, fet
Lanceloz, por ce que vos volez mal feire à cest chastel; si vos
desfi de par le vavassor et de par ces filles. » Il meut au chevalier
et le fiert sor son escu de son glaive, et li chevaliers, lui. Mès
Lanceloz li perce son escu de son glaive et le fiert de si grant aïr
qu'il li ajoute le braz. au costé et le hurte si très durement qu'il
cravente à terre, lui et le cheval, et li cort sus, Pespée traite,
c Ha, fet li chevaliers à Lancelot, traez-vos un poi ansus, ne
m'ociez pas, et si me dites vostre non, par vostre merci. » —
c Qu'avez-vos à feire de mon non? » fet Lanceloz. c Sire, fet-il,
je le sauroie volentiers, car vos sanglez estre mout bons chevaliers
et si l'ai bien essaié au premier encontre. » — c Sire, fet-il, l'an
m'apele Lanceloz del Lac. Et conmant est li vostre nons? » —
c Sire, fet-il, l'en m'apele Marin del chastel de Gomerès, si sui
pères Méliot de Logres; si vos pri, par la riens que vos plus amez
el monde, que vos ne m'ociez mie. » — c Si ferai, fet Lanceloz,
se vos ne gerpissiez la haine del chastel. » — t Par foi, fet li che-
valiers, et je la gerpirai, si vos créant que jà mès n'aura garde de
moi. » — c Je ne vos en crérai mie atant, fet Lanceloz, se vos ne
venez loianz. » — « Sire, fet li chevaliers, vos m'avez mout blécié,
si que à mout grant poigne porroie-je monter. » Lanceloz li aide
tant qu'il fu remontez sor son cheval et l'enmoigne el chastel là
dedanz avec lui, et li fet présanter c'espée au vavassor et à ces filles,
et son escu rendre et ces armes; après, lifet jurer sor seinz que jà
mès genre ne lor fera. Lanceloz en prant la foi atant del chastel,
et Marins s'an tome arrière vers Gomoret. Li vavassors et ces
II filles demorent à grant joie.
— 124 —
Jji contes dit que Lanceloz s'an vet par les estranjes terres
et par les forés quere aventure, et chevaucha tant que il trouva
une terre pleinne, par defors une cité qui sanbloit estre de mout
grant seignourie. Si conme il chevauchoit par la pleinne terre, il
esgarde vers la forest, si voit la pleinne bele et grant et la terre
mout onie. Il chevauche toute la pleinne, si regarde vers la cité,
si en voit oissir grant planté de gent. Et avoit avec eus grant noise
de muses et de flaieus et de vièles et de mainz estrumanz; il
venoienl la voie que Lanceloz chevauchoit. Quant li premerein le
virent, si s'arestèrent et ranforcièrent lor joie, c Sire, font-il, bien
puissiez-vos venir !» — t Seignors, fet lanceloz, encontre qui
alez-vos as si grant joie? » — « Sire, font-il, ce vos diront bien
nostre mestre qui ça derrier viennent. »
XJLtant ez-vos les prévoz et les seignors de la cité et viennent
encontre Lancelot. « Sire, font-il, toute ceste joie est esméue por vos
et tuit cisl estrument sont conméuz en joie et sonent por la joie de
vostre venue. » — t Por quel reson por moi ? » fet Lanceloz. c Vos
le sauroiz bien par lens, font-il. Geste cité est conmanciée à ardoir
et à fondre à I des chiés, dés icele heure que nostre rois fu morz;
ne pot esteindre li feus ne n'esteindra jusqu'à icele eure que nos
aurons un roi qui sires iert de la cité et de l'anor qui i apant, et
à chief de Tan convendra faillir le feu et adonc iert li feus esteinz,
car autrement ne peut- il faillir ne esteindre. Si somes venuz
ancontre vos por doner vos la réauté, car l'en nos a dit que vos
estes bons chevaliers. » — c Seignors, dit Lanceloz, de tel réaume
n'ai- je mestier et Damediex m'an desfandet » — t Sire, font-il,
vos n'an povez estre desfanduz, puisque vos vos estes enbatuz en
la terre, et ce seroit mout grant dolor se si bone terre conme vos
povez véoir estoit fondue, par la défaute d'un sol home; et la sei-
gnourie est mout granz, et ce sera mout grant honor à vostre eus ;
car vos seroiz, au chief de l'an, couronez el feu, si sauveroiz ceste
cité et cest grant peuple, dont vos auroiz grant los. »
lancelot se merveille mout de ce que cil li dient. Il l'avi-
— 125 —
ronent de toutes parz, si l'enmoingnent en la cité. Les dames et
les damoisetes soQt montées aus fenestres des granz mesons, si
démoingnent grant joie, et dit l'une à l'autre : « Vez-ci le novel
roi que l'an enmoigne; or esteindra li feus au chief de l'an. * —
c Dex, font les plusors, conme ce est grant doumage de si biau
chevalier qui finera en cel manière. » — t Teisiez, font les autres,
ainz iert grant joie quant si bone cité, conme ceste est, iert sauvée
par sa mort : car l'en fera praier par tôt le réaume por s'àme à
toujorz mès. » A tant l'anmoingnent el palès à mout grant joie et
dient qu'il le couronneront. Lanceloz trova le palès tout jonchié
et tout encortiné de riches dras de soie, et les seignors de la cité
qui sont apareilliez por feire à lui houmage. Mès il le refuse mout
durement et dit : lor rois ne lor sires ne sera il jà en tel manière.
Atant ez-vos un nain qui entre en la cité et moinne une des plus
bêles dames qui soit en nul réaume, et demande de quoi cele joie
et cil murmuires est. Cil li content ainssint conme il veulent feire
del chevalier roi ; mès il ne le veust ostroier et li content toute
la manière del feu.
Jui nains et la damoisele sont descendu, puis sont montez
el palès contremont. Li nains apèle les seignors de la cité et les plus
seignors. c Seignors, fet-il, puisque cist chevaliers ne veust estre
rois, je le serai volentiers, si justiserai la cité à vostre pleisir et
ferai quanque vos avez devisié. » — c Par foi, puisque li cheva-
liers refuse ceste onor et vos la voulez avoir, volentiers la vos
ostroiera l'en ; et il s'an voist sa voie et son chemin, car nos le cla-
mons tôt quite. » Atant mestent au nain la courone el chief et
Lanceloz en fet mout grant joie ; il prant congié et il le conman-
dent à Dieu; si se remonte sor son cheval, si s'an va parmi la cité,
touz armez. Les dames et les damoiseles dient qu'il ne veust mie
estre rois por tost morir. Quant il vint fors de la cité, si li fu mout
bel ; il entre en une grant forest et chevauche tant que li jors li
failli, et voit devant li un hermitaje novelement establi, car la
mesons et la chapele estoit édéflée tôt de novel. Il vient cele part
et descent por herbergier. Li hermites, qui jeunes estoit, sans barbe
et sanz grenon, issi de sa chapele : c Sire, fet-il a Lancelot, vos
— 126 —
soiez li bien venuz ! • — c Sire, et vos, aiez-bone aventure ! fet
Lanceloz. Onques mès ne vi si jeune hermite conme vos estes. »
— c Sire, je ne me repant se de ce non que je n'i fui piéca
venuz. i
Atant fet son cheval establer et l'enmoigne en son hermi-
taje, si ie fet désarmer et aeissier à son povoir. c Sire, fet li her-
mites, sauriez-me-vos dire noveles d'un chevalier qui a jéu lonc
tens malades chiés I hermite? » — c Sire, fet Lanceloz, n'a mie
encore lonc tens que je le vi, chiés le bon roi hermite qui m'a
gardé et gari mout doucement des plaies que li chevaliers me fist. •
— c Est donc gariz li chevaliers? » fet li hermites. c Sire, oïl,
fet Lanceloz, dont il est mout grant joie, Et por quoi le demandez-
vos? » — c Je le doi bien demander, fet li hermites, car mes
pères, li rois Pelles, et sa mère furent seur germainne mon père. •
— t Ha, sire, est donc li rois hermites vostre pères? » — c Certes,
sire, oïl. » — c Tant vos ain-je mieuz, fet Lanceloz ; car je ne
trovai onques nul home tant me féist d'amor conme il m'a fet. Et
conment, sire, est vostre nons? » — c Sire, fet-il, je [ai] à non
Joseus, et vos conment? » — c Sire, fet-il, l'en m'apele Lancelot
du Lac. » — c Sire, fet li hermites, nos somes mout prochiens
paranz entre moi et vos. * — « Par mon chief, fet Lanceloz, de ce
sui-je mout joieus an mon cuer. » Lanceloz esgarde et voit an la
meson à Termite escu et glaive et javeloz et hauberc. c Sire, fet
Lanceloz, que feites-vos de ces armes? » — c Sire, fet-il, ceste
forest est mout souteingne, si est mout loing de gent cist hermi-
tages, si n'a de gent çoianz que moi et mon vallet. Quant robéor
nos viennent, si nos en desfandons. » — c Que je ne cuidoie mie
que hermites asaillissent ne navrassent ne océissent. » — c Sire,
fet li hermites, Damediex me desfande d'orne afoler ne ocirre. »
— «Et conmant vos en desfandez-vos donc? » fet Lanceloz.
c Sire, je le vos dirai. Quant robéor nos viennent, si nos armonmes ;
se je en puis aucun tenir an mains, il ne me peut eschaper ; nostre
valez si est encres et hardiz, si l'ocist tanlost ; ou il l'atome tel
qu'il ne se peust mès aidier. » — c Par mon chief, fet Lanceloz,
se vos ne fussiez hermites, vos fussiez touz courajeus. » — « Par
— 127 —
mon chief, fet li valiez, vos dites voir, car je ne cuit si fort ne si
hardi en tout le réaume de Logres conrae il est » Li hennîtes
berberja la nuit Lancelot à son povoir.
venant il furent endormi del premier some, atant vindrent
IIII chevalier robéor de la forest qui sorent qu'il avoit laienz un
chevalier herbergié et orent couvoilié son cheval et ces armes. Li
hermites qui en sa chapele estoit les aparçoit premièrement et il
esveilla son vallet et fet aporter ces armes mout céléement; puis
fet armer son vallet. » Sire, fet li valiez, esveillerai-je le cheva-
lier? > — c Nanil, fet li hermites, très qu'à ieele oure que nos
sachons por quoi. • Il fet ovrir Fuis de la chapele et prant I grant
lien de corde, et issent fors, lui et son valiez, et aparçurent les
robéors qui estoient en restable là où li chevaus Lancelot estoit.
Li hermites c'escrie, li valiez s'avence et en porte un à terre
de son glaive. Li hermites le saisit et lie à un arbre, si estroit qu'il
ne se peut mouvoir. Li autre III se béent à desfandre et lour con-
paignon à secourre. Lanceloz saust sus touz esfraez quant il ot la
noise, et s'arme au plus tost qu'il peut; mès il n'i sot si tost venir
que li hermites n'éust les autres III pris et liez avec le quart. Mès
il en i ot de tiex qui furent navrez mout durement, c Sire, fet li
hermites à Lancelot, ce poisse moi quant vos estes esveilliez. » —
c Ainz avez fet grant mal, fet Lanceloz, quant vos nu me déistes
ainçois. » — c Sire, fet li hermites, de tiex assauz avons nos assez
souvant. » Li IIII robéor crient merci à Lancelot, qu'il proit à
l'ermite qu'il ait pitié d'eus. Et Lanceloz dit que Diex ne li ait, qui
aura pitié de larrons. Tantost conme il fu ajorné, Lanceloz et li
valiez les enmoignent en la forest, touz liez les mains derrier le
dos, et les ont panduz en un gaste leu, loing de l'ermitage. Lan-
celoz revient arrières et prant congié à Joseu, le jeune ermite, et li
dist que c'est grant doumache au siècle quant il n'est chevaliers,
c Sire, fet li valiez, m'est grant joie, car mainz homes le conpa-
rassent. » Lanceloz est montez et Josephus le commande à Dieu, si
li prie mout qu'il li salut son père et son cousin de par lui, quant
il les verra, et misire Gauvain ainsint, que il encontra en la forest
quant il venait tout plorent en l'ermitage.
— 198 —
JUanceloz se r'est mis en son chemin et chevauche par les
hautes forés et trouve recez et hermitages assez ; mes li contes ne
fet mie remenbrance de tous les ostex où il se herberja. Il a tant
chevauchié qu'il est venuz hors de la forest, et trouve une mout
bele praierie qui toute estoit chargie de Hors, et couroit parmi une
rivière qui mout estoit bele et large, et avoit forez d'une part et
d'autre, et les praieries éstoient granz et larges entre la rivière et
les forez. Lanceloz regarde devant lui en la rivière et voit I home
nagier une grant nef et voit dedanz la nef II chevaliers blans et
chanuz et une damoisele, ce li est avis, qui tenoit en son devant
le chief d'un chevalier qui gisoit sor une couste de paille et estoit
couverz d'un couvertor de feines, et une autre damoisele li séoit
au piez. 11 avoit I chevalier enz enmi la nef, qui peschoit à I en-
meçon dont la verge sanble d'or, et prenoit mout granz poissons,
et un petit baliax suivoit la nef, en quoi il metoit les poissons qu'il
prenoit. Lanceloz s'aproche de la rive aus plus tost qu'il pot, si
salue les chevaliers et les damoiseles et il li randent son salu mout
doucement. « Seignors, fet Lanceloz, a-il nul chaste] ci près, ne
nul recet? » — « Sire, oïl, font-il, outre cele monteigne, mout
bel et mout riche; si i ceurt ceste rivière tout environ. » —
« Seignors, à qui est li chastiax? » — c Sire, font-il, il est le roi
Peschéor; si i herbergent li bon chevalier, quant il est en cest païs;
mès il i ont de tiex herbergîez dont li sires del païs se déust mout
pleindre. » Li chevalier s'an vont nagent toute la rivière, et Lan-
celoz chevauche tant que il vient au pié de la monteigne et treuve
I hermitage dejouste une fonteinne; il se pansse, puis qu'il doit
aler à si haust ostel et à si riche, où li sainz Graaus s'apert, il se
confessera au preudome. Il descent et se confesse au preudome et
rejéhit touz ces péchiez et li dist que de touz estoit repanlanz fors
d'un, et li hermitcs li demande quex il estoit dont il ne se vouloit
repentir. « Sire, fet Lanceloz, ce me senble li plus biaus péchiez
et li plus douz que je onques féisse. » — « fiiau sire, fet li her-
mites, li péchiez est douz à feire, mès li gerredons est mout
enmers ; ne nus péchiez n'est biaus ne cortois. Mès li uns péchiez
est plus orribles que li autres. » — t Sire, fet Lanceloz, icest
— 129 —
péchié vos jéhirai-je hors de ma bouche dont je ne pais estre repen-
tenz en cuer. Je ain ma dame, qui réine est, plus que nule riens
qui vive; et si Ta uns des mieudres rois qui vive à famé. La
volenté me sanble si bone et si haute que je ne la puis leissier, si est
si enracinée en mon cuer qu'ele ne s'an peut partir ; car la greindres
valor qui est en moi si me vient par sa volenté. » — c Ha, las!
péchierres mortiex, fet li hermites, qu'avez-vos dit? Nule valor ne
peut venir de tel luxure, qui ne soit vendue mout chier. Vos estes
traites à notre seignor terrien et omecides au Savéor. Vos avez des
VII péchiez creminex l'un enchargié dont li déduiz en est mout
faus, si le conparroiz mout chier se vos n'en estes repentanz has-
tivement. » — c Sire, fet Lanceloz, onques mès ne le voil jéhir. *
— c Tant vaust puis, fet li hermites, vos le déussiez tantost avoir
jéhi et dégerpi le. Car, tant com vos le maintiendroiz, seroiz-vos
- ennemis au Sauvéor. » — c Ha, sire, fet Lanceloz, ele a en lui
tant biauté et valor et sanz et courtoisie et hautesce que nus qui
l'anmast ne la devroit oublier. »
c Vouant plus a en lui biauté et valor, fet li hermites, tant
fet-ele plus à blâmer et vos autresint. Car chose où il a poi de
valor n'est-ce pas si grant domages conme de celui qui doit assez
valoir. Et ceste est réine bénéoite et sacrée, si fu voée en son con-
mencement à Dieu ; or s'est donée au déable por vostre amor et
vos por lui. Biau chiers enmis, fet li hermites, leissiez cestes folie
qui tant est cruel, que vos avez enprise; si soiez repentanz de ces
péchiez et je proierai au Sauvéor por vos chaucun jor, que, si
. veraieraent con il pardona sa mort à celui qui le féri de la lence el
costé, vos pardoint-il cest péchié que vos avez maintenu, se vos
estes repentanz et verais confés, si en prandrai la pénitance sor
moi. » — c Sire, fet Lanceloz, granz merciz, je n'an sui mie
entalentez de gerpir le, ne je ne vos veil mie dire chose à quoi
mes cuers ne s'acort. Je veil bien feire la pénitance si grant conme
ele est establie à cest péchié; car je veil servir ma dame la réine
tant conme lui pleira que je soie ces biens veillanz. Je l'ain tant
que je ne veil que jà volenté me veigne de gerpir s'amor ; et Diex
est si douz et si pleins de grant déboneireté, si conme preudons le
9
— 130 —
tesmoignent, qu'il aura merci de nos ; car je ne fis onques traïson
fers lui, ne ele vers moi. » — «Ha, biau doz amis, fet H her-
mites, nule riens ne vos vaudroit de quanque je vos diroie, et
Damediex li doint tel volenté et vos autresi que vos puissiez feire
la volenté au Sauvéor. Mès itant vos veil-je bien dire, se vos gisiez
en Tostel le roi Peschéor, que du Graal ne verroîz-vos mie por le
mortel péchié qui vos gist el cuer. » — « Damediex, fet Lanceloz,
me consseust à son pleisir et à sa volenté! » — « Ce face, fet li
hermites, car je le voudroie bien, ce sachiez vos veraiement. »
JJanceloz prant congié de Termite, puis est montez en son
cheval et se part de Termite, et vespres aproehe, et voit qu'il est
oure de herbergier, et choisi devant lui le chastel au riche roi
Peschéor; il voit les ponz, granz et larges; més il ne li sanblent
itel conme il fist à mon monseignor Gauvain. Il regarde la riche
antrée de la porte là où Damediex esloit escriz si conme il fu mis
en la croiz, et voit II lions qui gardoient l'entrée de la porte. Lan-
celoz se pansse que misires Gauvains avoit passé parmi les lions,
autressint feroit-il. Il s'an vet vers la porte et li lion qui anchaënné
estoient drescent lor orilles, si Tesgardent. Et Lanceloz s'an vet
parmi eus sanz ressoignier les; onques n'i ot celui qui mal li vossist
feire. Il descent devant le mestre palés et monta contremont, toz
armez. Dui autre chevalier viennent encontre lui et le reçoivent à
mout grant joie, puis le font asséoir en une couche enmi la sale,
si le font désarmer à II serjanz. Deus damoiseles li aportent une
mout riche robe, si li font vestir. Lanceloz esgarde la richesce de
la sale i, et n'i voit escripture qui ne soit de seint ou de seinte ; et
yoit la sale portendue de dras de soie en plusors leus. Li chevalier
le moignent devant le roi Peschéor, en une chanbre où il gisoit
mout richement. Il treuve le roi qui gist en I lit si riche et si apa-
reillié que nus ne vit onques meillor, et avoit une damoisele à son
chief et une au piez. Lanceloz le salue mout hautemant, et li rois
li respont mout bel, conme cil qui mout est preudons. Et avoit si
grant clarté en la chanbre que ce sanbloit que li souleus i roiast
* Le M s. répète ici par erreur : Si le font désarmer.
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— 131 —
de toutes parz, et si estoit-il nuiz oeure, ne n'a voit chandeles loiani
que Lanceloz i péust choisir alumées. c Sire, fet li rois Peschierres,
me saTez-vos dire noveles del fil ma seror? et fu fiuz Vilan le gros,
des vas de Kamaalot, si l'apele l'en Perce val. » — c Sire, fet
Lanceloz, je Ta véu n'a pas lonc tens chiés le roi hermite son
oncle. » — c Sire, fet li rois, l'an m'a dit qu'il est mout bons
chevaliers. » — « Sire, fet Lanceloz, il est li mieudres chevaliers
del monde. Je méimes santi bien sa bonté et sa valor, car il me
navra mout durement, ainçois que le connéusse, ne il moi. » —
c Et conmant est vostre nons? » fet li rois, c Sire, Tan m'apele
Lancelot del Lac, et sui fiuz le roi Ban de Benoye. » — c Ha, fet
li rois, vos estes prochiens de nostre lignage, vos devez estre bons
chevaliers par droit; si estes -vos, si conme j'ai o\ tesmoignier.
Lanceloz, fet li rois, vez ilec la chapele où li seintimes Graaus
se repose, qui s'aparut aus II chevaliers qui çoianz ont esté. Je ne
sai conment li premerains ot non, mès je ne vi onques si peisible
ne si coi, ne qui tant resanblast à estre bons. Par celui, chaï-je en
langor. Li autres fu misires Gauveins. » — c Sire, fet Lanceloz,
li premiers fu Percevax, vostre niés. » — t Ha, fet li rois Pes-
chierres, gardez que vos dites voir. » — t Sire, fet Lanceloz, je
le doi bien connoistre. » — c Ha, Diex! fet li rois, por quoi ne le
soi-je donc? Par lui sui-je chéuz en ceste langor et, se je le séusse
dont que ce fust il, je fusse ore con touz seins de mes menbres et de
mon cors, et je vos prie mout, quant vos le verroiz, que vos dites
que il me viegne véoir ainçois que je muire et que il voist secorre
et aidier sa mère à qui l'en ocit ces homes et tost sa terre, si qu'ele
ne la peut r'avoir se par lui non. Et sa seur l'est alée querre par
touz les réaumes. » — c Sire, fet Lanceloz, je li dirai volentiers,
se je le truis jà mès en nul leu, mès c'est grant aventure de lut
trover, car il se desconnoistra en maintes manières et cèlera son
non en mout de leus. »
JLli rois Peschierres est mout joieus des noveles qu'il a oïes
de son neveu, si fet mout honorer Lancelot. Li chevalier s'asiéent
en la sale à une table d'yvoire, au mangier, et li rois remest en sa
chanbre. Quant il orent lavé, la table fu aornée de riche veissele-
— 138 —
ment d'or et d'argent, et furent servi de riches mes de venoison,
de cerf et de cengler. Mès lî contes tesmoigne que li Graaus ne
s'aparut mie à celui mangier. Il ne demora mie por ce que Lan-
ceioz ne fust un des-III chevaliers dei monde de plus grant renon
et de greignor force ; mès por le grant péchié de la réine qu'il
enmoit sanz repantir ; quar il ne panssoit tant à nule riens conme
à lui, ne n'an povoit son cuer oster. Quant il orent mangié, il se
levèrent des tables; deus daraoiseles servirent Lancelot à son cou-
chier, et jut sor une couche mout riche ; ne ne s'an vouloient partir
très qu'à cele oure qu'il fust endormiz. Il se leva l'endemain,
tantost conme il vit le jor, et ala oïr messe, puis prist congié au
roi Peschéor et a us chevaliers et aus damoiseles ; et oissi fors del
chastel parmi les deus lions et prie Dieu qu'il li léist par tens véoir
la réine, car c'est ces greignors désirriers. Il chevauche tant qu'il
esloigne le chastel et entre an la forest et est en mout grant désir-
rier de véoir Perceval ; mès les noveles l'an ièrent mout loing-
tiegnes. Il esgarde devant lui en la forest et voit venir très parmi
la lende un chevalier et une damoisele qui veslue estoit de la plus
riche robe d'or et de soie qu'il onques mès éust véue.
JLia damoisele venoit plorent dejouste le chevalier et li prioit
meintefoiz qu'il éust merci de li. Li chevaliers se test touz coiz et
ne dit mot. « Ha, sire, fet la damoisele à Lancelot, car priez cest
chevalier por moi. » — t Ert quel manière?» fet Lanceloz. cSire,
fet-ele, je le vos dirai. Il m'a monstré sanblant d'amor, plus a d'un
an, et m'ot en couvenant qu'il me prandroit à famé, et je m'apa-
reillai des plus riches garnemenz que je oi, por venir à lui. Mès
mes pères est de greignor povoir et de greignor richesce que il
n'est, si ne voussist pas ostroier le mariage. Por ce, m'an vin-ge
avec lui en tel manière, car je l'ain plus que nul chevalier. Or ne
ne veust riens feire de ce qu'il m'ot en covant, car il ainme mieuz
une autre, ce cuit, que moi. Si m'est avis qu'il l'ait fet por mes amis
feire honte et por moi. » Lanceloz voit la damoisele de mout très
grant biaulé, et ploroit mout tendrement, si en ot mout très grant
pitié, t Avoi, sire, ce ne feroiz-vos mie, fet Lanceloz au chevalier,
que vos à si bele danmoisele façoiz tel honte que vos li failloiz de
133 —
couvenant. Car il n'a chevalier el réaume de Logres ne en celai de
Gales qui ne se déust mout cointoier se il avoit si bele damoisele à
famé, et je vos pri et requier que vos à la damoisele fcites ce que
vos li éustes en couvenant; si feroiz grant franchise, et je vos pri
et requier que vos le façoiz, et je vos an saurai mout bon gré. » —
« Sire, fet li chevaliers, je n'en ai nule volenté, ne je ne le feroie
por nullui, puis que bel ne me seroit. » — c Par mon chief, dit
Lanceloz, dont estes vos li plus vileins chevaliers que je onques
véisse, ne dame ne damoisele ne doit jà mès avoir fience en vos,
quant vos envers ceste volez feire* vileinie. » — « Sire, fet li che-
valiers, j'ai plus vaillant enmie que ceste n'est, et de greignor pris,
ne de ceste ne ferai-je plus que je vos ai dit. » — c Et où la volez-
vos donc mener? » fet Lanceloz. c Je la veil mener en un mien
recet qui est en ceste forest, et la conmanderai à I mien nain qui
ma meson garde et la marierai à aucun chevalier ou à aucun
home.» — c Jà ne m'ait Diex, fet Lanceloz, se vos ne dites grant
vileinie, et, se vos ne faites sa volenté, mal vos en vendra de par
moi méimes et, se vos fussiez armez si conme je sui, vos an
éussiez jà la première envaïe. » — c Ha, fet la damoisele à Lan-
celot, por Dieu, ne seriez mie entalentis de lui mal feire, car je
nain tant nule riens conme son cors, que que il me face. Mès, por
Dieu, priez lui qu'il me face l'anor qu'il me promist. » — c Volen-
tiers, fet Lanceloz. Sire chevaliers, feroiz-vos ce que vos éustes à
la damoisele en couvenant? » — « Sire, fet li chevaliers, je vos ai
bien dit que non. » — « Par mon chief, fet Lanceloz, si feroiz;
ou vostre mort est jugiée et ne mie tant por la damoisele seule-
ment conme por la vileinie abalre de vos, qu'ele ne soit reprochiée
à a us très chevaliers. Car ce que chevaliers promet à dame ou à
damoisele, li couvient-il tenir. Et vos estes chevaliers, ce dites
vos, et nus chevaliers ne doit feire vileinie à escient, et ceste
vileinie si est greindre que autre, ne por prière que la damoisele
me face, ne souferrai-je plus ceste vileinie, se vos ne li feites ce
que vos li éustes en couvenant, que je ne vos ocie, por ce que je
ne veil mie qu'il soit reprochié à autres chevaliers. » Il aloigne
son glaive et vost venir vers lui, quant li chevaliers vient encontre
ci li dit : « Ne m'ociez mie, ainz me dites que vos volez que je
face. » — c Je veil, fet-il, que vos peigniez à famé h damoi-
sele sanz nul refus. » — c Sire, fet-il, je Peim mieux à prendre
la qu'à morir. Sire, je en ferai la rostre volenté. • -** t Je vos
en merci moût, fet.Lanceloz. Damoisele, est-il vostre grei ain-
sint? i — c Sire, oïr. Mès vos ne vos départiroiz de nos, s'il vos
plest, très qu'à icele oure qu'il aura fet ce que vos dit. » —
c Einsint le veil-je bien, fet Lanceloz, por vostre amor. * Il che-
vauchièrent ensanble très parmi la forest, tant que il vindrent à
une cbapele à un. hermitaje, et li« hermites les espouse et en fist
mout grant joie. Quant ce vint après la messe, Lanceloz s'an vost
partir, mès la damoisele li prie mout doucement qu'il voist avec
lui très qu'à la meson son père, por tesmoignier que li chevaliers
l'a espousée.
ire, fet-ele, li recez mon père n'est mie loinz. » —
c Dame, fet Lanceloz, volentiers irai, puisque vos m'an requérez. »
Il chevauchent tant très parmi la forest, tant qu'il viennent au
chastel au vavassor qui séoit desour le pont de cest chastel, mout
dolanz et mout sinples por sa fille. Lanceloz s'an est alez avant et
descent. Li vavassors se dresce encontre lui et Lanceloz li conte
que sa fille est espousée et que il a esté au noces. Li vavassors en
fet mout grant joie. Atant ez-vos le chevalier et la file au vavassor ;
atant sont descenduz et li vavassors si mercic mout Lancelot de
Tanor qu'il a feite sa fille. Atant se part del chastel et chevauche
parmi la forest au lonc del jor, et encontre une damoisele et
I nain qui venoient grant aléure. c Sire, fet la damoisele à Lan-
celot, de quel part venez- vos? » — c Damoisele, fet-il, je vieg
del chastel au vavassor, qui est en ceste forest. » — c Encon-
trastes-vos, fet-ele, I chevalier et une damoisele en vostre voie? »
— t Oïl, fet Lanceloz, il l'a espousée. » — c Dites-vos voir?» -
fet-ele. — c Voir vos di-je, fet Lanceloz ; mès il ne l'éust mie
espousée se je ne fusse. » — c Por ce aiez-vos honte et maie aven-
ture, quant vos m'avez tolu la riens el mont que je plus enmoie!
Et bien sachiez-vos de voir qu'ele n'ara joie de lui, et, se li che-
valiers fust armez ausint conme vos estes, il n'éust mie feite vostre
volenté, mès la seue. Et ce n'est mie li premiers doumaches que
— 135 —
vos m'ayez fet ; entre vos et monseignor Gauvain , océistes mon
oncle et mes II cousins germeins en la forest, que il me convint
ensevelir en la chapele où vos fustes, là où mes nains que vos véez
ci feisoit les sépoutures el cimetire. > — « Damoisele, fet Lanceloz,
véritez est que je i fui, mès je me parti del scymetire, sauve m'a-
ner. » — c Voire, fet li nains, car li chevalier qui i furent [estoient]
eouart et failli. * — c Biaus anmis, fet Lanceloz, je enmai mieuz
que il fussent couarz envers moi que hardiz. » — c Lanceloz, fet
la damoisele, vos avez fet maint outrage, car vos océistes le cheva-
lier de la gasle meson, là où li brachez mena monseignor Gauvain ;
mès, se il i fust connéuz, il ne s'an fust mie partiz atant, car il
n'iert geires plus enmez de vos, et Diex vos lest trover tel cheva-
lier qui puist abatre les outrages qui sont en votre cuer et el sien ;
car ce seroit.grant joie, quar vos avez maint bon chevalier ocis, et
je méimes porchacerai votre ennui au plus tost que je porrai. »
iltant fiert li nains la mule de la courgiée et ele s'an part.
Lanceloz ne lui ost respondre nule vileinie, ains s'an parti atant
et chevauche tant par ces jornées qu'il est revenuz chez le bon roi
hermite qui fet mout grant joie de lui. Et li conte qu'il a esté chiés
le roi Peschéor son frère, qui gist an langour, et li conte ainsint
conme il fu honorez an l'ostel et les saluz que il li mande. Li rois
bermites an est mout joieus et li demande de son neveu et li dit
qu'il ne le vit puis qu'il se fu partiz d'ilec. Li rois hennîtes li
demande se il avoit véu le Graal, et il li dist que nanil. c Je sai
bien, fet li rois, por quoi ce fu. Se vos fussiez en autretel désirrier
de véoir le seint Graal conme vos estes de véoir la réine, vos
l'éussiez véu. » — c Sire, fet Lanceloz, la réine désiré-je à véoir
por apansé, sanz et cortoisie et valor, et ainsint le doivent feire
tuit chevalier. Car ele a toutes les honors en lui que dame puisse
avoir. » — c Diex vos en lest venir à bon chief, fet li rois hermites,
et feire chose de quoi Diex ne vos ait en despit au jor del jugement! »
La nuit, jut Lanceloz en l'ermitaje et au matin s'an parti et priât
congié, quant il ot la messe oïe, et s'an revient au plus droit qu'il
peut à Pennenoiseuse sor la mer de Gales, là où li rois et la réine
estoient à grant planté de chevaliers et de barons.
— 156 -
-:st hauz esloire nos tesmoigne, de quoi cist contes
vient, et dit que Perceval est el réaume de Logres
et s'an venoit grant aléure vers la terre la réine
des Tentes, por aquiter la damoisele del char qu'il
a voit leissiée en ostage por Clamadosqui sus liavoit
rois Ja traïson de quoi il se devoit desfandre. Mès
einçois qu'il entrast en la terre la réine des Tentes, enconlra-il la
damoisele del char qui de cele part venoit. Ele li fist moult grant
joie et H dist que Glamados estoit morz de la plaie que Mélioz de
Logres li avoit feite, et que Mélioz de Logres estoit gariz. « Sire,
fet-ele, les tentes et les cortines sont destendues, et la réine se est
retraite el chastel et ces puceles, et par moi qui en sui revenue
poez-vos bien savoir que vos en estes bien quites. Si vos di que
vostre seur vos va querre, ne vostre mère n'ot onques si grant mes-
tier d'aide conme ele a ore, ne jà mès vostre seur n'aura joie â son
cuer jusqu'à icele eure qu'ele vos aura trové. Ele vos vet querre par
touz les réa urnes et par toutes les estranges contrées, à grant mé-
saise, ne ele ne peut trover qui noveles Fan die. » Perceval se part
de la damoisele atant, sanz plus dire, et chevauche tant qu'il vint
el réaume de Gales, en I chastel qui siet desus la mer sor une
haute roche, et estoit apelez li chastiax des Tailles. Il voit I chevalier
issir del chastel, il li demande qui li recez est, el il li dit qu'il estoit
à la réine des puceles. Il entre dedanz le premerein baille del chas-
tel ; il descendi au perron et met sus son escir et son glaive et regarde
vers les degrez par où l'an monte en la plus haute sale; si les vit
toz arengiez de chevaliers et de damoiseles. Il est venuz cele part,
mès il n'i ot chevalier ne dame qui de nule riens l'areinnast. Si les
salua tout avent. Il s'an vet très parmi eus vers l'uis de la grant
sale, si la trouve fermée, mès il crola l'ennel si durement qu'il fet
toute la sale retentir. I chevaliers li vint ouvrir et il entre là
dedanz. « Sire chevaliers, bien puissiez-vos venir ! » — t Bone
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— 187
aventure aiez-vos! • fet Perceval. Il abat sa ventalle et oste son
hiaume. Li chevaliers le moigne ès chanbre la réine, et ele se liève
encontre lui et li fet mout grant joie et le fet asseoir dejoute li,
tout armé.
iltant vient une damoisele et s'ajenoille devant la réineet dit :
tDarae, vez-ci le chevalier qui fu premièrement au Graal, je le vi en
la cort la réine des Tentes, là où I en le vost apeler de traïson et de
rourtre. » — « Or tost, fet la réine au chevalier, feites soner le cor
d'ivoire, desor le chastel. » Li chevalier et les damoiseles qui au
degrez séoient si saillirent sus, si démoinent mout grant joie, et
tuit li chevalier autresint. Si distrent que or savoient-il bien que il
avoient feile lor pénitence. Atant entrent en la sale, et la dame ist
de la chanbre et tint Pèrceval par la main et lor vient à rencontre.
« Vez-ci, fet-ele, le chevalier par qui vos avez eu la poigne et le
travail et par qui vos en estes ostez. » — c Ha, font li chevalier
et dames, bien puisse-il estre venuzî » — c Par mon chief, fet la
réine, si est-il, car ce est li chevaliers del monde que je désirroie
plus à véoir. * Ele le fet désarmer et aporter li riche robe de drap
de soie por vestir. c Sire, fet la réine, IIII chevaliers et III damoi-
seles ont esté desouz les degrez à l'entrée de la sale, puis icele oure
que vos fûtes à l'ostel le roi Peschéor, là où vos oubliastes à
demander de quoi il servoit ; ne onques puis, n'orent autre meson
ne autre recet, por boivre ne por mangier ne por gésir ; ne onques
puis, n'orent-il talant de mener joie, non féissent-il jà mes se vos
ne fussiez ci venuz. Si ne vos devez mie merveillier s'il démoignent
joie de vostre "venue ; et d'autre part nos a vostre venue grant
mestier en cest chastel, car I chevalier me gerroie qui est frères le
roi Peschéor, si a non H rois del Chastel Mortel. » — c Dame,
fet-il, il est mes oncles; si ne le Savoie mie grant tens a, ne del bon
roi Peschéor aussint. Si est mes oncles li bons rois hermites. Si
vos di por On voir que li rois del Chastel Mortel est li plus fel et li
plus cruieus qui vive; si ne le doit nus amer por la félounie qui
en lui est ; car il a conmencié à gerroier le roi Peschéor mon oncle,
si li chalonge son chastel et si veust avoir la lance et le Graal. »
— c Sire, fet la réine, aussint chalonge-il le mien chastel, por ce
— 138 —
que je sui en l'aide au roi Pesehéor, et vient cbaucune semaine an
une ille qui est en ceste mer et me fet mainte enraie devant cest
chastel et a mainz de mes chevaliers dois et de mes damoiseles, et
Diex nos en achat vengence ! » Ele prant Perceval par la main et
le moigne aus fenestres de la sale qui plus prochiennes estoient
de la mer. c Sire, fet-ele, or povez-vos File véoir là où vostre
oncles vient en une galie, et en cele ille séjorne-il tant que il a
véu son cop et son esgart. Et véez ici desouz mes galies qui nos en
desfandent. »
JL erceval, ce dit l'estoire, fu mout honoré el chastel la réine
des Puceles, qui mout estoit de grant biauté. La réine l'amoit de mout
très grant amor, més ele savoit bien qu'ele n'an aroit jà son désir-
rier, ne dame ne damoisele qui s'antente i méist ; car il estoit chaste
et en chastéé vouloit morir. Il fu tant el chastel qu'il oi dire que son
oncle estoit arrivez en Tille là où il souloit venir. Perceval se fet
armer tantost et entre en une galie desouz la sale, si se fet nagier
vers son oncle, [qui] se merveille mout quant il le voit venir ; car
onques més chevaliers n'osa oissir soul encontre lui de cel chastel,
ne venir là où il estoit, cors à cors, Més, se il séust que ce fust
Perceval, il ne s'an merveillast pas. Atant prant terre la galie et
Perceval est fors issuz. La réine et li chevaliers et ces puceles sont
venues au fenestres del chastel par véoir la contenance del neveu
et de l'oncle. La réine li éust tramis de ces chevaliers avec lui, més
Perceval ne vost. Li rois del Chastel Mortel fu granz et fors et
hardiz. Il voit venir son neveu tout armé, més il ne le connut mie.
Més Perceval le connut bien et tint l'espée saehiée et l'escu
enbracié, et requiert son oncle par très grant air et li done grant
cop amont sor son hiaume, qu'il le fet tout anbrunchier. Et li rois
ne l'esparne mie, ainz le fiert si très durement qu'il li a tôt son
hiaume enbarré. Et Perceval le rehaste, qui amont le cuide férir el
chief, més li rois ganchi et li cos avale desor l'escu, si li a porfandu
très qu'à la bocle. Li rois del Chastel Mortel se trait arriére et a
grant vergoigne en soi méimes por ce que Perceval le conroie si,
car il le cerche à l'espée de toutes parz, et li done granz cox et, se li
haubers ne fust si fors et si tenanz, il l'éust navré en mout de leus.
— 139 -
JJi rois méimes li donne si granz cox que la réine et tuit cil
qui èrent ans feneslres se merveilloient que Perceval peut ces cox
soufrir. Li rois se prist garde de l'escu que Percerai portoit et Tes*
garde de loig. c Chevaliers, fet-il, qui vos dona cest escu et de par
qui le portez- vos itel? » — c Je le port de par mon père, » fet-il.
t Porta donc vostre père Tescu vermeil au cerf blanc? » — « Oïl,
fet Perceval, maint jor. » — t Fu donc vostre père li rois Vilains
des vaus de Ramaalot? » — c Mès pères fu il sans faille. Je ne
doi avoir nul blâme de lui, car il fu bons chevaliers et loiaus. »
— < Estes -vos fiuz Yglaï ma serour qui fu sa moiller? » —
c Oïl, » fet Perceval. «Dont estes-vos mes niés, fet li rois du Chastel
Mortel ; car ele est ma seur. » — «Ce poise-moi, fet Perceval, car
je n'i ai preu ne honeur, car vos estes li plus desloiaus de tôt mon
lignage, et je savoie bien quant je ving ci que c'estiez vos, et, por
la grant desloiauté qui en vos est, gerroiez-vos le meillor roi qui
vive et le plus preudonme et la dame de cest chastel, qu'ele li
aïde à son povoir. Mès, se Dieu plest, ele n'aura jà garde à son
povoir de si mal home conme vos estes, ne li chastiax n'iert jà
obéissanz à vos, ne les bones seintes reliques que li bons rois a en
sa garde. Car Diex ne vos ainme mie tant conme il fet lui, et je vos
desfi tant conme vos le gerroiez, et vos tieg à ennemi. » Li rois ot
bien que ces niés ne le tient mie chier et qu'il s'aatit de lui feire
mal et qu'il tient- l'espée enpoigniée et est anbronchiez en son
hiaume et engramis conme lions. Il doute mout sa force et son grant
hardemant; il a bien esprouvé et essaié que ce est li mieudres
chevaliers del monde; il n'ose plus ces cox atandre, ainz s'an
torne grant aléure vers sa galie et sailli anz tantost ; il esquipe de
rive inélement, et Perceval le suit très qu'à la rive, qui mout est
dolanz de ce que il s'an vet ; puis li escrie : « Mauvéis rois, ne
dites mès que je soie de vostre lignaje; onques mès chevaliers del
lignaje ma mère ne foui por autre chevalier, se vos non. Or ai-je
conquis ceste ile, jà mès n'auroiz si grant hardemant que vos i soiez
véuz à nul jor. » Li rois s'an vet qui n'a cuire de retorner, et Per-
ceval s'an revient arrière an sa galie au chastel la réine, et tuit cil
del palès viennent encontre lui à grant joie. La réine li demande
è
— 140 —
conment il li est et se il est bléciez. c Dame, fet-el, nanil, Dieu
merci ! » Ele le fet désarmer et mout honorer à son pleisir et con-
mande que tuit soient obéissant à lui à feire son conmandemant
tant conme il li pleira à estre. Or sont plus asséur el chastel por
le roi qui partiz s'an est vileinnement, et cuident bien que jà més
ne doie revenir por la doutance que il a de son neveu plus que
pour autrui, et por ce démoignent joie conmunement.
forés ne en nule de ces illes, et il responnent que nanil. < Je me
merveil mout, fet li rois, qu'il est devenuz, car je n'an oi plus
noveles que que Rex li seneschaus ocist Logrin le jaient, dont il
m'aporta le chief, de quoi je fis mout grant joie et l'en crui sa terre
mout volentiers; et si dui-je bien feire, car il me*venga de celui qui
me damajoit ma terre plus que nus ; si l'en ain mout. » Afés, se li
rois séust conment Rex avoit esploitié envers lui, il ne l'ennourast
mie tant sa chevalerie ne son hardement. Li rois séoit un jor au
mangier et la réine Gueniévre dejouste lui. A tant ez-vos une daraoi-
sele et est descendue devant le palés, puis monte les degrez de la
sale et est venue devant le roi et devant la réine. c Sire, je vos
salue conme la plus esfraée damoisele et la plus desconseilliée
que vos véissiez onques. Si vos sui venue demander I don por la
haulece et por la valor de votre cuer. » — c Damoisele, fet li rois,
Diex vos puisse conseillier par son pleisir et par sa volenté, et je
méimes i veil bien me entremestre. » La damoisele esgarde l'escu
qui pant à la coulombe enmi la sale. « Sire, fet-ele, je vos requier
r se test li contes de Perceval et dit que li rois
Artus est à Pannenoiseuse en Gales, avec grant
planté de chevaliers. Lanceloz et misires Gauvains
sont repeiriez, de quoi toute la gent fet grant joie.
Li rois demande à monseignor Gauvain et à Lan-
celot se il ont véu Lohot son fiuz en nule de ces
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— 141 —
que vos me (Joigniez l'aide del chevalier qui cel escu enportera de
ça dedanz. Car il m'est plus grant mestier que à nule desconseil-
liée. » — c Damoisele, fet li rois, il me sera mout bel se li cheva-
liers voust ainssint feire con vos le dites. » — c Sire, fet-ele, puis-
qu'il est si bons chevaliers conme l'en dit, il ne refusera jà vostre
proière, et, se je estoie ci à cele oure que il venra, nou feroit-il à
moi. Mes, se je péusse mon frère trouver que je ai quis grant
tens a, je fusse bien secourue grant pièce a. Mès je l'ai quis en
meintes terres, si ne puis savoir où il est ; ce poise-moi, car il me
couvient chevauchier toute soûle par les estranges illes et mestre
mon cors en aventure de mort, dont cil chevalier doivent avoir
grant pitié. »
c JJamoisele, fet li rois, je ne vos refuse chose que vos veilliez
par itel reson, et si i metrai poigne mout volentiers. » — < Sire,
fet-ele, gran merciz de Dieu. » L'an la fet asseoir au mangier et
mout honorer. Quant Fan ot les napes treites, la réine l'enmoigne
an sa chanbre avec les puceles ; et fet mout grant joie de li li bra-
diez qui fu aportez avec l'escu; se gisoit sor une couche de paille,
il ne vouloit connoistre la réine ne ces damoiseles ne chevalier qui
fust en la cort ; tantost conme il oi la damoisele, il vint à lui et li
fet la greignor joie que l'en véist onques feire à brachet. La réine
et ces puceles s'en mcrveillèrent mout et la damoisele méimes à
qui li brachez feisoit joie, car, onques puis qu'il fu en la sale
aportez, ne lui virent conjoïr nullui. La réine li demande c'ele lé
connoist : < Certes, dame, je non, onques mès ne le vi, que je
sache. » Li brachez ne se veusl partir de lui, ainz est adès en son
giron, ne ele ne peut aler cele part qu'il ne la suive. La damoisele
est en la cort le roi lonc tens en tel menière; si, conme cele qui
grant mestier avoit d'aide, demouroit chaucun jor en la chapele
quant la réine estoit venue et ploroit moult tendrement devant
l'image au Sauvéor et li prioit mout doucemant que sa mère con-
seillast, qu'ele avoit leissiée en grant péril de perdre son chastel.
La réine li demande I jor qui ces frères estoit. < Dame, fet-ele,
I des meillors chevaliers del monde, si conme je ai oï tesmoignier.
Mès il se parti de l'ostel mon père et ma mère, valiez mout jeunes.
— 142 -r-
Mes pères est puis morz et ma dame ma mère est remèse sanz aide
et sanz conseil ; si li a l'en puis tolue sa terre et ces chastiax et ocis %
ces homes. Cel chastel méime où ele se receste li éust l'en tolu
piéçase misires Gauveins ne fust, qui li tenssa vers ces anemis I an.
Or est li termes failliz et ma dame ma mère est en ballance de perdre
son chastel, car ele n'a plus de recez. Por ce, si m'a envoié quere
mon frère, car l'an li a dit qu'il est bons chevaliers, et, por ce que
je nel puis trouver, sui-je venue à cesle court requerre au roi Artus
l'aïde del chevalier qui l'escu enportera ; car j'ai oï dire que c'est
li mieudres chevaliers del monde, et, puisqu'il a tant de bonté en
lui, dont aura-il pitié de moi. » — « Damoisele, fet la réine, je
voudroie que vos l'eussiez trouvé, car je auroie grant joie se vostre
mère estoit secourue, et Diex doint venir celui qui l'escu en doit
porter prochiennement, et li doint courage qu'il voist vostre mère
secoure. Si fera-il, se Dieu plest, quar onques bons chevaliers ne
fu sanz pitié. »
JUa réine a mout grant pitié de la damoisele, car ele estoit
de mout très grant biauté, et si paroit bien à sa contenance et à
son sanblant qu'ele n'a voit pas joie. Ele ot dit à la réine son non
et le non de son père et de sa mère; [la réine] li dist que mainte
foiz avoit oï parler de Vilain le gros et dire qu'il fu preudons et
bons chevaliers. Li rois gisoit une nuit delez la réine et fu esveil-
liez del premier soume, si ne se pot randormir. Il se leva et vesli
une grant chape grise et oissi fors de la chanbre et vient ans
fenestres de la sale qui ouvroient par devers la mer peissible et
sanz tormant; si li plot mout li resgarders et li apoiers aus
fenestres. Quant il ot ilec esté grant pièce, si regarda conlraval la
marine et vit venir mout loing autresint conrae la clarté d'une
chandele parmi la mer. Il se merveilla mout que ce povoit estre ;
il regarda tant que il choisi que ce senbloit estre une nef là où
cele clarté estoit, et se pansse qu'il ne se mouvra très qu'à cele
heure qu'il sauroit se ce estoit nef ou autre chose. Quant plus la
regarde et mieuz connoist que ce estoit une nef, et venoit, de grant
ravine, au plus tost que ele povoit, vers le chastel. Li rois le choisi
de près, il ne vit nullui dedanz ne n'oi fors que un viel home, et
— 143 —
encien et chanu, de mout très grant biauté, qui tenoit le gouver-
□ail de la nef. La [nef] estoit couverte d'un mout riche drap el
mileu et la voille estoit abeissiée , quar la mer estoit série et
quoie. La nef estoit arrivée desouz le palès et fu toute quoie.
Quant la nef ot pris terre, li rois regarde à grant merveille, ne ne
set qu'il a dedanz, car il n'i ot arme parler. Il se pansse qu'il ira
véoir que ce est dedanz la nef; il est oissuz fors de la sale et vient
là oà la nef estoit arivée, ne n'i pot mie aprochier par le flot de la
mer. « Sire, fet cil qui le gouvernail tenoit, soufrez-nos I petit. »
Il li lance fors de la nef I petit batel et li rois entra dedanz, si est
venuz en la grant nef et treuve I chevalier qui gisoit toz armez sor
une table d'ivoire, et avoit mis son escu à son chief. Il a voit à son
chevez deus granz teurtiz de chandeles en II chandeliers d'or et à
ces piez autresint, et avoit croisiées ses mains desous son piz. Il
s'aproche vers lui et si l'esgarde, si li fu avis que onques mës
n'avoit véu si bel chevalier.
ire, fet li mestres de la nef, por Dieu, traiez-vos arrières,
si leissiez le chevalier reposer, car il en a mout grant mestier. » —
c Sire, fet li rois, qui est li chevaliers? » — c Sire, ce vos diroit-il
bien se il vouloit, car par moi ne le sauroiz-vos mie. » — c Se
partera-il en pièce de ci ? » fet li rois. < Sire, fet li mestres, il aura
ainçois esté en cele sale, mès il a esté mout traveilliez, si se
repose. » Quant li rois oi dire que il vendrait en son palès, il en
fist grant joie. Il vient ès chanbres la réine et li conte ainssint
conme la nef est arivée. La réine se liève et deus de ces puceles
avec lui, et ot vestue une grant jupe de drap de soie forré d'ermine,
et est venue enmi la sale. Atant ez-vos le chevalier tout armé qui
vient et li mestres de la nef devant li et porte le teurtiz de chan-
deles el chandelabre d'or devant lui, et li chevaliers tenoit l'espée
toute nue. c Sire, fet la réine, bien puissiez-vos estre venuz ! » —
c Dame, fet-il, joie et bonne aventure vos ostroit Diex! » — < Sire,
fet-ele, se Dieu plest, nos n'aurons garde de vos. » — c Dame,
fet-il, non devez-vos avoir. » Li rois li voit l'escu vermeil tenir au
cerf blanc, dont il avoit oï parler. Li bradiez, qui en la sale estoit,
oi le chevalier, il vient vers lui le le cours et li sanst entre les
— H4 —
janbes, si li fet moût grant joie. Et li chevaliers le conjoit, puis
prant l'escu qui à la coulonbe pandoit, si i pandi l'autre ; après
s'en revient arrière vers l'uis de la sale. « Dame, fet li rois, priez
le chevalier qu'il ne s'an voist si tost. > — « Sire, fet li chevaliers,
je n'ai loissir de demourer, mès vos me verroiz encor en aucun
tens. » Li chevaliers dit ainsint ; li rois et la réine sont mout
dolant de ce qu'il s'an part, mès il ne l'osent apresser outre sa
volenté. Il est entrez dedanz la nef et li brachez avec lui. Li mestres
trait le batel dedanz; si s'an parient et esloingnent le chastel. Li
rois Artus est demorez à Pennenoiseuse et est mout dolanz del che-
valier qui si tost s'an vet. Li chevalier se levèrent par le chastel
quant li jorz esclarcit , et sorent les noveles del chevalier qui
l'escu en avoit porté ; si furent mout dolent de ce qu'il ne l'a voient
véu. La damoisele qui ot demandé le don vint au roi : < Sire,
fet-ele, avez-vos parlé de ma besoigne au chevalier? — c Damoi-
sele, fet li rois, nanil, ce poise-moi, car il s'an parti plus tost que
je ne voussise. » — « Sire, fet-ele, vos avez fet mal et péchié;
mès, se Diex plest, si bons rois conme vos estes ne faudra mie à si
esgarée pucele conme je sui, de couvenances. Car vos en seriez
mout blâmez. » Li rois fu mout dolanz de ce que il ne li menbra
de la damoisele. Ele se parti de la cort et prant congié au roi et à
la réine et dit qu'ele méimes ira querre le chevalier et, se ele le
peut trover, ele clamera le roi quite de ces couvenances. Misires
Gauvains et Lanceloz sont revenus à la cort et ont oïcs les noveles
del chevalier qui l'escu enporte, si en sont mout dolant de ce qu'il
ne l'ont véu, et misires Gauvains plus assez por ce qu'il ot jéu
chiez sa mère. Lanceloz vit l'escu qu'il ot leissié à la coulonbe, si
le connut bien et dit : c Or sai-je'bien que Perceval a ci esté; car
cest escu séust-il porter et ilel le porta ces pères. » — < Ha, fet
misires Gauvains, con je sui meschéenz qui ne puis véoir le Bon
Chevalier! » — c Misires Gauvains, fet Lanceloz, je le vi de si
près que je cuidai qu'il m'éust mort ; quar onques mès si ruste
niellée ne trouvai ne si cruiel, de force d'armes; et je méimes le
navrai et, quant il m'ot connéu, il me fist mout grant joie. El fui
aveques lui chiez le roi hermite grant pièce, tant que je fui gariz. »
— < Lanceloz, fet misires Gauvains, je voudroie qu'il m'éust
— 145 *-
navré sans afoler, par si que je péusse estre aveque lui autretaot
con vos i fustes. » — « Seignors, fet li rois, il le vos couvient aler
querre, ou je irai ; car je doi requerre s'aide por une damoisele
qui la me demanda, mès ele me dist que, se ele le povoit trouver
avent, que je seroi quites de la requeste. » — < Sire, fet la réine,
vos feriez mout grant bien se vos i mêliez conseil; car ele est
mout deseonseilliée. Elle m'a dit qu'ele fu fille Vilain le Gros des
Vaus de Kamaaloth et que sa mère a non Yglaïs, et la damoiselle,
Dandrenor. > — < Ha! dame, fet misires Gauvains, ele est seur au
chevalier qui Pescu enporte, car je jui chiez sa mère où je fu mout
bien herbergiez. < — « Par mon chief, fet la réine, il peut bien
estre, car, tantost conme ele fu çoianz venue, li brachez qui ne
voloit nullui connoistre li fist grant joie, et, quant li chevaliers
vint querre l'escu, li brachez qui en la sale estoit demourez le
conjoï mout et s'an ala aveques lui. » — t Par foi, fet misires
Gauvains, je irai querre le chevalier, car je ai mout grant désir-
rier de lui véoir. » — t Et je, fet Lanceloz, je ne le vi onques si
volentiers conme je feroie or. » — « Et je vos pri, fet li rois, de
ma besoigne et que la damoisele ne se puisse pleindre de moi. »
c Sire, fet Lanceloz, nos li dirons, se nos le poons trouver,
que sa seur le vet querre et que ele a esté à vostre cort. » Li dui
chevalier se partent de la cort, por entrer en la queste del Bon
Chevalier, et esloignent le chastel et chevauchent tant parmi une
hauste forest qu'il trouvent une croiz enmi une lende, là où tuit li
chemin de la forest assanblent. t Lanceloz, fet misires Gauvains,
prenez lequel chemin que vos voudrez, si ira chaucun par soi, si
orrons plus tost noveles del Bon Chevalier ; et rasanblerons à ceste
croiz au chief d'un an, et dira li uns à l'autre conment il aura
esploitié; car, se Dieu p lest, en aucun leu en orrons-nos noveles.»
Lanceloz prent la voie à désire et misires Gauvains à senestre.
Atant se départent et conmandent li uns l'autre à Dieu.
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i se test li contes de Lancelot et dit que misires
Gauvains s an vet grant aléure chevaachant, et prie
Dieu qui le eonseust de trover le chevalier. Il che-
vauche tant que li jors vint à déclin, et jut chiez
un henni le en la forest, qui bien le herberja.
« Sire, fet li hermites à monseignor Gauvain,
que alez-vos querre? » — « Sire, fet-il, je vois querre un che-
valier que je verroie moût volentiers. » — « Sire, fet li her-
mites, ci près ne trouveroiz-vos nus chevaliers. » — « Por quoi?
fet misires Gauvains, dont n'a-il en ceste contrée chevaliers?» —
t II en i séust assez avoir, fet li hermites; mès il n'an i a raès
nus, fors que en I tôt sol chastel et un tôt sol en la mer, qui
touz les austres en a chaciez et ocis. » — «Et qui est cil de la
mer? » fet misires Gauvains. « Sire, fet li hermites, je ne sai
qui il est, fors tant que la mer est près de ci, là où la nef court
souvant en quoi li chevaliers est, et repeire en une ille desouz le
chastel à la réine au chastel aus puceles, dont il chaça un sien
oncle qui le chastel gerroioit et li austres chevaliers qu'il en a
chaciez et ocis, estoient en l'aide son oncle, et ore est li chastiax
asséur. Et li chevalier qui fouir s'en porent de ceste forest et de
cest réaume n'i osent repeirier por le chevalier ; car il doutent son
hardemant et son grant povoir, qu'il sèvent bien qu'il n'auroient
jà durée contre lui. » — < Sire, fet misires Gauvains, a-il si grant
pièce qu'il hante la mer? » — « Sire, fet li hermites, il n'a geires
plus d'un an. » — « Et conbien est près la mer? » fet misires Gau-
vains. « Sire, fet li hermites, il n'i a mie plus de II lieues galesches.
Quant j'ai alé en mon labor, par maintes foiz si ai-je véu la nef
corre mout près de moi, et le chevalier tout armé dedanz; et me
sanbloit estre de moult grant biauté, et avoit si très fier regart
conme un lion. Mès, je vos puis bien dire, onques chevaliers ne fu
tant doutez en cest réaume conme cist est. La réine des puceles
— 147 —
éust or perdu son cbastel se il ne fust; ne, onques puis qu'il ot
chacié son oncle de Fille, n'antra el cbastel la réine c'une foiz; ains
a adès nagié par mer et cerchié toutes les illes et pleissiez touz les
orgueilleus, tant que il en est doutez et reisoingniez par touz les
réaumes. La réine des puceles est mout dolente de ce qu'il ne vient
en son chastel, car ele l'a trop chier de veraie enmor, que se il
Tiennent et ele le povoit retenir, que il n'an istroit jà raès, ainz le
feroit enserrer là dedanz avec lui bien. » — c Savez-vos, fet misires
Gauvains, quel escu li chevaliers porte? — « Sire, fet li hennîtes,
je nu vos sai deviser, car je ne soi onques riens d'armes; j'ai esté
en cest hermitaje LX anz et plus, ne onques més ne vi cest réaume
si esfraé conme il est ore. » Misires Gauvains jut la nuit là dedanz
et l'andemain s'an parti quant il ot la messe oïe. Il se trait au plus
près de la mer qu'il peut, et chevauche tote la marine et s'areste
par maintes foiz, s'il verroit la nef au chevalier. Mès il n'an pot
mie choisir. II a tant chevauchié qu'il vint el chastel la réine aus
puceles. Quant ele sot que ce fu monseignor Gauvains, si en fist
mout grant joie, et li monstra Pille là où Perceval avoir repeirié
dont il avoit chacié son oncle. < Sire, fet-ele à monseignor Gau-
vain, je me plein mout de lui; car onques puis ne vosl ça dedanz
entrer que une foiz que il se conbati à son oncle, ainz a repeirié
en ceste il le et nagié par ceste mer. » — c Dame, fet misires Gau-
vains, et quel part peut-il ore eslre? » — < Sire, se m'ait Diex,
fet-ele, je ne sai ; car je ne le vi grant pièce a jà, ne nus hons
terriens ne peut savoir son courage ne son talent, ne quel part il
doit vertir. » Misires Gauvains est mout dolanz de ce qu'il ne le
set où querre et si en ot si prochiennes nouveles. Il jut el chastel
et fu mout honorez, et l'endemain oi la messe el prist congié à la
réine et chevauche touz armez dejouste la marine, por ce que li
hermites li avoit dit et la réine méimes que il va plus par mer que
par terre. Il entre en une forest qui près estoit de la mer; il voit
venir I chevalier grant aléure aulresint conme se l'en le chaçast
por ocirre. t Sire chevaliers, fet misires Gauvains, où alez-vos si
tost? » — « Sire, je fui I chevalier qui touz les austres ocit. » —
c Et qui est li chevaliers? » fet misires Gauvains. « Je ne sai qui
il est; fet li chevaliers, mès vos le trouveroiz bien se vos a lez
— 148 —
a vent. » — t II me sanble, fet mis ires Gauvains, que je vos ai
véu une autre foiz. « — t Sire, fet-il, si avez-vos. Je suis îi Couarz
Chevaliers que encontrastes en la forest, là ou vos conquéistes le
chevalier à l'escu parti de blanc et de noir, et sui à la damoiseie
del char. Si vos pri por Dieu que vos mal ne me feites, car li
chevaliers que j'ai trové là dedanz a si fier regart que je cuidai
estre morz quant je le vi. » — c Vos n'avez garde, fet misires
Gauvains, car je ain mout vostre damoiseie. > — « Sire, fet li
chevaliers, je voudroie que tuit li autre chevalier déissent autel,
endroit moi, car je n'ai péour se de moi non. »
M^isires Gauvains se part del chevalier, si s'an vet tote la
forest qui s'aonbroit jusqu'à la marine, et esgarde au chief d'un
sablonnoi , et voit un chevalier armé sor un grant destrier, et
avoit un escu d'or à une croiz vert, t Ha, Diex, fet misires Gau-
vains, ne sauroit cist chevaliers noveles de ce que je quier? »
il vet cele part, grant aléure; si le salue hautement et il, lui.
t Sire, fet misires Gauvains, sauriez-me-vos dire nouveles d'un
chevalier qui porte I escu bandé d'argent et d'asur, à une croiz
vermeille? » — < Sire, fet li chevaliers, oïl, mout bien ; à l'asan-
blée des chevaliers le trouveroiz dedanz XL jors. » — t Sire, fet
misires Gauvains, où iert l'asanblée? » — t En la vermeille lande,
où il aura maint bon chevalier; ileques le trouveroiz sanz faille. »
Et misires Gauvains a mout grant joie, si se part del chevalier, et
li chevaliers de lui et s'an revêt vers la mer grant aléure. Més
misires Gauvains ne vit mie la nef en quoi il entra, car ele estoit
desouz la roche aencrée. Li chevaliers entra dedanz et c'espoint en
mer, quar il en estoit coustumiers. Et misires Gauvains s'an vet
vers la vermeille lande là où l'asanblée des chevaliers devoit estre,
et désirre mout le jor qu'ele soit. 11 chevauche tant que il vint, à
un avesprir, prés d'un chastel qui mout estoit bien séanz; il
encontra une damoiseie qui aloit après I chevalier mort, que dui
chevalier enportoient en litière, et chevauchok grant aléure très
parmi la forest. Et misires Gauvains li vint à rencontre et la salue,
et ele li respondi au plus bel qu'ele pot. c Damoiseie, fet misires
Gauvains, qui gist en cele litière?» — « Sire, I chevaliers que
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Pan a ocis par grant outrage. » — t Et où chevaucheroiz-vos hui
mès? » fet misires Gauvains. c Sire, je voudroie estre en la ver-
meille lande et là menrai-je cest chevalier qui mout estoit preu-
dons de son aage. » — c El por quoi Pi menroiz-vos? » fet misires
Gauvains. « Por ce que cil qui mieuz le fera à Pasanblée des che-
valiers vengera la mort de cest chevalier. »
Jja damoisele s'an vet atant. Et misires Gauvains s'en vet el
chastel que il avoit véu, et ne trouva dedanz que I sol chevalier,
vieil et encien, et I vallet qui le servoit. Et misires Gauvains des-
cent el chastel. Li vavassors le herberga mout bien et volentiers,
et fist moult bien sa porte fermer et misire Gauvain désarmer.
Il Pennora mout la nuit de quanque il peut. Et, quant vint Pen-
demain, misires Gauvains s'an cuida partir, li vavassors li dist :
t Sire, vos ne vos en poez mie partir ainssint, car la porte de cest
chastel ne fu mès piéça ouverte fors ier, car je la fis ouvrir
encontre vos, por ce que vos me soiez encontre un chevalier qui
me veust ocire, por ce que li rois del Chastel Mortel a recelé çà
dedanz, qui gerréoit la réine del chastel aus puceles. Si vos pri
que vos m'aidiez à tensser vers le chevalier. » — t Quel escu
porte-il? y fet misires Gauvains. c li porte l'escu d'or à la croiz
vert. 9 — c Et quex chevaliers est-il? » fet misires Gauvains.
€ Sire, fet li vavassors, bons chevaliers et hardiz et séurs. » —
c Par foi, fet misires Gauvains, se vos me saviez à dire nouveles
d'un autre chevalier que je vois querre, je vos garantiroie envers
cestui au mieuz que je porroie; et, se il n'an voloit riens feire por
ma prière, je mettroie ma force en vos garantir. » — c Quel che-
valier alez-vos donc querre? » fet li vavassors. » Sire, un chevalier
que Pan apele Perceval, et a a por té de la cort le roi Artus un escu
bandé d'argent et d'asur à une croiz vermeille à une bande d'or.
Il iert en Pasanblée en la vermeille lande; ices noveles m'an dist
li chevaliers que vos douiez tant. »
ilinsint conme misires Gauvains parloit au vavassor, atent
ez-vos le chevalier à l'escu d'or, et s'areste enmi une lande qui
estoit entre le chastel et la forest. Li vavassors le voit des fenestres
-* 150
de la sale et le montre à monseignor Gauvain. II vet monter sor
son destrier, son escu à son col et son glaive empoignié, toz armez,
et ist fors de la porte quant l'en li ot desfermée, et Tient vers le
chevalier qui arestez estoit sor son cheval. Il voit venir monseignor
Gauvain, si ne se meut, et misires Gauvains se merveille mout de
ce que li chevaliers ne vient vers lui, car il cuide bien que li
vavassors li éust dit voir; mès non avoit, car li chevaliers ne
venoit mie ileques por le chevalier mal feire, mès por les cheva-
liers qui par illec trespassoient, qui aloient aventure quérant;
quar il les véoit volentiers, ne ne se vouloit mie feire connoistre
à eus. Misires Gauvains esgarde devant lui, derriers lui, et voit
que la porte fu fermée et li ponz levez tantost conme il s'an parti ;
si s'an merveilla mout et dit au chevalier : t Sire, plest-vos-il nule
chose se bien non? » — c Par mon chief, fet cil, nanil. Car je le
vos diroie bien. » Atant ez-vos une damoisele qui vint grant
aléure, et tenoit une courgie dont ele chaçoit sa mule ; et s'areste
là où li dui chevalier estoient. c Ha, Diex, fet-ele, trouverai-je
jà qui m'achat venjance del traïtor vavassor qui maint en cest
chastel?» — c Est-il dont traïtor? » fet misires Gauvains. t Oïl,
sires, li plus traîtres que vos véissiez onques. Il herberja mon
frère aventier et li fist entendre la nuit que uns chevaliers le ger-
réoit por ce que li trespas des chevaliers est par ci devant; il
losanja tant mon frère que il li ot en covenant qu'il corroit soure
à un chevalier qu il li montra, por l'amor de li ; cist chevaliers
trespassoit par ci, qui ne vouloit nul mal feire au vavassor ne à
mon frère. Li chevaliers estoit moult forz et mout hardiz et estoit
'nez del chastel d'Àcavalon. Mes frères oissi del chastel, espris del
fol hardemant por la losange del vavassor, et courut sus au cheva-
lier sans plus dire. Li chevaliers ne pot moinz feire que de lui
revenchier. Il s'antrehurtent par tel aïr que li cheval chéirent
desouz eus, et les glaives lor passèrent parmi le cuer. Si furent
enbedui mort en ceste pièce de terre.
« JLii vavassors prist les armes et les chevaus et les mist à
garant en son chastel, et les cors des chevaliers leissa a us bestes
sauvages qui les éussent dévourez se je ne m'i fusse enbatue avec
— 151 —
II chevaliers qui les m'aidèrent à enterrer, à eele croiz, à l'entrée
de cele forest. » — c Par mon chief, fet misires Gauvains, ainsint
m'éust-il malbailli, se je voussise; car il me fist entendant que
cist chevaliers le gerréoit et que je li fusse garant envers lui. Mès
Damediex m'aida que je ne m'an entremis, car je péusse bien
avoir fet folie. » — « An non Dieu, fet cil, il m'est bien avis que li
vavassors voudroit que li chevalier s'antr'océissent. » — c Sire,
fet la damoisele, vos dites voir ; por la couvoistise des bernois et
des chevaus, trait-il les chevaliers en tel manière. » — « Damoi-
sele, fet misires Gauvains, quel part iroiz-vos? » — c Sire, fet-ele,
après 1 chevalier que j'an fès porter en litière mort. » — < Je le
vi, fet-il, herssoir trespasser par ci, erssoir moult tart. » Li che-
valiers prant congié à monseignor Gauvain et misires Gauvains
li dit qu'il se tient à vilain de ce qu'il ne li a demandé son non.
Et li chevaliers li dit : « fiiau sire, je vos pri por amor que vos ne
me demandez mon non trèsqu'à icele oure que je vos demanderai
le vostre. »
isires Gauvains ne se veust plus del chevalier, et li che-
valiers entre an la souteinne forest, et misires Gauvains s'an vet son
chemin. Il nencontre chevalier ne damoisele à qui il ne conle
qu'il vet querre, et li dient tuit qu'il iert en la vermeille lande. Il
$e herberja la nuit chiez I hermite. Li hermites demanda la nuit
à monseignor Gauvain dont il venoit : c Sire, de la terre la réine
aus puceles. » — « Avez-vos véu Perce val, le Bon Chevalier, qui
prist l'escu en la cort le roi Artus et un autre en i leissa. » —
c Certes, fet misires Gauvains, non, dont je sui mout dolanz. Mès
I chevaliers à l'escu d'or et à la croiz vert me dist qu'il seroit an
la vermeille lande. » — c Sire, fet li hermites, vos dites voir;
car ce fu il méimes à qui vos parlastes. La tierce nuit est ennuit
qu'il jut çà dedanz et véez-vos ici le brachet qu'il amena de la cort
le roi Artus, qu'il le m'a conmandé por tramestre le roi hermite
son oncle. » — c Ha ! las ! fet misires Gauvains, con je sui mes-
chéenz, se ce est voir! » — t Sire, fet li hermites, je ne doi mentir
ne à vos ne à autrui. Au brachet povez-vos bien savoir se ce est
veniez. > — c Sire, fet misires Gauvains, tel escu ne porte il mie
— 152 —
acoustuméement. » — c Je sai bien, fet li hermites, quel escu il
doit porter et quel il porte et quel il portera encores. Mès il se
veust de cestui desconnoistre, et cest escu prist-il en l'erraitaje
Joseu le fil au roi hermite, là où Lanceloz fu herbergiez, où il
pandi IIII larrons qui voloient la nuit l'ermitaje brisier. Et laienz
est demourez li escuz qu'il a porta, de la cort lé roi Artus, à Joseus
li fiuz de ma seror, et il sont de frère et seur entr'eus II, et sachoiz
le tout de voir, encor soit Joseph us hermites, n'a -il chevalier en
la grant fireteigne de son cuer ne de son hardement. »
< Certes, fet misires Gauvains, il m'est mout meschéu que je
ne le vi ier devant le chastel où li chevalier trespassent, et parlai
à lui et li demandai son non, mès il me requist que je ne li
demandasse son non très qu'à icele heure que il me demanderont
le mien ; ajant se départi de moi et entra en la forest et je m'en
ving ceste part. Or sui si dolanz que je ne sai de moi prandre
conroi ; car li rois Artus le m'anvoie querre, et Lanceloz s'an vet
aussint d'autre part el réaume de Logres por lui querre. Mès ore
m'est-il trop meschéu en ceste queste, car je l'ai II foiz véu et
trouvé et parlé à lui, et or le r'ai perdu. > — « Sire, fet li her-
mites, il est auques onbrages chevaliers, si ne vost onques gaster
sa parole, ne faire faus sanblant à nullui, ne dire chose que il ne
veille atendre, ne feire vileinie de son cors à escient ne charnel
péchié; ainz est virges et chastes et sans nul outrage. » — c Je
sai bien, fet misires Gauvains, que toutes les valors et toutes les
nestéez qui doivent estre en chevalier sont en lui, et de tant sui-je
plus dolanz quant je ne sui ces acointes, car d'acointance de bon
chevalier vaust l'en mieuz. »
j\Cisires Gauvains jut la nuit chiez Termite, mout dolanz,
et le matin s'an parti, quant il ot la messe oïe. Josephus li bons
clers nos tesmoigne en cest haust estoire que cil hermites avoit
non Josuias et fu chevaliers de grant pris et de grant valour ;
mès il gerpi tout por lamor de Dieu et vost mestre son cors à
essil por lui. Et toutes ces aventures, que vos oez en icest haust
conte, avendront, ce dit Josephus, por avencier la loi au Sauvéor.
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— 153 —
11 ne les peut mie amentevoir toutes, mès ieeles dont il li manbre
mieux et dont il sot certainement les aventures par la vertu del
seint esperit. Cist bauz contes dit que misires Gauvains a tant erré
qu'il est venuz en la vermeille lande où l'asanblée des chevaliers
doit estre. Il esgarde et voit les tentes tendues et les chevaliers
venir de toutes parz. Li plusor s'armoient jà, dedans lor tentes et
devent. Misires Gauvains regarde de toutes parz et cuide véoir le
chevalier qu'il quiert; mès il li sanble qu'il n'an voit mie, car il
n'i voit nul tel escu conme il porte. Si en est toz esbahiz, car il a
véues toutes les tentes et esgardé toutes les armes. Mès li cheva-
liers n'est mie aeisiez à connoistre ; car il a ces armes changiées,
et est assez près de monseignor Gauvain; mès vos povez bien
savoir qu'il ne le connoist mie. Et li tornoiemanz asamble de
toutes parz et les routes s'antreviennent et les meslées s'antrevien-
nent, qui furent granz et merveilleuses. Et misires- Gauvains
cerche les rans por trouver le chevalier, mès il ne se peut muer,
quant il encontre chevaliers an sa voie , qu'il ne face d'armes
quanque chevaliers peut feire; et encor en féist-il plus se ne fust
la baence del chevalier q lierre. La damoisele est au chief du tor-
noiement, por ce qu'ele veust savoir liquex en aura le poior ne le
pris. Li chevaliers que misires Gauvains quiert n'est mie au chief
des rans, mès en la greignor presse, et fet d'armes tant que cheva-
liers n'an peut plus feire, et abat chevaliers entor lui, et il le fuient
aussint conme li viautre fuient li lion. « Par foi, fet misires Gau-
vains, puisque Tan m'a menti del chevalier, je ne Tirai huimès
quérant, ainz en oublierai l'anui au mieuz que je porrai jusqu'à
l'avesprir. » Il voit le chevalier, si n'an connoist mie, car il avoit
I blanc escu et connoissances autretiex. Et misires Gauvains vient
à lui tant conme chevaus li peut rendre, et li chevaliers vers mon-
seignor Gauvain ; si s'antrefièrent si très durement qu'il les percent
desouz les boucles. Li glaives furent fort qu'il ne brisent mie; si
les traïstrent fors ; puis reviennent ensanble si aïréement que li
glaive dont il se fièrent enmi le piz archoient, si que il se désar-
mèrent des anarmes de lor escuz, et perdirent les estriers, et les
raignes lor volent des poinz, et chancelèrent sor les darriens
arçons; et li cheval chancelèrent si que près failli que il ne
— 154 —
chéirent. Il se redrescent ès arçons, et ès estrex et reprisrent lor
reignes ; puis revindrent ensanble, enflanblez d'ire et de mautalent
conme lion, et s'antrefièrent des glaives qui plus ne pèvent durer;
car il les froissent si durement très qu'és poinz si que cil qui les
esgardent se merveillent raout que li fer ne lor sont passez parmi
les cors. Mès Diex ne voloit mie que li bon chevalier s'antr'océis-
sent, ainz voloit que li uns séust de l'autre conbien il valoit. Li
hauberc ne garantirent mie lor cors, mès la vertu de Dieu en qui
il créoient; car il avoient en eus toute la valor que chevalier
doivent avoir, et misires Gauvains ne se parti onques d'ostel où il
géust que il n'oïst messe ainçois qu'il s'an partist, se il la pot avoir,
n'onques ne trouva dame ne damoisele desconseilliée dont il n'éust
pitié ; li austres chevaliers ne fist onques vileinie, ne ne dist ne
ne vost pensser, et estoit estreiz, si conme vos avez oï, del seintime
lignage Josephu et le bon roi Peschierre.
JJi bon chevalier furent enmi l'asanblée, et fu li uns mout
aïrez vers l'autre, et tindrent les espées nues et les escuz enbraciez ;
si s'antredonent mout granz cox très parmi les hiaumes. Li
plusor des chevaliers viennent à eus et lor dient que l'asanblée
demeure por l'asanblée d'eus; il les deseuvrent à poignes, et lors
reconmance la mellée de toutes parz; et li vespres aproche qui les
départ. Et dure II jorz en tel manière l'asenblée. La damoisele, qui
le chevalier portoit en litière, en I sarqueil, mort, pria à l'asenblée
de touz les chevaliers que il déissent liquex l'avoit mieuz fel de
touz les chevaliers, car li chevaliers qu'ele en feisoit porter ne
pouvoit estre enterrez très qu'à icele heure qu'il fust venchiez. Et
il dient que li chevaliers au blanc escu et li autres à l'escu de
sinople à l'eigle d'or l'avoient mieuz fet que lui li autre ; mès, por
ce que li chevaliers au blanc escu assanbla ançois la mellée que li
austres, l'en donèrent-il le pris; mès il jujèrent que, de tant con
misires Gauvains i avoit esté, ne l'avoit-il mie pis fet de l'autre
chevalier. La damoisele quiert le chevalier au blanc escu entre les
chevaliers et par toutes les tantes, mès ele n'an peut mie trouver,
car il s'estoit jà partiz. Ele vient à monseignor Gauvain et dit :
c Sire, puisque je ne truis le chevalier au blanc escu, vos devez
— 155 —
vengier le chevalier qui gîst morz en la litière. » — « Damoisele,
fet misires Gauvains, iceste honte ne me feroiz-vos mje, puisque
Tan juge que li chevaliers Ta mieuz fet que moi.
c Uamoisele, vos savez bien que je n'auroie point d'onor se je
entreprenoie vostre besoigne à feire ; car vos avez dit que nus ne
doit venchier se cil non qui mieuz a valu en cesle assanblée, et se
est cil au blanc escu, et, si m'aït Diex, je l'ai bien santi. »
JJa damoisele entant bien que misires Gauvains dit reson.
c Ha, sire, fel-ele, il s'an est jà partiz et est entrez en la forest, et
il est li plus divers du monde et li mieudres chevaliers qui vive; à
grant poigne l'auroi-je jà mès trouvé. » — c Li mieudres! fet
misires Gauvains, conmant le savez-vos? » — c Je le sai bien,
fet-ele, por ce que chiés le roi Peschéor s'aparut à lui li Graaus, por
la bonté de sa chevalerie et por la bonté de son cuer et por la
chàstéé de son cors. Mès il oublia à demander que l'en en servoit,
de quoi il avint grant doumache en terre. Ce vient de la cort le roi
Artu où il prist un escu que nus ne doit porter se lui non ; très
qu'à ores ai-je bien séu son aler et son venir, mès je n'an saurai
mès noient puisqu'il desconnoist son escu et ces armes. Et ore sui
entrée en grant poigne et en grant travail de lui querre ; car je ne
l'aurai trouvé de grant pièce, ne je ne ving à ceste assanblée se por
lui non. » — « Damoisele, fet misires Gauvains, vos m'avez dit
tiex noveles de quoi je ne sui mie liez, car autresint le vois-je
querre; mès je ne le sai mès conmant connoistre, car il ne me
veust dire son non et trop souvent mue son escu, et je sai bien
que, se je jà mès venoie en aucun leu où il fusl desconnuéus, si
asanblast à moi et je à lui ; si le connoistre-je bien à ces cox que
il set donner; car onques mès si cruel chevalier n'acointai aus
armes. Mès encor vodroie bien plus soufrir de cox que je n'ai
souferz, par si que je fusse ore là où il est. » — c Sire, fet la
damoisele, conmant est vostre nons? » — c Damoisele, fet-il, l'an
m'apele Gauvain. » Atant conmande la damoisele à Dieu, si s'an
vet d'une part et la damoisele d'autre, et dit à soi méime que Per-
ceval est li plus merveilleus chevaliers del monde, qui tante foiz
— 156 —
se desconnoist. Car, quant l'en le voit, si ne le peut l'en connoistre.
Il ehevauche parmi la foresl et prie le Sauvéor qui le conduie en
tel leu où il le puisse trouver apertement tant que il oit s'amor et
s'acointence que il désirre mout.
ne le vi, puis que il vint de la cort le roi Artus, que une soûle
foiz. Mès je ne sai quel part il est alez. » — t Sire, fet Lanceloz,
je le verroie mout volentiers. Li rois Artus le mande par moi. »
— < Sire, fet li hermites, je ne sai quant je le verrai mès; car,
quant il se part de ci, il n'est mie aesiez à trouver. » Lanceloz
entra en la chapele avecques Termite et voit l'escu que Perceval
aporta de la cort le roi Artus par dejouste l'autel. « Sire, fet
Lanceloz, je voi ileques son escu, nel me celez mie. » — « Non
fas-je, fet li hermites. Ces escuz est ce, fet li hermites, veraiement.
Mès il en porte un autre de çoianz, d'or à une croiz vert. » —
c Et de monseignor Gauvain savez-vos nules noveles? » — c Je
ne vi monseignor Gauvain des de devant ce que je entrai en cest
hermitage; mès vos estes en grant haine chéuz por les IIII larrons
robéors, qui chevaliers estoient, que vos pendîtes. Car li lignages
vos cerche parceste forest et par les autres, et sont autresint larrons
conme les autres furent, et ont lor recez ès forés, là où il mestent
lor larrecins et lor roberies. Si vos pri mout que vos soiez garniz
vers eus. > — t Si serai-je, fet Lanceloz, se Dieu plest. » Il jut la
nuit en l'ermitaje, et l'andemain s'an parti quant il ot la messe oïe,
et prie Dieu qu'il li leist trover Perceval ou monseignor Gauvain.
tant se (est li contes de monseignor Gauvain et
dit que Lanceloz quiert Perceval autresi conme
misires Gauvains fet; et chevauche tant que il
vint à l'ermitage où il pendi les larrons. Jose-
phus fit mout grant joie de lui. 11 li demande se
il savoit noveles del fil à la Veve Dame, t Je
- 157 —
Il s'an vet parmi les estrages forés, tant que il vint defors I fort
chastel qui mout estoit bien séanz. Il esgarde devant Iiri et voit uft
chevalier qui en estoit oissuz et chevauchoit grant aléure sour un
fort destrier et portoit I oisel sor son poing vers la forest.
Vouant il vit Lancelot venir, si s'aresta : c Sire, fet-il, bien
veîgniez-vos î c — c Bone avanture aiez-vos ! fet Lanceloz. Quex
chastiax est-ce ci? » — c Sire, ce est li castiax au Cescle d'or. Et
je vois encontre chevaliers et encontre dames qui viennent au
chastel ; car Tan doit hui le cescle d'or aourer. » — c Quez est li
cescles d'or? » fet Lanceloz. c Sire, c'est la courone (l'espines, fet
li chevaliers, que li Sauvierres del monde ot en son chief quant il
fu mis en la croiz. Si Ta mise la réine de cest chastel en or et en
pierres précieuses, si la vient l'an véoir, une foiz en l'an, li cheva-
liers et les dames de cest réaume. Mes l'en dit que li chevaliers la
conquerra qui fu au Graal premièrement, et por ce n'i lest l'en
entrer nul chevalier estrange. Mès, sil vos pleisoit, je vos roenroie
au mien recet qui est en ceste forest. » — « Mout grant merciz, fet
Lanceloz, mès il n'est mie encore tens de herbergier. » 11 prant
congié au chevalier, si s'an part et resgarde le chastel et dit que
mout se doit li chevaliers proisjer, qui, par la valor de sa cheva-
lerie, conquerra les haustes reliques conme li cescles d'or qui est
enserrez en si fort leu. Il s'en vet très parmi la forest et esgarde
devant lui et voit la damoisele venir qui le chevalier fet porter en
litière mort, c Damoisele, fet Lanceloz, bien veigniez-vos! » —
c Sire, bone aventure vos doint Diex ! Sire, fet la damoisele. Je
doi mout haïr le chevalier qui cest chevalier ocist, quant il le me
convient mener en tel menière par les terres et par les forez. Si
me doit moult ennuier del chevàlier qui vengier le doit, que je ne
puis trover. » — c Damoisele, fet Lanceloz, qui ocist cest cheva-
lier? » — t Sire, fet-ele, li sires del Dragon ardant. » — « Et
qui le doit vengier? » fet Lanceloz. « Sire, fet-ele, li chevaliers qui
fu en la vermeille lande à l'asanblée, qui à monseignor Gauvain
jouta ; il ot le pris del tornoiement. » — c Le fist-il mieuz que
misires Gauvains? > fet Lanceloz. c Sire, ainsint le jugièrent-il,
car il fu plus longuement en l'asanblée. » — t Dont est-il bons
— 158 -
chevaliers, fet Lanceloz, puisqu'il le fist raieuz de monseignor
Gauvain. > — c Par mou chief, fet la damoisele, vos dites voir;
c'est li mieudres chevaliers del monde. » — « Et quel escu
porte-il? » fet Lanceloz. c Sire, fet la damoisele, il ot à l'asanblée
unes armes blanches et devant avoit unes armes d'autre sanblance
et un vert escu et un escu d'or à la croiz vert. » — c Damoisele,
fet-il, le conut misires Gauvains? » — c Sire, nanil; de ce est-il
mout dolanz. » — « Dont est-ce, fet-il, Perceval, li fiuz à la Veve
Dame? » — « Par mon chief, vos dites voir. » — c He, Diez ! fet
Lanceloz, tant je sui enginniez quant misires Gauvains nu connut.
Damoisele, fet-il, et savez-vos quel part il sont tornez? » —
« Sire, fet-ele, je n'an sai voie ne noveles, ne de l'un ne de
l'autre. * Il se part de la da moi se lie et chevauche tant que le sou-
leus fu esconssez. Il trouva la roche mout onbrage et la forest
mout haute et sanbloit bien estre périlleuse. Il chevauchoit, panssis
et traveilliez et pleins d annui. Il regarde mainte foiz à destre et à
senestre, savoir mon se il péust véoir aucun leu où il se péust her-
bergier. I nains le choisi, mès Lanceloz nel vit mie. Li nains s'an
vet très parmi un santier qui est en la forest et s'an vet à un petit
recet de chevaliers robéors qui esloit fors de la voie ; et avoit une
damoisele qui le recet gardoit. Li robéor avoient I autre recet, où
la damoisele esloit, où li chevalier trespassant sont décéuz et engin-
gniez; Li nains vient à la damoisele tout droit et dit : « Or verra
l'an que vos feroiz; vez-ci un chevalier venir qui pandi vostre oncle
et vos troiz cousins germains. » — c Je an venrai mout bien à
chief, fet-ele, de ce qu'à moi en afierl. Mès gardes que tu soies
garniz del sorplus. » — c Par mon chief, fet li nains, si ferai-je,
car, se Dieu plest, il ne nos eschapera jà mès se morz non. » La
damoisele estoit de mout très grant biauté, et estoit vestue mout
acesméement; mès le cuer avoit souduiant, et ce n'estoie pas mer-
veille, car ele estoit estreite de lignage à robéors et norrie de tolte
et de larrecin, et ele méimes avoit aidié maint chevalier à murtrir.
Ele est venue sor la voie, si conme Lanceloz devoit passer, désa-
fublée; ele encontre Lancelot et le salue et li fet mout grant joie
par sanblant : c Sire, fet-ele, cest santier qui vet en ceste forest
alez, si trouveroiz I recet que mi enccssor establirent por herber-
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— 159 —
gier les chevaliers qui trespasseroient par ceste forest. Il iert jà nuit
ocure et, se vos le trespassez, vos ne trouveroiz mès recet très
qu'à XX lieues galesches. » — « Damoisele, fet Lanceloz, raout
grant merciz quant il vos plest ce à dire, car je me herberjerai
meut volentiers, car il en est bien tens, et aveques vous plus volen-
tiers que avec un autre. »
Juinsint s'an vont parlant ensanble jusqu'au recel. 11 n'avoit
là dedanz que le nain tout soulement, et li V robéor esloient en
lor recet parfont en la forest. Li nains prist le cheval Lancelot et
l'es tabla, puis vint amont en la sale et s'abandona mout à lui
servir. « Sire, fet la damoisele, leissiez-vos -désarmer et soiez tout
aséur. » — « Damoisele, fet-il, mes armes ne me grièvent mie
mout à porter, je en puis bien la poigne soufrir. » — c Sire,
fet-ele, se Dieu plest, çà dedanz ne gerroiz-vos mie armez. Nou
fist onques chevaliers que Tan i herberjast. » Quant plus le semont
la damoisele de désarmer, plus li desplest, car li leus li sanble
estre mout ocurs et mout hideus, et por ce ne se veust mie désarmer
ne desgarnir, c Sire, fet-ele, il m'est avis que vos estes soupe-
çonneus d'aucune chose, mès il ne vos couvient jà çà dedanz de
riens douter; car li leus est mout séurs. Je ne sai se vos avez
ennemis. > — c Damoisele, fet Lanceloz, je ne vi onques chevalier
qui fust enmez de tout gent, ne chaucuns ne veust mie dire con-
ment. »
JLianceloz, se dit li contes, ne se vost désarmer, ainz fist
mestre la table et s'asist touz armez au mengier dejouste la damoi-
sele ; il a fet son escu et son hiaume et son glaive en la sale aporter.
Il s'apuie sor une riche couche qui estoit là dedanz, et l'espée
dejoute lui, touz armez. II estoit traveillez, si s'andort, car li liz
estoit souez. Et li nains monte sor son cheval là où la sele estoit
encore, si s'an vet à l'autre recet là où li autre robéor esloient
tout V, qui mortel anemi estoient Lancelot. La damoisele estoit
demourée avec lui tote soûle, qui le haoit de très grant haïnne;
ele se pansse en soi méimes qu'ele l'ociroit volentiers se ele en
povoit à ehief venir, ele en seroit plus proisiée par tout le monde,
— 160 —
car ele savait bien que il estoit bons chevaliers, ne onques si bon
n'avoit ocis. Ele li enbla l'espée qui dejouste lui estoit, puis la trait
du feure, puis regarde de quel part il seroit plus légiers à ocirre ;
ele voit qu'il a le chief tant armé qu'il ne li pert se li viaires non.
Ele se porpansse que uns cox ne dui ne li gréveroient geires
ileques; mes, se ele povoit lever le pan du hauberc que il ne
c'esveiliast, ainsint le cuideroit-ele bien ocirre, car ele li boute-
roit l'espée très parmi le cuer. Endemantres qu'ele cerchoit einsint
Lancélot, qui dormoit et ne s'an donoit garde, si li estoit avis que
I petiz mastins venoit là dedanz et amenoit avec lui granz mastins
qui li couroient sus de toutes parz, et autresint le mordoit li petiz
entre les autres. Li mastin le lenoient*si cort qu'il ne s'an povoit
partir; il voit que une levrière tenoit l'espée et avoit mains conme
famé, si le voloit ocirre. Il li estoit avis qu'il li toloit l'espée, si en
ocioit la levrière et le plus grant mastin et le plus mestre et le petit
mastin. 11 c'esfrée del songe, si c'estandi et esveilla, si sent le
feurre de l'espée dejoute lui, que la damoisele i ot leissié tout viut,
qu'il ne s'an aparcéust, si se randormi tantost. Li nains qui son
cheval li ot enblé vint aus chevaliers robéors, si lor escrie :
c Sire, fet-il, or tost venez vos vengier de vostre ennemi mortel
qui a tel honte essilla le mieuz de vostre lignaje. Véez-ci son
cheval que je vos amoine à enseignes. » 11 descent del cheval, si
lor livre. Li robéor sont mout joieus des noveles qu'il lor a dites.
Li nains les enmoigne touz armez au recet.
Jjanceloz estoit esveillez, touz esfraez de ce qu'il avoit
songié. 11 les voit dedanz entrer touz armez, et la damoisele lor
escrie : c Or i parra, fet-ele, que vos en feroiz! > Lanceloz est
sailli sus, si cuida prandre c'espée, mes il trova le feurre tout
viut. La damoisele qui l'espée tenoit li cort sus tout premièrement
et li V chevalier et li nains li courent sus de toutes parz. Il par-
çoit que c'estoit l'espée que la damoisele tenoit et qu'ele li coustoit
plus que tuit li autre; il prant son glaive qui estoit à son chevez
et vient vers le mestre des chevaliers de plein eslès, et le fiert de
si grant air qu'il li enpaint très parmi le cors, si qu'il li en passe
outre une toise et la porte à terre mort. Sa lance pecoie au retraire;
— 161 -
il cort à la damoisele qui Fespée tenoit, si li arrache fors des
poinz et l'aert au braz très parmi les flans et restreint mont très
durement envers lui, et ele li vost relolir à force, de quoi Lanceloz
se merveilla moût. Il l'anpeint ensns de lui et li IIII chevalier li
reviennent. Il en cuide I férir de Fespée et la damoisele se lence
entre deus et cuide Lancelot aerdre; si conme li cox dut descendre
sour I des chevaliers, si conssuivi la damoisele très parmi le chief
et Focit, de quoi il fut mout dolanz, conment qu'ele éust esploitié
vers lui.
\Juant li IIII chevalitrs virent la damoisele morte, si en
furent mout dolant. Et li npins lor.escrie : c Seignors, or verra
Fen conmant vos vengeroiz vostre grant doumage. Si m'ait Diex,
mout porroiz avoir grant honte se vos ne povez conquerre I soul
chevalier. » II li recourent sus de toutes parz, et il s'an vet nuugré
eus tous là où il cuide son cheval trover ; mès il ne Fa mie trové.
Adont set-il bien que li nains Fan avoit mené; dont li redoubla
ces hardemanz et son mautalent li engreigna. Et li chevalier ne
refurent mie légier à apaiier ; quant il virent lour seignor mort
et la damoisele qui lor coussinne estoit, il li donnent de lor espées
granz cox et il se desfant au mieuz qu'il peut. II conssuivi le nain
qui les semonnoit de li mal feire et le fandi très qu'ès espaules, et
navra II des chevaliers mout malement, et il méimes fu bléciez
en II leus; mès il ne se peut partir de la meson, ne ces chevaus
n'estoit mie là dedanz, ne il n'avoit que une soûle entrée en la sale.
Li chevalier se mistrent de fors Fuis et gardent Foissue, et Lanceloz
fu dedanz avecques ceus qui morz estoient. Il s'asist desus la
sale por reposer, car il estoit traveillez des cox qu'il avoit donnez
et recéuz. Quant il se fu reposez une pièce, il se drece en estant
et voit ceus qui assis l'a voient en Fantrée de la sale; il monte
amont au fenestres et lor lance ceus qui morz estoient lalenz,
parmi les fenestres. Atant aparut li jors, biaux et clers, et li oissel
conmancent à chanter parmi la forest, dont la sale estoit aonbrée.
Il clot Fuis de la sale et verroille et enclôt les chevaliers par
defors; et ceus dient entr'eus et afichent que il ne s'an partiront»
si l'auront pris ou afamé ; Lanceloz prisast petit lour aatie se il
11
— 162 —
éust son cheval à sa volenté, mès il ne savoit si bien son rai à pié
conme à cheval; autresint ne sot onques nus chevaliers. 11 se
pensse qu'il porra bien soufrir le siège tant conme Dieu pleira,
car la sale est bien garnie de viende à très grant pièce. Il est là
dedanz touz seus et li 1III chevalier par dcfors qui le guettent qu'il
ne s'an voist, mès il n'an a talent ne volenté que il s'an voist à pié;
mès, se il éust son cheval, li granz hardemanz qu'il a en lui
l'en éust fet aler honorablement, que gré que cil dehors ne quel
grevence en éussent.
li se (est li contes de Lancelot et parole (le monseignor
Gauvain qui vet querre Perceval et est moultdolanz
de ce qu'il Fa trové II foiz quant il ne le connut. Il
revint arrières à la croiz où il dist à Lancelot qu'il
l atendist, se il venoit avent de lui. Il ala et vint
par la forest plus de VIII jorz por lui atendre, mès
il n'en pot oïr noveles. Il ne vost retorner à la cort le roi Artu, car,
s'il i alasl en tel point, il en fust blâmez. Il s'an revêt arrière en la
queste et dit que il ne finnera si aura trové Lancelot et Perceval. 11
vint à l'ermitaje Joseu, il descendi de son cheval et trova le jeune
hermite Joseu qui bien le reçut et qui mout grant joie fist de lui. Il
herberja la nuit là dedanz; monseignor Gauvain li demanda noveles
de Perceval et li hermiles li dist qu'il ne l'avoit véu dès devant
l'asanblée de la vermeille lande. « Et savez-le me vos enseignier?»
fet misires Gauvains. « Je non, fet li hermites, je ne vos sai à dire
quel part il est. » Ainsint conme il parloient en tel menière, atant
ez-vos I chevalier qui vient et avoit unes armes d'azur, et descent
à l'ermitaje por herbergier. Li hermites le reçoit mout liéement.
Misires Gauvains li demande se il vit I chevalier à unes armes
blanches chevauchier parmi la forest. « Par foi, fet li chevaliers,
je l'ai hui véu, et parlai à lui, et me demanda se je li savoie à
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dire noveles d'un chevalier qui porte I escu de sinople à une aigle
d'or, et je ]i dis que non. Après, li enquis por quoi il le demandoit
et il me respondi qu'il avoit jousté à lui en la vermeille lande, ne
onques més à chevalier n'a voit trouvé si ruste mellée, si estoit
mout dolanz de ce qu'il ne c'estoit acointiez de lui por sa bone*
chevalerie. » — c Par foi, fet misires Gauvains, encor en poise-il
plus au chevalier, car il n'est riens el monde qu'il véist plus
volen tiers que lui. » Li chevaliers choisi l'escu monseignor Gau-
vain, et dit : c Ha, sire, il m'est avis que c'estes vos. » — < Certes,
fet misires Gauvains, vos dites voir, je sui cil à qui il jousta et je
sui mout liez quant si bons chevaliers féri sor mon escu et mout
dolanz de ce que je ne le connui; mès dites-moi où je le porrai
trouver. »
c Sire, fet Josephus li hennîtes, il n'esloignera mie ceste
forest, car cfest li leus où il hante plus volentiers, et li escuz qu'il
aporta de la cort le roi Artus est en ceste chapele. » Si le monstre
à monseignor Gauvain qui en fet mout grant joie. « Ha, sire, fet
li chevaliers aus bloes armes, avez- vos non monseignor Gau-
vain? » — t Biau sire, fet-il, Gauvain m'apele l'an. » — t Sire,
fet li chevaliers, je ne vos finai de querre grant tens a. Mélioz de
Logres, qui vostre hons est, li fiuz à la dame qui fu ocise por vos,
vos mande que Valiganz de la Roche a ocis son père por vos,
Marin; si li chalonge la terre qui li est eschéue; si vos prie que
vos le veingniez secore, si conme li sires doit feire son orne lige. »
— c Par foi, fet misires Gauvains, je ne le li doi pas faillir, si li
dites que je le secorrai au plus tost que je porrai ; mès dites-li que
j'a une besoigne enprisse que je ne puis -pas leissier , sauve
m'anor, très qu'à icele houre qu'ele soit achevée. • La nuit jurent
dedanz l'ermitaje très qu'à l'endemain que la messe fu chantée.
Li chevaliers s'en parti et misires Gauvains demoura; si
con il estoit apareilliez de monter, il regarde devant lui, à l'oissue
de la forest, devers l'ermitaje, et voit venir I chevalier sor un grant
cheval tôt le pas, et tout armé, et portoit I escu aulretel conme il
vit avoir à Perceval à la première foiz. c Sire, fet-il, connoissiez-
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— 164 —
vos cest chevalier qui là vient? » — * Sire, voirement le con-
nois-je bien, c'est Perceval que vos quérez, que vos désirrez tant à
véoir. » — t Diex en soit aourez, fet misires Gauvains, quant il
vient ci! » Il vient encontre lui à pié, et Perceval descendi tantost
con il le vit. « Sire, fet misires Gauvains, bien puissiez-vos venir! »
— t Bone joie aiez-vos î • fet Perceval. c Sire, fet li hermiles,
feitesen grant joie, c'est misires Gauvains, le neveu le roi Artu. »
— c Tant l'ain-je mieuz, fet-il. Ennor et joie li doivent feire tuit
cil qui le counoissent. » II li giète ces braz au col, si li fet mout
grant joie, c Sire, fet-il, sauriez-me-vos à dire noveles d'un che-
valier qui fu en la vermeille lande à l'asanblée des chevaliers? »
— « Quel escu porte-il? » fet misires Gauvains. «• L'escu vermeil
à l'eigle d'or, fet Perceval, par un couvant que je n'acointai
onques si ruste en bataille conme lui et Lancelot. » — « Biau
sire, vos diroiz vostre pleisir, fet misires Gauvains, en la ver-
meille lande fui-je à l'asanblée, et portai teles armés conme vos
devisez, si joustai à un chevalier à unes armes blanches en qui
toute la chevalerie, qui peut estre herbergiée en cors d'orne, est en
lui. » — t Sire, fet Perceval à monseignor Gauvain, vos ne savez
nullui blâmer. » Si s'antretiennent par les mains, si s'an vont en
l'ermitaje. c Sire, fet misires Gauvains, quant vos fustes en la cort
le roi Artus*, por l'escu qui là dedanz est, si i esloit vostre seur
qui demandoit et avoit requis l'aide del chevalier qui l'escu en-
porleroit, conme la plus desconseil liée damoisele del mont. Li rois
li ostroia et vos enportastes l'escu. Ele demanda au roi vostre aide
conme cele qui ne cuidoit mie que vos fussiez ces frères et dit que,
se li rois li failloit de couvenances, il feroit grant péchié, et que il
en seroit mout blâmez. Li rois vost feire son povoir de vos querre
por étendre ce qu'il avoit dit; il nos envoia en la queste cptre moi
et Lancelot. II méimes i fust venuz se nos n'i vossisions venir. Sire,
je vos ai trové trois foiz sanz vos connoistre, qui grant désirrier
avoie de vos véoir, et ce est la quarte que je vos connois, de quoi
je me faz mout joieus ; mès je me lo mout à vos del bel oslel que
vostre mère me fist à Kamaalot; mès j'oi mout grant pitié de lui,
qu ele est mout preude famé et vesve dame et encienne et chéue en
grant gerre, sanz aide et sanz confort, par mauvéise gent qui à
lui marchissent et li toloient ces chastiax. Ele me pria, mout
doucement en plorant, que, se je, vos trou voie, qui ces fiuz estes,
que je vos déisse si conme il lor est couvenant, et que vostre pères
est morz et qu'ele n'a tant ne secors ne aide se de vos non; et, se.
vos ne la secorez prochiennement, ele perdra I sien chaste! qu'ele
tient et la couviendra estre chaitive ; car de XV chastiaus qu'ele
souloit avoir au tens vostre père, n'a-ele que celui soulemenl de
Kamaalot, ne de tous ces chevaliers que V qui le chaslel gardent.
Si vos pri, de par lui et por vostre honor, que vos melroiz conseil
et force et povoir, et de nule chevalerie que vos puissiez feire ne
povez-vos monter en greignor pris. Et ele en a si grant mestier
conme vos m'oez dire; ne je ne veil qu'ele perde noient par
défaute de mesage, car je i auroie péchié, et ele doumache, et vos
méimes qui puissanz estes de l'amander et qui feire le devez par
droit. » — t Vos vos en estes bien aquitez, fet Perceval, et je le
secorré par fens, se Damediex le me consant. » — t Vos feroiz
vostre honor, fet misires Gauvains. Vos en auroiz los à Dieu et
pris au siècle. » — « Ce sai-je bien, fet Perceval, et l'aide et le
conseil doit-ele en moi avoir par droit, et, se je ainssint ne le faz,
je en doi avoir reproche et estre blâmez conme recréanz aus
siècle. »
non Dieu, fet li hermites, vos en parlez selonc Fescrip-
ture, car cil qui son père et sa mère n'annoure, il ne crient ne
ainme Nostre Seignor. » — « Tout ce sai-je bien, fet Perceval, et
ce que l'an le me ramantoit me plest mout, et je sai bien quex
mes penssers en est, encore ne le die-je mie à chaucun. Mès qui
me dirait noveles de Lancelot, le bon chevalier, je les orroie
moult volentiers et si l'en sauroie mout bon gré. » — « Sire, fet
Josephus, il n'a gaires qu'il jut çà dedanz et qu'il me demanda
noveles demonseignor Gauvain, et je Tan dis ce que je an savoie.
Autrefoiz avoit-il jéu çoianz devant ce que li robéor nos assail-
lissent çoianz, .que il pendi en la forest, et il est si haïz de lor
lignage que, se il le peuent encontrer, parssi que il en aient la
force, qu'il li feront conparer mout chier, et il hantent plus en
ceste forest que en autre. Je li dis einsint et il le prist à poi par
i
— 166 —
sanblant; ausint fera-il par fet, par si que il n'aient moult grant
force. » — < Par mon chief, fet Perce val, je ne me partirai de
ceste forest si saurai noveles de lui se misires Gauvains le veusl
créanter. > Et il dist qu'il ne désirre autre chose, puisqu'il Ta
trouvé, car il ne porroit estre à eise très qu'à icele houre qu'il
sauroit noveles de Lancelot; car il est en grant doulence, puisqu'il
a ennemis en la forest.
Jerceval et misires Gauvains séjornèrent cel jor en la forest,
en l'ermitage, et l'endemain Perceval prist son escu qu'il aporta
de la cort le roi Artu, et leissa celui qu'il avoit aporté, et misires
Gauvains avec lui qui mout se feisoil joianz de sa conpaignie. II
chevauchent parmi la forest enmedui, tuit armé, et encontrent en
droit eure de midi I chevalier qui s'an venoit grant aléure aussint
conme se il fust touz esfraez. Perceval li demande dont il vient,
qui si sanble estre douteus. » Sire, je vieg de la forest au robéor
qui mainnent en ceste forest que vos devez trespasser. Il m'ont
chacié une grant lieue galesche por moi ocirre, mès il ne me
vostrent plus suivre pour un chevalier qu'il ont assis en I de lour
recez, qui lor a fait mout grant doumache, car il lor a IHI de lor
chevaliers pendus et un ocis et la plus bele damoisele qui fust en
un réaume. Mès ele ot mout bien la mort déservie, car ele herber-
goit les chevaliers par hiau sanblant et moult les honoroit, et après
porchaçoit lor mort et lor destruicion entre lui et un nain qu'ele
avoit, que li chevaliers a ocis. » — «Et savez-vos qui li cheva-
liers est? » fet Perceval. « Sire, fet li chevaliers, je non. Car je
n'oi loisir del demander, si m'ot li fouirs plus grant mestier que li
aresters. Mès je vos di que, por la viende qui li est faillie el recel
où il l'avoient assis, est-il fors oissuz conme lions enragiez, ne il
ne se fust mie tant souferz à enclorre se ce ne fust por II plaies
qu'il avoit el cors-; mès il ne se voloit oissir de la meson très qu'à
icele oure qu'il en fust gariz et por ce qu'il n'a voit cheval. Et
tantost conme il se santi gariz, si s'abandona aus quatre chevaliers
qui tant le redoutoient qu'il ne l'osoient aprochier, ne il ne s'an
daigne aler à pié; se il li venoient ore près, il ne faudroit mie que
il n'éustdes IIII chevaus au moinz I; mès il le gardent de loing. »
/
\
— 167 -
— « Sire, fet Perce val, gran merciz de ces noveles. » Il se vostrent
partir de lui. t Ha, seignors, soufrez-nos, fet li chevaliers, tant
que je voie la destruction de cele maie gent, qui tant mal ont
fet par ceste forest. Sire, fet-il à monseignor Gauvain , je sui
cousins au poure chevalier de la gaste forest qui les II poures
damoiseles à as serors, là où vos jéustes entre vos et Lancelot, et
quant li chevaliers [qui] vos en aporta noveles morut la nuit. » —
« Par foi, fet misires Gauvains, ces noveles connoiz-je bien, car
vos dites voir et vostre conpaignie ai-je mout chière por amor del
poure chevalier, car je ne vi onques plus cortois chevalier ne pins
cortoises damoiseles ne mieuz enseigniéeé, et Damediex lor ostroit
autretant de bien conme je vodroie qu'eles éussent! • Misires
Gauvains fet aler le chevalier devant, qui bien savoit le recel aus
robéors, mès il i alast à enviz se li chevalier ne le suivissent après.
Lanceloz estoit oissuz del recet s'espée en sa main, touz armez,
engrés conme lion. Li IIII chevalier estoient sor lor chevaus, toz
armez, qui volen tiers ne l'aprochoient mie; car il doutoient mout
les granz cox qu'il donoit et son hardement. Li uns s'avence avent
que li autre et li sanbiôit [honteus] que il ne povoient conquerre
Isol chevalier; il vet férir Lancelot grant cop de l'espéé amont parmi
le chief, et Lanceloz ne le meschoisi mie ; car, einçois qu'il se péust
esloignier, li rendi I tel cop qu'il li trancha la cuisse à toute la
janbe, si qu'il li fet viudier les arçons. Il sailli sus le destrier et
li sanbla estre plus asséur que devent. Li troi chevalier robéor, qui
demoré estoient sain, li courent sus de toutes parz et le conmencent
à coitier de lor espées par très grant aïr. Atant ez-vos le chevalier
venu à la voie qui s'an venoit au recet et dist à monseignor Gau-
vain et à Perceval : « Or poez oïr le glais des espées et la mellée. •
Atant fièrent cheval des espérons li dui bon chevalier et viennent
là où li III chevalier robéor orent assailli Laucelot. Ghaucun d'eus
fiert le sien si aïréement qu'il lor enpoignent les glaives très parmi
les cors si qu'il les portent morz à terre. Et li tiers chevaliers s'an
vost fouir, mès li chevaliers qui venuz iert el conduit monseignor
Gauvain ceilli cuer et hardement por la fience des bons chevaliers,
si fiert celui qui s'an fuioil, si durement qu'il li mist son glaive
parmi le cuer et l'abat mort à terre. Et cil à qui Lanceloz ot copé
— 168 —
la cuisse fu si démarchiez aus piez des chevaliers qu'il n'ot point
de vie en soi.
Vouant Lanceloz connut Perceval et raonseignor Gauvain,
si en fist mout grant joie, et il de lui. « Lanceloz, fet misires
Gauvains, cist chevaliers, qui ci nos a amené por garantir vostre
vie, est cousins au pouvre chevalier del Gaste Chas tel, le frère aus
H poures damoiseles qui si bien nos herbergia. Nos li envoierons
ces chevaus, li uns en soit au chevalier qui mesages en iert, et li
dui au seignor del Gaste Chastel, et cist recez que nos avons
conquis soit aus II damoiseles, si lor garantirons touz les jors de
lor vies; car ce sera bien, ce m'est avis. > — « Certes, fet Per-
ceval, vos dites grant cortoisie. » — « Sire, fet Lanceloz, misires
Gauvains a dit et je l'ostroi mout volentiers toute sa volenté. » —
« Seignor, fet li chevaliers, il avoient en ceste forest I recet où li
chevalier metoient lor roberies et por quoi il murtrissoient les
trespassanz ; se li avoirs i demore, il sera perduz, car il en i a
tant qu'il porra bien valoir à meintes genz qui soufreteus en sont. »
Il sont alez au recet et trouvèrent mout grant trésor, en une cave
desoz terre, et riche veisselemente et riche aornemanz de dras et
d'arméures à chevaus que il avoient getées l'une sor l'autre en une
fosse qui mout estoit granz. « Certes, fet-il, mout est bien fet de
ceste maie gent qui est destruite. » — « Sire, fet Lanceloz, autre-
sint m'éussent-il mort et bailli se il péussent ; jnès je ne sui
dolanz fors de la damoisele que je ocis, qui estoit une des plus
bêles dames del mont ; mès je ne l'ocis mie à escient, ainz cuidai
férir 1 chevalier, et ele sailli entr'eus conme la plus hardie que je
onques véisse. i — c Sire, fet li chevaliers, misires Gauvains et
Lanceloz ostroient, par le conseil de Perceval, le trésor aus II damoi-
seles serors au poure chevalier del Gaste Chastel et mandent Josephu
Termite, si li conmandent à garder le trésor très qu'à tant que il i
viendront. » Et il dist que si fera-il volentiers. Et est mout liez
de ce que li robéor de la forest sont essHlié, qui maint assaut li
feisoient. 11 garda le trésor et le recet mout savement en la forest;
mès la doutence et li renons des bons chevaliers qui la forest
avoient aquitée ala mout loing. Li chevaliers qui les III destriers
I
— 169 —
enmenoit fa mout liéement recéuz au Chaste! Gaste; quant il dist
que misires Gauvains li avoit chargiez, li poures chevaliers et les
II damoiseles en firent mout grant joie. Perceval prist congié à
monseignor Gauvain et à Lancelot et dit que jà mès n'aura repos
très qu'à icele houre qu'il aura sa seur trovée et sa mère véue. Il
ne li osent contredire, car il sévent bien qu'il a reson, et il lor prie
mout doucement qu'il li saluent le roi et la réine et touz les bons
chevaliers de la cort; car, se Dieu plest, il les ira véoir, à cort
terme. Mès il veust avent aquiter la promesse que li rois Artus
fist à sa serour; car il ne veust mie qu'il soit blâmez par lui, ne
par sa coupe en nul leu; et il méimes i auroit le greignor blasme
se il ne la secoroit, car li fés en monte plus près à lui que il ne
fet au roi Artus.
ixtant s'an part li Bons Chevaliers, si les coumandent à
Dieu et eus lui autresint. Misires Gauvains et Lanceloz s'en revont
vers la cort le roi Artus, et Perceval s'an vet parmi les forés
estranges, et chevauche tant qu'il vint en une loigtienne fore$t où
il n'avoit onques mès esté, ce li estoit avis. Et trespassa parmi un
païs qui li sanbloit estre gasté, car il estoit touz viuz de genz. Il
n'i voit que bestes sauvajes qui couroient parmi les chanpaignes ;
il entra de cel gaste païs en une forest et trova I hermitaje el regort
d'une monteigne. Il descendi par deforâ et entendi que li hermites
feisoit le servise des morz et qu'il avoit sa messe conmenciée de
requiem, entre lui et son clerc. Il esgarde et vit I paille estendu
à terre devent l'autel autresint conme sor un cors. Il ne vost pas
armez entrer dedanz la chapele, ainz escouta la messe par defors
mout saintement, et ot grant devocion conme cil qui mout amoit
Dieu et doutoit.. Quant la messe fu chantée, et li hermites fu
désarmez des armes Nostre Seignor, il vint à Perceval, si le salua
et il lui. c Sire, fet Perceval, por qui avez-vos fet tel servise; il
me senble que li cors gisoit çà dedanz por qui li servises fu
establiz. » — « Vos dites vérité, fet li hermites, je l'ai fet por
Lohot, le fil le roi Artus, qui gist enterrez soz cel paille. » —
< Qui l'a dont ocis? » fet Perceval. c Ce vos dirai-je bien, » fet li
hermites.
« Ijesles terre gastée à son ceste forest por où vos venistes
est li conmancemenz del réaume de Logres. Il i soutoit avoir
1 jaiant qui si estoit granz et orribles et cruieus que nus n'osoit
abiter en demi leu environ, et destruisoit la terre et gastoit, si
conme vos la véez. Lohoz estoit partjz de la terre et de la cort le
roi Artus son père, par aventure querre; il s'anbati en ceste
forest par la volenté de Dieu; il se conbati à Logrin qui moult
estoit cruieus, et Logrins à lui. Lohoz le conquist, si conme Dieu
plest; mès il avoit une merveilleuse coustume : quant il avoit un
home ocis, si s'an dormoit sor lui. Uns chevaliers de la cort le
roi Artus, que Tan apèle Kex le seneschal, estoit venuz par
aventure en ceste forest de Logres ; il oï le jaiant braire quant
Lohoz li donna le cop mortel; il vint cele part au plus tost qu'il
pot et trouva le fil le roi dormant desus Logrin; il trait Tespée,
si If copa le chief, et prist le cors et le chief, si le mist en un
sarqueu de pierre. Après dépeça son escu à Fespée, qu'il ne fust
reconpéuz, puis vint au jaiant qui gisoit morz, si li copa la teste
qui mout estoit grant et hideuse, et la pandi à l'arçon de sa sele
devant, puis s'an ala à la cort le roi Artus et li présanta. Li rois
en fist mout grant joie et tuit cil de la cort, et li crut sa terre
mout durement por ce qu'il cuida que il déist voir. Je alai, fet li
hermites, l'enderaain en la pièce de terre où li jaianz gisoit morz,
que une damoisele le me vint dire çà dedanz à mout grant joie. Je
trouvai le cors del jaiant si grant que je ne l'osai aprochier. La
damoisele me mena au sarceil où li fiuz le roi estoit couchiez. Ele
me demanda le chief en gerredon et je li ostroiai volentiers. Ele le
mist tantost en un coffre chargié de pierres précieuses, qui toz
estoit dedanz enbaumez. Après m'aida le cors à «porter en ceste
chapele et à ensevelir et à enterrer.
« Après s'an parti la damoisele, ne n'onques puis n'an oï
parler, ne je ne le vos ramantoif mie por ce que je veille que li
rois Artus le sache, por chose que je en die, ne qu'il en face mal
au chevalier; quar je i auroie mout grant péchié ; mès il fist mortel
traïson et desloial. » — c Sire, fet Perceval, ce est mout grant
— 171 —
doumage del fil le roi, qui morz est en tele menière ; car je oï
tesmoignier que il mouteploiast en la grant chevalerie, et, se li
rois le sdVoit, Kex, li seneschax, qui n'est mie. bien enmez de
toutes les genz, auroit la cort perdue à toujorz raès, et la vie, se
l'an le povoit tenir ; quar ce seroit bien droiz. » Perceval jut la nuit
en l'ermitage et l'andemain s'an parti quant il ot la messe oïe; il
chevauche parmi la forest conme cil qui mout volentiers auroit
noveles de sa mère, ne onques mès n'an fu si entalentez conme il
est ores. Il oï, en droit oure de midi, une damoisele desouz 1 arbre
et démenoit le greignor deul qu'il onques oïst feire à damoisele.
Ele tenoit sa mule par les raines, et estoit descendue à pié et mise
à jenoillons encontre oriant. Ele tendoit ces mains vers le ciel et
prioit mout doucement le Sauvéor del monde et sa douce mère
qu'il li envoiast par tens secors; car ele est la plus desconseillée
damoisele del monde, et nule aumosne ne fu onques mieuz
enploiée en damoisele conseiller tant conme en lui ; car aler li
cou vient el plus périlleus leu qui soit el monde, et, se ele i menoit
nullui, sa besoigne ne seroit pas feite.
X erceval s aresle quant il oi ainsint la damoisele démanter;
il fu en l'onbre de la forest si que ele ne le vit mie, et la damoisele
c'escrie tôt en plorant : « Ha, rois Àrtus, vos feiles grant péchié,
qui oubliastes ma besoigne à dire au chevalier qui l'escu enporta
de vostre cort, par qui ma dame ma mère fust secorue, qui doit
perdre son chastel hastivement se Diex n'i met conseil, et je sui si
meschéanz que je ai alé par toutes les terres de la Grant Breleigne,
si ne puis oïr noveles de mon frère, et si dit l'an qu'il est li
miudres chevaliers del monde. Et que nos vaust sa chevalerie
quant nos n'an sonmes secourues n'aidiées? Tant doit-il avoir
greignoir vergoigne en lui, si le désirre sa mère, qui est la plus
gentil dame et la plus loial qui vive, espoir, s'il le séust, il i venist,
ou il est morz ou il est en si loingtiegnes terres qu'il n'an peut
oïr noveles. Ha, douce dame, fet-ele, mère au Sauvéor, aidiez-nos
quant nos ne poons estre aidiées par autrui ; car, se ma dame ma
mère pert son chastel, il nos couvendra estre esgarées en estranges
terres; car si frère li sont loigtieng; cil qui plus avoit grant poor
et grant valor gist en langor, li bons rois Peschierres, que li rois
del Chastel Mortel gerroie; autresint il est mes oncles, frère ma
mère, et vost tolir mon oncle, qui ces frères est, son chasftel par sa
félonie. De si mal home n'atant ma dame ma mère aide ne secors.
Et li bons rois Pelles a gerpi son réaume por l'amor au Sauvéor
et est entrez en I hermitage; cil estoit frères ma mère aussint, il
ne doit pas gerroier nullui, car ce est li plus preudons hermites
#que Tan sache mie el siècle. Et de par mon père sont tuit mort aus
armes; il estoient XI; mes pères fu li dousiémes* Se il fussent
demoré en vie, il éussent bien povoir de nos secorre; mès li che-
valiers qui premier fu au Graal nos a maubaillies/car par lui chéi
nostre oncles eù langour, où noz greingdres secors estoit. »
Dl cest mot, chevaucha Perceval avent et la damoisele l'oï ;
ele c'est redreciée et regarde arrières et voit le chevalier venir,
l'escu au col, bendé d'argent et d'azur, à la croiz vermeille. Ele
joint en deus ces mains vers le ciel et dit : « Ha douce dame,
fet-ele, qui portastes le Sauvéor del mont, vos ne m'avez pas
oubliée, cil ne cele ne peut estre desconseilliée qui de cuer vos
récleime. Je voi ci le chevalier venir, par qui nos serons secourues
et aidiées et Damedieu l'en doint volenté par son pleisir, et prest
force et povoir de nos garantir.! » Ele li vet à rencontre et l'acole
par restrier et li vost beisier le pié, mès il li eschive et li escrie :
« Mar i feites, damoisele. » Et ele font tantost en larmes de plorer,
si li prie mout doucement : c Sire, feWele, por itele pitié que Diex
ot de sa très douce mère à icest jor qu'il reçut mort, quant il la
regarda au pié de la croiz, aiez pitié et merci de ma dame ma
mère et de moi. Car, se vostre aide nos faust, nos ne savons à qui
recouvrer; car l'an m'a dit que vos estes li mieudres chevaliers
del monde. Et por vostre aide avoir, alai-je à la cort le roi Artus.
Si nos secourez por pitié et poi; Dieu et néant por autre chose, car
vos le devéfc feire, s'il vos plest ; mès, se vos fussiez mes frères,
qui chevaliers est autresint conme vos, que je ne puis trouver, je i
clamasse greignor droit. Sire, fet-ele, souveigne-vos del brachet
qui vos a à la cort, très qu'à icele oure que vos venisles querre
l'escu, [atendu]; adont s'an ala-il avec vos, mès il ne vost onques
- 175 —
feire joie ne connoistre nollai se moi non. Par ce sai-je bien que,
se vos saviez nostre grant besoigne, que vos nos secorriez. Mès li
rois Àrtu^qui vos en dut proier l'oublia. » — « Damoisele, fet-il, %
il en a tant (et qu'il ne vos a pas failli de couvenances, car il le me
manda par II des meillors chevaliers de sa cort, et je en ferai tant,
se je puis esploitier, que Dicx et lui m'an sauront gré. *
JJa daraoisele ot mout grant joie del chevalier qui li ostroie
s'aide; ele ne set mie qu'il soit ces frères, car adonques doublast
sa joie. Perceval set bien qu'ele est sa seur, mès il ne se veust
encore descouvrir ne demonstrer la pitié par defors. 11 aide la
damoisele à remonter et chevauchièrent ensanble. « Sire, fet la
damoisele, il me couvient ennuit aler par moi el cimetire péril-
leus. » — « Por quoi, fet Perceval, i iroiz-vos ? > — t Sire, fel-ele,
je l'ai voé, et si m'a dit uns sainz hermites que li chevaliers qui
nos gerroie ne porroit estre conquis par nul chevalier se je n'aport
del drap de quoi li austiex de la chapele del cimetire périlleus est
cou vers. Li dras est mout seintimes; car Damediex en fut couverz
el seint monument, au tiers jor, quant il resuscita de mort à vie.
Ne nus ne peut entrer el seint cimetire, qui autre i maint avec lui;
si m'i couvendra par moi aler, et Diex m'i puist sauver ma vie
ennuit; car li leus est mout périlleus. Si doi mout haïr celui qui
en ceste poigne et en ceste dolor m'a enbatue. Sire, fet-ele, vos
vos en iroiz vers le chaste 1 de Kamaalot; là est la Veve Dame, ma
mère, qui atant la revenue et le secors del Bon chevalier ; si vos
souveigne de nos secorre et aidier, quant vos an verroiz le secors
besoing. i
c JL/amoisele, fet Perceval, se Diex le me veust consantir, je
vos aiderai à mon povoir. » — « Sire, fet-ele, vez-ci ma voie qui
n'est geires hantée, car je vos di que nus chevaliers ne s'i ose
enbatre sanz grant péril et sanz grant péor. Et Damediex soit
garde de vostre cors, car li miens iert ennuit en grant péril et en
grant aventure. » Perceval se part de la damoisele sa seror, si en
a moult grant pitié de ce qu'ele va en si périlleus leu toute soûle ;
il ne li veust mie desfandre et il savoit bien qu'il n'i povoit aler
- 174 -
avec lui ne avec autrui, car tiex estoit la couslume del cimetire
que dui ne peuent l'antrée passer, ainz les couvient par defors
• [demorer]. Perceval ne voloit mie que sa seur enfreigsist son veu9
car onques nus de son lignage ne fist desloiauté ne vileignie à
escient, ne ne faillirent de chose qu'il éussent en couvenant, fors
le roi del Chaste! Mortel, où il ot autretant de mal conme il ot ès
autres de bien.
JJa damoisele s'an vet, toute soûle et toute esgarée, vers le
cimetire et toute la forest onbreuse et mout ocure. Ele a tant che-
vauchié que souleus fu esconssez et la nuit aproche. Ele esgarde
devant lui et voit une croiz hauste et longue et grant. Et estoiz en
cele croiz la figure Nostre Seignor escripte, en quoi ele se réconforte
mout. Ele aprocha la croiz, si la beise et aoure, et proie le Sauvéor
del monde, qui en la seinte croiz fu traveillez, qui la giet del cime-
lire à onor. La croiz estoit à l'entrée del cimetire qui mout iert
grant, car dès icele ore que la terre fu primes peuplée de gent et
que li chevalier conmancièrent à querre aventures par les forés, ne
morut chevaliers en la forest, qui mout estoit grant et large, que
li cors n'an fust aportez ; ne onques chevaliers n'i pot estre enterrez
se il n'ot recéu baptesme et il ne fust repenlanz de ces péchiez à
la mort.
JJa damoisele entra là dedanz' toute soûle et trova grant
foison de tonbes et de sarqueuz. Nus ne se doit merveiller se ele
ot hideur et péour; car tiex leus devoit estre mout péourens à
une sole damoisele, là où tant chevaliers gisoient, qui avoient esté
ocis à armes. Josephus li bons clers nos tesmoigne que dedanz le
cimetire ne se povoit mestre nus mauveis esperiz ; car sainz Endrés
l'apostre l'avoit bénéi de sa main. Mès onques nus hermites ne pot
dedanz demorer por les mauveises choses qui s'aparissoient chau-
cune nuit environ, qui se metoient és formes des chevaliers qui
morz èrent en la forest, dont les cors ne se gisoient mie el cime-
lire bénéoit.
la dàmoisele esgarde, tout environ le cimetire où ele estoit
— 175 -
entrée, les sarqueuz; ele les voit avironnez de chevaliers toz noirs,
et avoient glaives dedanz et venoient les uns vers les autres, et •
feisoient tel esfroi et tel noise qu'il sanbloit que toute la forest en *
reisonast. Li plusor tenoient espées toutes rouges conme de feu et
s'antrecouroient sus et s'antretranchoient poinz et piez et nez et
viaires. Etestoitli feréiz moût grant; mès il ne povoient aprochier
le cimetire. La damoisele les voit, si en a tel péor que près qu'ele
ne chiet à terre pasmée. Sa mule sor quoi ele séoit fronche des
narilles et moigne grant freinte. La damoisele se saigne et se con»
mande au Sauvéor et à sa douce mère. Ele esgarde devant lui au
chief del cimetire et voit la chapele petite et encienne. Ele fiert sa
mule de la corgiée et vient cele part et descent. Ele entra là dedanz,
si trova grant clarté. Là dedanz avoit une ymage de Noslre Dame,
à qui ele prie mout docement qu'il li gart son sans et sa vie et
qu'ele se puisse partir sauvement de cel leu périlleus. Ele voit
desus l'autel le seintime drap por quoi ele i estoit venue, qui mout
es toit enciens; une odor en venoit, si souève et si glorieuse que
ntile douceur del monde ne s'i peut apareillier. La damoisele vient
vers l'autel et cuide le drap prandre ; mès il s'an vet en l'air aussint
conme se vens le ceillist, et fu si hauz que l'en n'i pot avenir par
desus un crucefi ancien qui là dedanz estoit. * Ha, Diex, fet la
damoisele, c'est por mon péchié et por ma desloiauté que cist
seintimes dras m'esloigne ainsint.
« Biau sire Diex, je ne fis onques nullui mal, ne onques nus
hons ne pécha en moi mortelment, ne onques encontre vostre
volenté n'ouvrai à mon povoir; ainz vos serf et ein et dout, et vos
et la vostre douce mère, et tôt l'annui que je reçoif tien-je en
patience por vostre amor ; quar je sai bien que tiex est vostre
pleisir, ne contre chose qui vos plest ne veil-je mie estre.
c Quant vos pleira, vos osteroiz moi et ma mère de la doulor
et de l'annui en quoi nos somes. Car vos savez bien que l'en li a
tolu ces chastiax à tort, et sa terre, -por ce qu'ele est veve dame et
sans aide. Sire qui tout le monda avez eu vostre justiseet qui de
tout feites voptre conmandement, leissiez-moi par tens oïr noveles
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— 176 —
de mon frère, se il est en vie; ear nos en avons mont grant mes-
tier. Et si prestez force au chevalier et povoir contre touz nos
anemis, qui por vostre enmor et por pitié veust ma mère secore et
aidier, qui mout est desconseilliée. Sire, il vos en devroit bien
souvenir por la pitié et por la douçour qui en vos est, et por la
pitié que l'an la déserite à tort, ne ele n'a secors ne aide ne conseil,
se de vos non. Vos estes sa fience et ses secors, et por ce si vos en
doit souvenir que li bons chevaliers Joseph d'Abarimatie, qui le
vostre cors despendi de la croiz, fu ces oncles. Il aima mieuz vostre
cors à despendre que tout l'or ne tout l'avoir que Pilaste li péust
donner. Sire, il ot mout grant droit, car il vos mist entre ces bras
jus de la croiz et mist vostre cors el seint sépucre, où vos fustes
couverz. du souverain drap por quoi je sui çoienz venue. Sire,
conssantez que je en oie par vostre pleisir, par l'amor del cheva-
lier par qui il fu mis en ceste chapele; puisque je sui de son
lignage, il me doit bien paroir à cest grant besoing, se il vos vient
à pleissir. * Tantost est li dras avalez desus l'autel et en trouva
tantost osté tant conme il plot à Nostre Seignor qu'ele en éust.
Josephus nos conte par vérité que onques nus n'antra en la cha-
pele qui au drap péust atoucher, fors que la damoisele tant seu-
lement. Ele i mist son viaire et sa bouche que onques li dras ne
se mut.
Après, en prist ce que Diex vost et le mist mout honorable-
ment près de soi ; mès encore estoit li esfors des mauveis esperit
environ le cimetire, et donnoient si granz cox li uns aus auslres
que toute la forest en retentissoit et sanbloit qu'ele fust toute
esprise de feu, de la flanbe qui issoit d'eus. La damoisele en éust
grant péor se ele ne se confortast en Dieu et en sa douce chière
mère, et el seintime drap qui là fledanz estoit. Une voiz s'aparut
endroit la mienuit deseure la chapele et dit les âmes dont les
cors gisent en cest cimetire. « Con grant doumache vos avez recéu
novelement et toutes les autres dont les cors gisent en autres cime-
tires benéoiz par les forez de cest réaume! car li bons rois Pes-
chierres est morz, qui feisoit feife nostre servise chaucun jor en la
seintime chapele, là où li seintimes Graaus s'aparoil^chaucun jor,
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et là où la mère Dieu estoit dès le samedi jusqa'au lundi que li
servises esloiz finez. Et or a saisi le chaste! li rois del Chastel
Mortel, par tel convant que onques puis ne s'i aparut li seins
Graaus, et toutes les autres reliques sont esconssées ; si ne set l'en
que li provoire qui en la chapele servoient sont devenuz, ne li
XII chevalier encien, ne les damoiseles qui laienz estoient. Et vos,
damoisele qui loienz estes, onques fience n'aiez en estranche che-
valier d'aide à cest besoing. Car vos ne povez estre secorue se par
vostre frère non. »
A tant se test la voiz, et uns pleins et uns dolousemenz oissi
des cors qui en ciraetire gisoient, si grant qui n'est home el monde
qui n'an déust avoir pitié; et li mauveis esperit qui dehors estoient
se déparlent tuit, germentant et feisant tel remonte au départir,
qu'il sanbloit que toute la terre tranblast. La damoisele oï les
noveles de son oncle qui morz estoit, si chéï à terre pasmée, et,
quant ele se redreça, si se prist à démenter et dist : « Ha, Diex !
à prismes avons- nos perdu le greignor confort et le meillor ami
que nos avions, et ce me redoit desconforter que je ne porroi estre
secourue à ceste bcsoig prochien par le Bon Chevalier dont je
cuidoie avoir secors et aide et qui bien en estoit entalentez. Or ne
li saurai-je que demander, car il le m'ostroia mout volentiers, et
Damediex Tan sache autretel gré conme se il le feisoit ! » La damoi-
sele fu en grant doutence et en grant esmai ; car ele ne savoit mie
qui li chevaliers estoit, et si fu en doutence de la mort son oncle et
dolente mout durement. Ele fu en la chapele tant qu'il fu jorz, et
lors se conmanda à Dieu et s'an parti et monta sor sa mule et ist
fors del scimetire grant aléure, toute soûle.
Li contes dit que la damoisele s'an vet vers le chastel sa
mère, aus plus droit qu'ele peut; mès ele est mout esmaiée de ce
que la voiz li a dit qu'ele ne peut estre secorue se par son frère
non. Ele a tant chevauchié par ces jornées qu'ele est venue el val
de Kamaalot,si qu'ele voit le chastel sa mère, qui avironnez estoit
de granz rivières; et voit Perceval qui estoit descenduz desoz
l'onbre d'un arbre, au chief de la forest, por regarder le chastel sa
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mère, dont il oissi valiez quant il ocit le chevalier au vermeil escu.
Quant il ot bien esgardé le chastel et le païs environ, si li plot
mout, et remonta tantost. Alant ez-vos la damoisele qui vient :
« Sire, dit-ele, j'ai esté en grant poigne et en grant péril puis que
je ne .vos vi mès, et si ai oies noveles puis, mout pesmes et mout
doulereuses à ma mère et à mon eus. Car li rois Peschierres mes
oncles est morz, si a seisi son chastel uns miens oncles, fi rois del
Chastel Mortel. Mès ma dame ma mère le déust mieuz avoir, ou je
ou mes frères, i — « Est-ce voirs, fet Perceval, que il est morz? »
— « Certes, sire, oïl, je le sai tout de voir. » — t Se m'ait Diex,
fet-il, ce poise-moi mout durement. Je ne cuidoie mie qu'il déust
si tost morir, car je le fusse alé véoir n'a mie lonc tens. »
ire, fet-ele, je sui mout desconfortée por vos, car Tan m'a
dit autresint que force ne aide de nul chevalier ne me porra secorre
ne aidier dès cest jor en avent, se l'aide mon frère non. Et dont
avons-nos tôt perdu s'il est ainsint; car ma dame ma mère n'a respit
d'estre en son chastel que jusqu'à la quinzeine d'ui, et je ne sai
mès mon frère où querre, et li jorz est si prochiens conme vos oez.
Or nos couvendra feire au miez que nos porrons et gerpir par tens
cest chastel, ne je ne sai nul recor que nos aions plus, fors el rois
Pelles en l'ermitaje. Là voudroie-je que ma dame ma mère fust,
car il ne nos faudroit mie. » Perceval se test et a grant pitié en son
cuer de ce que la damoisele li dist. Ele le suit en plorant et li
montre ces vaus de Kamaalot et les chastiaus, qui èrent fermez ès
regors des monteignes, et les granz praeries et la forest qui environ
les enceingnoit. « Sire, fet-ele, tout ce a tolu li sire des Mores ma
dame ma mère, ne nule chose ne couvoit-il tant conme cest chastel
avoir, et si aura-il par tens. »
Vouant il orent tant chevauchié qu'il aprochièrent le chastel,
la dame estoit aus fenestres de la sale et connut sa fille. « Ha Diex,
fet la dame, je voi là ma fille venir et un chevalier avec li. Biau
sire Diez, donnez par vostre pleisir que ce soit mes fiuz ; quar, se
ce n'est-il, j'ai perdu mon chastel et mi oir en sont désérité. » Per-
ceval aproche del chastel entre lui et sa seror et reconnut la cha-
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pele qui séoit sor IIII coulonbes de marbre entre la forest et le
chaste 1, là où ces pères li dist que mout se devoit enmer bons che-
valiers ne nule chose terrienne ne le povoit contrevaloir; car l'en
ne sauroit jà qui gisoit el sarqueil très qu'à icele oure que li
mieudres chevaliers del mont i vendroit; mès adonques le sauroit
l'en. Perceval vost trespasser la chapele, mès la damoisele li dist :
c Sire, nus chevaliers ne trespasse par ci, que ne voise véoir le
sarqueil dedanz la chapele. » Il descent et met la damoisele à terre
et met jus son glaive et son escu et vient vers le ton bel, qui mout
estoit biaus et riches. Il mist sa main par deseure. Tantost conme
il aprocha le sarqueil, il euvre d'une part, si qu'il vit celui qui
dedanz estoit el sarqueil. La damoisele H chiet au piez de joie. La
dame avoit tel coustume que toutes les foiz que chevaliers s'arestoit
au sarceil, qu'ele se feisoit adestrer à V chevaliers enciens qu'ele
avoit aveque li el chastel, qui ne li veullent fallir ; il l'adestrèrent
jusqu'à la chapele. Tantost conme ele vit le sarqueil ouvert et la
joie que sa fille fejsoit, ele sot bien que ce iert ces fiuz, ele le corut
acoler et beissier et conmança à mener la greignor joie c'onques
dame fèist.
sai-je bien, fet-ele, que Damediex ne m'a mie oubliée,
car, puisque je r'ai mon fiuz, li annuiz et li domaches que l'en m'a
fet ne me griève mès noient. Sire, fet-ele à son fiuz, or est bien
séu et esprové que vos estes li mieudres chevaliers del monde. Car
autretant n'ouvrist jà mès li sarqueuz, ne ne séust l'en qui cist
fust que vos véez or en apert. Ele feit prandre à son chapelain unes
lettres d'or qui èrent sééllées el sarqueil ; il esgarde et lut et après
dit que ces lettres tesmoignent que cil' qui gist el sarqueil fu uns
de ceus qui aidièrent Nostre Seignor à desclofichier de la croiz.
L'en regarde dejoute lui, et trova les tenailles toutes sanglantes des-
quels li clo furent osté, ne l'en ne les pot oster, ne le cors ne le sar-
queil, ce nos raconte Josephus; car, tantost conme Perceval esloigna
la chapele, li sarqueuz reclot et joint ensanble ausint conme devant.
La Veve Dame enmena son fil à mout grant joie en son chastel et
li recovra toutes les vileinnies que l'an li ot feites et einsint conme
misiresGau vains li garenti un an son chastel porsa bone chevalerie.
— 180 —
iaux fiuz, fet-ele, or est li termes aprochiez que je éusse
mon chastel perdu se vos ne fussiez venuz. Mès or sai-je bien qu'il
iert garantiz par vos. Cil qui covoite cest chastel est uns des plus
outrajeus chevaliers qui vive. Si m'a tolue ma terre et les vaus de
Kamaalot, sans reignable achoison. Mès, se Dieu plest, vos recou-
verroiz bien vostre doumache, car je ne cleim mès noient en la terre
puisque vos estes venuz. Mès venchiez vostre honte por acroistre
vostre honor, car nus ne se doit leissier amenuisier de son droit
envers mauveis home, et li doumache que Fan m'a fet, por ce que
je n'avoie point d'aide, ne soient refroidié en vos ; car honte que l'an
fet à preu n'à viguereus ne doit pas refroidier en lui; mès toujors
roidoier et enasprir; si doit l'en toujors avoir en remenbrance ces
annemis sanz feire sanblant ; mès, quanque il metroit en chière et
en sanblant feire et en menace, doit-il mestrc en fet quant il en
vient en leu. Car l'en ne peut mie trop gréver son anemi, se l'en nu
veust leissier por Dieu. Mès véritez est que fcscripture dit que
l'en ne doit mie feire mal à ces anemis, mès prier à Dieu qui les
ament. Je voudroie bien que noz anemis fussent que il envers nos
s'amendassent et que il nos féissent autretant de bien del nostre
méimes sanz eus gréver conme il nos ont fet de mal, par si que
m'ire et la vostre lor fust pardonée. La moie ire lor pardoing-je
bien, au mien endroit; car il ne m'est mestiers que je veille à
nullui mal, et Salemons dit que li peschierres qui d'autrui péchéor
maudit, il maudit soi méime aussint.
iax fiuz, cist chastiax est vostres, et cesle terre environ
que l'an m'a tolue doit estre par droit vostre ; car ele meut de par
vostre père et de par moi. Si mandez au seignor des Mores, qui
tolue la m'a, que il la vos rande. Je n'i cleim mès noient, car je la
vos quite; car je n'ai que feire de terre, fors que tant où li cors
puisse estre enterrez à la mort, ne je ne vivrai mie longuement
puisque li rois Peschierres, mes frères, est morz, de quoi je sui
mout dotante à mon cuer, et fusse encor plus se ne fust par la joie
de vostre venue. Et si vos di bien, fiuz, que vos avez grant coupes
an sa mort; car vos estes li chevaliers par quoi il chéï primes en
— 181 —
lengor ; car, or à primes le sai-je bien, se vos i fassiez après r'alez
si éussiez feite la demande que vos ne féistes mie au premier, il
fust revenuz en santé. Mès Damediex si le vost ainssint, si devons
bien ostroier sa volenté et son pleisir. i
X erceval a sa mère escoutée, mès mout petit a respondu ;
mès mout li plest quanque ele a dit. Li viaires li est enflanblez de
hardement et li courages espris. Sa mère le regarde mout volen-
ticrs ; ele Tôt fet désarmer et li ot fet vestir une mout riche robe.
11 fu biax chevaliers si qu'an tout le monde ne trovast l'en plus
parant ne plus formé. Li sires des Mores, qui cuidoit bien estre
certeins d'avoir le chastel sa mère, sot la venue de Perceval ; il ne
s'an esmaia point par sanblant, ne n'an vost leissier à chevauchier
par les terres ne par les forés, et chaucun jor s'aastissoit que li
chastiax seroit siens, à l'eure et au terme que mise i avoit. Li uns
des V chevaliers à la Veve Dame fu un jor alez en la forest sou-
teinne, aus biches et aus scers, et en avoit pris à sa volenté. Il
reveooit arrières el chaslel et li vénéor avec lui, quant li sires des
Mores rencontra qu'il li dit qu'il avoit fet grant hardement, qui en
la forest avoit archoié ; et li chevaliers li respondi que la forest ne
devoit pas estre seue, mès à la dame de Quamaaloth et à son fil
qui repeirié estoit.
JLii sires des Mores se correça; il tenoit I espée, si li lança
très parmi le cors et l'ocist. Li chevaliers en fu portez mort el
chastel de Kamaalot devant la Veve Dame et devant son fil. « Biau
fiuz, fet la Veve Dame, de si fez presanz m'a fet li sires des Mores,
plus que je ne voussisse ; il ne peut onques estre saoulez de ma
terre doumagier ne del sanc des cors à mes chevaliers traire. Or
povez-vos bien savoir qu'il m'a fet maint ennui, puis que vostre
pères fu morz et puis que vos ne fustes el chastel, puisqu'il m'an
fet ore tant quant vos i estes. Vos avez non Perceval por ce que,
avent que vos fussiez nez, conmença l'en à vostre père à tolir les
vaus de Kamaalot; car il estoit enciens chevaliers, si estoient tuit
si frère mort; et por ce vos mist-il cest non en bauptesme, por ce
que il tos menbrast de son doumache et del vostre et que vos
— 182 —
raidissiez à recouvrer se vos en aviez le povoir. » La dame fet son
chevalier ensevelir, dont ele est mout dotante, et lendemain chanter
la messe et enterrer ie. Perceval fist armer II des chevaliers enciens
avec lui, puis oissi fors del chastel et entra en la grant forest
ocure. Il chevaucha tant que il vint devent un chastel; il encontra
V chevaliers qui en issoient fors, toz armez; il lor demanda à cui
il estoient ; il responnent qu'il sont au seignor des Mores et que il
vont querre le fil à la Veve Dame, qui est en la forest. « Se nos
le péons randre, nos en aurons bon gerredon. » — « Par foi, fet
Perceval, vez-me-ci, ne le quérez plus loig. i
X erceval fiert cheval des espérons et vient au premier, si
qu'il li passe son glaive très parmi le cors et le porte à terre mort.
Li autre dui chevalier fièrent chaucun le sien si qu'il les ont navrez
ès cors mout durement. Li autre dui s'an voloient fouir, mès Per-
ceval les détint et il se randent prison, por péor de mort. Il les
enmoigne touz quatre el chastel de Kamaalot, si les présante à
sa dame sa mère. « Dame, fet-il, véez-ci le retor de vostre cheva-
lier que l'en vos a mort; et li quinz est demourez autresint mau-
bailliz, an la pièce de terre, conme li vostres fu. i — < Biau fiuz,
fet-ele, je enmasse mieuz la pès en autre manière, se estre péust. >
— c Dame, fet-il, ainsint est ore. L'an doit feire grant gerre contre
gerréor et pès encontre peissible. » Li chevalier sont mis en
prison. Les no vêles sont venues au seignor des Mores que li fiuz à
la Veve Dame a un de ces chevaliers ocis et II1I menez en prison.
11 en a mout grant ire en son cuer, et jure et afiche que jà mès
n'iert en repos très qu'à icele oure qu'il l'aura ou pris ou mort,
et, s'il avoit chevalier en sa terre qu'il li péust rendre, il li donroit
un des mellors chasliax de sa contrée. Li plusor se sont aati de
Perceval prandre ; VII en vindrent devant lui, tuit armez, en la
forest de Kamaalot, et chacièrent et berssèrent aus bestes sauvages
en la forest par defors, si que cil del chastel les virent.
X erceval estoit en la chapele sa mère où il escoutoit la
messe, et, quant la messe fu chantée, sa seur li dist: « Biaus frère,
vée2-vos ici le seintime drap que je aportai de la chapele del cime-
— 183 —
tire périlleus; beissiez-le et louchiez à vostre viaire, car uns seins
hennîtes me dist que jà nostre terre ne seroit conquise très qu'à
icele eure que vos en auriez. » Perceval le beise, puis l'atouche à
ces euz et à son viaire. Après, se vet armer et li quatre chevalier
ensanble o lui; puis, ist fors de la chanbre et monte sor son
cheval; puis, ist fors de la porte eonme lions deschaënnez. Il sist
sor un grant cheval tout couvert; il aproche les VIII chevaliers
qui tuit estoient armé et tuit enchevauchié ; il lor demande quel
gent il sont et que il quièrent, et il dient qu'il sont ennemi à la
Veve Dame et à son fil. « Donques vos desfi ! » fet Perceval. II vient
à eus par grant air et li quatre chevalier aveque lui, et abat
chaucun le sien si durement qu'il n'i a celui qui ne soit navrez el
cors, ou pécoié ou braz ou cuisse. Li autre tindrent la mellée au
plus qu'il la porent endurer. Perceval les fist prandre et mener el
chastel et les autres V que il avoient abatuz. Li sires des Mores
estoit venuz archoier, si oï la noise des chevaliers, il s'en vint cele
part grant aléure, touz armez, t Sire, fet li uns des enciens che-
valiers à Perceval , vez-ci le seignor des Mores qu'il vient, qui
vostre mère a tolue sa terre et ocis ces homes. De cetui seroit bone
à prandre la vengence. Esgardez conme il vient aramiz. » Perceval
l'esgarde conme celui que il n'aime mie, et s'an vient vers lui tant
eonme cheval li peut rendre, et le fiert très parmi le piz si dure-
ment que il porte à terre lui le cheval tout en I mont. Il descent à
terre, puis trait l'espée. t Conment, fet li sires des Mores, volez-
me-vos donques ocinre ne maumestre plus que je sui? » — « Par
mon chief, fet Perceval, naie encores si tost, mès je vos ocirrai
assez par tens. » — t Se vos sanble, fet li sires des Mores, mès ce
n'iert mie encores. » Il sailli sus en piez et cort sus à Perceval,
l'espée traite, conme cil qui volentiers le doumajast se il péust.
Mès Perceval se desfant conme bons chevaliers, et li donna tel cop
en son venir qu'il li trancha le braz atout l'espée. Li chevalier qui
après lui venoient s'an fouirent arrière, tuit desconfit, quant il
virent lor seignor afolé. Et Perceval le fet lever sor "un cheval et
le fet porter el chastel, si le présante à sa mère. « Dame, fet-il,
vez-ci le seignor des Mores. Vos H avez bien atendu conment vos
li déustes prochiennement randre vostre chastel la aparmain. »
— 184 —
ame, fet li sires des Mores, vostre fiuz m'a afolé et mes
chevaliers pris et moi autresint. Je vos randrai vos chastiax
quanque j'an tieng devers moi ; si me clamez tôt quite. » — c Et
qui li sodra, fet Perceval, la honte que vos li avez feite, et ces che-
valiers que vos li avez moH, dont vos n'éusles onques pitié? Jà
Diex ne m'ait se ele a de vos merci ne pitié, quant je jà més me
travaillerai por besoigne qu'ele oit por venir en s'aide. Autretel
pitié conme vos avez éu de lui et de ma sereur, aurai-je de vos.
Damediex conmanda, en la viele loi et en la novele, que l'an féist
justisedes omécides et des traïtors; ausint ferai-je de vos, jà ces
conmandemenz n'an iert trespassez. » Il fet aprester une grant
cuve enmi la cort et amener les XI chevaliers ; il lor fet les chiés
coper en la cuve et tant seignier conme il porent rendre de sanc;
et puis fist les cors traire et les chiés, si que n'i ot que le sanc
tout pur en la cuve. Après, fet désarmer le seignor des Mores et
amener devant la cuve où il avoit grant foison de sanc. Il li fet tes
piez lier et les mains, mout estroitement ; après, li à dit : « Vos ne
péustes onques estre saoulez del sanc aus chevaliers ma dame ma
mère, je vos saoulerai del sanc à vos chevaliers. * Il le fet pendre
par les piez en la cuve, si que la teste fu el sanc très qu'aus
espaules; puis, l'i fist tant tenir qu'il fu noiez et esteinz. Après,
en fet porter son cors et les cors aus autres chevaliers et lor
chiés, et les fist giter en un charnier encien, qui estoit dejoute
une viele chapele en la forest, et la cuve atout le sanc fist gilier
en la rivière si que Pève en fu toute sanglante. Les noveles
vindrent par les chastiax que li fiuz à la Veve Dame avoit ocis
le seignor des Mores et les meillors de ces chevaliers. Il en
furent en plus grant doutance; li plusor distrent que autretel
feroit-ii d'eus se il n'èrent à son conmandement. L'an li aporte
les clers de touz les chastiax que l'an avoit toluz à sa mère,
et la raséurent luit li chevalier, qui devant l'avoient gerpie, d'estre
à sa volenté, por péor de mort. Toute la terre fu asséurée et
la dame, en joie et sanz ennui, fors que por le roi Peschéor son
frère qui morz estoit, dont ele estoit moult dolante et moult cor-
reciée.
— 185 —
U n jor se séoit la Veve Dame au mangier et avoit grant
foison de chevaliers en la sale. Perceval se séoit delez sa seur.
Atant ez-vos la damoisele del char qui venoit, et les autres II damoi-
seles, si venoit devant la Veve Dame et devant son fil, si les salue
mout hautement. « Damoisele, fet Perceval, bone aventure aiez-
vos ! » — « Sire, fet-ele, vos avez ci mout bien esploitié de vostre
afeire ; or l'alez esploitier aillors, car il est mout grant mestiers.
Li rois hermites, qui est frères vostre mère, vos mende que, se
vos ne venez hastivement en la terre qui fu le roi Peschierres vostre
oncle, que la novele loi que Diex i a eslablie i amenuisera mout.
Car li rois del Chastel Mortel, qui la terre a saisie et le chaste),
a fet crier par tôt le païs que tuit cil qui vostrent maintenir la
vielle loi et gerpir la novele auront garantie de lui et son conseil
et s'aide; et cil qui feire ne le voudront seront destruiz et essillié. »
— «Ha, biau fiuz, fet la Veve Dame, avez oreoï grant desloiaulé
del mal home qui mes frères est, de quoi je sui mout dolante quant
il m'apartient. » — « Dame, fet Perceval, vostre frères ne mes
oncles n'est-il mie, puisqu'il renie Dieu; ainz est nostre anemis
mortex, et plus le devons-nos haïr que autres estranges. »
iau fiuz, fet la Veve Dame, je vos prie et requier que la
loi au Sauvéor ne soit mise en oubli ne an nonchaloir, là où vos
la puissiez essaucier ; quar ntll meillor seignor ne povez-vos servir,
ne nus ne set plus biau gerredonner de lui. Biau fiuz, nus ne
peut estre bons chevaliers se il ne le sert et aime. Gardez que vos
soiez adès en son servise, ne nu déloiez por nule penssèe; mès soiez
en son conmandement, autresint au vespres conme au matin; si
ne forligneroiz mie vostre lignage. Et Damediex vos en doint
penssée et bone volenté ainsint conme vos l'avez conmancié. » La
Veve Dame, qui mout amoit sont fil, est levée des tables, et tuit li
autre chevalier, et li sanble qu'ele est dame de sa terre autressint
bien conme ele fu onques mieuz. Mès ele rant grâces moutsouvant
au Sauvéor del monde de bon cuer et li prie qu'il, par son pleisir,
prest à son fil espace de vie, par amendement d'âme et de cors.
Perceval fu aveques sa mère grant pièce et avec sa seror, et fu
— 186 —
mout doutez et onorez de toz les chevaliers de la terre, par le
grant sanz et par le grant esfort et par la grant valor de sa che-
valerie.
ist hauz esloires dit que misires Gauvains et Lan-
coloz furent repeiriez è la cort le roi Artus, de la
quesle qu'il orent achevée. Li rois en fist mout grant
joie et la reine. Li rois Artus séoit un jorau mengier
dejouste la réine et ot l'en servi du premier mès.
Atant vindrent dui chevalier, tuit armé, et apor-
tôit chaucuns un chevalier mort devent lui, et estoient li chevalier
encor armé tant conme li cors duroient. t Sire, font li chevalier,
ceste grant honte et cist doumaches est vostre. En ceste manière
perdroiz-vos par lens touz vos chevaliers, se Diex ne vos ainme
tant qu'il i meste conseil par tens, par seue amor. » — t Seignors,
fet li rois, conment sont cist chevalier ainsint mal atornez? » —
« Sire, font-il, il est bien droiz que vos le sachoiz. Li chevaliers
del Dragon ardant est entrez el chief de vostre terre, si destruit
chevaliers et chastiax et quanqu'il aconssuit. Si n'i ose nus con-
tendre envers lui, car il est greindres un pié que chevalier que vos
éussiez onques, et d'orrible chière, et si est s'espée greindre
III tenz que nule autre espée de chevalier, et en son glaive a bien
la charge d'un home. De son escu se peuent bien covrir dui cheva-
lier, et a, par defors, la teste d'un dragon qui giète feu et flanbe
toutes les eures que il veust, si aigre et si cuissant que nus ne
peut longuement durer encontre.
.N.
I us ele autre aventure, tant soit fors, ne li peut contrester
et, ainsint conme vos véez, a-il bruillez et maubailliz tous les
austres chevaliers qui à lui se mellent. » — « De quel terre est venuz
itex bons? » fet li rois, t Sire, fet li chevaliers, il est venuz del
à
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— 187 —
chastel au Jaiant, et vos gerroie por l'amor de Logrin le jaiant, dont
misires Rex vos aporta la teste en vostre cort; ne jà mès, ce dit,
n*ara joie très qu'à icele oure qu'il l'aura vengié de vostre cors ou
del chevalier que vos plus ameroiz. » — c Daraediez, fet li rois,
nos desfandra de si mal home. » Il est levez des tables et fu touz
esfraez, et fet porter les II chevaliers morz en terre, et li autre
s'an retornent quant il orent dit lor mesage. Li roi apele monsei-
gnor Gauvain et Lancelot et lor demande qu'il fera de cest chevalier
qui est entrez en sa terre : c Par mon chief je n'an sai que dire se
vos ne m'en conseilliez. » — t Sire, fet Lanceloz, nos irons, entre
moi et monseignor Gauvain, encontre, se il vos plest. » — « Par
mon chief, fet li rois, je ne vos i leiroie aler por I réaume ; car tex
hons n'est mie chevaliers, ainz est déables et ennemis, qui d'aucun
des costez d'anfer est oissuz. Je ne vos di mie que ce ne fust grant
honor et grant pris de lui ocirre ne conquerre; mès mout se
metroit en grant péril qui encontre lui iroit et mout auroit grant
fein d'estre ainsint conme je vi les II chevaliers bailliz. » Li rois
fu en si grant esfroi qu'il ne set qu'il puisse feire ne dire, et aussint
est toute la court, ne si n'i a geires chevalier qui, ne un ne a.utre,
soit enlalentez d'aler à lui coubatre; si en est toute la cort en grant
esmai.
fi reconmcnce une des mestres branches del Graal,
el non de] père et del fil et del scint esperit. Per-
ceval ot tant esté aveques sa mère conme li plut.
II s'en est partiz par son gré et par le gré de sa
seror, et lor dit que il revendra en la terre au plus
hastivement que il porra. Il entre en la grant forest
soutine et chevauche tant par ces jornées que il vint, un jor, en
droit l'eure de midi, en une mout très bele lande, et voit une forest.
1) esgarde enmi la lande et voit une croiz vermeille. Il regarde au
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— 188 —
chief de la lande et voit I moût bel chevalier séoir en l'onbre de la
forest, et estoit vestuz de blans dras et tenoit un veisseil d'or en sa
main. A l'autre chief regarde de la lande et voit une damoisele séoir
autresint, jeune et jante et de mout très grant biauté ; et estoie vestue
d'un blanc samiz, goûté d'or. Josephus nos raconte, par la devine
escripture, que de la forest oissi une beste blanche conme noif négiée,
et estoit greindre d'un goupil et mendre d'un lièvre. La beste vint en
la lande, toute esfraée, car ele avoit en son ventre XV chéaus qui
glapissoient autressint dedanz li, conme chien en bois, et ele s'an
fuioit aval la lande por la péor des chiens dont ele ot le glai
dedanz lui. Perceval s'areste sor l'areslel de son glaive por regarder
la merveille de ceste beste de qui il a mout grant pitié, car ele est
tant douce par senblant et de si très grant biauté, et sanble de ces
euz que ce soient II esmeraudes. Ele ceurt le chevalier, toute
esfraée, et, quant ele i a esté une pièce et li chien l'araticent, si
s'an eort vers la damoisele et là ne peut-ele pas moult longuement
arester, car li chael qui en li sont ne cessent dé glatir, de quoi ele
a mout grant péor.
ne s'ose mestre en la forest ; ele voit Perceval, si s'an
vient vers lui por gérison ; ele vet gésir sor le col de son cheval et
il li tant ces mains por recevoir la, por ce que ele ne se blecist; et
toutes eures glatissoient li chien ; et li chevaliers li escrie : t Sire
chevaliers, fet-il à Perceval, leissiez la beste aler, ne la tenez mie,
car il n'afiert n'à vos n'à autrui; mès leissiez li feire sa destinée. »
La beste vit qu'ele n'avoit nul garant, ele s'an vet vers la croiz, et
tantost ne porent plus estre li chacl en lui, ainz oissirent fors, tuil
vif aussint conme chien ; mès il n 'estaient pas de sa douceur ne de
sa biauté ; ele s'umelioit mout entr'eus et se coucha à terre et fist
autretel sanblant conme se ele lor criast merci, et fu au plus près
de la croiz qu'ele pot. Li chien Forent avironnée et li coururent
sus de toutes parz, si la dépccièrent toute au danz; mès n'orent
onques povoir que il manjassent de la chair ne que il c'esloignas-
sent de la croiz.
uant li chien orent la teste mengiée, si s'an fouirent el
— 189 —
bois autresint conme luit enragié. Li chevaliers et la damoisele
Tiennent là où la beste gisoit par pièces, à la croiz, si en prant
chaucuns sa partie et raestent en lorveissiaxd'or,etprenoientlesanc
qui gisoit deseure la terre autresint conme la char et beisent le leu
et aourent la croiz; puis, se remestent en la forest. Perceval descent
et se met à jenoillons devant la croix, si la beise et aoure et le leu
où la beste fu ocise, autresint conme il avoit véu feire le chevalier
et la damoisele ; et li vint une oudor si souef, de la croiz et du leu,
que nule douceur ne s'i péust apareillier. Il regarde et voit venir
de la forest II provoires tout à pié ; et li huche li premiers : t Sire
chevaliers, Iraez-vos en sus de la croiz, quar vos n'i devez aprou-
chier. > Perceval se trait arrières et li prestres s'ajenouille devant
la croiz, si l'aoure et encline et beise plus de vint foiz et moigne la
greignor joie del monde. Et li auslres prestres vient après, si aporte
unes granz verges, si en osle celui à force et bat la croiz de la verge
de toute parz et ploure mout très durement.
Xerceval Pesgardeà mout grant merveille et lui dit : « Sire,
fet-il, dont ne sanblez-vos prestres. Por quoi feites-vos si çrant
vileignie? » — t Sire, fet li prestres, à vos n'an monte riens de
quanque nos feissons; ne par nos ne le sauroiz-vos mie. » Se il ne
fust prestres, Perceval se fust mout courrouciez à lui ; mès il ne li
vost noient mesfeire. Il s'an parti atant et monte sour son cheval,
puis rantra en la forest, touz armez; mès n'ot geires en tel menière
chevauchié quant il encontra le Couart Chevalier, qui li escria de
si loig conme il le vit': « Sire, por Dieu, aurai-je garde de vos? »
— « Quex bons estes- vos donc? » fet Perceval. « Sire, fet-il, j'ai
non li Couarz Chevaliers et sui à la damoisele del char. Si vos pri,
por Dieu et por vostre valor, que vos ne me touchiez. > Perceval le
regarde, si le voit grant et bel et bien forni et adroit et tout armé
sor son cheval ; si li dit : « Puisque vos estes si couarz, por quoi
estes-vos si armez?» — t Sire, fet-il, por la vileinie d'aucun
chevalier que je dout, car tiex me porroit encontrer qui tost
m'ocirroit. »
« Estes-vos si couarz conme vos dites? » fet Perceval. « Oïl,
— 190 —
fct-il, plus assez. > — c Par mon chief, fet-il, je vos ferai hardi.
Or en venez o moi ; quar c'est grant doumache que couardise est
herbergiée en si biau chevalier. Je veil que vostre nons soit chan-
giez hasti veinent, car tiex nons est lez à chevalier. » — c Ha, sire,
por Dieu, merci t Or sai-je bien que vos me volez ocirre. Je ne veil
changier mon conrage ne mon non. » — • Par mon chief, f et Perce val,
dont morrez-vos par tens. » Il l'en fet aler devant lui, quel gré
qu'il en oit, et li chevaliers i vet mout à enviz. Il n'ont geires che-
vauchié quant il oï en la forest, fors de la voie, II damoiseles qui
se démentoient mout durement et prioient à Damedieu qu'il jor
envoiast par tens secours. '
xerceval vint cele part, entre lui et le chevalier que il chace
devant lui à force, et voit I grant chevalier tout armé qui les
II damoiseles enmoigne, toutes escheveulées ; il les fiert d'eures en
autres, d'unes granz verges, si que li sans lor coule contreval les
faces. « Ha, sire chevaliers, fet Perce val, que demandez-vos à ces
II damoiseles que vos menez si vileinnement? » — « Sire, fet-il,
ele me déséritent d'un mien recet, qui est en ceste forest, que misires
Gauvains lor dona. » — « Sire, font-eles à Perceval, cist chevaliers
est robierres, si n'an a plus remès en ceste forest, et les austres
chevaliers qui robéours estoient ocist monseignor Gauvains et Lan-
celoz et uns austres chevaliers qui avec eus vint; et, por la grant
soufreste et por la grant poureté que misires Gauvains et Lanccloz
vit en nos jadis et en la meson nostre frère là où il giurent el
chastel, nos vostrent-il douner cest recet et le trésor que il con-
quistrent sor les chevaliers robéors, et por ce nos enmoigne cist
por ocirre et por destruire, et autretel feroit-il de vos se il en avoit
pooir et de touz les chevaliers se il en avoit povoir. » — t Sire
chevaliers, fet Perceval, leissiez les damoiseles, car je sai bien
qu'eles dient voir, car je fui là où li recez lor fu donnez. » —
» Dont aidastes-vos mon lignage à ocirre, fet li chevaliers; de
quoi je vos desfi. > — c Ha, fet li Couarz Chevaliers à Perceval, ne
vos chaust que il vos die; ne vos correciez mie; alez vostre
chemin. » — « Certes, fet Perceval, je non ferai, ainz aiderai,
fet-il, à chalongier l'anor aus damoiseles. >
— 191 —
«lia, sire, fet li Couarz Chevaliers, par moi ne sera-ele
jà cbalongiée. » Perceval se trait arrière. « Sire, fet-il, vez-là mon
avoué que je met en leu de moi. » Li chevaliers robierres meut à
lui et le Sert si durement sor son escu si qu'il li brise son glaive,
mès il ne peut le Couart Chevalier remuer ; ainz fu toujors remuez
toz droiz ès arçons de la sele; il esgarde l'autre chevalier qui
c'espée ot traite. Li Couarz Chevaliers esgarde d'une part et d'autre,
qui s'an fouist volentiers s'il osast. Mès Perceval li escrie : « Che-
valiers, pénez-vos de sauver m'ennor et vostre vie et l'anor à ces
deus damoiseles. » Et li chevaliers li donne grant cop de l'espée,
si que près vet que il ne l'estone tout. Et li Couarz Chevaliers ne
se meut. Perceval l'esgarde à merveilles, si se pensse qu'il a mis
trop couart chevalier en son leu; or à primes set bien que il li
disoit vérité. Li chevaliers robières l'anchauce de toutes parz et li
done tant de cox que li chevaliers vit son sanc. c Par mon chief,
fet-il, vos m'avez blécié, mès vos le conparroiz ; car je ne cuidoie
mie que vos me vossissiez ocirre. » Il aloigne son glaive, qui fors
estoit et fiers, et fiert le cheval des espérons mout très durement,
et consuit le chevalier de s'espée très enmi le piz, de si très
grant air qu'il le porte à terre jus del cheval. Il descent sor lui, si
li deslace la venlaille et abat la coiffe; puis li tranche la teste, si la
présante à Perceval : t Sire, fet-il, ice vos doing-je de ma pre-
mière joute. » — € Par mon chief, fet Perceval, icest présant
ain-je mout chier; or gardez que vos ne vos enbatez mès en couar-
dise où vos avez esté. Car c'est trop grant honte à chevalier. » —
€ Sire, fet-il, non ferai-je; mès je ne cuidoie mie que l'an devenist
si tost hardiz, car je le fusse devenuz grant pièça ; si i éusse éu
preu et honeur; car maint chevalier m'ont tenu en despit, qui
m'éussent onoré. » Perceval respont qu'il est bien droiz et resons
que l'en honore plus les preudesoines que les autres, c Je vos con-
mant ces II damoiseles à garder, et les menez en lor recet sauve-
ment, et soiez à lor pleisir et à lor volenté, et si dites partout que
vos avez à non li Hardiz Chevaliers; car cist nons est plus cortois
que li austres. > — c Sire, fet-il, vos dites voir, et le non ai-je
bien de par vos. » Les damoiseles si mercient mout Perceval et
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— 192 —
prennent congié à lui, si s'an vont et sèvent mout bon gré au
chevalier, qui avec eles s'an vet, del chevalier qu'il a ocis; si Tan
apèlent Hardi Chevalier.
Xercevaus se part del lieu où li chevaliers gist morz, et
chevauche tant qu'il aproche Kardeil, où li rois Artus estoit, et
treuve le païs environ en grant esfroi et en grant esmaience. Il se
merveille mout de quoi ce est et demande à la gent menue de quoi
il sont en grant esfroi : « Dont ne vit encore li rois? » — t Sire,
font li plusor, oïl, il est là dedanz en cel chastel, mès il n'i fu onques
mès si destroiz ne si effraez conme il est orendroit. Car uns che-
valiers le gerroie, vers qui nus chevaliers du mont ne peut durer. >
Perceval chevauche tant qu'il vint devant la meslre sale et est descen-
dis au perron. Laneeloz et misires Gauvains vinrent encontre lui, si
en firent mout grant joie, et li rois et la réine et tuit cil de la cort ;
si le firent désarmer et vestir de mout riche robe. Mout le regar-
dèrent volenliers cil qui onques ne Forent véu, por le pris et por
la valor de sa chevalerie. La cort fu auques resbaudie por lui, qui
mout avoit esté troublée. Si con li rois séoit un jor au mengier,
atent vindrent IIII chevaliers qui vindrent en la sale, tuit armé, et
portoit chaucuns devant lui un chevalier mort; et a\oienl les piez
et les braz tranchiez, mis les cors estoient encore tuit armé, de
quoi li hauberc èrent autresint noir conme foudre. Il gîtèrent les
chevaliers enmi la sale. « Sire, font-il au roi, autres foiz vos est
montrée ccste honte que l'en vos fet, qui m'est mie amendée. Li
chevaliers au Dragon vos destruit vostre terre et ocit vos homes et
nos approche au plus qu'il peut, et dit que jà ne trovera si hardi
chevalier en vostre cort qui l'ost atendre ne envaïr. » Li rois a mout
grant vergoigne de ces noveles et misires Gauvains ausint. Si sont
mout dolanz en lor cuers de ce que li rois ne les i a leisiez aler.
Li IIII chevaliers s'an relornent arrières et leissièrent les chevaliers
morz en la sale, mès li rois les fet enterrer avec les autres.
JUi murmuires liève mout granz entre les chevaliers en la
sale, et dient bien li plusor que onques mès n'oïrent parler de
nullui qui si cruiement océist chevaliers, ne tant, conme cist feis-
— 193 —
soit; ne l'en ne doit pas blâmer monseignor Gauvain ne Lancelot
se il ni aloient, car il n'a chevalier el monde qui tel home pouist
conquere, se Damediex ne li feisoit, puisque giète feu et flanbe de
son escu quant il veust. Et, ainssint conme li murmuires estoit
entre les chevaliers tôt antor la sale, atant ez-vos la damoisele qui
le chevalier feisoit porter en litière mort, et vient devant le roi.
« Sire, fet-ele, je vos pri et requier que vos me faciez droit en
vostre cort. Véez-ci monseignor Gauvain qui fu à l'asanblée en la
vermeille lande, où il ot assez chevaliers, et li fiuz à la Veve Dame
i fu, que je voi séoir dejouste vos. II et misires Gauvains furent cil
qui le greignor pris en orent de l'asanblée. Cil chevaliers avoit
unes blanches armes; cil de l'asanblée distrent qu'il l'avoit mieuz
fet de monseignor Gauvain, por ce que il [fu] premièrement à
l'asanblée. Il me fu ostroié, ainz que l'asanblée conmançast, que li
mieuz feisanz vencheroit chevalier. Sire, l'ai tant quis que je
l'ai trové en vostre cort. Si vos pri et requier que vos li dites que
il en face tant que il n'an soit blâmez, car misires Gauvains set
bien que je ai voir dit. Mès li chevaliers s'en parti si tost de
l'asenblée que je ne soi que il devint, et misires Gauvains en fu
mout dolanz, de ce que il s'an fu partiz ; car il le quéroit, si n'an
connut mie. >
c JJamoisele, fet misires Gauvains, véritez est que ce fu il
qui mieuz le fist à l'asenblée de la vermeille lande, et du sorplus
li couvendra-il bien envers vos, se Dieu plest. » — « Misires
Gauvains, fet Perce val, il me sanble que vos fustes li mieuz feisanz
sor touz les austres. » — c Par foi, fet misires Gauvains, vos
dites vostre cortoisie; mès, conment que je ne li autre le féissent,
vos en eustes le pris par le jugement des chevaliers. De tant os-je
bien à la damoisele porter tesmoing. > — < Sire, fet-ele, gran
merciz! Il ne doit mie refuser ce dont je le requier. Car li cheva-
liers que j'ai longuement porssuivi et porté en litière mort, fu fiuz
son oncle Elinant de Gavalon. »
c JJamoisele, fet Perceval, gardez que vos diez vérité. Je sai
bien que Elinant de Cavalon fu mes oncles de par mon père, mès
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— 194 —
de son fil ne connui-je mie. » — c Sire, fet-ele, il fist bien à çon-
noistre, par sa granl valor et par son hardement fu il morz, et
avoit à non Alein deCavalon. La damoisele au cescle d'or l'amoit
de si très grant amor conme ele povoit; plus biaus chevaliers [fu]
que Tan éust onques véu de son aagé, et fust li uns des mieudres
chevaliers que Tan sèust se il éust duré longuement ; et, por le
grant amor qu'ele avoit en lui, fist-ele le cors enbaumer quant li
chevaliers au Dragon Tôt ocis, qui tant est cruieus, qui essille
toutes les terres et toutes les illes. La damoisele au cescle d'or a il
desfiée, si a jà de ses chevaliers ocis mout grant partie, et ele est
enserrée dedanz son chastel qu'el n'an ose oissir ; si dient bien tuit
li chevalier qui là sont, et dame del chastel aussint, que cil qui
cest vengera aura le cescle d'or dont ele ne se vost onques mès
partir, et ce iert la greingdre que chevaliers puisse avoir.
« Sire, fet-ele, si vos devez bien péner de venchier le fil
vostre oncle et de conquerre le cescle d'or ; car, se vos ociez le che-
valier, vos aurez garantie la terre au roi Artus, que il menace à
essillier, et toutes les autres terres qui marchissent à la seue, car
il ne hait nul roi tant conme il fet le roi Artu por la teste del
jaiant dont il fist tel joie en sa cort. » — « Damoisele, fet Perceval,
où est li chevaliers au Dragon? » — t Sire, fet-ele, il est ès illes
des Olifanz qui souloit estre la plus bele terre et la plus riche del
mtfnt. Or l'a toute essilliée, ce distrent, si que nus n'i ose abiter ;
et Fille sor quoi il abitent est sor le chastel à la damoisele au cescle
d'or, si qu'ele li voit chaucun jor aporter les chevaliers touz entiers
de la forest que il ocit et desmenbre, dont ele a mout grant dolor
au cuer. »
Perceval ot ce que la damoisele li dit, si s'an merveille
mout et pensse en soi méimes, puisque l'aventure est mise sor lui,
qu'il en aura grant blâme se il ne la fet. Il prant congié au roi et
à la réine, si s'an vet et se part de la cort. Misires Gauvains s'an
part et Lanceloz avec, et dient que il le conduiront très qu'à la
pièce de terre se il i peuent aler. Perceval a mout chière lor con-
pagnie. Li rois et la réine ont grant pitié de Perceval et dient tuit
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que onques mès dos chevaliers n'ala en si grant péril, si en sera
mout grant doumache au siècle se il i meurt. Il envoient par tons
les ermites et par toz les preudesomes de la forest de Kardeil et
font prier por Perceval, que Diex le desfande de cel ennemi à qui
il s'an vet conbatre. Lancelox et misires Gauvains s'an vont aveques
lui par les estranges forés et par les illes et trouvèrent les forés
toutes vuides et essilliées et gastées de leus en leus. La damoisele
les suit atout le chevalier mort. Et ont tant erré qu*il viennent en
la pleine devant la forest; il esgardèrent devant eus et virent
I chastel qui séoit en la pleinne, dehors la forest ; et virent qu'il
séoit en une mout beie praierie et estoit avironnez de granz èves
couranz et cenglez de granz murs, et avoit par dedanz granz sales
fenestrées. Il aprochent le chastel et voient qu'il tornoie tout
environ plus tost que vent ne cort ; et avoit par desus, les archières
à arbalestes de coivre qui traient de si très grant vertu, que n'est
arméure el monde qui vers le cop éust garant. Ensanble o eus
avoit homes cuiriez qui tornoient et sonnoient si très durement
que sanbloit que toute la terre crolast. Et avoit par desouz à
l'entrée lions et ors enchaennez, qui braoient de si très grant
vertu et de si grant aïr que toute la terre et la valée en tantissoit.
Li chevalier s'arestent et esgardent cele merveille. « Seignors, fet
la damoisele, or povez véoir le chastel de Grant Esfort. Misires
Gauvains et Lanceloz, traiez-vos arrières; n'aprochiez mie les
archières de plus près, car vostre mort seroit jugiée. Et vos, sire,
fet-ele à Perceval, se vos volez entrer en cest chastel, bailliez-moi
vostre glaive et vostre escu, si le porterai avent por garentie; et
vos, venez après moi, si feites contenance tele conme bons cheva-
liers doit feire, si passeroiz parmi le chastel. Mès vostre conpaignon
se peuent bien traire tarière, car il n'est ore mie l'oure de passer
à lor eus; il n'idoit passer se cil non qui le chevalier vet con-
querre et le cescle d'or et le Graal, et la fausse loi aus cors de
quoivre oster. »
JL erceval est mout dolenz de ce qu'il ot dire à la damoisele
que misires Gauvains ne Lanceloz n i passeront mie avec lui, et si
sont li meillor chevalier del monde. Il prant congié à eus, mout
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dolanz ; mès il se départent moult à enviz ; mès il li prient mont
doucement, se Damediex Tan lest eschaper vif de là où il vet, que
il se meste encore en aucun tens en leu et en aise où il le puissent
véoir sans dcsconnoistre. Cil s'arestent por véoir le Bon Chevalier,
qui baille son escu et son glaive à la damoisele. Ele a mis son escu
en la litière au mort devant, puis montre à ceus del chastel tout
en aperf l'escu qui fu au Bon Soudoier; après, lor enseigne qu'il
est au chevalier qui derrières lui est ar estez. Perceval fu sanz
escu ès arçons de la sele et tint traite l'espée et s'afiche ès estrex
de si grant aïr que il les fisl touz croistre, et au cheval ploier les
eschines. Après, regarde Lancelot et monseignor Gauvain. « Sei-
gnors, fet-il, au Sauvéor del monde vos conmant. » Et il resporî-
dent que cil soit garde de son cors et de s'âme et de sa vie, qui se
leissa peiner de son cors en la seinte veraie croiz. Atant fiert des
espérons et s'an vet vers le chastel tant conme li chevaus li peut
randre, vers le chastel lornoient. 11 fiert de Fespée à la porte si très
durement que il Tan ferra bien III doie en I piler de marbre. Li
lion et li ors enchaenné qui gardoient la porte s'anfouirent en lor
travaus et li chastiax s'areste tout à un fès ; li archier cessèrent de
traire; il avoit III ponz devant le chastel, qui se levèrent tantost
conme il fu outre.
JJanceloz et misires Gauvains s'an partirent d'ileques quant
il orent esgardée la merveille, et vostrent aler vers le chastel quant
il le virent arester. Mès uns chevaliers lor escria, des querniax :
« Seignors, se vos venez avent, li archier trairont et li chastiax
tornoiera et li ponz rabeissera, par quoi vos en seroiz décéuz. »
Il se traient arrières et oient là dedanz mener la plus grant joie
que nus oïst onques, et entandent que li plusor disoient là dedanz
que cil est venuz par qui il seront sauvez en II manières, sauvez
des vies et sauvez des âmes, se Diex li leisse conquerre le chevalier
qui porte l'esperit del déable. Lanceloz et misires Gauvains s'an
retornèrent, panssif et tuit dolant, por ce qu'il ne povoient passer
le chastel qu'il ne voient autre passaje que cestui. Si chevauchent
tant qu'il aprochent la gaste [cité] où Lanceloz ocist le chevalier,
c Ha, fet-il à monseignor Gauvain, or est li termes aprochiez
qu'il me convient morir eo ceste gaste cité, se Damediex n'i met
conseil. » Il conta à monseignor Gauvain toute la vérité qui
avenue li estoit là dedanz. Si conme il voloit prandre congié à lui,
atant ez-vos le poure chevalier del Gaste chastel.
< Sire, fet-il à Lancelot, je vos ai pris respit, en la cité là
dedanz, del chevalier que vos océistes, très qu'à XL jorz après ce
que li Graax iert conquis, ne puis n'oissi-je fors del chastel là où
vos vos herberjasteà, ne n'an fusse jà mès oissuz [très qu'à icele
oure que vos fussiez] venuz aquiter vostre fîence; ne n'an istrai
jà mès très qu'à icele oure que vos revendroiz au jor que je vos di.
Sf merci vos et monseignor Gauvain des chevaus que vos m'en-
voiastes, qui nos orent moult grant mestier, et del trésor et del
recet que vos avez doné à mes serors qui mout estoient soufroi-
leuses. Mès je ne puis oissir de la poureté où je sui mis très qu'à
icele oure que vos soiez revenuz, au jor que je vos ai pris respit, à
grant force envers voz ennemis, por les biens que vos m'avez fet.
Si vos pri que vos ne l'oubliez mie, por vostre loiauté sauver. »
— * Par mon chief, fet Lanceloz, non ferai-je, et grant merciz
del jor que vos avez porloignié por amor de moi. » Il se dépar-
tent del chevalier et s'an revont arrières vers Kardueil où li rois
Artus estoit.
i se test li contes de Lancelot et de monseigneur Gau-
vain et dit que Perceval est ès chastel tor noient, de
quoi Joseus nos raconta la vérité et que Virgilles le
fonda par l'air de son sans en tel menière, quant li
philosophe alèrent querre le paradis terrestre, et fu
prophétisié que li chastiax ne fineroit de tornoier
très qu'à icele oure que li chevaliers i vendroit qui auroit le chief
d'or et regart de lion et cuer d'acier et nonbril de virges pucele et
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taches sanz vileignie et valor d'orne et foi et créance de Dieu, et cil
chevaliers porterait l'escu au Bon Sodoier qui le Sauvéor del monde
despendi de la croiz ; et si fu prophétisié que tuit cil del chastel et
d'autres chastiax dont cilestoient garde tenroient la viez loi très qu'à
icele houre que li Bons Chevaliers seroit venuz, par quoi les âmes
seraient sauvées et lor mort respitiées. Car il coururent, tantost
conme il fu venuz, au bautesme et crurent la loi fermement. De ce
fu la joie granz el chastel, por la mort qui respitiée estoit et la dou-
tance del chevalier anemi que il doutoient que il ne mourussent, et
le péchié de la fausse loi qu'il n'i fussent ataint.
Perceval est mout liez de ce que il vit le peuple del chastel
atorner à la seinte foi del Sauvéor, et la damoisele li dist : c Sire,
vos avez mout bien esploitié vostre voie ; or ni a fors de feire le
sorplus. Car jà mès cil de çà dedanz n'istrant de çoianz tant conme
li chevaliers au Dragon vive. Vos n'avez que targier; car, con plus
targeroiz, plus essillerait de terre et ocirroit de gent. > Perceval
prant congié à ceus del chastel qui mout grant joie li font; mès il
sont en grant doutance de lui por le chevalier à qui il s'en vet
conbatre, et dient que, se il le conquiert, c'onques més à chevalier
n'avint si bele aventure. Il ont oï la messe ainçois qu'il s'an partist
et i firent riches offrandes por lui en l'anor del Sauvéor et de sa
douce mère. La damoisele s'an vet avant, qui savoit le leu où li
maus chevaliers repeiroit. Il chevauchent tant qu'il vindrent en
Fille des Oliphanz. Li chevaliers estoit descendra desouz un olivier
et avoit tantost ocis IIII chevaliers qui estoient del chastel la réine
au cescle d'or. Ele estoit aus fenestres de son chastel et vit ces che-
valiers morz dont ele feisoit mout grant deul. < Ha, Diex, fet-ele,
verrai-je jà mès nul home qui me puisse vengier de cést maufeitour
qui ocit mes homes et destruit ma terre en tel manière? » Ele se
regarde et voit venir Perceval et la damoisele. c Sire chevaliers,
se vos n'avez force et aïe et valor en vos plus qu'an IIII chevaliers,
n'aprochiez mie de cest déable, et, se vos santez que vos puissiez
rendre estor par si que vos lé puissiez conquerra et veincre, je
vos donrai le cescle d'or qui çà dedanz est et tendrai la loi qui
novelement est establie. Car je voi bien à vostre escu que vos estes
— 199 —
crestiens; et, se vos le povez conquerre, dont à primes devrai-je
bien savoir que la vostre loi vaust mieuz que la nostre ne fet, et
que Diex nasqui de la virge. »
# Jerceval est mout joieus de ce qu'il li ot dire ; il se seigne
et bénéit et coumande à Dieu et à sa douce mère, et anaprist d'ire
et de hardemant autresint conme lions. Il voit le chevalier au
Dragon monté, il l'esgarde à merveilles, por ce qu'il estoit si granz
c'onques mès n'avoit véu home de si grant corssage. Il vit Pescu à
son col qui mout estoit noirs et granz et hideus ; il voit la teste
del dragon enmi, qui giète feu et flanbe à mout grant planté, si
leide et si hideuse et si orrible que toute la chanpaigne en puoit.
La damoisele se trait vers le chastel et vers le chevalier en litière,
vers la chanpaigne.
ire, fet-ele à Perceval, en ceste pleinne terre fu li fiuz
vostre oncle fccis et je le vos lès ici, car je l'ai assez mené. Or le
vengiez au mieuz que vos porrez ; je le vos rant et bail ; car je en
ai tant fet que je n'an doi estre blâmée. » Ele s'an part atant. Li
chevaliers au Dragon s'an part et voit Perceval venir fout sol ; si
en ot grant despit; il ne daigna prandre son glaive, ainz s'an vet
vers lui l'espée traite, qui mout estoit grant et vermeille conme
charbons. Perceval le voit venir et vet vers lui, le glaive aloignié,
quanque li chevaus peut rendre, et le cuida férir parmi le piz. Mès
li chevaliers giète son escu encontre, et la flanbe qui ist del dragon
li bruist la hante jusqu'ès poinz. Et li chevaliers le fiert amont el
hiaume; mès Perceval se ceuvre de son escu en qui il ot mout
grant fience que l'espée au chevalier anemi ne le peut enpirier.
Josephus nos tesmoigne que Joseph d'Abarimacie ot fet sééler en
la boucle de l'escu del sanc Nostre Seignor et de son vestement.
Vouant cil vit qu'il n'avoit doumachié Perceval de l'escu, si
s'an merveille mout; quar onques mès n'avoit féru chevalier qu'il
ne li donast le cop mortel. Il torne le chief du Dragon vers l'escu
Perceval, et le cuida ardoir et enflanber, mès la flanbe, qui du
chief del dragon issi, resorti arrières aussint conme par vent, ne n'i
— 200 —
peut aprochier. Li chevaliers s'an aïre moût et passe outra et vient
à la litière del chevalier mort et tome son escu cele part et le chief
del dragon ; il bruit et art tout en poudre le cors del chevalier et
des chevaus. « De cestui enterrer, fet-il à Perceval , estes vos
quites. » — « Certes, fet Perceval, vos dites voir, si m'en poise
mout; mès je l'amenderai, se Dieu plest. >
JJa damoisele qui le chevalier avoit amené estoit aus fenes-
tres del palès, lez la réine; ele s'escrie : « Perceval, biau sire, fet
la damoisele, or est la honte greigdre et li do u mâches greignors,
se vos ne l'amendez. » Perceval est mout dolanz de son cousin qui
* touz est arz en cendre, et voit le chevalier qui porte le déable avec
lui, si ne set conment il s'an puist vengier. U li vient, l'espée traite,
et li done grant cop sor son esçu, si qu'il li faust très c'u mileu
là où la teste del dragon estoit, et la flanbe saust si ardant en
l'espée, si enronga et enflanba autresint conme l'espée au chevalier
estoit. Et la damoisele li escrie : c Or est vostre espée à la seue
de force sanblable; or verra l'en que vos feroiz. L'en m'a dit par
vérité que li chevaliers ne peut estre conquis que par un sol et par
un cop ; mès je ne sai dire conment ce est, ce poise-moi. > Perceval
esgarde, si voit c'espée qui estoit enflanbée de feu, si s'an merveille
mout. Il fiert le chevalier si très durement que il le fet enbrun-
chier la teste sor l'arçon de la sele devant. Li chevaliers se redresce,
mout iriez, de ce qu'il ne le peut maumestre ; il le fiert de l'espée
si grant cop qu'il li faussa le hauberc et sor la destre espaule, si
qu'il li tranche la char et ardi très qu'à l'os; à retraire son cop le
conssuivi Perceval, si le féri de si très grant vigor qu'il li trancha
le poing atout l'espée. Li chevaliers gîta un grant bret, et la réine
si en fu mout joiant. Li chevaliers ne fist mie senblant que il fust
encor conquis, ainz revient vers Perceval mout grant aléure et
relance sa flanbe desor son escu; mès ce ne li vaust noient, car il
ncl peut enpirier. Perceval voit la teste del dragon, qui mout estoit
grant et large et orrible, et avise de l'espée, si la boute el palez là
dedanz au plus droit qu'il onques peut; et la teste del dragon
giète un si grant cri que toute la forest et la chanpoigne en retentit
jusqu'à II lieues galesches.
— 201 —
lia teste del dragon se tome vers son seignor, par grant
air, et l'art et bruit tout en poudre, et après si s'an part vers le
ciel ausint conme foudre. La rèine rient à Perceval et tuit cil che-
valier; si voient qu'il est mout bléciez en la destre espaule. Et la
damoisele li dist que il n'iert jà gariz se il n'i met de la poudre
del chevalier qui morz est. Et il le moinnpnt amont el chastel à
Août grant joie; puis le font désarmer et laver sa plaie por garir
et por mestre sor la plaie de la poudre del chevalier qui morz
estoit, por avoir garison. Ele fet mender tous les chevaliers de sa
terre : « Seignors, fet-ele, vez-ci le chevalier qui ma terre m'a
sauvée et garenti vos vies. Vos savez bien qu'il fu prophétisié que
li chevaliers au chief d'or vendront et que par celui seriez- vos
sauvez. Et vez-le-ci qu'il est venuz. La prophécie ne peut estre
[desconéue]. Je veil que vos façoiz son conmandement. » Et il
dient que si feront-il mout volentiers. Ele le moigne là où li cescles
d'or estoit; ele méime li met en son chief; après aporte c'espée, si
li baille, dont il avoit ocis le jaiant déable et le déable qu'il portoit
et le chevalier qui le portoit en son escu.
c Sire, fet-ele, tuit cil qui ne voudront aler au bauptesme et
croire la vostre nouvele loi soient ocis par vostre espée, et je vos
en faz le don. » Ele méimes se fist tout avent lever et baptissier et
tuit li autre après. Josephus nos recorde qu'ele ot à non en droit
basptesme Elysa, et mena bone vie et mout seinte, et mourut virge;
encores gist ses cors el réaume d'Ulande où il est mout honorez.
Perceval fu dedanz le chastel tant qu'il fu gariz. Les noveles
s'espendirent par les terres que li chevaliers au Gescle d'or avoit
ocis le chevalier au Dragon ; la joie en fu grant partout. Il fu séu
à la cort le roi Artus ; mès il se mcrveillèrent mout de ce que l'en
disoit que li chevaliers au Gescle d'or l'avoit ocis, car il ne peuent
savoir qui li chevaliers au Cercle d'or estoit.
Quant Perceval fu gariz, si se parti del chastel la réine au
cercle d'or dont toute la terre fu en son conmandement. La réine li
dist qu'ele li garderait le cescle d'or très qu'à sa volenté, et il le
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leissa en itele manière ileques. Car il ne l'an vost pas porter
aveques lui; car il ne sa voit quel part il torneroit. Li estoires nos
raconte que il Tint un jor que il chevaucha tant que il vint jusques
au chastel de cuivre. Il avoit dedanz le chastel raout de gent qui
le cor de cuivre aouroient et qui ne créoient en autre Dieu. Li cors
de cuivre estoit enmi le chastel sor IIII coulonbes de cuivre et
bruioit si durement à toutes les heures del jor qu'il estoit oïz
d'une lieue tout environ, et avoit mauveiz esperiz dedanz qui lor
donnoient respons de quanque il onques vouloient demander.
A l'entrée de la porte del chastel avoit II homes fez par
l'art de nigromence, si tenoient deus gros maus de fer, si s'acou-
poient de fèrir li uns après l'autre, et féroient si très durement
qu'il n'est riens mortel el monde, qui péust passer parmi lor cox,
qui touz ne fust confonduz. Et li chastiax estoit d'autre part si
clos et si fermez environ que rien nule n'i povoit entrer.
Perceval esgarde la forteresce del chastel et l'entrée qui si
estoit périlleuse, si s'en merveille mout. 11 passe un pont qui
estoit dedanz l'antrée et aproche ceus qui la porte gardoient. Une
voiz conmança à huchier desus la porte, que il alast avent séure-
ment, que il ne ressoignast mie les homes de coivre qui la porte
gardoient, ne ne s'esfréast de lor cox; quar il n'a voient povoir de
mal feire si bon chevalier conme il estoit. Il se conforte mout en
ce que la voiz li dit ; il s'aproche des vileins de coivre, et il se Ur-
gent tantost de férir, et se tiennent les max de fer touz coiz ; et il
entre el chastel, là dedanz où il avoit grant planté de gent qui tuit
estoient mescréant et de foible créance. Il voit le cor d'ivoire,
enmi le chastel, mout grant et mout orrible, qui estoit avironnez
de toutes parz de genz qui l'aouroient environ tuit ensanble.
Li cors bruioit si très durement qu'à grant poigne povoit
Tan oïr riens dedanz le chastel se lui non. Perceval fu là dedanz,
mès onques n'i ot celui qui l'areignast; car il estoient si ententif à
aourer le corel, que qui les voussist ocirre endementres qu'il
l'aoufoient, si le soufrissent-il et cuidassent estre sauf, ne de tele
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créance n'avoit point en tout le monde. Il n'estoient mie coustu-
mîers là dedanz que il éussent armes, car l'antrée de la forteresce
estoit si grant que nus n'i povoit entrer outre lor volenté ne outre
lor conmandement, se par le pleisir de Damedieu ne fust. Et li
x déables qui dëcéuz les a voit, en qui il crêoient, lor donoit si
grant abondance là dedanz de toute la riens que il désirroient que
il n'estoit riens el monde qui lor faussist. Quant vit qu'il ne l'are-
sonnoient mie, il se met d'une part vers une grant sale, si les
apela environ lui. Li plusor i vindrent et li auquant n'i vindrent
mie. La voiz li huche que il les face touz passer parmi l'antrée de
la porte là où il mail de fer sont, car là porra-il bien esprouver
liquel voudront Dieu croire et liquel non. Li Bons Chevaliers trait
l'espée, si les avironne touz et les fet aler devant lui communé-
ment, quel gré que il en oient. Et cil qui n'i vostrent aler débo-
neirement et volentiers, il péust estre séurs de recevoir la mort. Il
les fet passer parmi l'antrée, là où li vilein de coivre féroient des
maus de fer granz cox. De mil et V cenz que il estoient, n'an furent
gariz que XIII, que il ne fussent tuit ocis et escervelez des maus
de fer. Mès li XIII orent aliée lor créance fermement à Nostre
Seignor, icil n'orent garde.
JUi mauveis esperiz qui estoit ès cor de coivre si s'an oissi
fors ausint conme se ce fust foudre del ciel, et li cors de coivre
fondi tout en un mont, si que onques riens n'i demoura. Puis,
mandèrent li XIII qui furent demouré un hermite en la forest, si
se firent lever et bauptizier ; après, pristrent les cors des mes-
créanz et les firent geter en une ève que l'an apèle flun d'enfer.
Cele ève corten la mer, ce dient li plusor qui l'ont véue, et, là où
ele c'espent en la mer, ele en est plus laide et plus orrible; car à
poignes i peut nef passer qu'ele ne soit périe.
J osephus nos raconte que li hermites qui les XIII bauptiza
ot non Denises et li chastiax ot non li chastiax de l'Essai. Il furent
loianz tant que la novele loi fu asséurée par touz les rcaumes et
&éue, et menèrent mout bonne vie et mout sainte. Ne onques nus
ne pouist entrer aveques eus là dedanz qu'il ne fust ocis et detran-
— 204 —
chiez se il ne crut fermement en Dieu. Quant li XIII qui el cbastel
furent bauptiziez s'an oissirent del chastel fors, si s'espendirent
de toutes parz par les estranges forez, si firent hermitajes et édi-
fiemanz, et mistrent lor cors à essil, por la fausse loi qu'il avoient
maintenue et por conquerre l'amor au Sauvéor del monde.
Xerceval, si conme vos poez oïr, estoit sodoiers Notre Sei-
gnor, et bien li monstroit Diex qu'il anmoit sa chevalerie; car li
Bons Chevaliers en avoit èu mainte poigne et maint traval, et
mout li pleissoit. II fu venuz, un jor, chiez le roi hermite, qui
mout le désirroit à véoir ; il fist mout grant joie de lui quant il le
vit et mout en fu liez en son courage. Perceval li conte toutes les
greignors aventures qui avenues li sont par plusors foiz en mainz
leus, puis que il se départi de lui ; et li rois hennîtes se merveille
mout des plusors. < Oncles, fet Perceval, je me merveil mout
d'une aventure qui m'avint à l'issue d'une forest, car je vi une
petite beste blanche que je trouvai en la lande de la forest, et avoit
XII chaiaus en son ventre, qui abaioient et glalissoient durement
dedanz lui; en la fin, s'an oissirent et l'ocistrent-il dcjouste la croîz
qui estoit à l'oissue de la forest; mès onques ne goustèrent de la
char. I chevaliers et une damoisele, dont li uns estoit au chief de
la lande et li autres à l'autre, s'an vindrent là et pristrent la char
et le sanc, si le mistrent en II veissiax d'or. Et li chien, qui de lui
naquirent, s'anfouirent en la forest. » — < Biau niés, fet li her-
mites, je sai bien que Diex vos ainme quant tex choses s'apérent à
vos, par sa valor et par la vostre et por vostre chastéé qui en vostre
cors est. La beste, qui douce et sinple et débonaire et douce estoit,
sénéfie Nostre Seignor Jhesu-Crist, et li XII chien qui dedens lui
glastissoient sénéfient les genz de la vielle loi, que Diex cria et fist
en sa senblance, et, quant il les ot fez et criez, il vost esprouver
conbien il Pamoient; il les mist XL anz el désert où onques dras
ne lor porri, et il lor envéoit |a mainne del ciel qui lor servoit
quanqu'il vouloient boivre ne mangier, et estoieut sanz mal et sanz
ennui et sanz desheitement, et avoient tel joie et tel déduit conme
il vouloient; et tindrent un jor lor conssille et distrent li mestres»
d'eus que, se Diex se correçoit à eus et il lor toloit cele mainne, il
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n'auroient que mangier, et tons lens n'i povoit-ele mie durer ; car
Diex lor envéoit à mout grant foison. Ildistrent qu'il en reponroient
une grant partie; car toutes voies, se Damediex se correçoit à eus,
il la repenroient et s'an porroient garir une grant pièce. Il
l'ostroièrent entr'eus et après firent ainssint conme il orent dit et
devisié entr'eus.
c JL/iex, qui tout voit et tout set, sot bien lor pansser. Il lor
relreit la mainne del ciel qui lor venoit à bandon, et il remestrent
ès cavées desouz terre, si i cuidèrent trouver cele mainne que il
avoient mise, mès ele fu muée, par la volenté de Dieu, en laisardes
et en conleuvres et en ver et en verminne, et, quant il virent qu'il
orent mesfet, si s'espandirent par les estranges terres. Biau douz
niés, fet li hermites,cil XII chien, qui la beste abaioient, se sont li
juif que Diex avoit norriz et qui naquirent en la loi qu'il establi,
ne onques ne le voslrent croire. ne amer, ainz le crucefièrent et
dépecièrent son cors aus plus vileinement qu'il porent ; mès il ne
porent ameurir la char. Li chevaliers et la damoisele qui mistrent
les pièces de la char ès veissiax d'or sénéfie la deintié del père qui
ne vost que la char fust amènuisiée. Li chien s'anfouirent ptfr la
forest et devintrent sauvache quant il orent la beste dépeciée ; se
sont li juif qui sauvages ièrent et seront toujorz sougiez à ceus de
la nouvele loi d'ore en avant. »
iaus oncles, fet Perceval, il est bien droiz et raisons que
il aient honte et ennui et mal gerredon, puisqu'il ocistrent celui et
crucefièrent, qui les avoit criez et fez et daigna nestre conme hons
en lor loi. Mès dui provoire#vindrent après, si beissa li uns la
croiz et aoura mout de cuer et fist mout grant joie de lui, et li
austres l'an départoit à force et la batoit d'unes granz verges et
ploroit mout durement et feisoit le greignor deul del monde. À
celui me fussé-je correciez mout durement et volentiers, se il ne
me sanblast estre prouvoires. > — « Biaus niés, fet li hermites,
autresint bien créoit Dieu celui qui la batoit conme cil qui
Taouroit, por ce que la seinte char au Sauvéor del monde i fu
mise, qui la mort ne vost eschiver. Il rioit et menoit grant joie por
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ce qu'il racheta ces anmis des poignes d'ampfer, qui à loujors mès
i fussent, et por ce menoit-il la greignor joie, que il connoissoit
qu'il fu Diex et ons, en sa créance permanablement, et qui ce n'aura
en remanbrance il ne croira jà bien. Biau niés, li autres prestres
batoit la croiz et ploroit la très grant engoisse et la très grant
mesaise et la doulor que Damediex i soufri; car l'angoisse fu si
granz que la pierre en fandi, ne il n'est bouche d'orne qui nos séust
descouvrir la doulor que il santi en la croiz. Et por ce la batoit-il
et lesdangoit, que il i fu crucefiez, autresint conme je herroie un
glaive et une espée qui vos auroit mort. Il ne le feisoit por autre
chose, ne mès toutes les oures qu'il li souvenoit de la doulor que
Diex i soffri, si vient à la croiz en tel manière conme vos véistes.
Il sont hermites enmedui et mainnent en la forest ; si a non Jonas
cil qui la croiz beisoit et aouroit, et cil qui la batoit et lesdan joit a
non Âliexes. »
Perceval ot volentiers ce que ces oncles li dit et recorde; il
li conte conment il se conbati au chevalier anemi, qui le chief del
dragon portoit en son escu qui gitoit feu et flanbe, et conment li
dragon ardi son seignor en la fin. « Biau niés, fet li hermites, je
sui moût liez de ces nouveles que vos me dites, car Tan m'avoit
fet entendant que li chevaliers au Cercle d'or l'avoit ocis. » —
c Sire, fet Perceval, il peut bien estre, mès je ne vt onques si grant
chevalier ne si orrible. » — « Biau niés, nus ne le povoit con-
querre se li Bons Chevaliers non ; car touz les plus preudomes cou-
vient-il conbatre au déable, ne jà cil n'iert preudons qui ne s'i
conbatra. Et, tout aussint conme li déable, qui en l'escu estoit
escriz, ocist et ardit son seignor, tonnante li uns déables l'autre
et maumet en l'autre siècle ; et plus ne vos pot feire de mal li
chevaliers au déable que ardoir le cors au fil vostre oncle que il
avoit mort, ainsinl conme je ai oï conter. H ot povoir el cors, mès
en l'âme ardoir n'ot il povoir, se Dieu plest. » — < Biaus oncles,
fet Perceval, je i alai par I chastel tornoient, où il avoit archières
de coivre qui traoient, et ours et lions enchaennez, à l'entrée de la
porte. Tantost conme je aprochai et je i féri de m'espée, si s'areata
li chastiax. » — « Biaus niés, fet li rois hermites, plus n'avoit li
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déables de defors que cest chaste] ; c'estoit l'antrée de sa Ibrteresce,
ne jà mès cil de laianz ne fussent converti se vos n'i fussiez. » —
« Sire, fet-il, jesui moût dolanz de monseignor Gauvain et de Lan-
celot, car je anmasse mout lor conpaignie et si m'eussent-il éu
mestier. » — c Biaus niés, se il fussent aussint chastes conme vos
estes, il i péussent bien entrer por lor bonne chevalerie. Car il
sont li dui meillor chevalier del monde, se il ne fussent luxurieus.
c Biaus niés, vos avez el tens de vostre chevalerie mout
avenciée la loi aus Sauvéor ; car vos avez destruite la plus fausse
créance qui fust el monde, quar c'èrent cil qui créoient el cor de
coivre et u déable qui dedanz estoit. Se cele gent fust demourée et
il fust défailli en vos, jà mès ne fussent destruit jusqu*an la fia
del siècle. Si ne vos en merveilliez-vos mie se vos avez travail por
Dieu servir; mès endurez-le voulentiers; car onques nus preudons
n'ot honor sans poigne. Mès ores vos couvient achever une autre
afeire : Tuit cil de la terre le roi Peschéor, vostre oncle, ont gerpie
la nouvele loi et sont repeirié à cele que Diex desfandi ; mès li
plusor le font plus por la force et por la péour del roi, qui la terre
a seisie, qui mes frères est et vostre oncles, que il ne font por autre
chose. Si vos i couvendra mestre conseil ; car ceste chose ne peut
estre achevée, se par vos non, par nul home terrien; car li chas-
tiax et la terre si doit estre vostre et c'est mout grant doumache
quant cil, qui est estreiz de si haute ligniée et de si seintime, est
traîtres Dieu et desloiaus aus siècle.
« Biau niés, fet li preudons, li chastiax est mout enferriez,
car il a jà IX ponz nouvelement/ez et à chaucun si a III chevaliers,
granz et fors et hardiz, où il a mout de desfanz, et vostre oncles
est là dedanz qui le chastel garde. Mès onques puis, nus des che-
valiers le roi Peschéor ne des prouvoires ne s'i aparut; ne ne set
Tan qu'il sont devenuz. La chapele où li seintimes Graaus s'aparut
est toute vuidiée des seintes reliques; li hermites qui sont par la
forest désirent vostre venue, car il n'i voient mès chevalier tres-
passer qui en Dieu croie. Et, se vos aviez achevé cest afeire, c'est
une chose dont Diex vos saurait bon gré. »
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iaus oncles, fet Perce val, je i irai, puisque vos le me loez ;
car il n'est mie raissons que cil ait le chastel qui antrez i est ; mieuz
le doit ma mère avoir, qui fu ainznée après le roi Peschéor, de
qui mort je sui moult dolanz. » — c Biau niés, vos avez droit,
car il chéi en langor par vos, et, se vos i fussiez puis alez, ce
dient li plusor, il fust puis gariz ; mès je ne le sai mie certeinne-
ment. Mès je cuit que Damediex vost ainsinl sa langor et sa mort ;
car, se sa volenté i fust, vos éussiez feite la demande; mès il ne le
vost ainsinl, si Tan devons gracier et aourer de quanque il fet ; car
il a porvéu à chaucun quanque à venir li est. Je ai çoians une mule
blanche qui mout est encienne; biau niés, vos l'amenroiz avec vos,
elle vos suivra mout volentiers, et si porterez un fanon, car la force
de Dieu et la vertu si vaust mieuz de la vostre. XXVII chevalier
gardent les IX ponz, tuit eslit et esprouvé de grant hardement, et
ore ne doit nus croire que uns chevaliers n'en puist tant conquerre,
se le miracle Nostre Seignor et sa vertuz n'i ouvroit. Si vos pri et
requier que vos aiez toujors en remanbrance Dieu et sa très douce
mère; et, quant vos seroiz grevez de vostre chevalerie, montez
desor la mule et prenez le fanon, si perdront vostre anemi ausques
de lor force; car nule chose ne confont si tost chose anémie conme
fet la vertu et la poissance de Dieu. II est bien chose séue que vos
estes li mieudres chevaliers del monde; mès n'aiez mie fience en
vostre force ne en vostre chevalerie encontre tant de chevaliers,
car vos n'i porriez durer. »
X erceval ot son oncle et son chastiement, si retient mout
bien quanque il li dit, et mout li plest, car il a mout grant fiance en
ces paroles, c Biau niés, fet li hermites, il a II lions à l'entrée de la
porte, si est li uns rouges et li autres blans. £1 blanc aiez fiance,
car il est de par Dieu, et si l'esgardez toutes les foiz que vostre
force lassera, et il vos esgardera aussint, si auroiz sa penssée tan-
tost, par la volenté et par le pleissir de Nostre Seignor. Si feites ce
que vos verrez en lui , car il ne penssera se bien non, por vos
aidier, ne autrement ne povez-vos venir à chief de conquerre les
IX ponz que li XXVII chevalier [gardent]. Et Damediex le vos
209 —
lest en tel point conquerre que vos puissiez vostre cors sauver et
la loi Nostre Seignor avencier, que vostre oncles a desavenciée à
son pooir. »
1 erceval se part de l'ermitage, si enporte le fanon, par le
conseil de son oncle, et la blanche mule le suit après. Il s'an vet
vers la terre qui fu le roi Peschéor et treuve un hermite qui estoit
forz oissuz de son hermitage, si s'an aloit grant aléure en la forest.
11 s'areste tantost conme il vit la croiz en l'escu Perceval. c Sire,
fel-il, je sai bien que vos estes crestiens, dont je ne vi mès nul,
grant pièce a. Car li rois del chastel Mortel nos enchace de cesle
forest, car il a Dieu renoié et sa douce mère, si n'i osons demourer
sor sa desfansse. » — c Par ma foi, fet Perceval, si feroiz, car
Dieu; vos conduira avant et je après. A-il plus d'ermites en ceste
forest? » fet Perceval. c Sire, oïl, il en i a XII qui m'atendent à
une croiz, çà devant, et volons aler el réaume de Logres et mestre
nos cors à essil por Dieu, et gerpir nos édéfiz et nos chapeles de
ceste forest, por la doutance de cest félon roi qui la terre a saisie ;
car il ne veust que nus qui en Dieu croie i remaigne. »
JL erceval est venuz aveques Termite à la croiz là ou li preu-
dome s asanbloient ; il treuve Joseu, le jeune home qui fiuz estoit
le roi Pelles, dont il fet mout grant joie, el il fet retorner les
ermites arrières aveques lui et dit qu'il les desfendra et garantira,
à l'aide de Dieu, el réaume, et lor prie mout doucement que il
facent 1 por lui proière envers nostre seignor qui li consante à con-
querre 2 ce que sien doit estre. Il est venuz fors de la forest et les
bernâtes 3 aveques lui ; il aproche del chastel * où li desfanz estoit
granz à l'antrée. Li auquant des chevaliers savoient*» bien que
Perceval lés 6 conqueroit, car il estoit prophétie pieça que cil qui
tel escu portoit 7 auroit povoir sor celui qui Dieu renoieroit 8.
i Ici commence le second fragment et dernier feuillet dn Ils. de Berne dont nous allons
donner les principales variantes. — * Que il li consante i recovrer. — 8 Li hermile. —
* Le chastel an roi Peschéor. — 5 Li aj quant sa?oient. — « Le. — 7 Porleroit. — • Con-
qoerroit le Graal sor celui qui Dieu YendoiL
14
Iii chevalier virent venir Perceval et la route des hermites
ensanble o lai *, qui moût estoit bele à regarder; si s'an mervetl-
lièrent mout. Il avoit, à II archiées en sus del pont, une chapele *
autresint feite conme cele qui estoit à Kamaalot où il avoit un sar-
queil, et ne savoit Tan qu'il avoit de'danz 2. Perceval s'areste et sa
conpaignie, il apuie son escu et son glaive à la chapele, puis areigne
son cheval et sa mule. Il esgarde le sarqueil 3, qui mout estoit
biax, et li sarqueuz s'euvre * tantost et desjoint, et la pierre hauce
si que Tan pot là dedanz véoir un chevalier qui i gisoit 5,dont une
odour issoit si douce et si savoreuse 6 que il fu avis aus preu-
dommes qui l'esgardoient que il fussent tuit enbaumé 7. Il trou-
vèrent unes lettres qui tesmoignent que cil chevaliers ot non
Josephus *. Tantost conme li hermite virent le sarqueil couvert,
il distrait à Perceval : c Sire 9, ores à primes savons-nos bien
que vos estes li Bons Chevaliers, li chastes et li seintimes. Li che-
valier qui le pont gardoient 10 sorent 11 que li sarqueuz estoit
ouverz ancontre le chevalier; adonc furent-il en greignor esmai et
sorent bien que* ce fu cil qui premièrement fu au Graal. Les nou-
veles en vindrent au roi qui le chaste! estoit **; il dist à ces cheva-
liers qu'il ne c'esfréassent mie por I sol chevalier; quar il n'auroit
jà force ne povoir encontre eus 13, ne onques n'avint que uns sos u
chevaliers en péust 15 tant conquerre.
Perceval fu armez desor son cheval ; li hermite le seignent
et bénéissent et le conmandent à Dieu. Et 16 tint son glaive enpoi-
gnié et vient vers les III chevaliers qui gardoient le premier pont.
Il s'esleissièrent à lui 17 tout à I fès et brisent lor glaives sor son
escu. Il en fiert un, de si grant aïr que il le fet chéoir en la
rivière qui desouz le pont cort **, et lui et le cheval. De* celui fu il
» ÀT6C lai. — * Et il oe saroit on qne dedans aroit.-r 8 Sarqaen. — « En?re.— * Si que
la pierre hanca tant qne l'an pot réoir on cheralier qoi dedans gisoit — • Sues. —
* Enbassemé. — » Joseph. — • Le sarqnen onrert : « Sire» fonUil i Percerai. — to Gar-
doient del cnastel. — 11 Sorent les noreles. — » Tenoit. — « Els. — " Sois. — « Polst.
— w II. — » Il saisissent sor lni. — Qoi coroit dosons le pont.
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— 811 —
pès, quar la rivière estait grant et parfonde et roide. Li autre
tindrent à lui moût longuement tençon, aus espées tranchanz 1 ;
mès il les conquist et detrancha et gita les cors en l'ève 2. Cil 3 del
secont pont vindrent avant, qui mout estoient bons chevaliers, et
li rendirent granz mellées * et mout félon estor. Joseph us, qui fiuz
fu son oncle, i estoit; il dist 5 aus austres hermiteS que il li iroit
mout volentiersaidier,se il n'i cuidoit avoir péchié,f t il dissent que
de ce 6 n'avoit il garde, ainz estoit 7 granz aumosnes des anemis
Nostre Seignor destruire. Il oste sa chape grise et demoura en sa
coste 8 et prcnt un de ceus qui à Perceval contendoient 9 et le
charge desus son col, puis le giète en la rivière, tout armé, et Per-
ceval ocist les austres II et les giète en la rivière tout autresint
conme li autre i0.
Vouant il ot les II ponz conquis, il fu mout las et mout
traveilliez, si s'apensse 11 del lion dont ces oncles li ot dite la
manière ; puis regarde vers l'entrée de la porte et voit le blanc
lion qui estoit touz droiz sor ces II piez derrière, por ce qu'il le
voloit véoir. Perceval le regarde entre les II euz mout apertement
et set que 12 li lions pensse, par la volenté de Dieu et par son
pleisir13, que li chevalier del tiers pont sont si hardiz et de si grant
force qu'il ne seront jà conquis par un chevalier se Damediex n'i
ouvroit par sa seinte bonté; mès voist prandre la mule et aportoit
le fanon 14 avec lui se il les veust conquerre. Perceval set la penssée
del blan lion, si en rant Dieu grâces 15, si se trait arrières, et Joseus
li jeunes hons ausint16. Si tost conme il regardèrent derierseus,
il virent *ï derriers eus le premier pont levé.
erceval vint là où la blanche mule estoit; estoit estelée **
* Et li antre dai tindrent moult longement eontens encontre loi ai espées. — * RiTière.
— « Et cil. — 4 Grant meslée. — » Et Joseus, qui fils de ion oncle estoit, diil, — • De eel
pécbié. — 1 Esterait. — » Si remeit en sa gonelle. — • Se conbatoient. — *• En Fesre tôt
aatreii. — 11 Lors sfapensa. — « Entre les deui oeli et set bien qoe, etc. — u Et par
son pleisir, manque A Berne. — 14 Sont si fort et li bardi et de si grant cner qu'il ne
osseat jà conquis se Diex n'i oTrast, mès or voist querre sa malle et si aport le fanon.—
si Si en ron* Dieu grâce*, manque. — " Et Joseos aotresi. — « Taotost conme il
orent eiloogé les pons, iis regardèrent denier els, si Tirent. — » Qui eit estelée.
— 212 —
enmi le front d'une croiz vermeille ; il monte desus et prant le
fanon et tient l'espée traite. Tantost conme li lions blans le vit
venir, il se deschaenne et cort errament au pont qui estoit levez,
très parmi les chevaliers 1 ; si l'abeissa au plus tost qu'il onques
pot 2. Li rois del Chastel Mortel estoit aus querniaus de la greignor
forteresce del ehastel 3, puis escrie aus chevaliers qui le pont gar-
doient : « Seigribrs, fet-il 4, vos estes li plus eslit chevalier de ma
terre et les plus hardiz ; mès ce n'est mie hardemanz de lever les
ponz por un soul chevalier que vos n'osez atendre cors à cors ;
dont il me sanble que c'est grant couardise, non hardement 5. Mès
li lions est plus hardiz que vos n'estes tuit, qui le pont a abeissié
par son hardemant. Quar or sai-je bien que, se je l'éusse mis au
premier pont garder, il l'éust mieuz gardé que cil qui par couar-
dise et par mauveistié se sont leissiez ocirre 6. »
xi.tant ez-vos Perceval venu desus la blanche mule, l'espée
traite, toute nue el poing, et vient vers ceuz del tierz pont 7 et en
fiert l'un 8 si durement qu'il Fagravente en l'ève 9. Joseus li her-
mites vint avant et vost les austres 11 saisir ; mès il crient merciz
à Perceval 10 et dient que il seront à sa volenté del tout, si croiront
Dieu et sa douce mère et relanquiront lor mauveis seignor. Et cil
del quart pont dient tout autresint. Il les lest vivre en tel manière
par le conseil de Joseu 11 ; et il gerpissent les armes el ostroient les
ponz tout à sa volenté 12. Perceval se porpensse en lui méimes que
la vertu de Dieu a mout grant povoir ; mès chevaliers qui force et
povoir a en lui doit bien esprouver son povoir por lui 15. Car de ce
que il fera et souferra pour lui, li saura Diex gré **. Quar, se
trestouz li mondes estoit encontre Damedieu et i méist chaucuns
» Parmi les cheTaliers al pont qui letés estoit. — * Et rabaisse errammeot. — « As
keroéaiis 4el chastel. — * Seignor s, fet-il, manque.— * Dont tl me ianbie, etc., celle
flo de phrase manque. — 9 liés li lions est pins hardis que ros toit, qui le pont a rebaissé.
Se je l'éasse mis al premerain pont, il éast mielx gardé rentrée qne cil que se snnt laissé
oeire.— 7 A tant est Tenus Perce?ax l'espée empoignée, sor la blanche mole, à cels del tiere
pont. — • Le premier. — • CraTenté en Paigoe. — «e Merci et loi et P. — « Percerai —
" Les armes ontre les pont. — 18 Espronrer son cors por Dieu et la ?alor de son cuer. —
14 Car de ce que il fera por Dieu, U saura Dex gré.
— 813 —
endroit soi tout son povoir et toute sa force, si les conquèroit-il en
une boure de jor *. Mès il veust que Fan se travaust pour lui, autre-
sint conme il soffri travail por le peuple 2.
JLerceval revient arrières et descent de la blanche mule et
baille à Joseu le fanon ; puis remonte sor son destrier 3 et revient à
ceus del quint pont, et cil se desfandent par grant vigor, qui hardi
chevalier estoient, et rendent grant meslée à Perce val. Joseus li
hennîtes i vient et les requiert par très grant vigor; mès, se
Damediex nu garantit, il l'auront * ocis et afolè. Mès il tenoit le
fanon, si les enbrace quant il les povoit tenir 5 et les esjlreignoit 6
si durement qu'il ne se povoient aidier. Perceval les ocit7 et
acravente et les fet trebuchier en Fève qui desouz le pont couroit
roide. Quant cil del siste pont virent que cil estoient conquis *,
dont alèrent crier 9 merci à Perceval, si se rendirent à lui, et li
baillèrent lor espées, et cil del sestième pont aussint. Quant li
vermeuz 10 lions vit que li sestièmes ponz estoit conquis, et que li
chevalier des deus ponz c'estoient randu à Perceval, il sailli sus 11
par si très grant aïr 12 et aloingna sa cheanne, autresint conme se
il fust enragiez 13. Il vint à l'un des chevaliers, si le déyora etocist,
et li blans lions s'en aïra, si cort sus à l'autre lion, si le despièce
tout aus ongles
Xantost après, se dresce sor les II piez derière, puis esgarde
Perceval et il lui. Perceval set bien que li lions pensse que li che-
valier del darrien pont sont plus mal *5 à conquerre que li autre,
se il ne sont conquis par la volenté de Dieu et par lui qui lions
est 16. Ne onques nés requière au fanon por santé que il oit, car*7
il sont traïtor ; mès voist monter desor la mule blanche, carele est
i Car, 86 tuit cil del monde estoient encontre Dieu et encontre sa volenté, si les con-
querroilil en uneeure.— 1 Por son peule.— « Ces cinq derniers mots manquent. —
s Se Jbésus ne le garandésist, il récusent. - « Y pooit avenir. — « Ces trois derniers
mots manquent. — 7 Ocloit, etc. — • Que cil del qniot pont drent ocis et conquis. —
» Si crièrent merci. — *• Rouges. — " Sailli. — m Vigor. — « Ces six derniers mots
manquent. — 14 As ongles et as dens. — 15 Plus méaisié. — *• Berne ajoute ici : Il ne
seront ja désirait. — 17 Ne onques ne reçoive à sa merci por seurté que il-tacent, quar, etc.
— 914 -
de par JHeu *, et Joseus aportoit*le fanon, et tuit li hermite
veignent ayant, qui preodome sont et de bonne vie, por le traïtor
roi esmaier ; si aprochera sa fin et la conqueste del chastel 3. Per-
ceval a grant fience en la pensée * del lion; il descendi de son des-
trier et remonta desus la mule blanche, et Josens tint le fanon.
La conpaignie 4e9 XII hermites i estoit, qui mout iert bele et
seintime 5. Il aprochièrent le chastel. Li chevalier qui estaient au
darrien pont virent Perceval venir vers eus et Joséum Termite qui
le fanon tenoit, à qui il avoient véu lor austres conpaignoos si
destreindre et maumestre 6.
Jja vertu Nostre Seignor et la dignité del fanon et la bonté
de la mule blanche et la seinté des bons hermites qui feisoient
lour oroisons envers Nostre Seignor, pleissa si les chevaliers qu'il7
n'orent povoir d'eus méimes ; mès la traïson ne lor pot oissir des
cuers, et si estoient mout dolanz de lor paranz 8 qu'il avoient véu
ocirre devant eus. Il se penssérent que, s'il povoient eschaper por
merci d'ilec, qu'il ne finneroient jà més si auroient Perceval ocis.
Il viennent encontre lui, si li crient merci mout très doucement
par sanblant, et li dient que il feront sa volenté 9, mès qu'il les en
lest partir sainz et en vie. Perceval regarde le lion por savoir que
il fera; il voit que li lions pensse que il sont traïtor 10 et desloial et
que, se il estoient destruit et mort, li rois qui el chastel estoit
auroit perdue sa force, et, s'il lor court sus, il lor aidera à ocirre.
Perceval dit aus chevaliers qu'il n'aura jà merci d'eus, il lor cort
sus, l'espée traite, et mout li desplest qu'il ne se desfandent, si que
à poi 11 s'an faust qu'il ne les lest à ocirre, por ce qu'il ne treuve
en eus point de desfans. Mès li lions n'an a mie desdoing 12, ainz
lor cort sus et devoure et oeil; puis en giète les manbres et les
cors 13 en lève. Perceval l'aji lest bien couvenir 'et mout li plest de14
> Ele est bette de par Dieu. — * Aport. —« Berne ajoute ici : De toi ce li faisoit signe
li liont, fjuar parler ne pooit. — « Ce mot est emprunté an Ils. de Berne. Notre Ils. dit :
fience. — * Et lors i vindrent li seintime hermite. — « Berne ajoute ; Si s'esmaièrent
durement, qnar, etc. — 7 Plafcsa la force des chevaliers, car il» etc. — • Amis. — • Sa
▼olenté d'outre en outre. — ie Jtt il aparçoit al semblant del lion que il sont félon et tra-
hitor, ete. — « Petit. — Mès li lions ne pense pas ço. — 15 Les pièces et les membres. —
«4 Moult liplaist ce, etc.
- 315 -
ce que il li voit feire, ne onques mès ne vit besle que il péust tant
amer ne tant prissier.
JJi rois del Chastel Mortel estoit au qaerniax del mur, et
voit que si chevalier sont mort et que li lions aide à ocirre les
darriens; il se mist el plus haust leu des murs, puip hauça le pen
de son hauberc et tint c'espée toute nue, qui bien estoit tran-
chant 1 ; il s'an féri très parmi le cors et chéi tout contreval les
murs en Fève qui roide et parfonde estoit 2, si que Perceval le vit
et tuit li preudome hermite qui se merveillièrent del roi qui
c'esloit ocis en tel menière; mès il distrent selon l'escripture 3 que
la fin des mauveis homes devoit estre mauveise. Àutresint fu la fin
de cest roi dont je vos di. Josephus nos raconte que Pen ne, se
merveilloit pas * se il, entre trois frères ou en Hi qui germains
sont, [a] 5 I mauveis, et si est merveille , ce dit, quant un sol
mauveis n'anpire le sorplus des bons; car mauveistiési est dure6
et apre et souduisant, et déboneireté et sinplesce et humilité sont
en bonté. Quayns et Abel furent frère jermain, si traï 7 Cayns son
frère Abel ; Tune char ocist 8 l'autre et engingne 9. Mès ce est
granz dolors, ce dit Josephus, quant ces chars, qui une doivent
estre, se déçoivent par mauveistié et por souduire li uns l'autre *o.
Josephus nos recorde par cest mauveis roi qui si fu traitres et
soudaianz et si fu del lingnage le Bon Sodoier **. Icil Joseus fu,
ce nos tesmoigne l'escripture 12, ces oncles, et cil mauveis rois fu
frères le roi Peschéor germains et frères le bon roi Pelles qui
gerpie avoit sa terre por Dieu servir, et frères la Veve Dame qui
mère estoit Perceval, la plus loial qui onques fust en la Grant
Breteigne. Tout cil lignages fu el service Nostre Seignor, de le con-
mance de lor vie très qu'an la fin, fors cil mauveis rois qui fina
ainsint mauveisement conme vos oez.
i Tranchant et esmotae. — * Qui parfonde estoit mont. — » Selon le jugement de
l'escritore. — « Ne nan doit mès merreiller. — * J'ai ajouté ce verbe a d'après Berne. —
« Aguè*.— 1 Ocist. — • Traï. — • Ces deux derniers mots rffanquent. — 10 Et destrait
i noo l'antre. — « Berne ajoute : Joseph Abarimatie. — " Ces quatre derniers mots
manquent.
— 216 —
Vos avez oï que li rois, qui saisi avoit le chastel qui fu le
roi Peschéor, c'est ocis en tel manière, et furent li chevalier des-
confit. Perceval entra el chastel et li preudome hermite ensenble
avec lui. Il lor sanbla, quant il furent là dedanz entrez en la
mestre sale, que il oïssent chanter, en une chapele 1 qui là dedanz
estoit : Gloria in excelsis Deo 2, et loer Nostre Seignor très douce-
ment3. Il trouvèrent les sales mout bêles, et mout granz ornemenz
par dedanz Il trouvèrent la chapele ouverte où les seintes
reliques souloient estre. Li seint hermite furent là dedanz et firent
lor oroisons et prièrent le sauvéor del mont que il lor représantast
le seintime Graal hastivement et les seintes reliques qui laianz
souloient estre [por quoi il estoient] 5 reconforté.
Xii preudome furent là dedanz avec Perceval, dont il enma
mout la conpaignie. Joseph us nos tesmoigne que li jchevalier
encien furent de la mainnièe le roi Peschéor, et li prouvoire et les
damoiseles s'an partirent tantost conme li rois qui ocis se fu ot saissi
le chastel, car il ne vostrent estre à sa cort, et Damediex les garanti
de lui, et les fist aler en tel leu où il furent en sauvelé. Li sau-
vièrres del monde sot bien que 6 li fions Chevaliers ot le chastel
conquis, qui siens dut estre, par sa vigor; il i ranvoia 7 tous ceus
qui le roi Peschéor avoient servi 8. Perceval fist mout grant joie
d'eus quant il les vit, el eus de lui 9. Il sanbloient bien gent qui
venissent d'aucun leu où Damediex ou ses conmendemenz éust esté,
et si avoit-il 10.
Li hauz estoires nos tesmoigne que, quant la conquesle du
chastel fu feite, que li sauvierres del monde en fu joieus et mout
li plot. Li Graaus se rejjrésanta là dedanz en la chapele, et la
t En la chapele. — * Berne ajoute : Et Te Deum laudamus. — » Si très doucement
que moult lai fa baen à escouter. — * Et moalt riches et moult aornées gentemeot par
dedans. — « Les mots placés entre crochets sont empruntés au M*, de Berne. —
« Et quaut li salvères del mont rolt que, etc. — 7 II i retramist. — • Servi devant. —
• Quant il s'entrevirent. — *o Ces quatre derniers mots manquent.
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— 217 —
lance de quoi la poingte saigne, et l'espée de quoi seint Jehanz fa
décolez, que misires Gauvains conquist, et les autres seintes
reliques dont il i ot assez et à moût grant planté *. Quar Dame-
diex amoit mout le leu. Li hermite r'alèrent en lor hermitages par
les forez et servirent Nostre Seignor * ainssint conme il souloient.
Josephus demoura avec Perceval el chastel, tant conme il li plot,
mès li Bons Chevaliers recercha la terre là où la novele loi estoil
dégerpie et déleissiée à meintenir; il toli les vies3 à ceus qui
ne la vouloient maintenir et croire 4. Li païs f u «maintenuz par
lui et gardez, et la loi Nostre Seignor essauciée, par sa force
et par sa valor. Li provoire et li chevalier qui repeirié èrent
el chastel amèrent mout Perceval ; car ainz ne virent sa bonté
amenuisier, mès adès croissoit et mouteplioit sa valor et sa créance
en Dieu. Et il li monstrent la sépouture son oncle le roi Peschéor,
en la chapele devant l'autel. Li sarqueuz estoit riches et sépouture
chière et charchiée de pierres précieuses 5. Et tesmoignent li pro-
voire et li chevalier que, tantost conme li cors fu mis el sarqueus
et il s'an furent partiz, connurent 6 il la sépouture si riche conme
Tan la peut ore véoir, ne ne porent savoir qui mise Pi avoit, fors
le conmendement Nostre Seignor. Et li distrent que chaucune nuit
i avoit grant clarté autresint conme de chandeles, ne ne savoient
dont eles venoient fors que de Dieu7. Perceval ot conquis le
chastel par le conmant de Dieu. Li Graaus fu représantez en la
sainte chapele et les autres reliques, si conme vos oez. La mau-
vaise créance fu ostée del réaume et tuit furent raséuré en la
novele loi par la valor del bon chevalier.
1 Dont il i ot à grenl planté. — * Le salf éor. — » La, vie. — ' À cens qui ne votaient
croire la novele loi. — * Et la sepnltore estoit anornée ée pierres précieuses. — « Partit,
si trouvèrent en lor repairier la sépulture, etc. — * Fors que par la volonté de Dieu.
%
— 918 —
r se lest atant li contes * de Perceval, et revient
au roi Artus la matire veraie, ainsint conme
, Testoire le tesmoigne, qui en nul leu n'est cor-
ronpue se li latins ne se ment. Lî rois Artus iert à
Kardeuil par I jor de Pentecouste qui mout iert
biax 2 et clers, et avoit mout de chevaliers en la sale.
Li rois séoit au mengier et tuit li chevalier environ. Li rois esgarde
aus fenestres de la sale destre et senestre 3 et vit que dui rai de
souleil luisoient là dedanz et emploient * toute la sale de clarté. Il
s'an merveilla mout et envoia par defors la sale véoir que ce povoit
estre. L'en revint arrières, si li dist l'en que 5 dui rai de souleil
s'aparoient el ciel, li uns en Oriant, et li autres en Occidant. Il
s'en merveilla mout et pria à Nostre Seignor que il li leissa véoir 6
por quoi dui souleil s'aparoient en tel manière. Une voiz s'aparut
à une des fenestres, qui li dist : < Rois, ne vos en merveilliez mie,
se li dui souleil s'apèrenl el ciel, car Damediex en a bien le povoir,
et sachiez bien que ce est de la joie de la conqueste que li Bons
Chevaliers a feite, qui l'escu enporta de ça dedanz 7. Il a conquise
la (erre qui fu au bon roi Peschéor, sor le mauveis roi 8 qui la
bone créance en avoit ostée, por quoi li Graaus estoit esconssez.
Or si veust Diex que vos i ailloiz et que vos eslissiez les meillors
chevaliers de vostre cort, quar meillor pèlerinage ne povez-vos
feire ; et, quant vos en revendrait, vostre créance sera doublée, et
li peuples de la Grant Breteigne mieuz apris au servise le Sauvéor
maintenir9. »
* Mais ici m Uist li contes. — » Par nne Pentecoste; li jqn fa beans. — » A destre et i
senestre. — « Espanolent. — « Cil revin Jrent arrière et distrent que, etc.. — • Saroir. —
' De caieoi. — s Roi del ehastel mortel. — » Mieols prisiés et miels enseigniés al service
del sa?sor maintenir.
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— 219 —
JUa voiz s'an part atant et plest moût le roi ce qu'ele a dit. II
sist au mengier dejouste la réine. Atant ez-vos une damoisele qui
vient, de si grant biauté con nule plus *, et vestue mout richemept;
si aporle I coffre le plus riche que nus véist 2 onqnes, car il estoit
touz de fin or et chargiez de pierres précieuses 3 qui resplandis-
soient conme feu. Li coffres n'est4 mie granz; la damoisele le
tient entre ces mains. Quant ele fu descendue, si vint devant le
roi; ele le salue au plus bel qu'ele peut et la réine autresint.
Li rois li rendi son salu. « Sire, fet-ele, je sui venue à vostre
cort pbr ce qu'ele est la souvereinne de toutes les autres ;
si vos aport ici cest riche veissel 5 que vos véez ici, en pré-
sant, où il a 6 le chief d'un chevalier ; si ne peut mie ouvrir 7
le coffre, se cil non qui le chevalier ocist. Si vos pri et requier,
si conme vos estes li mieudres rois qui vive 8, que vos i metez
vostre main avant, et si feroiz après esprouver vos chevaliers, et,
se li douraaches 9 monte à vos ne à chevalier qui ça dedanz soit,
je vos prie que li chevaliers qui le coffre porra ouvrir là où li
chiés del chevalier gist 40, ait trièves 11 très qu'à XL jors, après ce
que vos seroiz revenuz del Graal. » — t Damoisele, fet lf rois,
conment saura l'en qui li chevaliers fu qui l'ocist12? » — « Sire,
fet-ele, bien ; les lestres i sont séélées *3 de celui qui l'ocist. » Li
rois ostroie à la damoisele sa volenté ainsint conme ele li a dit 44 ;
il a recéu le coffre, puis la fet asseoir au mengier et mout riche-
ment honorer.
vouant li rois ot mangié, la damoisele vint devant lui. « Sire, '
fet-ele, feites ap rester vos chevaliers, de ce que vos m'avez ostroié,
et vos roéimes tout avant. » — < Damoisele, fet li rois, mout
▼dentiers. » Il mist sa main au coffre, si le cuide ouvrir; mès il
t Ces trois derniers mois manquent."* Que toi Taistes.— « Il ettoit d'or fin et
aiiriés de riches pie/res précieuses. — « N'eitoit. — « Un moult riche veissel. — 6 Et ci
a dedeos.— * Mais nus ne poroit ouvrir.-— s Li mieldres rois del moot. — » Li domages
ne li haines. — " B. ajoute: que cil qui Ta ocist. — " Respit. — » Ces deux derniers
mot* manquent. — »* De son non et de celui qui i'ocist. — «« ksi eom aie li a demandé.
%
A.
— 220
nefust mie droiz qu'il ouvrist por lai Conme il i mist la main,
li coffres tressua tout autresint conme se il fust tooz moilliez (fève
et arousez de toutes parz 2. Li rois s'an merveilla mout, si i fist3
monseignor Gauvain mestre la main, et Lancelot et à touz ceus de
la côrt ; mès n'i ot celui qui le péust ouvrir. Misires Kex, li senes-
ehaus, ot servi au mengier, il oi dire que li rois et tuit li autre
s'estoient esprovez au coffre4, si ne le povoient ovrir; il i est
venuz, tous dessemons. « Or çà, Keu, fet li rois, je vos avoie
oublié. • — c Par mon chief, fet Kex, vos ne me déussiez pas %
oublier. Car autresint bons chevaliers sui-je et d'autresint grant
valor conme cil que vos apelastes avant et vos ne déussiez pas
avoir déloié 6 à moi mender ; vos avez touz les autres mendez 7 et
moi noiant 8, et autresint sui-je puissanz ou doi estre 9 del coffre
ouvrir conme il sont : car envers autretant de chevaliers [me sui-je
desfenduz] *o conme il [se] sont et autretant en ai-je ocis, sor mon
cors desfendant conme il ont. » — c Kex, fet li rois, seriez-vos si
joianz 44 se vos poviez le coffre ouvrir et se vos aviez ocis le che-
valier dont li chiés gist ès coffre 12 ? Par mon chief, je qui rois sui,
ne voudroie mie avoir le coffre ouvert; car il ne fu onques nus si
poures* chevaliers qui n'éust 13 aucun parant ou aucun ami; car cil
n'est mie amez de tôt le monde qui d'un home est haïz. » —
c Par mon chief, fet Kex, je voudroie que toz les chief des cheva-
liers que j'ai ocis, fors que d'un sol, fussent enmi ceste sale, si i
fussent les lestres sééllées que il fussent oèis par moi. Adonc
croiriez- vos ce que vos ne volez croire, por les envieus qui
cuident mieuz valoir de moi, et si ne vos ont mie si bien servi
conme moi **. »
« A. ex, Jet li rois, venez avant, tout ce n'a mestier.» Misires
Kex, li saneschaus, vient au dois, devant le roi, sor quoi li coffres
estoit, et le prant mout hardtement et met l'une de ses mains
i Ces quatre derniers mots manquent. — » Tonx arosés d'aiguë. — » Aprèt i mist sa
main messire G. — * Essaié et esprové au coffre. — * Avant manque. — « Oblié. —
• Semons. — • Fors moi. — » Et antreii poissans doi-je estre. — 10 Les mou placé*
entre crocheté sont empruntés au Ms.'de Berne. — « Ore moult joiaos. — u Gist de-
dans. — » Car li cbe?aliers ne fa onques si porres qu'il n'éust. — " Si bien serri qae j'ai.
#
— 221 —
desoaz et l'autre desus. Li coffres ouvri lantost conme il le sacha,
et vit dedanz le chief tôt en apert. Une odour roout très souef
oulant et mout douce en oissi 4, si qu'il n'ot chevalier en la sale
qui ne la santist. « Sire, fet Kex au roi, or povez-vos bien savoir
que aucune proaice et aucun hardement ai-je fet en vostre servise,
ne nus de Vos chevaliers que vos prisiez tant 2 ne porent hui le
coffre ouvrir, ne par eus ne séussiez-vos hui qu'il éust dedanz.
Mès or le savez-vos par moi et de tant me devez 3 vos bon gré
savoir. »
ire, fet la damoisele qui le coffre ot aporté, feites les
lestres lire 4, si saurez qui li chevaliers fu et de quel lignage et
par quele achoison il fu morz 3. » Li rois sist dejouste la réine,
et fist apeler un sien chapelein, puis le fist asséoir et teire touz les
chevaliers 6 de la sale, et conmanda au chapelein 7 que les lestres
d'or devisast tout en apert, ensint conme il les trovoit escriptes. Li
chapeleins les resgarde; quant il les ot pourvéues, si conmença à
soupirer, c Sire, fet-il au roi et à la réine, entendez-moi, et tuit
li autre vostre chevalier.
es lestres dient que li chevaliers dont li chiés gist eh cest
veisseil ot non Lohouz et fu fiuz le roi Artus et la réine Gueniévre ;
il ot oeis, à un jor qui passez est, Logrin le jaiant,par son harde-
ment. Misires Kex, li seneschaus, trespassoit par ilec, si trouva
dormant Lohout sor Logrin, car tiex estoit sa coustume que il s'an-
dormoit sor l'orne quant il l'avoit ocis. Misires Kex trancha à Lohout
la teste, si leissa le chief et le cors en la pièce de terre. Il prist la
teste del jaiant, si l'an porta à la cort le roi Artus ; il fist entendre
au roi et à la réine et à tous les barons de la cort qu'il l'avoit ocis;
mès non fist, ainz ocist Lohout, par les escript et par le tesmoignage
de ces lestres. Quant la réine oi ces lestres et ces nouveles de son
i Une odors moult très sués et moult douce en oissi.— * Ces quatre derniers mots
manquent. — * Si m'en dorés. — « Qui sont dedens. — » Il fu ocis. — • Puis ist asséoir
tous les cfemliers. — 7 Ici s'arrête la dernière page du mamscrit de Berne.
fil, qui ainsint esloit mort, ele chéi pasmée desor le coffre. Après,
prist le chief entre ces deus mains et le connut bien à une plaie
qu'il ot el viaire d'anfance. Li rois méimes en fet si grant deul
que nus ne le peut conforter ; car il cuidoit devant ces noveles que .
ses fiuz fust encor en vie et quç il fust li mieudres chevaliers del
monde, et, quant les noveles vindrent en sa cort que li chevaliers
au Cercle d'or avoit ocis le chevalier au Dragon, si cuida-il que ce
fust Lohouz, ces fiuz, por ce que Tan ne nonmoit mie Perceval ne
Gauvain ne Lancelot. Et tuit cil de la cort sont mout dotant por la
mort de Lohout, et misires Kex s'en est partiz, et, se la damoisele 4
n'éust pris jor trèsqu'à la quarenteinne après la revenue le roi, la
venchance de Keu fust prise ainz qu'il s'an tornasl. Car nus ne
vit onques feire plus grant deul en cort de roi, que cil de la Table
Réonde démoignent por le damoisel. Li rois Artus et la réine
estoient si adolez que nus ne les osoient semondre de joie feire.
La damoisele qui le coffre aporta se fut bien vengièe de la honte
que misires Kex li seneschauz li fist un jor qui passa, car ceste
chose ne fust pas si tost séue se par lui ne fust.
vouant li deus fu resfroidiez del fil le roi, Lanceloz et li plu-
sors autres li distrent : < Sire, vos savez bien que Diex veust que
vos ailliez el chastel qui fu le roi Peschéor, en pèlerinage au sein-
time Graal ; car l'en ne doit mie chose déloier à feire que l'en ait
en couvant à Dieu. » — < Seignor, fet li rois, je irai mout volen-
tiers et bien en sui entalentez. » Li rois s'apareille de l'errer et dit
que misires Gauvains et Lanceloz iront avec lui, sans plus de che-
valiers, et mena un vallet por son cors servir; et la réine méime i
eust-il menée se ne fust por le deul qu'ele démenoit por son fil,
dont nus ne la pooit reconforter. Mès, ainçois que li rois s'an
partist, fist-il le chief porter en Fille de Valon, en une chapele
qui estoit de Nostre Dame, où il avoit un seint hermite preudome
qui mout estoit bien de Nostre Seignor. Li rois se parti de Kardeil
et prist coogié à la réine et à touz ces chevaliers. Lanceloz et
misires Gauvains s'an vont ensemble 0 lui, et un vallet qui les
armes porte. Kex li seneschaus fu partiz de la cort por la doutence
del roi et de ses chevaliers ; il n'osa demourer en la Grant Bre-
— 293 —
teigne, si s'an ala en la petite. Brians des iiles estoit de grant
povoir à ces tens, et chevaliers de grant force et de grant harde-
mant; car toute la Grant Breteigne a voit mainz contens éaz entre
lui et le roi Artus. Sa terre estoit mout forz de chastiax et de forez
et mout planteine; il avoit mou V de bons chevaliers en sa terre.
Quant il sot que Kex li seneschaus se fu partiz en tel manière de
la cort et qu'il estoit passez la mer, il le menda et le tint de sa
mainiée, et dist qu'il le garantirait envers le roi et envers loz
homes. Quant il sot que li rois s'en fu partiz, il conmença la terre
à gerroier et ses homes à ocirre et à chalongier ses chastiaus.
contes dit que li rois Artus s'an vet et Lanceloz
et misires Gau vains aveques lui , et orent tant
chevauchié un jor qu'il anuita en une forest, et
ne porent nul recet trover. Misires Gauvains se
merveilla mout conment c'estoit qu'il avoienl che-
vauchié au loncdel jor et n'avoient trové recet ne
hermitaje. La nuit fu parvenue et li airs fu ocurs et la forest
onbrage. Il ne sorent quel part revertir por la nuit trespasser.
c Seignors, fet li rois, où porrons-nos descendre anuit? » — « Sire,
nos ne savons, quar cesle forest est mout anieuse. » Il font monter
lor valet desor un grant arbre et dient qu'il resgart tant loing
• conme il porra, savoir se il porroit choissir recet ne meson où il
péussent herbergier. Cil esgarde toutes parz, puis lor dit qu'il voit
I feu mout loig, autresint conme en une gaste meson ; mès il n'i
voit se feu non et la meson. c Pran bien garde, fet Lanceloz, quel
part ce est que tu nos i saches bien mener. » Cil dit qu'il les menra
bien.
iiLlant est descenduz, si remonte sor son ronein ; il s'en vont
grant aléure et chevauchent tant qu'il choisirent le feu et le recet.
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— 224 —
Si passèrent outre parmi I pont de eloie ; il trovèrent la cort en-
hermie et la meson par dedanz grant et large et hideuse ; mès grant
feu avoit dedanz où l'en se povoit bien ehaufer de loing. Il descen-
dirent de lor chevax et li valiez les trait d'une part enmi la sale et
li chevalier s'asistrent dcjoute le feu, tuit armé. Li valiez voit
une chanbre en la meson ; il i est entrez por savoir s'il i trouve-
roit point de viende por les chevaus ; mès il s'an r'oissi fors au
plus tost qu'il pot et réclama mout doucement la mère au Savéor.
Il li demandent que il a et il dit qu'il a trovée la plus déloial
chanbre qu'il onques trovast. Car il i avoit senti, que testes, que
poinz d'omes morz, plus de IIC, et lor dit qu'il n'ot onques mès si
grant péor. Il s'asist touz esfraez. Lanceloz entra en la chanbre
por savoir se il disoit voir ; il santi les homes qui gisoient morz,
si les portata de chief en chief, et senti qu'il en i avoit I grant tas.
Il revint séoir au feu, tout riant. Li rois li demanda se li valiez
avoit dit vérité. Lanceloz li respont : oïl , n'onques mès n'avoit
tant trovez d'omes morz ensanble. « Je cuit, fet misires Gauvains,
quant il sont morz, que n'avons garde d'eus ; ce nos garisse Diex
des vis ! »
V^/ue que il parloient einsint, atant ez-vos une damoisele qui
entre dedanz le manoir à pié et toute soûle; si se vient pleingnant
mout doulereusement : « Ha, Diex ! fet-ele, conme ci a longue
pénitence à mon eus ! et quant faudra-ele ? » Ele voit les chevaliers
enmi la meson séoir : « Biau sire Diex, fet-ele, est cil ça dedanz
par qui je doi oissir de ceste grant dolor? » Li chevalier l'escoutent
à grant merveille, il se regardent et la voient entrer dedanz l'uis,
et avoit robe qui toute estoit descirée des espinnes et des ronces de
la forest. Li pié li estoient tuit sanglant, car ele estoit desehauce.
Ele avoit le viaire de très grant biauté. Ele aporte la moitié d'un
home mort et le giète en la chanbre avec les autres. Ele connut
Lancelot tantost conme ele le voit : « Ha, Diex, fet-ele, je sui quite
de ma pénitence. Sire, fet-ele, bien puissiez-vos venir "et vostre
eonpaignie! » Lancelot la regarde à merveilles : « Damoisele,
fet-il, estes-vos chose de par Dieu? » — c Certes, sire, fet-ele,
oïl ; n'en doutez de nule chose. Je sui la damoisele del chastel des
Barbes, qui si soloie durement maumestre les chevaliers, si conme
vos véistes. Vos aquitastes les trespas des chevaliers, si jéustes
dedanz le trespas del chastel. Mès vos m'éustes en*convant que, se
li sainz Graax s'aparoit à vos, que vos revendriez à moi ; car autre-
ment ne vos en voil-je leissier partir. Vos ne revenistes mie, por
ce que vos. ne véistes mie le Graal. Por la vileinnie que je feisoie
aus chevaliers, me fu chargiée ceste pénéance en ceste forest et en
cest manoir, très qu'à icele hore que vos i viendriez; car la
cruiauté estoit mout granz que je lor feissoie. Car Tan ne m'an-
menast jà chevalier à qui je ne féisse les nés tranchier, les euz
crever ; et de tiex i avoit, si conme vos véistes, qui les pîez avoient
tranchiez et les poinz. Or l'ai puis chièrement conparé ; car il me
couvient porter dedanz ceste chanbre toz les chevaliers qu'an ocit
en ceste forest, et dedanz cest manoir les me couvenoit gieter, par
coustume, seule sanz conpaignie; et cil chevaliers que je aportai
ores a tant jéu dedanz la forest que les bestes sauvages en ont
mengié la moitié del cors. Or sui quite de ceste vileinie pénitence,
Dieu merci et la vostre, fors tant que me couvendra aler arrières,
quant il iert ajorné, aussint conme je ving ci. * a
« JJamoisele, fet Lanceloz, il m'est mout bel de ce que nos
venftnes herbergier ennuit ça dedanz, por amor de vos ; car je ne
vi onques mès damoisele qui si cruel pénitence féist. » — « Sin»,
fet-ele, encor ne savez-vos que ce est ; mès vos le sauroiz bien
encore anuit, et vos et vostre conpaignon ; et Damediex vos escre-
misse de mort et de doumage ! Il vient, chaucunne nuit, une route
de chevaliers qui sont noir et lait et hideus, si ne sel l'en dont il
sordent ; et se conbatent les uns aus anstres mout très durement, et
dure la mellée mout grant pièce ; mès uns chevaliers qui vint ça
dedanz par aventure, la première nuit que je i ving, autresint
conme vos, me fist I cerne de s'espée, et m'aséoie dedanz tantost
conme je les véoie venir, si n'avoie garde d'eus, car j'aboie en
remenbrance le Sauvéor del mont et sa très douce mère. Et vos
ferez autressint, se vos m'en créez, car ce sont chevaliers anemis. »
Lanceloz trait s'espée et fet I grant cerne environ la meson et il
forent dedanz.
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—.226 —
A ta ni ez-vos les chevaliers qui viennent parmi la forest, de
si très granl ravine que il sanble qu'il Parafassent toute; après,
entrent dedanz le manoir et tiennent granz tisons ardanz dont li
uns giète à l'autre. Il entrent dedanz la meson en conbatant et sont
aati d'à 1er vers les chevaliers; mès il ne pèvent; il lor ruent de
loing les tisons, mès il tiennent les escuz et les espées nues. Lan-
celoz fet senblant de saillir vers eus et moul li sanble estre grant
couardise de ce qu'il ne se meut. « Sire, fet la damoisele, gardez
que vos n'issiez fors del cercle, car vos seriez en grant aventure
de mort, Car vos véçz bien quel maie gent ce sont. » Lanceloz ne
se veust tenir que il ne voist vers eus l'espée traite, et il li courent
sus de toutes parz, mès il se desfant viguereusement et tranche les
tisons ardanz si que li charbon en volent, et lor porte l'espée enmi
les viaires. Li rois Artus et misires Gauvains saillent sus por Lan-
celot aidier, et fièrent desus ces maies genz, si les détranchent, et il
braient conme anemi si que tote la forest en retantit. Et, quant il
chiéent à terre, il ne pèvent plus durer, ainz deviennent fiens et
cendre, et lor cors çt lour chevaus si deviennent déables, tuit noir
en guisse de corneilles qui lor issent des cors. Il se merveillent
mout durement que ce peut estre et dient que tiex hostiex est mout
anieus.
Quant il les orent touz maumis, il se rasistrent et se repo-
sent, et n'orent geires sis quant une autre tourbe de plus noires
genz lor vint, et aportoient glaives ardanz et flanbanz ; et plusor
d'eus aportoient chevaliers morz que jl a voient ocis en la forest;
il les deschargenl enmi la meson, puis dient à la damoisele qu'ele
les port avec les autres, et ele rëspont qu'ele est fors de lor con-
mandemanz et de lor servise, ne jà mès ne doit feire riens por
eus; car ele a feite sa pénitence. Il aloignèrent lor glaives vers le
roi et vers les II chevaliers conme cil qui venuz estoient por ven-
gier lor conpaignons ; mès il saillirent ensenble tuit, si les requis-
trent par moult grant vigor. Mès cele meute estoit greingdre que
l'autre et de plus hideus chevaliers ; il conmencièrent le roi mout
à destreigdre et ses chevaliers ; il ne les porent mie si malmestre
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— 887 —
conrae il firent les autres. Si connue il estaient el greigdre contanz,
si oïrent le glai d'une cloche souner ; atant se départent li cheva-
lier aneroi et s'en vont grant aléure. « Seignors, fet la demoisele,
se cist sons ne fust oïz, à poigne péussiez-vos durer; car il venoit
encor si grant route de ceste gent que nus ne les povoit soufrir et
cest son ai-je oï chaucune nuit, qui ma vie m'a garentie. »
Josephus nos dit que à cest tens n'avoil éu cloche en la
grant fireteigne ne en la petite ; ainz apeioil l'an la gent à un cor, et
en plusors leus avoit tinbres d'acier et en autres leus batiaus de
fust. Li rois Artus se merveilla mout de cest son qui si estoit biax
et douz, et li sanbloit bien que il venist de par Dieu, et mout fust
bone la closche à véoir s'estre péust. Il furent la nuit trèsqu'à len-
demain en la meson, si conme je vos di. La damoisele pristcongié
d'eus, si s'an parti. Si con il issoient del recel, si encontrèrent
III hermiles qui lor dislrenl qu'il aloient querre les cors qui
estoient en cel manoir, si les enterreroient en une gasle chapele
qui estoit près d'ilec; car tel chevalier i avoient jeu, par quoi li
hantemenz des mauveisses genz estoit demourez, par quoi il
n'auroient mès povoir de nullui mal feire; si jnettroient laienz
I preudome hermite qui édefieroit le leu en seinteé et por Dieu
servir. Li rois en fu mout liez et lor dist qu'il avoit esté trop
périlleus. Il se partirent des hermiles, si s'an entrèrent en la
fbrest; ne onques puis ne fu jor tant conme li rois Artus erra,
ce dit ceste estoire, que il n'oïst le son d'une soûle cloche, chau-
cune houre, dont il estoit moul joieus. Il dist à monseignor Gau-
vain et à Lancelot que il célassent son non partout et que il ne le
clamassent mie seignor, mes conpaignon. Il en oslroièrenl sa
volenlé et prièrent à Nostre Seignor que il les conduisist et menast
en tel chastel et en tel oslel où il fussent bien herbergié honora-
blement. Il chevauchièrent tant que li vespres aproucha, si trou-
vèrent un mout bel recet en la forest, si entrèrent anz et
descendirent. La damoisele del recet lor vint encontre, si lor
fist mout grant joie; puis les fist désarmer; après, lor aporle
mout riches robes à vestir; ele regarde Lancelot, si le recon-
noist.
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— 238 —
ire, fet-ele, vos éustes jà, un jor qui passez est, mout
grant pitié de moi el si me sauva s tes honor, de quoi je sui à grant
meschief. Mès je ain mieuz soufrir mesaise en honor que planté
ne abondance avoir en honte ne en reproche ; car honte dure et
doulor est tost trespassée. » Atant ez-vos le chevalier del recet où il
vient de la forest d'archoiier, et fet aporter, à mout grant foison,
venoison de cerf et de cengler. Il descendi por conjoiir les cheva-
liers et conmança à rire quant il vit Lancelot. « Par mon chief,
fet-il, je vos connois bien. Car vos me desvoiastes de la riens el
monde que je plus amoie et me féisles espouser ceste damoisele
qui onques puis n'ot joie de moi, ne jà mès n'aura. » — c Biau
sire, fet Lanceloz, vos en feroiz vostre pleisir, car ele est vostre ;
véritez est que je la vos fis espouser, quar vos li voliez feire
vileinnie et honte, si que ses lignages éust honte de lui. » —
c Par mon chief, fet li chevaliers, la damoisele que je amoie avant
ne vos en ainme mie mieuz, ainz porchaceroit volentiers vostre
ennui et vostre domache et vostre honte se ele povoit, et ele a
grant povoir en ceste forest. » — c Sire, fet Lanceloz, j'ai puis
parlé à li et ele à moi, si me dist sa volenté et son vouloir. » Atant
conmanda li chevaliers à prandre Fève, et la dame prant les
bacins et présente Fève aus chevaliers. * Avoi, damoisele, fet li
rois, ostez! Il n'avendra jà, fet li rois, se Dieu plest, que nos
preignons itel servise de vos. » — e Par mon chief, fet li sires de
Fostel, si vos couvient à feire, car autre que ele ne vos servira
ennuit de cest mestier, ou vos ne menjeroiz anuil ça dedanz. »
Lanceloz entant que li chevaliers n'est mie gramment
courtois et il voit la table garnie de bones viendes, si se porpensse
que il ne fet mie bon perdre tele eise; quar il avoient eslé à maleise
la nuit devant. Il fet prandre le roi Fève de la dame; ele les servi
touz de cest mestier. Li chevaliers les conmande à seoir; li rois
vost feire séoir [la dame] dejouste lui à la table, mès li chevaliers
dist qu'ele n'i serroit mie. Ele se vet séoir avec les escuiers, ausint
conme ele seust feire. Li chevalier en sont mout dolant, mès il
n'osent contredire la volenté au seignor. Quant il orent mangié , li
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chevalier» ditt à Lancetot : « Or povez~vos véoir qu'ele a gaemgnié
en moi de ce que vos la me féistes prandre à force; ne jà mès, se
m'ait Diex, tant eonme ele vive, n'iert jà mès autrement onorée
par moi, car je le créantai à cele que j'ain plus assez. » — c Sire,
fet Lanceloz, il m'est avis que vos feites mal et péchié, et si cuit
que vos en aurez graat blasme de ceus qui le sèvent; et vostre
vileinnie soit à vos, car je n'itn trai noiant à moi. »
JJanceloz dist au roi et à monseignor Gauvain que, s'il ne
se fust berbergiez en son ostel et il le tenist hors del recet, il i
méist aineois del sanc del cors qu'il nu conquéist si que la dame
fustàgreignor honor maintenue, ou par force ou par prière, autre-
sint conme il fist quant il fespousa. 11 furent la nuit moult bien
berbergiez et jurent el recet trèsqu'à l'endemain que il s'an par-
tirent, et chevauchièrent à grant esploit par lor jornées tant qu'il '
vindrent en une terre mout diversse qui n'estoit geires hantée de
gent, et trouvèrent 1 petit chastel en I destor. Il vindrent cele
part, et virent que la clôture del chastel estoit fondue trèsqu'an
ablnme, ne n'estoit nus qui aprochier i péust de cele part; mès il i
avoit une mout bele entrée et une porte grant et large par où l'en
i entroit. i\ regardèrent une chapele qui mout estoit bele et riche,
et par desouz une grant sale encienne; il virent un provoire
enmi le chastel aparoir, chanu et encien, qui estoit oissuz de la
chapele. Il sont venuz cele part, puis descendirent, si demandèrent
au provoire qui cist ehastiax estoit, et il lor dist qu'il iert li grant
Tintainel. c Et conment est ceste terre fondue environ cest
chastel?» — « Sire, fet li prestres, je le vos dirai. Sire, fet-il, li
rois Uter Pefedragon, qui pères fu le roi Artu, tint une grant cort
et manda touz ces barons. Li rois de cest chastel qui adonc i estoit
avoit non Galbés; il ala à la cort, si mena sa famé avec lui, qui
avoit à non Yguerne, si estoit la plus bele dame qui fust en nul
réaume. Li rois Uter Pacointa por sa grant biauté et l'esgarda plus
et honora que toutes celés de la cort. Li rois Galoès s'en parti, il
fist la réine revenir arrières en cest chastel, por la doutence del
roi Uter Pendragon. Il s'an corrouça mout à li et li conmanda qu'il
remandast la réine sa Dame. Li rois Galoès dit qu'il npu feroit. Li
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— 230 —
rois Uter Pendragon le desfia tantost, pais raist le siéje environ
cest chastel là où la réine estoit. Li rois Galoès estoit alez por
secors querre. Li rois Uter Pendragon avoit Merlin avec lui, dont
vos avez oï parler, qui si fu enginneus. Il se fist muer en la san-
blance le roi Galoès, si entra çà dedanz par Fart de Merlin et jut
cele nuit avec la réine, si engendra le roi Artu, an une grant sale
qui estoit environ l'enclos là où cil abinmes est. Et por itel péchié,
est la terre fondue en tel manière. » Il les envoie vers la chapele
qui estoit mout bele, si i avoit I sarqueu moût riche. « Seignors,
en cest sarqueu fu mis li cors de Merlin ; mès onques he le pot
l'en mestre par dedanz la chapele, ainz le covint demorer par
defors. Et sachiez tôt de voir que li cors ne gist mie dedanz le sar-
queu; car, tantost conme il i fu mis, en fu il partiz et fu raviz de
par Dieu ou de par l'anemi, nos ne savons lequel. >
c Sire, fet li rois Artus, et li rois Galoès que devint? • —
c Sire, fet-il, li rois l'ocist lendemain qu'il ot.jéu à sa famé la
nuit, si espousa tantost la réine Ygerne, et d'itant conme je vos di,
fu li rois Artus concéuz en péchié, qui est ores li mieudres rois
del monde. » Li roi Artus a oie sa nessence qu'il ne savoit mie, si
en fu I poi hontex et enbrons por monseignor Gauvain et por Lan-
celot. Il méimes s'an merveilla mout et li pesa mout de ce que li
provoires en ot tant dit. Il jurent la nuitel recet, si s'an partirent
ï'andemain quant il orent la messe oïe. Lanceloz et misires Gau-
vains, qui les forez cuidèrent connoislre, trovèrent la terre si
muée et si diverssse qu'il ne savoient où il èrent enbatu; et tiex
venoit en la terre qui fu le roi Pesehéor, dedanz XL jors, se il
venoit revenir autre foiz, il ne troveroitmie le chastel dedanz un an.
Josephus nos tesmoigne que les senblances des illes se
mouvoient par les diverses aventures qui, par le pleisir de
Dieu, i avenoient, et si ne pléust mie tant as chevaliers la queste
des aventures se il ne les trovassent si diversses. Car, quant il
avoient entré en une forest ou en une ille où il avoient trouvé
aucune aventure, se il i venoient autre foiz, si trouvoient il recez
et chastiax et aventures d'autre manière, que la poigne et li
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— 231 —
travaus ne lor ennuiast, et por ce que Diex vouloit que la terre
fust confermée de la novele loi. Et il furent li chevalier el mont
devant cens, qui plus orenl poigne et travail por querre aven-
tures et que por ce tenir que il avoient en convant, ne de nule
cort à nul roi qui fust ei monde n'oissirent tant de bon chevalier,
conme il oissirent de la cort le roi Artus, et, se Damediex tant nés
«mast, il ne péussent pas tant endurer poinne et travail, conme il
feisoient de jor en jor ; car sanz faille il estoient bon chevalier,
mès ce n'estoit mie soulement por férir, ainz estoient loial et verai
et créoient el Sauvéor del monde et en sa douce mère, si dotoient
honte et amoient honor. Li rois Artus s'en vet et misires Gauvains
et Lanceloz ensanble o lui ; il trespassent maint estrange païs, si
entrèrent en une grant forest. Il manbra à Lancelot des chevaliers
qu'il avoit ocis en la gaste cité où il devoit aler, et savoit bien que
li jors aprochoit de son venir. Il le conta aussint au roi Artu,
puis li dit que, se n'i aloit, il mentiroit sa convenance. Il chevau-
chent tant que il vindrent en une croiz, là où voie forchoient.
c Sire, fet Lanceloz, il me convient aler, por aquiter ma fience,
en grant aventure et en grant péril de mort; ne je ne sai-se je
i vecrai jà mès ; car je i ocis I chevalier, dont je fui mout dolant ; si
me couvint jurer, ainçois que je l'océisse, que je iroie mestre mon
chief en autretel abandon conme il avoit le sien mis. Ore est li jors
approchiez que je en doi aler, si ne veil mie fausser de convant,
quar je en seroie blâmez; et, se Diex m'en leisse eschaper, je vos
suivrai hastivement. » Li rois racole et beisse au départir, et misires
Gauvains ausint, et prient au Sauvéor qu'il li gart son cors et sa
vie et le puissent revéoir prochiennement. Lanceloz éust mout
volentiers mandé salut à la réine se il osast, car ele li gist plus el
cuer que nule autre chose ; mès il ne vost que li rois ne misires
Gauvains à amor fausse n'i penssassent, qu'il ne l'en portassent
covrinne. L'amor li est si enraciuée el cuer, an quel péril qu'il
voit, qu'il ne se peut partir; ainz prie Dieu chaucun jor, si dou- •
cernent conme il peut, qu'il puisse sauver la réine et qu'il puisse
délivrer son cors de cest péril. Il a tant chevauchié que il vint à
bore de midi en la Gaste Cité et trouva la cité viude, conme la pre-
mière foiz que il i fu.
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— 232 —
cele cité où Lanceloz fu enbatuz, avoit mainte meson
gaste et maint riche palès déchéu; il n'ot geires esté dedanz la cité
quant il oi 1 grant cri et un doulousement de dames et de damoi-
seles, mès il ne sot quel part ce fu ; et dient : « Ha, Diex ! conme
nos a traies li chevaliers qui le chevalier ocist, quant il ne revient!
Jà est hui li jors venuz qu'il doit aquiter sa fiance; jà mès ne
devra l'an croire chevalier, quant il ne revient. Li autre devant
cestui nos ont failli; aussint nos fera cist, por péor de mort; car
il trancha la teste au plus biau chevalier et au meillor qui fust en
cest réaume, si li devoit l'en la seue tranchier ausint; mès il s en
est bien gardez, se il peut. » Ainsint disoient les damoiseles. Lan-
celoz se merveilla où eles estoient, car il n'en pot nule choisir; et
vient devant le palès là où il avoit ocis le chevalier ; il descendi,
puis areinna son cheval à un anel, qui estoit fichiez el perron de
marbre. Il n'i out geires esté quant uns chevaliers descent, granz
et biaus et fors et délivres, et estoit escourciez en 1 bliast de soie
mout haust, et tenoit la hache en sa main, de quoi Lanceloz avoit
tranchiée la teste à l'autre chevalier; il la venoit aguisant d'une
cueuz, por mieux .tranchier. Lanceloz li demande : c Que feroiz
de cele hache? » — c Par mon chief, fet li chevaliers, ce sauroiz-vos
autresint con mes frères le sot, qui vos en tranchastes le chief, se
je puis esploitier. » — c Conment, fet Lancelot, occirois-me-vos
donc? i — «Ce sauroiz-vos, fet cil, ainçois que vos partoiz de ci.
Dont ne créantastes-vos loiaument que vos métriez vostre chief en
autretel abandon conme li chevaliers mist le sien sanz desfans,
que vos océistes? ne autrement ne vos en povez-vos partir. Or si
venez avant sans arest et si vos ajenoilliez, et estendez le col aussint
conme mes frères fist; si vos trancherai la teste; et, se vos ce ne
volez feire de vostre gré, vos troveroiz bien qui le vos fera feire à
force, se vos estiez XX chevaliers autretel con vos estes uns. Mès
je sai bien que vos n'estes ci venuz por el mès que por aquiter
vostre fience et que vos n'i melroiz nul contenz. • Lanceloz cuide
mourir et veust atendre san faille ce qu'il ot en convenant ; si se
couche à terre en croiz et crie à Dieu merci. Il li menbre de la
réine et crie à Dieu merci et dit : c Ha, dame, fet-il, jà mès ne
— 333 —
vos Terrai ; car, se je vos énsse une foiz véue ainçois que je fusse
raorz, ce me fost mout grant confort, et si s'en partist m'àme plus
à eise. Mès ce que je ne vos verrai jà mès, si com moi est avis, si me
desconforte plus que la mort, dont morir me couvient; par mourir
couvient-il quant l'an a tant vescu. Mès je vos créant bien que
m'amor ne vos faudra jà et jà ne sera que m'àme ne vos aint autre-
tant en l'autre siècle conme li cors a fet en cestui, se ele en a
povoir. » Àdonc li chéirent les larmes des euz, ne onques, puis
qu'il fu chevaliers, ce dit li contes, ne larmoia por riens qui li
avenist ne por pesence, que cele foiz et une autre. Il prant trois
pens cPerbe, si s'aconmenia, et puis si s'est seigniez et bénéiz;
puis, se dresce, si se met à jenoillons et estant le col. Li chevaliers
entoise la hache; Lanceloz ot venir le cop, si beisse le chief et la
hache passe outre. Il li dist : « Sire chevaliers, ainsint ne fist miè
mes frères que vos océistes, ainz tint le chief et le col tout quoi, et
ausint vos couvient-il feire. » Deus damoiseles s'apèrent aus
fenestres del palès, de mout très grant biauté, et connurent bien
Lancelot. Si conme li chevaliers ot entesé l'autre cop, l'une des
damoiseles li escrie : « Si vos volez avoir m'amor à toujorS mès,
gitez jus la hache et si clamez quite le chevalier, ou, ce non, vos
avez à moi failli. » Li chevaliers giète tantost la hache jus et chiet
à Lancelot au piez et li crie merci conme au plus loial chevalier
del monde. « Mès vos, aiez merci de moi que vos ne m'ocioiz, fet
Lanceloz, car à vos en doi-je la merci requerre. » — < Sire, fet H
chevaliers, certeinnement non ferai -je; ainz vos aiderai à mon
povoir à garantir envers touz homes, encor aiez-vos ocis mon
frère. ». Les damoiseles descendent del palès et sont venues à
Lancelot.
ire i, font-eles à Lancelot, nos vous devons moult amer et
plus que toz les chevaliers del monde. Quar nos somes les II damoi-
seles serours que vous véistes si poures el Gaste Chastel où vous
jéustes chiés nostre frère; vos et misires Gau vains et 1 autre che-
1 Ici le manuscrit semble écrit d'une autre main, et Ton remarquera quelques diffé-
rences d'orthographe.
— 334 —
valiers nous donastes l'avoir et le recel ans chevalier» robéors que
tous océistes; quar ceste cité qui gaste est et U Gastes Chastiax
mon frère ne se fassent jà mès peuplée de jant, ne ne béassions
jà més terre, se ne fast I Ioiax chevaliers venuz si conme tous
estes. Il se sont bien anbata là dedanz XX chevaliers an itel
manière conme vos i venisies, n'i a celai qu'il ne nous ait oris ou
frère ou cousin et tranchié la teste, si conme vos féistes au che-
valier, et créantoit chascun qu'il revendrait au jor qui mis i estoit ;
tuit failloient ces convenances; quar nus (feus n'i ossoit venir au
jour [et, se vos i aviez failli] autresint conme li autre, nos éussions
ceste cité perdue, sanz recouvrir les chastiax qui i apendent. »
Ainsiot li chevaliers et les damoiseles anmoinent Lancelot
el palès, puis le font désarmer ; il ont [oïe] la plus grant joie del
mont en plussors leus de la forest qui près de la cité estoit. « Sire,
font les damoiseles, or povez oïr les joie de vostre venue. Ce sont
li borjois et li manant de ceste cité qui sèvent jà les noveles. »
' Lanceloz s'apuie aux fenestres de la sale et voit peupler la cité de la
plus bele jant del mont et aanplir les granz [rues] et le grant palès,
et venir clers et provères à grant processicon, qu'il loent Deu et
aourent de ce qu'il ont pover de revenir en lor esglisse, et don-
nent bénéicon au chevalier par qui il ont pover de repeirier. Lan-
celoz fu moult anorez dedanz la cité. Les II damoiseles se peinent
moult de lui servir, et moult Tannorèrent tuit cil qui sont laianz et
tuit cil qui i viennent, et clers et prestres.
tant se test Ii contes de Lancelot, si parole del roi
et de monseignor Gauvain, qu'il sont de lui an
grant csfroi; quar moult volentiers il an oïssent
noveles. Il ancontrèrent I chevalier qui venoit
touz armez, et misires Gauvains li demande dont
il venoit, et il dist qu'il venoit de la terre la réine
au Cercle d'or à qui grant donmaje est avenue; quar li fiuz à la
Veve Dame avoit conquis le Cercle d'or, par le chevalier au Dragon
qu'il avoit ocis, si li devoit garder et randre à sa volanté. Or li a
Nabiganz de la Roche tolu, qui moult est outrageus et puissanz; si
Ta conmandé à une damoisele qui le portera à une asanblée qui
doit estre de chevaliers, el pré de la tante aus II damoiseles, là
où misires Gauvaîns osta la vileine costume. La damoisele qui le
cercle d'or aportera le donra au chevalier qui miclz le fera à
Fasanblée. Nabiganz s'est ahatiz qu'il le vorroit avoir; autre foiz
l'avoit-il jà éu par armes. Et je vois pour chevaliers qu'il ne sèvent
mie ces noveles, qu'il vandront à fasanblée quant il le sauront. •
Li chevaliers s'an part atant. Li rois et misires Gauvains ont tant
chevauchié que il vindrent à la tente, là où misires Gauvains abati
la vileine costume par les II chevaliers qu'il ocist. Il trova la tente
ausint garnie dehors et dedanz corne ele estoit quant il i fu, et
misires Gauvains fist asoier li rois desure une costepointe de paile
moult riche ; après, le fist désarmer à 1 valet, et il méismfes se
désarma, puis lavèrent lor meins et lor vis, por le fer dont chascun
estoit camoissiez; et misires Gauvains trova les cofres desfermez,
qu'il estoient aux chief de la cosche, et il fist vestir li rois blans
dras déliez que il trova, et robe de dras de soie et d'or, et il méismes
se vesti en tel manière; quar li cofres n'estoit mie desgarniz;
quar la tente estoit garnie de riches aournemanz. Quant il furent
en itel manière acesmé, l'an péust qucrre moult loing que l'an ne
péust nus si biax chevaliers trover.
— m —
Atant es-vous II damoiseles de la tente qui viennent,
c Daraoisele, fet misires Gauvains, bien puissiez-vos venir! » —
« Sire, font-eles, bone aventure aiiez-vos amedui ! Il nos est avis
que vos prenez moult fièremant ce qui nostre est; ne onques pour
unie de nous ne vossistes fère dm* qu'il vous fust requise. » —
c Misires Gauvains, feit l'einée, il n'a chevalier an cest réaume
qu'il ne se tëist moult joîanz se U cuidoie que je l'amasse, et je vos
requis la vostre amor à I jor qui passez est, pour la valor de vostre
chevalerie, ne onques ne le m'oatroiastes. Gonmant ossez-vous
avoir an moi fiance de ndle riens, ne prandre les moies choses si
fièremant, quant je ne me puis fier de vos. » — c Damoisele, por
votre cortoisie et por la bone costume de la terre; quar vos me
déistes, quant les maies coutumes obéirent, que toutes les anors et
toutes les cortoissies que l'an devet feire à chevalier seroient apres-
tées çà dedanz à trestouz ceus qui herbergier venroient. » —
t Misires Gauvains, vous dites voir; mès l'an se doit bien de la
eortoissie targier et randre vilennie encontre vilennie.
c L'asenblée des chevaliers commencera demein an ceste lande
qui tant est bele; il i aura assez de chevaliers, si donra l'an le
cercle d'or. Or verra l'an qui mielz le fera. L'asanblée dura
III jors touz antiers et de tant vous povez-vous bien vanter, antre
vos et vostre eonpagnon, que vos avez le plus bel ostel et le plus
pleissant et le plus pesible que nul ehevalier de l'asanblée. » La
meinnée dymoisele regarde le roi Artus : « Et vous, fet-ele, que
feroiz-vous? seroiz-vous si estranges envers nos corne misires Gau-
vains se feit si privez aux a us très? »
t Damoisele, fet li rois, misires Gauvains fera son plessir et
je le mien; estrange ne seroie-je jà androit vos ne vers damoi-
seles; ainz seront annorées de par moi tant conme je vivrai et je
méismes seroi an vostre conmandemant. » — c Sire, feit-ele,
moult grant merciz ; dont vous pri-ge que vos soiez mes cheva-
liers au tornoiemant. » — « Damoisele, ce ne vous doi-je mie
refusser; je seroie moult liez an mon cuer se je povoie feire chosse
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— 237 —
qui vous pléust; quar por les clames et pour les damoiseles se
doivent pèner tuit li chevalier. • — c Sire, feit-ele, conmant est
vostre non? »
c Uamoisele, feit-il, je ai non Artus, si sui de Tincardeul. •
— t Apartenez-vous le roi Artus de noiant? • — c Damoisele, jà
ai-je esté à sa cort par meintes foiz ; se il ne m'anmast et je lui,
je ne fusse mie an la conpagnie monseingnor Gauvain. Mès il est li
rois el monde que je plus aing. » La damoisele regarde le roi
Artus, mès ele ne cuide mie que ce soit il ; si li plest moult li
estres et la contenance de lui. Or puet estre li rois an fiance que
il aura amie se an lui ne demeure; mès il a moult à dire antre son
sanblanl et son pansé; quar il mostre bien sanblant à la damoi-
sele an quoi ele a moult grant fiance, mès ses pensez est an la
réine Guenièvre, an quel que leu que il soit. Quar il n'aime tant
riens corne lui.
JJes damoiseles firent establer les chevaux et les cors des
chevaliers aissier la nuit moult richemant; et jurent en II moult
riches costes, la nuit, anmi la sale, et furent lor armes aprestées
devant. Les damoiseles ne s'an vostrent partir très qu'à cele heure
qu'il furent andormi. Li hernois des chevaliers qui venoient à
l'asanblée vindrent Fandemain de toustes parz ; il firent lor loges
et tandirent lor pavillons anviron la lande de la forest. Li rois
Artus et misires Gauvains furent levé à la matinée et Tirent les
chevaliers venir de toustes parz. La damoisele ainznée vint à mon-
seingnor Gauvain et li dit : « Sire, feit-ele, je veuil que vos por-
toiz, huimès, armes vermeilles que je vous bailleroi, por Famor
de moi ; et gardez qu'eles soient bien anploiiées, ne je ne veuil que
vos ne soiiez mie connéus aux armes, ainz dira Tan que vous estes
li vermeulz chevaliers et vous Fotroiiez ausint. » — t Damoisele,
moult grant merciz, feit misires Gauvains ; je me pènerai d'armes
au mielz que je porroi, por Famor de vos. > La meinnee damoi-
sele vint au roi Artus : « Sire, feit-ele, ma damoisele a feit son don,
et je feroi le mien. Je ai unes armes d'or, les plus riches que
chevaliers puisse porter, que je vous bailleroi. Quar il m'est avis
•
— 238 —
qu'eles seront mielz anploiiées an vos qu'an t autre chevalier; si
vos pri que il vous souviegne de moi à l'asanblée, autresint me
« Uamoisele, fist li rois, grant merciz; il n'est nul chevalier,
s'il vos véoit, qu'il ne vous déusl avoir an remanbrance eu son
cuer, por vostre cortoissie et pour vostre valor. » Li chevalier
furent venuz par les tantes. Li rois et misires Gauvains furent
armez et ont feit couvrir lor chevax moult richemant. La damoi-
sele qui le cercle d'or dut doner fu venue. Nabiganz de la Roche ot
grant routes de chevaliers amenées ansanble o lui. L'asanblée
estoit dévisse.! Li rois Artus fiert des espérons corne bon chevalier
et abat II chevaliers en son venir, et misires Gauvains s'abandone
antre II rans por mielz connoistre. Li plussor dient : « Vez là
monseignor Gauvain, li bons chevaliers qui niés est le roi Artus.
Nabiganz de la Roche vient vers lui quant que li chevaus puet
randre, le glaive anpoingné. Misires Gauvains le voit venir vers lui,
mout arami; si giète son escu jus à la terre; et se mestent à la fuie
au plus tost que il pueent; cil qui le virent,' XL ou plus, s'an
merveillièrent et dient : c Que ore me resanble cest couardisse
outrée! > Nabiganz dist que chevalier qui veincuz est et chevalier
si fcit ne suivra il jà, quar ce ne seroit jà grant pris de lui prandre
ne de gahangnier son cheval. Autre chevalier viennent joster à lui;
et misires Gauvains les fuit et ganchist au mielz qu'il puet et fet
sanblant qu'il n'en ost nul atendre. Il se trest vers le roi Artus à
garisson. Li rois an a grant vergongne de ce que il li voit feire; il a
moult grant poine de monseingnor Gauvain desfandrè; quar il se
tient ausint prés de lui comme la pie feit del buisson quant li fau-
cons la velt prandre. An tel honte et an tel vergoingne fu misires
Gauvains tant corne l'asanblée dura, et disoient li chevalier que
il avoit assez pris greingnor que il ne déservi ; quar onques més
ne virent si couart chevalier à asenblée de tournoiemant corne il
estoit, ne jà més ne le douteront si corn il l'ont fet dusqu'à hore.
Dessoremés se pouront bien vanchier li plussor de lor parenz et de
lor amis qu'il lor a ocis par les forez. L'asanblée parti à l'avesprir,
de coi il fu moult bel le roi et monseignor Gauvain. Li chevalier
ramenberra il souvant de vos. >
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se désarment à lor ostiex et li rois et misires Gauvains à la tente
ax damoiseles.
iLtant ès-vous I nein qui vient : c Par mon chief, damoisele,
vostre chevalier vont de mal an pis. De celui aux armes bloies se
puet Tan auques passer ; mes misires Gauvains est li plus couarz
que jé onques mès véisse, et, se il me coroit demein sus et fusse
armez autresint conme lui, je me cuideroie moult très bien anvers
lui desfandre. Déable le font aler an leu où il a foison de cheva-
liers, quar corne plus i a de jant, mielx connoist Tan la manière et
la mauvestié. Et vous, sire, îeit-il au roi, por quoi tenez-vous sa
conpagnie? Vous l'éussiez hui assez mielz feit, se il ne fust. 11 se
tapissoit autresint près de vous, por les cox, corne li lièvres feit au
bois por les chiens. Il n'afiert mie à bon chevalier qu'il tiegne
conpaignie de couart. Je ne le di mie por ce que je ne vossise qu'il
fust assez pires qu'il n'est, pour les II chevaliers qu'il ocist devant
ceste tante. • La damoisele oi ce nein parler, si an sorist; ele
antendi bien que misires Gauvàins ot éu assez blasme A l'asenblée.
Li chevalier distrent à leur ostiex c'or ne savoient il à qui doner
le cercle d'or, puis que li chevaliers aus armes d'or et cil aux
armes vermeilles n'i estoient. Quar il furent li mielz feissant le
premerein jor de l'asanblée. [Li tourmoiemenz] fu repris à lende-
mein. — c Gauvains, feit li rois, moult avez hui éu de blasme et
je méismes ai esté touz vergongniez por l'amor de vous. Je ne
cuidoie mîe que nus si bons chevaliers corne vous estes séust si
contrefère le mauvès comme vous le féistes. Vous avez moult feit
pour l'amour à la damoisele, et ele s'est moult bien vangiée de
vous, se vous li éussiez grant annui feit ; et, se vos estes demein à
la coardisse où vous avez hui esté, jà mès n'iert jor que vous n'an
soiiez blâmez. »
c Xar foi , fet misires Gauvains, il me couvendra fère le
pleissir à la damoisele, puis que nos somes anbatu en son pover. »
II se couchièrent la nuit et repossèrent puis que il orent mapgié,
et l'endemein, quant il se levèrent, la damoisele vint à monsein-
gnor Gauvain : « Je veul, feit-ele, que vous soiiez couverz
— 240 —
d'autretex armes corne vostre conpeins fu le premerein jor, que
je vous bailleroi moult riches, et si veul que vous soiiez si bons
chevaliers corne vous fustes onques meilleurs nul jor. Mès je vous
«mmant, sur la foi que nous féistes le jor, la gaisse que vous ne vos
festes connoistre à nullui ; et se nus del monde vous demande
vostre non, diroiz que vos estes le chevalier aux armes d'or. » —
c Damoisele, feit misires Gauvains, grant merciz, je feroi vostre
plessir. » La meinnée damoisele revint au roi : « Sire, feit-ele, je
vous veul renouveler vos armes ; vos les porterez vermeilles, iteles
corne misires Gauvains les porta le prumier jor, et si vous prie que
vous soiiez autiex corne vos fustes le prumier jor, ou mieudres. >
< JL/amoisele, d'amender moi et mon afeire auroi-ge mestier
et je vos soi moult bon gré de ce qu'il vous plest à dire. » Lor
chevax furent couverz et li chevaliers montèrent, tuit armé. II
viennent à l'asanblée del tornoiemant, par si très grant aïr que
trespassèrent les rostes toutes les greingnors et abatirent chevaliers
et chevaux et quant qu'il ancontrent. Li rois Artus choisi Nabigant
qui venoit moult cointemant couverz; li rois le fiert de si très
grant air anmi le piz que il l'abat de son cheval, si qu'il li brisse
la chanolle del col, et présante le destrier, par son valet, à la
mainsnée damoisele qui an feit grant joie. Et misires Gauvains
cerche les ranz de toustes pars et le fist si bien que à poines le
puet nus andurer ses cox. Li rois Artus n'est mie oisseus, ains troe
escuz et anbare hiaumes ; tuit [l']esgardent à merveilles et mon-
seignor Gauvain. Li contes dist que ancore l'éust mielz feit li rois,
mès il se déléa à son pover de bien feire d'armes, por ce que
misires Gauvains l'avoit feit si mauveissejnant le jor devant, et ore
voloit bien qu'il an éust le pris.
JJa damoisele qui le cercle d'or tenoit estoit anmi l'asenblée
des chevaliers et l'avoit mis an mout riche vessel d'ivoires à pières
précieusses, moult annoréemant. Quant la damoisele vit que
l'asenblée failli, ele fist arester touz les chevaliers et lor pria qui
déissent le jugemant vrai, ne qui le cèlera, qui doit avoir le cercle
d'or avoit le mielz deservi par armes. Il ditrent tuit par droit
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jugeraant que li chevaliers aux armes d'or et cil aux armes ver-
meilles an dévoient avoir le pris desur touz les autres, mès de ces
II devoit avoir le pris cil aux armes d'or, quar il le fist le prume-
rein jor si bien conme nus chevaliers le povet mielz feire et au
derrian autresint, et, se cil aux armes vermeilles ne se fust deloiez
au derrian jor, il l'éust autresint bien feit ou mielz. L'an aporta à
monseingnor Gauvain le cercle d'or, mès Tan ne sot mie que ce
fust il ; et misires Gauvains vossist volantiers que Tan l'éust doné
à monseingnor le roi Artus. Li chevalier se partirent de l'asanblée;
li rois et monseingnor Gauvains revindrent à la lente, il aportèrent
le cercle d'or, de quoi les demoiseles firent grant joie. Atant
ès-voas le nein qui revient : c Damoisele, itiex chevaliers font
mielz à herbergier que misires Gauvains li couarz, li mauvès, qui
tant de honte out à l'asanblée. Vous méismes an fustes moult
blâmées de ce que vous l'aviez herbergié. Cist conquist le cercle
d'or par armes, et misires Gauvains honte et blâme. > La damoisele
rit de ce que li neins dist; après, li conmende, sur les ielz de son
chief, que il s'an voist.
-Lii rois et misires Gauvains furent désarmé. « Sire, feit la
damoisele, que feroiz-vos del cercle d'or? » — c Damoisele, feit
misires Gauvains, je le porteroi celui qui premièremant le conquist
an grant péril de mort, si an aquita la réine qui garder le devoit,
à qui l'an le toli. » Li rois et misires Gauvains jurent an la
tente la nuit. La meinée damoisele si vint au roi : « Sire, vous
avez moult feit d'armes an l'asenblée, ce m'a l'en dit, pour î'amor
de moi, et je sui preste de gerredoner. » — t Damoisele, moult
grant merciz; vostre gerredon et vostre servisse ai-ge moult, et
vostre anor et ancor plus, dont je voroie que vous éussiez autre-
tant corne nule damoisele pouroit avoir; quar an damoisele sanz
anor ne doit nus avoir fiance. Damediex vous doint bien garder la
vostre! » — tDamoiàele, fet-ele à l'autre qui siet devant mon-
seignor Gaùvain, cist chevaliers et misires Gauvains ont pris par-
lemant ensanble; il n'a an eus ne soulaz ne conpagnie. Lessons-les
dormir ; que mal repos aient-il, et Damedex nos desfahde à tos-
jormès de tex ostes! » — « Par mon chief, feit l'einée damoisele,
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— 242 —
se ne fust pour le cercle d'or dont il doit aquiter la réine qui
l'avoit an garde, qui ma dame est, il ne se partissent mie an tel
manière de.ceste terre corne il feront. Mais, ancore c'est misires
Gau vains ni ces an vers les damoiseles, si soi-ge bien qu'il est loiax
an autre manière qu'il ne fauseroit mie la parole. »
Les damoiseles s'en partirent atanl ; autresint fist li rois et
misires Gauvains, quant il virent le jor. Nabiganz an fu portez an
litière, qui fu bléciez au tornoiemant, Mélioz de Logres aloît querre
monseingnor Gauvain ; il ancontra les chevaliers et les hernois qui
venoient de l'asenblée; il demande aux plussors se il savoient dire
noveles del neveu le roi Arlu, monseingnor Gauvain ; et li plusor
dient : « Oïl, assez moult mauvès. » Après, li demandent pourquoi
il le quiert. « Seingnors, feit-il, je sui ses hons liges, et il me doit
garentir ma terre anvers toz honmes, que Nabiganz me tost sanz
resson, que l'an anporte de cilec en litière ; si volote monseignor
Gauvain requarre qui m'aidast ma terre à secorre. » — t Par foi,
sire chevalier, font-il, nos ne savons cornent il puisse autrui valoir
qui soi méime ne puet aidier. Misires Gauvains fu à l'asanblée,
mès nos vos dissons pour voir que ce fu cil qui pis le fist. » —
« Ha, las! fist Melios de Logres, dont ai-je ma terre perdue, se il est
tex devenuz conme vos me dites. » — « Vos nos en créissiez bien,
font-il, se vos l'éussiez véu à Fasanblée. » Melyos s'an torna arrière,
touz dolanz.
Li rois Artus et misires Gauvains se partent de la tente, si
s'an viennent grant [aléure] corn il porent eschaper, pour apro-
ihier la terre là où il voloient aler ; si dèsiroient moult la venue
de Lancelot. Il chevauchèrent tant qu'il vindrent une nuit el
gaste manoir où li brachez mena monseingnor Gauvain, qui le
chevalier trova mort que Lanceloz avoit ocis. II se herbergent la
nuit, si frovent chevaliers et damoiseles, de qui il furent connéu.
La dame del gaste manoir menda secors, que tenoit le roi Artus
qui les autres chevaliers ociet, et misires Gauvains, ses niés, estoit
là dedans ; mès ele amast bien que Lanceloz fust ^vec eus qui
son frère avoit ocis. Chevalier li vinrent à grant foisson por le
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— 843 —
roi Artus grever et monseignor Gauvain; mès ele ot tant de cor-
toissie an lui qu'ele ne le vest soufrir que l'an lor féist mal dedanz
son recest; [inès ele a relenu VII chevalier] plein de grant harde-
mant por garder l'anlrée del pont et que li rojs et misires Gauvains
ne s'an partissent se parmi les fers de lor glaives non.
Ijist haust estoires nous tesmoigne que Lanceloz ce fu partiz
de la gaste cité où il fu. moult onorez, et chevaucha tant qu'il vint
à une forest où il ancontra Mélion de Logres qui moult estoit esfréez
des noveles qu'il ot oies de monseignor Gauvain. Lanceloz li de-
mande dont il venoit, et il dist de querre misire Gauvain de qui il
avoit oies noveles de quoi il estoit moult dolanz. « Conmant, feit
Lanceloz, a-il donc se bien non? » — « Oïl, feit-il, si corne je oi
dire, quar il soulet estre bons chevaliers et ore est devenuz
mauvès; il fu à l'asenblée des chevaliers dont j'ancontré le har-
nois et les rostes, si me distrent que onques mès tant de couar-
disse ne fu an I chevalier; mès I chevaliers qui avecques lui fu le
fist moult bien. Conmant que il l'aient esploitié, le troveroie
moult volantiers ; quant que Tan m'a dit, je ne puis croire que il
puisse estre si mauvès. » — « Sire, fet Lanceloz, je le vos querre,
si vous en povez venir avesques moi se biax vos est. » Meslions de
Logres s'an revêt avesques Lancelot; il chevauchent tant qu'il
s'a ii bâtent sus le gaste manoir où li rois et misires Gauvains furent
herbergié, et estoient armez, si s'an voloient essir. Mès li VII che-
valier gardoient l'essue, tout armé. Li rois et misires Gauvains
virent que léanz ne fessoit mie bon demorer, si trespassent le
pont et vindrent par force là où li VII chevalier guestoient; lors
lièrent, luit armé, si se fièrent an eus et li chevalier les recon-
nurent ax fers des lances.
ixtant ès-vos Lancelot et le chevalier ovec lui, qui ne s'an
donnent garde. Lanceloz choissi le roi et monseignor Gauvain ;
puis escrient les chevaliers et se fièrent antr'ex autresint corn li
espreviers se fiert antre les aloes, et les feit esparpeillier d'une part
et d'autre. Il an a consuit I an son venir, il le fiert de son glaive
parmi le cors, et Mèlyos de Logres an ocist I autre. Li rois Artus
— 2-M —
connut Lancelot, si lu moull liez quant il le vit seins et h estiez, et
misires Gauvains autresint. Lanceloz et Mélyos de Logres lor déli-
vrèrent le pasage; li chevalier s'an partirent, que plus n'i ossèrent
demorer. La damoisele del chastel tint un valet par la main, qui
moult estoit de grant biauté; ele conut Lancelot et, tantost corne
ele le vit, si l'a pela.
c JUancelot, vos océistes cestui son Frère; se Dex plest, ou il
ou autres an prendra vengance. » Lanceloz se test quant il oî la
dame parler; il se parti del gaste recet. Mélyos de Logres connut
misire Gauvain et misires Gauvains lui; si s'antrefirent moult grant
joie. < Sire, feit Mélios, je m'an sui venuz à vos pleindre de Nabi-
gant de la Roche qui me chalenge la terre de quoi je sui vostre
hom, et dist qu'il ne la desfandra anvers nullui s'envers vos non.
Sire, li jors est assez procheins et, se vos [ne] venez au jor, je
aurai perdue ma querele; et vous le m'éustes en convenant, quant
je deving vostre homs. » — « Je iroi moult volentiers, » feit mi-
sires Gauvains. Il i vet par le congié del roi et de Lancelot et dist
qu'il revandra à eus aux plus tost qu'il poura.
Li rois Artus et Lanceloz s'an vont aux plus tost que il
pourent vers la terre qui fu au roi Peschéor. Misires Gauvains che-
vauche tant que il vint à la terre Nabigant de la Roche. Mélios li
fist savoir que misires Gauyains estoit venuz et que il estoit prest
de son droit desrenier par lui qui ces avoez estoit. Nabiganz fu
guériz de la ploie qu'il ot à l'asanblée; il prissa moult petit mon-
seingnor Gauvain, pour la couardisse que il li vit fère; et conmenda
à ses chevaliers qu'il ne se meslassent d'eus II ; quar, s'il an
avoit JIII, si les cuideroit-il toz conquarre. Il essi hors de son
chastel, touz armez, et est venuz là où misires Gauvains Catendoit.
Misires Gauvains le voit venir, si se tret à une part, et Nabiganz,
qui moult estoit outrageus, aloingne son glaive et vient vers mon-
seingnor Gauvain, sans plus dire; si le Sert sour son escu si que il
fist son glaive voler an pièces. Et misires Gauvains le consuit très
parmi le piz, si le point del glaive parmi le gros del cuer, et cil
chiet à terre morz, et li chevalier corurent sus à monseingnor Gau-
yain, et il s'an délivre moult bien d'eus et Mélios de Logres autre-
sint. Misires Gauvains antre el chastel à, force, tout conbatant avec
les chevaliers, et les tient an tel destroit que il lor fist fère oumage
è Méliot de Logres, et rant les clés del chastel, il le fist asanbler de
toute la terre que tolue lui ont ; puis, s'an parti et s'an vet après le
roi Artus. Il aconsuit une damoisele an la forest, qui s'an aloit
grant aléure.
« JL/amoisele, feit misires Gauvains, Damedex vous conduie;
où iroiz-vous à tel esploit? » — c Sire, feit-ele, je vois à la grein-
gnor assanblée de chevaliers que vous véissiez onques. » —
« Quele asanblée? » feit misires Gauvains. cSire, feit-ele, el pré del
pales, mès je vois quarre le chevalier aux armes d'or qui conquis!,
el pré de la tente, le cercle d'or. Sauriez-m'en vos dire noveles,
biau sire? » feit-ele. c Damoisele, feit misires Gauvains, qu'an
voriez-vous feire? i — c Certes, sire, je le vodroie moult volen-
tiers trover. Ma dame, qui le cercle d'or gardoit au fuil à la Veuve
Dame qui le conquist avant, le m'anvoie quarre. » — t Por quel
besoingne, damoisele? > feit misires Gauvains. c Sire, ma dame li
mande et requiert par moi, pour le Sauvéor del mont, que, se il ot
onques pitié de dame ne de damoisele, que il prangne vangance de
Nabigant qui ces honmes li a ocis et destruite sa terre ; quar l'an li a
dist que cil qui le cercle d'or a reconquis en doit prandre vangence. »
« JJamoisele, feit misires Gauvains, ne vos tra veilliez por
ceste chosse plus ; quar je vous di que li chevaliers qui le cercle
d'or conquist par pris d'armes, a Nabigant mort. » — c Sire,
feit-ele, conmant le savez -vous? i — c Je conçois bien, feit-il, le
chevalier et si le vi ocirre, et vez ici le cercle d'or que je ai à an-
seingnes, par ce que il le port à celui qui le Graal a conquis, pof
aquiter vostre dame. » Misires Gauvains li mostre le cercle d'or an
I vessel d'y voire que il a voit moult près de soi. La damoisele fu
moult joieusse de ceste afeire ; <ele s'an revêt arrières pour conter
la joie à sa dame. Misires Gauvains s'an vet vers l'asanblée, por ce
que il set bien que, se li rois Artus ne Lanceloz an ont oï noveles,
qu'il i seront. Il s'an vet cele part aux plus tost que il puet et aux
— 946 —
plus droit, et il n'a guères chevauchié que il ancontra I valet qu'il
sanbloit estre moult las et ses roncins moult travailliez. Misires
Gauvains li demanda dont il venoit, et li valez li dist : c De la terre
le roi Artus où il a grant garre ; quar l'an ne set que il est devenuz.
Li plussors vont dissant que il est morz, quar onques [nouveles
n'en éust nus,] puis qu'il se parti de Cardeuil, et misires Gauvains
et Lanceloz avec lui, et [lessa] la roïnne à Cardeuil pour le roi et
pour la mort de son fil, que li plusors dient qu'elc an mora.
Brianz des Illes a monseingnor Kex avec lui, si art sa terre et
prant sa proie devant toz les chastiax. De tous les chevaliers de
la Table Ronde n'a-il mès que XXXV; si an sont li X navré dure-
mant; il sont dedanz Cardeuil, si garantissent la terre çu mielz
qu'il pueent. >
Vouant misires Gauvains ot ces noveles, si li atendroie li
cuers moult duremant, si s'an vet aux plus droit qu'il puet vers
l'asanblée et li valez avec lui, qui moult traveilliez estoit. Misires
Gauvains trova le roi Artus et Lancelot, et li chevalier furent
venuz an la pièce de terre, de tout le réaume. Quar uns chevaliers i
estoit venuz, qui amené avoit un blanc destrier et porté une moût
riche corone d'or, et fu séu par toutes les terres qui marchissoient
à celui, que li chevaliers qui mielz le feroit à l'asanblée auroit le
destrier et la corone dont la réine avoit esté morte, et li couva n-
droit à garder la terre et desfandre, dont ele avoit esté dame. Por
ces noveles i ot venue grant planté de jant et de jant. Li rois Anus
et misires Gauvains et Lanceloz se mistrent d'une part. Li contes
dist que li rois Artus out à cele asanblée F escu vermeil que la
damoisele li dona; misires Gauvains out le sien tel corne il souloit
porter, et Lanceloz ot I escu vert que il porta por l'amor del cheva-
lier qui fu "ocis por lui aidier en la forest. Il se férirent en
l'asanblée autresint corne lyon deschaanné; il abalent III chevaliers
an lor venir; il cerchenl les rans de toustes parz, il abalent cheva-
liers et cravantent chevax.
JJi rois Artus ne consuit chevalier qu'il ne fande son escu
trèsqu'an la boucle; tuit l'eschivrent et resoingnent ses cox. Et
— 947 —
misires Gauvains et Lanceloz ne sont mie oisseuz d'autre part,
ainz i tindrent bien chascun son leu : mès li piussors regardent le
roi à merveilles, quar il tient autresint estai corne feit li lyons que
Ii viaufres volent aprocheir. L'asanblée dura an tel manière et,
quant ele failli, li chevalier distrcnt et jugièrent que li chevaliers
au merveill escu les avoit touz passez de bien feire. Li chevaliers
qui la corone avoit aportée vint au roi, si ne le conut raie. « Sire,
feit— il, vous avez conquis par bien fère d'armes ceste corone d'or
et cest destrier, dont vous devez fère grant joie se vos avez tant de
valor en vos que vous puissiez desfandre la terre et la meillor
réine terriane qui morte est, ne ne set Tan se li rois est morz ou
an \ie; si iert granz anors à vostre eus se vos povez avoir vigor
de la terre meintenir, quar ele est mout grant et moult riche et de
haute seingnorie. >
. c ix qui, feit li rois Artus, fu la terre? conmant ot non la
roiine dont je voi la corone? » — « Sire, li rois ot non Artus et
fu li mieudres rois del monde; mès li piussors dient an son réiaume
qu'il est morz ; et cest corone fu la réine Geneièvre qui morte est et
anterée, de coi il est granz dolors. Li chevalier qui volent lessier
Cardeull por Briant des Mes, qu'il ne le sesist, il me mandèrent el
roiaume de Logres, si me chargièrent la corone et le destrier, por
ce que je soi les illes et les fors estranges; si me proient que je
alasse par les asenblées des chevaliers por oïr noveles de mon-
seingnor le roi Artus el de monseingnor Gauvain et de Lancelot, et
que je lor déisse,se je les pouroie trover, que la terre est an grant
dolor chéue. » Li rois Artus oi noveles de coi il estoit moult dolanz ;
il se trest d'une part et si chevalier en moinent le greingnor duel
del monde. Lanceloz ne set que il puisse feire et disi antre ses
danz qu'ore estoit sa joie faillie et sa chevalerie demorée, puisqu'il
a perdue la haute roiine, la vaillant, qui cuer li dounet et confort et
anortemant de bien feire. Les lermes li corent des biaux ielz très
parmi la face et parmi la ventaille et, se il ossast autre duel feire et
mener, encores le féit-il grengnor. Del duel que li rois démoine ne
feit-il mie à paler, quar cele dolor ne resanble à autre; il tient la
corone d'or et regarde le destrier por Tamor de lui moult souvant,
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quar il li avait donné; et misires Gauvains, ne se pi^çt assazier de
duel feire.
c Certes, feit-il, or puis-ge bien dire que la mieudre roiine
et la plus sage del monde est morte, ne jà mès n'an i aura mès
nule de sa valor. » — c Sire, feit Lanceloz au roi, se il vous
plessoit et misires Gauveins le voloil, je m'an iroie arière vers
Cardeull, si aideroie vostre terre à desfandre, à mon pover, qui
moult est desconseilliée, trèsqu'à cele ore que vos seroiz venuz
del Graal. » — c Certes, feit misires Gauvains au roi, Lanceloz a
moult bien dit, se vos le créantez. » — c Je Tan sai moult bon
gré, feit li rois, et si li pris moult que il i voit et que il soit garde
de ma voie et de ma terre trèsqu'à cele bore que Dex m'aura
ramené. » Lanceloz prant congié au roi, si s'an vet arrières, tant
dolanz et touz coreciez.
e Lancelot, se test ici li contes, si conmance une
autre branche del Graal, el non del père et del
fiuz et del seint esperit. Vos povez bien savoir
que li rois Àrtus n'est mie joieus ; il feit le blanc
destrier aler après lui, et ot la corone d'or moult
près de soi. Il chevauche tant qu'il sont venuz
à I chastel qui fu le roi Peschéor, et le trovèrent si riche et si bel
corne vous avez oï meintes foiz reconter. Perceval, qui là dedanz
estoit, feit moult grant joie de lor venue, et tuit li provère et li che- .
valier ancien. Perceval moine le roi Artus en la chapele, quant
l'an Tôt désarmé, là où li Griax estoit, et misires Gauvains feit
présant à Perceval del cercle d'or et dist que la roiine li anvoie et
li conte ensint conme Nabiganz li avoit toluz et einsint corne Nabi-
ganz estoit morz. Li rois offre la corone qui fu la réine Çuenièvre.
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— 24;9 —
Quant Perceval sot qu'ele fu morte, si an fu moult dolanz en son
cuer et il la pleint et regrete moult doucemant. Le mostra [la
sépoulture] au roi Peschéor et dient que nus n'i mist le sarqueu
fors que li conmandemanz Nostre Seingnor, et li mostrent un
riche paile qui est par deseure, si li dient que chascun jor en i
véoient un novet, autresint riche corne cil Test. Li rois Artus regarde
la poulture et dist que il n'en vit onques mès nule de tel valor. Une
oudor en ist, moult très soève et moult douce. Li rois séjorna el
chastel et fu moult onorez ; puis esgarde la richece et la seingnorie
et la grant abondance qui el chastel revient ; quar il n'es toit riens, el
monde qui i faussist, qui covenist as cors des bones janz. Per-
ceval ot feit mestre les cors des chevaliers morz an un charnier,
dejoste une vielz chapele qui estoit an la forest, et le cors de son
oncle qui ocis s'estoit mauvessemant. Il avoit derrière le chastel
un fiùns, ce tesmoingne l'estoire, par coi touz li biens venoit el
chastel; icil fiunz estoit moult biax et moult planteureus. Josephus
nos tesmoingne qu'il venoit de paradis terrestre et avironoit le
chastel et corroit trèsqu'an la forest chiés un prodome hermite et
illec perdoit son cors et euroit an terre pès; partout là où il
s'espandoit, estoit grant plantez de toz luès, el riche chastel que
Perceval ot conquis, ne failloit nule rien ; li chastiax avoit III nons,
ce dist li contes.
Edein estoit li uns des nons, et li autres : Chastiax de Joie,
et li tierz : Chastiax des Armes. Orre dist Josephus que onques n*i
desvia nus que l'âme n'alast en paradis. Li rois Artus estoit I jor
aux fenestres del chastel et misires Gauvains. Li rois esgarde de-
vant lui venir, outre le pont del chastel, une grant profession de
janz, li un avant l'autre; et estoit tuit blanc vestuz cil qui devant
venoit et portoit une croiz moult grant et li autre chascuns une
petite, et li plussors venoient chantant à douce [voiz] et portoient
chandeles ardanz, et il an i avoit un par derrière qu'il aportoit
une closse atout I batel à son col. « Ha, Dex! feit li rois Artus,
quex janz sont-ce là? » — « Sire, feit Perceval, je les connois touz
forz le derrian. Ce sont li hermite de ceste forest qu'il viennent
chanter çà dedanz devant le seint Graal III jorz en la semeine. »
— 250 —
Vouant li hermite aprochièreat le chastel, li rois ala ancontre
et li chevalier aorent les croiz et anclinèrent les prodeshomes.
Tantost corne il furent anlré an la seinte chapele, il otèrent au
derrian la cloche, si le férirent à l'autel et puis le mirent à terre ;
puis commencèrent le servisse moult saintisme et moult glorieus.
Li estoires nos tesmoigne qu'an la terre le roi Artus n'avoit an cel
tans nul calice. Li Graalx s'aparut el secré de la messe, en
V manières que l'an ne doit mie dire ; quar, les secrées chosses
del seremant ne doit nus dire an apert, se cil à qui Dex an a
donée [la puissance]. Li rois Arlus vit toutes les muances; la
dariane si fu el calice; et trova li hermites qui la messe chan-
toit I brief desouz le corporal, et dissoit les lestres que Damedex
voloif que an icel fîcssel fust sacreficiés ces cors et que Fan le
méist an remanbrance. Li estoires ne dit mie que il n'en fust
aillors ; mès en toute la Grant Breteingne, ne an tout le réaume
n'en avoit nul. Li rois Artus estoit moult liez de ce qu'il ont véu
et ont an remanbrance le non et la forme del seintime calice, dont
demanda à Termite qui la close avoit aportée, dont cele chosse
venoit. «Sire, feit-il à monseingnor[Gauvain], je sui li rois por qui
vos océistes le jaiant de coi vos éustes l'espée, dont saint Jahanz fu
descolez, que je voi sor cel autel. Je me fis bautissier devant vos et
touz cens de mon réaume et torner à la novele loi, et puis en aloi
an 1 hermitage desor la mer, loing de jant, où j'ai esté grant pièce.
Je me relevai une nuit aux matines et regardai desouz mon her-
mitage, si vi que une nef i avoit pris port; je i alai quant la mer
fu retreste, si trovai dedanz la nef III provères et lors clers; il me
distrent lor non et cohmaut il estaient apelé en bautesme. Gri-
goire avoient non tuit III, et venoient de la terre de promission, et
me distrent que Salemons avoit fondu III cloches pour le Sauvéor
del mont et pour sa douce mère et pour ces seins honorer ; si
avoient ci esté amené par son conmaodemant en cesle [il le] por ce
que nulle n'en i avons. Il me distrent que, se je la portoie en cest
chastel, il portoient touz mes péchiez sur eus, par le pleissir Nostre
Seingnor, en tel manière que je an seroie quites, et je autresint et
por ce l'ai-ge ci aportée, por le conmandemant que Dex vclt que ce
— 251 —
soit essanplères de toutes celés que l'an contre fera el réaume de
cest ille cù il n'en ot onques mès nule. » — « Par foi, feit misires
Gauvains à Termite, je vous connois moult bien corne prodome,
quar vos me tenist convenant véritablemant. » Li rois Artus fu
moult liez de la closse, et tuit cil de là dedanz; si li sanble bien
que ce soit sanblant de son à ce qu'il oï sonner, puis que il mut
de Cardeull. Li hermite s'an alèrent en lor hermitages chascuns,
quant il orent feit le servisse.
Si corne li rois séoit un jor au mangier en la sale, et Per-
ceval et misires Gauvains et li ancian chevalier, atant ès-vos Tune
des III damoiseles del char qui vient, et estoit férue très parmi
le braz destre : « Sire, feit-ele à Parceval, aiiez merci de vostre
mère et de vostre sereur et de nos. Aristoz de Moreines, qui
cousins fu le seingnor des Mores que vos océistes, guerroie vostre
mère, si an a menée vostre seror en I chaslcl d'un suen vavasor, à
force, et dist que il la prandra à famé et aura toute la terre, maugré
vostre, que vostre mère doit tenir. Mès onques chevaliers n'ot si
cruel coutume corne lui ; quar, quant il aura la damoisele espossée,
quex qu'ele soit, jà tant ne l'aura amée que ne il méismes li tranche
la teste; après en requiert I autre en tel manière. Mès d'itant a-il
bonc costume que jà nule n'en vergoignera trèsqu'à icele hore que
il l'aura esposée. Sire, je estoie avec mademoisele vostre sereur,
quant il me navra en tel manière. Si vos mande et prie vostre mère
que vos la secoroiz; quar vos li éusles an convenant que si feriez- vos
se ele an avoit mestier et vos le saviez; quar, se vos consantez sou
annui et son doumage, la honte an iert vostre. » Perceval ot les no-
vêles, si an fu moult dolanz. « Par mon chief, feit li rois à Perceval,
je et mes niés irons an \ostre aide, se il vos plest. » — c Sire, feit il,
raout grant merciz; mès alez achever vostre afeire ausint; quar
il vos est mestiers ; et si vos pri et requier que vos soiiez garde
del chaslel de Camaalot, se ma dame ma mère vient à cel chas tel ;
quar je vos an faz seingnor et avoé ; encores vos soit-il lointeinz,
garnissiez-le et si le gardez, quar il siet an mout bon leu. »
'eingnors, ne cuidez mie que ce soit cist Camaloz de coi
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— 352 —
cist contéor content, là où li rois Artus tenoit si souvant sa cojrt.
Cil Camaaloz qui fu à la Veuve Dame séoit au derrian chief de la
plus sauvage ille de Gales près de la mer, devers Ocidant; il n'i
avoit que le recest et la forest et Tève qui l'aviroient. Li autres
Kamaaloz le roi Artus séoit à l'entrée del réaume de Logres, si
estoit pueplez de jant et estoit assis au chief de la terre le roi,
por ce que il joistissoit toutes les terres qui de cele part marchis-
soient à la seue.
e Perceval se test ici li contes et dist que li rois
Artus el misires Gauvains ont pris congié à Per-
ceval et à touz ceus del chas tel. Li rois li lest le
bon destrier que il consuit avec la corone d'or. II
ont tant chevauchié, antre lui et monseingnor
Gauvain, qui sont venu an I gaste chastel ancian
qu'il séoit an une forest. Li chastiax fust moult biaux et moult
riches s'il fust hantez de janz ; mès il n'i avoit c'un provère ancian
et son clerc qui vivoi[en]t là dedanz de lor labor. Li rois et misires
Gauvains i herbergièrent la nuit, et l'andemain entrèrent en une
moult riche chapele qui là dedanz estoit, pour oïr la messe, et
estoit pointe environ de moult riche color d'or et d'azur et d'autres
colors. Les images estoient moult bêles, qui pointes i estoient, el
les figures de ceus por qui les figures furent festes. Li rois et
misires Gauvains les esgardèrent volentiers. Quant la messe fu
dijte, li prestres vint à eus et lor dist : « Seingnor, fet-il, ces escri-
tures sont moult bêles et cil qui fère les fist est moult loiax et si
ama moult la dame et son fill pour qui il le fist fère. Sire, fet lî
prestres, ce est unes es foires vraies. » — t De qui est li estoires,
biax sires? » feit li rois Artus. t D'un prodome vavasor qui cist
recez fu, et de monseingnor Gauvain le neveu le roi Artus et de sa
mère. Sire, feit li prestres, misires Gauvains fu çà dedanz nez et
levez et bautissiez, einsint corne vos le povez là veoir escrist; et ot
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— 253 —
non Gauvain pour le seingnor de cest chastel qui tel non avoit. Sa
mère, qui Tôt del roi Loth, ne vost mie qu'il fust séu; ele le mist
en I moult bel vessel, si pria au prodome de ça dedanz qu'il le
portast là où il fust périz, et, se il ce ne feissoit, ele le feroit fère à
autrui. Icil Gauvains, qui loiax estoit et ne vost mie que cil anfes
fust périz, fist sééler à son chevez qu'il estoit del réal lignage
d'une part et d'autre, et si mist or et argent pour l'anfant norir à
grant plenté, et coucha desour l'enfant une moult riche pane. Il
l'enporta an I moult lointcingne païs; puis, vint, à un ajornant, an
I petit pleisseiz où il avoit I moult prodome manant ; il le bailla à
lui [et] à sa moillier et lor dist qu'il le gardassent et norissisent
bien, qu'il lor en poroit venir granz biens. Li vavasors s'en retorne
arières et cil gardèrent l'anfant et le norirent tant que il fust grant ;
puis, le menèrent à Rome à l'apostèle, si li mostrèrent les lestres
séélées. Li apostèles les vit et sot que il estoit fiuz le roi. Il an ot
pitié, si le fist garder et li fist antendre qu'il estoit de son lignage;
puis, fu esléuz à estre anperière de Rome. Il ne le voloit estre, por ce
que Tan ne le reproschast sa nessance que l'an li avoit célée avant.
II s an parti, et puis fu il ça dedanz. Or dist l'an qu'il est uns des
meillors chevaliers del monde, si n'osse nus cest chastel séoir, pour
la doutance de lui, ne ceste grant forest qui ci est anviron. Quar,
quant li vavasors fu morz de çà dedanz, si leissa à monseingnor
Gauvain, son filleull, cest chastel, et moi an fist garde trèsqii'à cele
hore que il revandroit. »
JUi rois regarde monseingnor Gauvain, et le vit bronchir
vers terre de vergongne. « Biax niés, ne soiiez pas honteqs, quar
autretel me povez reprochier; ce fu grant joie de vostre nessance,
et moult doit l'an aimer le leu el anorrer, où si bons chevaliers
corne vos estes naqui. » Quant li prestres entendi que c'estoit misires
Gauvains, si an feit moult grant joie et an est touz honteus de ce
qu'il li a einsint recordée sa nessance. Mès il li dist : c Sire, moult
n'an devez avoir blâme, quar vos fustes confermcz en la loi que
Dex a'establie et an loiauté de mariage del roi Loth et de vostre
mère, tceste chosse set bien li rois Artus, et Damedex estoit aourez
quant vous estes çà dedanz venuz.
— 254 —
i se U si li contes del réiaume et del roi Artus et de
monseingnor Gauvain, qu'il demorent el chastel
por le mtiotenir et por garder tant qu'il l'auront
garni de jant. Ici parole del fill au chevalier del
gaste manoir, là où li bradiez mena monseingnor
Gauvain, que Lanceloz ocist. II ot I fuiz qu'il ot non
Mélianz; cil n'ot mie oublié la mort de son père, einz l'an estoit
l'ire enracinée el cuer. Il oi dire que Brians des Mes avoit grant
force et grant povoir, et qu'il guerroioit la terre le roi Artus, si
avoit jà assez de ses chevaliers ocis. Il s'an va cele part et est venuz
là où Blians estoit en un sien chastel. Il li conta cinsint corne
Lanceloz avoit son père ocis; il li pria moult doucemant qu'il le
féist chevalier, quar il vancheroit son père moult volantiers, et
si li aideroit la guerre à meintenir, à son povoir. Bliax an fist
grant joie, il le fist chevalier moult richemant, et il fu li plus biax
et li plus preuz qui fust en la cort Briant, de son aage, et désiroit
moult Lancelot à ancontrer. Il se merveillièrent moult an la terre
et el réaume que il estoit devenuz; li plusor quidoient que il fust
morz; mès non estoit; ainz estoit seinz et délivres et hestiez, ne
fu»t por a m or la réine Guenièvre, de quoi la doulor li gissoit si el
cuer qu'il ne la povoit oublier. U chevauchoit I jor parmi une
forest, si aconsuit un chevalier et une damoisele qui menoient
moult grant joie ensanble de chanter et d esbanoier. < Par Deu,
feit la v damoisele, se cest chevaliers qui ci vient si demore, il
sera moult bien herbergiez ; ausint est-il près de Tavesprir ; et il
ne trovera mès hui si bon ostel. > — « Damoisele, feit Lanceloz,
de bon ostel aurai-je bien mestier, quar je sui auques travailliez.»
— t Aussint sont tuit cil, fet-ele, qui viennent de la terre au riche
roi Peschéor, que nus n'an puet la poine ne le travail sofrir se il
n 'estoit bons chevaliers, i
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t ix ! damoisele, feit Lanceloz, où est la voie au chastel que
vos distes? » — c Sire, feit li chevaliers, vos iroiz par cele croiz
que vos véez devant vous et nos irons par cele autre voie à un
recest. Par aventure nos nos troverons au chastel ainz que vos an
partoiz. • Lanceloz s'an vet son chemin, si s'esloingne. « Par mon
chief, feit la damoisele au chevalier, cil qui là s'an vet est Lan-
celoz; il ne me connoist mie et je le connois bien ; par son annui
et par sa doulance, oi je grant destourbier. Mès, se Dex plest, je
an aurai vangence ançois qu'il se parte del chastel où il vet pour
herbergier. Il fist le mariage à force d'un chevalier qui .m'amoit
plus que nule riens, et d'une damoisele que n'amoit mit»; tant
ancore le puet l'an bien apercevoir, quar onques puis ne manga à
sa table, ainz siet avec les escuiers, ne ne feroit l'an riens el chastel
pour lui. Mès li chevaliers ne la vost guerpir pour s'onor et por
ce que je an fusse blâmée. » Li vespres est aprochiez et Lanceloz
s'an vet vers le chastel, qui moult estoit crieus et resongniez; il le
choissist au chief de la forest; il voit large et fort la clôture grant
et les barba juanes fors et baleilliées; et avoil à l'anlrée de la porte
XV testes de chevaliers pendues. Il trova par defors I chevalier
qui venoit de la foresl, il li demande quex chastiax cestoif, et il li
respondi que l'an l'apeloit le chastel del Cripe. t Et porquoi sont
ces tesles pendues à cele porte? t — « Sire, feit-il, la fille au sein-
gnor del chaslel est la plus bele del monde et que Fan sache an un
réaume; si la couvient rouver à famé à touz les chevaliers qui là
dedanz herbergent. Cil qui pourra sachier une espée, qui est fichiée
an une colonbe anmi la sale, et traire fors, il, l'aura, par droit
guiemant.
« Tuit cil sont esprové, dont vos véez les chief pandre à la
porte, n'onques nus d'eus ne puet Pespée remuer, et par cele
achoisson onl-il les tesles tranchiées. Or dist Tan que nus he l'an
poura trère, fors que cil qui l'an trèra n'est mieudres chevaliers
d'autre, et de ceus qui ont esté au Graal le couvandra estre. Mès,
se vos me volez croire, biaux sire, feit li chevaliers, vos iriez en
autre leu; quar il feit mauvès herbergier an leu où il convient
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— 256 —
mestre son cors et sa vie an aventure de mort, et nus ne doit avoir;
blâme de son annui eschever. Sire, li chastiax est moult fel, quar
il a, desouz terre, à Foissue (f une citerne qui là est, un lion et
une gripe qui dévoré ont plus de L chevaliers, i — « Sire, feit
Lanceloz, il est vespres, ne je ne sauroie mès hui où aler, quar je
ne soi mie où aler, que je ne sé mie les leus ne les estres de la
forest. t — t Sire, feit li chevaliers, je ne vos le di se por bien
non ; et Damedex vous an lest partir, sauve vostre anor. t Lan-
celoz trove la porte del chastel toute ouverte, il antra dedanz, touz
armez ; il descendi devant la mestre sale. Li rois estoit aus fenestres
apoiiez, si conmenda son cheval à estaler.
JUanceloz est antrez an la sale et trova chevaliers et damoi-
seles, aux tables et aux eschès jouant ; mès il ne trova onques celai
qui le salua ne qui joie li fist à son venir, fors que le seingnor
seulemant ; quar itiex estoit le costume del chastel. Li sires le j
conmanda à désarmer. « Sire, feit-il, je puis moult bien sofrir les
armes ; quar ce sont li plus bel garnemant et li plus riche que je
aie. » — t Sire, feit li sires del chastel, nus chevaliers ne manguë
çà dedanz armez; mès qui çà dedanz vient armé, si se désarme
par congié. Il repuet bien prandre ses armes sans contredit, se je
ne autre li veul mal feire. » Atant l'ont li dui valet désarmé. Li
sires del chastel li fet aporter une moult riche robe por vestir.
Les tables furent misses et les viandes prestes. La damoisele issi
hors de ses chanbres, si l'adestreièrent dui chevalier jusqu'an la
sale; ele esgarde Lancelot, si le vit moult bel chevalier et moult li
sist bien ses estres et sa contenance, et pansa à soi méime que ce
sera moult granz doumages se si biaux chevaliers avoit la teste
tranchiée.
JUanceloz salua la damoisele et fist moult grant joie et, quant
Tan ot mangié, an la sale, atant ès-vous la damoisele qu'ele vient,
que Lanceloz aconsut an la forest avec le chevalier. « Sire, feit-
ele au seingnor del chastel, vos avez annuit herbergié vostre
anemi mortel; cist ocist vostre frère el gaste manoir. » — c Par
foi, feitli sires del manoir, je ne le cuide mie, quar je ne l'éusse
j
— 257 -
nedoiiiî mie herbergié; ne je ne le croi mie très bien trèsqa'à cele hore
»aJ( W, que je |»aj esprové. » — « Sire, Jeit-il à Lancelot, feites la demande
» m | h. que li autre font. » — c Quex cst-e|e? » feit Lanceloz. « Vez illec
1 ^ ma fille, rovez-la moi; se vos estes tex que vos la deviez avoir,
'er> W je vos la donrai. » — « Sire, feit Lanceloz, il n'a si bons cheva-
estresi
lier* el monde qui ne s'an dust cointoiier se il l'avoit, mès que ele
5 P0^ le vosist; et, se je cuidoie que vos la me vossisiez doner, je la vos
)r- }k demanderoie volantiers. » Lanceloz dissoit autre qui il ne pansoit,
dflM por el partir, et la dolor de la réine li gissoit si el cuer qu'il
>/eneSif n'estoit nule amors el monde à qui il se poïst apoiier de dame ne
; de damoisele. Il demanda la fille au chevalier del chastel et vint
devant lui por la coutume sauver que il n'an fust blâmez. Et il li a
t^tf mostré l'espée qui est an la colonbe, néelee d'or, c Alez, feit-il, si
m(n festés la costume que li autre chevalier ont feste. » — c Quex
MWP*'. est -ele? » feit Lanceloz. c H ne porent sachier l'épié de cele
sire colonbe, si faillirent à ma fille et à lor vies. » — c Damedex, feit
rfrirte Lanceloz, me gart de ceste costume !» Et est venuz vers la coulonbe
90e *j aux p|us tost que il puet et sésist l'espié à II poinz. Tantost corne
iaDF; il la toucha, si la trest hors par tel aïr que toute la colonbe en
crola. La damoisele an fust moult joieusse, se ne fust la félonie et
* »/! la cruauté de son père; quar ele ne vit onques mès chevalier qui
li pléust tant à amer corne lui. « Sire, feit l'autre damoisele, je le
estir j vos dissoie bien, cist est Lanceloz, li outrageus, qui vostre frère
ocîst. Mès ce n'est pas mançogne que il ne soit uns des meillors
chevaliers del monde; mès, par la vigor de sa chevalerie et par sa
bonté, a il feit meint outrage et fera ancore s'il vos eschape; et,
se vous m'an créez, vous ne l'an lérez mie einsint partir. Quar, se
vos le tuez ou ociez, vos sauverez à meint chevalier la vie. > La
fille au seingnor del chastel set maugré à la damoisele de ce qu'ele
dist, et regarde Lancelot d'eures an autres, an soupirant; mès ele
n'an osse plus fère. Ele se merveille moult, puisque Lanceloz a
l'espié tret de la colonbe fors, qu'il ne la demande à son père corne
la seue lige; mès il pansoit à autre chose, que il ne fu onques si
dolanz por dame corne il estoit pour la réine. Mès, quel pensé et
quel talant qu'il an ait, il dist au seingnor del chastel que il li
tiegne le convant dès icele hore que li espiez fu fichiez en la
17
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— 868 — ■
colonbe. € Je ne le vos doi mie contretenir, feit li sires dd
chastel, ne je n'ai mie mon veu anfreint se je tos an faill ; quar
Tan ne doit mie [sa] fille douner à son annemi mortel. Puisque tos
avez mon frère ocis, vos estes mes anemis mortex, et, se je tos
donnoie à lui, ne le devroit-ele mie voler, et, s'ele l'ostroie, ele
feroit que- foie et qu'anragiée. » La damoisele est mout dotante de
ee qu'ele ot à son père dire; ele vossist bien que Laneeloz et lui
fussent an la fores t, bien au parfont. Mès Laneeloz n'i vodroit mie
estre einsint eome ele panse. Li sires del chastel fet bien garder
l'antrée del chastel, que Laneeloz ne s'an puist issir par nule part
Après, dist à ses chevaliers privéemant que il gardassent sur lor
vies que il fussent l'andemein tuit prest et tuit garni de lor armes;
quar il vora à Lancelot la teste cosper et pandre desur toutes les
autres.
JJa fille au seingnor sot ceste nbvele, si an fu moult dotante,
quar ele ne cuidoit jâ mès avoir joie à son cuer se il iert ocis an
tel manière. Ele li do'une, par I sien privé mesage, saluz corne cele
qui plus l'aime que nule riens vivant el monde ; et si li mande et
prie que il soit garniz de ses armes et aprestez por garentir sa vie.
Quar ses pères li velt fère tranchier la teste. « Sire, feit li mesage,
vostre force ne vous vauroit noiant encontre monseingnor, quar il
sera demain soi Xlliesmes de chevaliers, touz armez, à l'oi&ue de
la porte par où vous antrastes annuit; et dist qu'il vos vodra
tranchier la teste là où il les tranche aux autres chevaliers. Par
dehors la porte, an aura touz einsint XII touz armez. Il n'a si bon
chevalier el monde qui de cest chastel poist essir parmi les
XXUII chevaliers ; mes ele vous mande qu'il i a une citerne desous
cel chastel, qui vest par desouz terre trusqu'en la forest; si i puet
bien I chevaliers aler, touz armez ; mès il i a I lion, le plus fier et
le plus orible del monde et II serpanz que l'an apele gripes, qui
ont vière d'ornes et bés d'oisiax et ielz de cuète et danz de chien et
oreilles d'anes et piez de lion et ceue de serpant, et ont faonné U
dedanz; mès nus ne vit onques tant crieusses bestes ne tant Télo-
nesses. Si vos mande la damoisele que vos an ailliez par illec, par
a riens que vos «onques plus amez, et que vos ne l'an faillies mie;
— SI9 —
quar ele tondra paler à vos à Tissue de la citerne, en I vergier
qui est près (Tune rivière moult large et près de cest chas tel;
et fera mener rostre destrier après vos, par desouz terre. » —
c Par mon chief, feit Lanceloz, s'ele me m'éust congoré en itel
manière et pour la seue amor ne fust, go me méisse an aventure
aux chevaliers que aux bestes sauvages; quar je auroie moult
greîngnor, se je me povoie délivrer d'eus, que aler an tel manière. »
— c Ele vos mande, feit li mesage, que, se vos einsint ne le testes,
qu'ele ne prendra nul conroi de vos. Ele le feit pour la doutance
de vostre amor, et vez-ci I brachet qu'ele vos tramet par moi, que
vos anporterez an la citerne. Tantost corne vos verrez les serpant
gripes qui là dedanz ont faoné, si lor mosterroiz et giteroiz devant
eus; les gripes l'aiment tant corne bestes puet plus l'autre amer;
eles auront tele joie et tele antente au brachet eonjoïr qu'eles vos
lesront, einsint vos an sauront bon gré que jà ne vos regarderont
por mal feire. Si n'est home el monde, tant fust bien armez ne
poissanz de soi meimes, mès se il passoit autremant, que il ne
fust dévorez. Mès del lion ne povez-vos avoir garantisse se de
par Deu non et de vostre hardemant. » — c Dites à ma damoisele,
feit Lanceloz, que je feroi tout son conmandemant; mès ceste
couardisse ne resanble à autre plus, que je m'iroi eonbatre as
bestes, si leroi la mellée des chevaliers. » II fu einssint recordé è
la damoisele, ele se merveilla moult et dist que il estoit li plus
hardiz chevaliers del mont.
JUanceloz s'arma anvers la jornée et ot c'espée ceinte, son
escu à son col, et son glaive an sa mein ; si antra an la citerne
touz honteus, et li brachez le suit après, que il ne le desgna porter;
et s'an vient de cele part où les gripes estoient. Tantost corne ele
l'oïrent venir, ele se drécièrent an piez et se drescent corne ser-
vant, puis giétent tel feu et si gmnt flanbe parmi la roche que
toste la citerne en esclarcist ; et virent, à la clarté de lor bouche,
le brachet venir ; tantost corne ele l'ont choissi, ele le portent avec
lor fcons, si an moinent la greignor joie del mont; Lanceloz s'an
passe outre sanz contredist, et choissi, vers l'essue de la citerne,
le lion qui venuz estoit de la forest, touz fameiUeus. Il est venue
— 850 —
cele part, moult hardiemant, l'espée sachiée; li lions vient vers
lui, la geule bahée et les ongles alongniez et li cuide fichier en son
bauberc; mès Lanceloz le haste et le fiert de si très grant aïr qne
il li tranche la cuisse atout la ganbe. Quant li lions se sant afolez,
il Tari aux danz et aux ongles de son pié devant, si anporta la
moitié del pan de son haubert. Adonc se coroça Lanceloz ; il out
gité son escu à terre et aprocha le lyon au plus près ; il vit qu'il
ot la geule baée por lui revanchier, il li fiche l'espée au plus droit
qu'il puet el palès ; li lyons chéi mort, si gita I bret. La damoisele
qui venoit parmi la citerne oï que li lyons fu morz.
Lanceloz ist forz, si vint el vergier dejoste la forest et terdi
l'espée à la freschor de l'erbe vert. Atant ès-vos la damoisele qui
vient. « Sire, feit-ele à Lancelot, estes-vos bléciez én nul leu? >
— « Damoisele, Dex merci, nennil. • Une autre damoisele li
amoine un cheval el vergier. La damoisele del chastel regarde
Lancelot : « Sire, feit la damoisele, il me sanble que vos n'estes
mie très bien joieus. » — « Damoisele, feit-il, je ai droit se je ne
le sui; quar j'ai perdu la riens el mont que je plus amoie. > —
< Et vous m'avez gahangnie, feit-ele, se an vous ne demeure, qui
sui la plus bele damoisele de cest réaume; et por ce, vos ai-je
garanti la vie, que vos m'otroiiez vostre amor ; quar je vos veuil
doner la moie. » — « Damoisele, feit Lanceloz, mout grant merciz,
vostre amor veu-ge bien et vostre bienvoillant; mès, vous ne les
autres damoiseles, ne devriez avoir fience an moi, se je metoie si
tost en nonchaloir l'amor à qui mes cuers estoit obéissanz pour la
valor et pour la cortoissie qui estoit herbergiez en lui. Ne jà mès,
fant conme je vive, n'en ameroi nule an tel manière; ainz conmant
toustes les autres à Deu; et à vous méimes pour le congié, conme à
cele à qui servir je vouroie estre, se vos aviez, mestier de moi, por
ce que je Tusse an leu et an esse par quoi je péusse sauver vostre
anor. »
.a , Dex, feit la damoisele, con je sui traie quant je
départi del meillor chevalier del monde! Lanceloz, vous avez fet
ce que onques chevaliers ne pout mès fère. Or sui dotante quant
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— 961 —
vos m'eschapez en tel manière et que vostre vie est sauvée en tel
manière par moi; je vous amasse mielz mort à mon heus que vis
anvers I autre. Or voi-ge que vos éussiez la teste tranchiée, si fust
pandue avec les autres, adonc me souleroi-je de l'esgarder. » Lan-
celoz ne prissa riens quant qu'il ot, por la dolor qui li gist el cuer
de la réine. Il monte sor son cheval et ist hors del vergier par
I potiz, et antre an la forest, si se conmande A Deu. Li sires del
chaslel aux Gripes se merveille moult que Lanceloz demore tant;
il cuide qu'il n'ost venir aval et dist à ses chevaliers : « Alons li
lasus tranchier la teste, que il n'osse descendre aval. • Il le feit
quarre par toute la sale et par les chanbres ; mès il ne le trove
mie. € Il s'au est alez, feil-il, parmi la citerne, si l'ont gripes
mangié. » Si envoie de ses chevaliers II des plus hardiz por voier.
Mès li brachez estoit revenuz après la damoisele, de coi les gripes
estoient coreciez et ardent tantost les II chevaliers qui antrèrent
an lor citerne, si les ocirent et dévorèrent.
vouant li sires del chastel le sot, si antra an la chanbre là
où sa fille estoit, si la trova plorant; et cuide que ce soit les
II chevaliers qui sont niorz. L'an li aporte noveles que cest lyons
est morz à l'oissue de la citerne, adont sot il bien que Lanceloz
s'an fu alez et dist à ses chevaliers qu'il le sivent; mès il n'i ot si
hardi qui suivre l'ossast. La damoisele voloit bien qu'il fussent
alez après, parsi que l'an le ramenast el chastel ; qu'ele estoit si
esprisse à mort de s'araor qu'ele ne pansoit à autre chosse. Mès à
Lancelot ne sovenet à autre de lui ; s'an aloit pensis très parmi la
forest et regardoit d'eures à autres son hauberc que li lyons a
despané. Il chevauche tant qu'il est venuz, à l'avesprir, à une
grant valée où il avoit forest d'une part et d'autre, et duroit la
valée X granz lyeues galesches. Il esgarde à destre desus la mou-
teingne de la valée et voit une chapele novelemant feste, qui mout
estoit bele et riche, si estoit couverte de plonc et avoit par derrière
II coinz qui sanbloient estre d'or. Dejoste cele chapele, avoit
III messons moult richemant herbergiées, et estoit chascune par soi
et ainz [tenant] à la chapele. Il avoit moult biau cimetire à la pha-
pele anviron, qui clos estoit à la ronde de la forest, et descendoit
— «62 ~
Une fottteïne, moult dère, de It hauteœ de ta forest, par devint la
chapele, et coroit an la valée par grant ravine; et chascune des
messons avoit son vergier, et li vergier avoit son clos. Lanceioz oï
vespres chanter à la chapele, il vit I santier qui celé part tornoit;
mès la monteingne estoit si roiste que il n'i pot mie aler à cheval,
ainz descend i, si le trest par la rêne après lui tant qu'il vint près
de la chapele.
Il i avoit III hermites là dedanz qui Ior vespres avoient
chantées et vindrent ancontre Lancelot, si l'anclinèrent, et il les
salua; puis, lor demanda quex leus c'estoit iceuc, et il distrent
que c'estoit ilec li leus d'Avalon. Il li font son cheval establer ; il
let ses armes par defors la chapele ; puis, est antrez dedans et dist
que il ne vit onques mès si bele ne tant riche. Il avoit léanz
ni autres lieus moult biaux et moult bien aournez de riches dras
de soie et de riches coinz d'or et de fillandières. Il voit les images
et les crocefiz touz novelemant fez et la chapele anluminée de
riches colors; et or i avoit el mileu II sarquex, l'un dedanz l'autre,
et avoit aux IM chiés IIII estavaus ardanz qui riche estoient, en
im chandeliers moult riches. Li sarquex èrent covert de II pailes ;
si verseillent clers d'une part et d'autre. « Sire, feit Lanceioz à l'un
des hermites, por qui furent cil sarquex fet? » — « Por le roi
Artus et por la réine Guenièvre. » — c Jâ n'est mie morz li rois
Art us, » feit Lanceioz. c Nennil, sire, se Dex plest; mès li cors de
, la réine gist an cest sarquex devers nos, et an l'autre est li chiés
de son fill, trèsqu'à icele hore que li rois soit finiz, à qui Dex
prest longue vie ; mès la réine dist à la mort que l'an méist le cors
dejoste le suen quant il fineroil. De ce avons-nos les lestres et son
séel en ceste chapele, et cest leu fist-ele renoveler an tel manière
ançois que ele morust. »
Quant Lanceioz ot que c'est la réine qui gist el sarquex, il
a le cuer si estreint et la parole, que il ne puet mot dire. Mès il
n'osse fère nul sanblant de dolor autre, que l'an ne l'apercève, et
ce li fist moult grant conforz qu'ele avoit I ymage de Nostre Dame
an son chevez. Il s ajenolla au plus près que il puet del sarquex,
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— 968
autresint oome pour l'image aourer, et misi son vière et sa bouche
à la pièredol sarquex, et la regrete mout doucemant. « Ha, dame,
feit-il, se je ne doutoie le blâme de la gent, je ne querroie jà mès
partir de cest lea et i sauveroie m 'âme et priroie pour la vostre, si
me serait grant reconforz que je seroie si procheins et que je verroie
la sépouture an coi vostre cors gist, qui tant ot de douçor et de
bien. Dex, consentez-moi, par vostre pleisir, que je puisse estre à
la mort procheins et que je muire en tel manière, en tel leu, que
je puisse estre anseveliz et enterrez an ceste sein te chapele où cest
cors gist. » La nuit fu aprochiée ; I clerc vint aux hermites et dist :
€ Onques mès nus chevaliers ne pria Dieu si doucemant merci, ne
sa douce mère, conme cil chevaliers feit, qui dedanz la chapele
est. » Et li hermites respondirent que li plussor chevalier croient
bien en Deu. 11 viennent à la chapele por lui et dient qu'il s'an
vienne, que la viande est preste et que il viegne mangier; après
ira dormir et reposser, quar il an est bien tans. Il lor dist que de
son mangier est il huimès noianz; quar talanz li est prise et
rolantez de veillier an la chapele devant uns de vos images de
Nostre Dame. Il ne s'an vodroit mès partir devant le jor et vodroit
que la niiit durast assez plus qu'ele ne dura. Li prodome ne
fossent esforcier de sa volante, ainz dient que li prodons est de
bone vie, qui an tel manière veillera cele nuit sans boivre et sanz
mangier, et si sanble estre moult travailliez.
JJanceloz fu à la chapele, jusqu'à I'andemain, devant le
sarquex. Li hermile s'apareillèrent de fère le servisse, que il chan-
toient chascun jor messe pour l'âme la . reine et pour la son fill.
Lanceloz les oi moult volantiers. Quant les messes furent chantées,
il prist congié aux hermites et regarda le sarquex moult douce-
mant ; il conmanda le cors qui dedans estoit à Deu et à sa douce
mère; puis, trova defors la chapele son cheval apareillié et s'est
montez tantost, si s'an part, et regarda le leu et la chapele tant
conme il la puet voier. Il a tant chevauchié qu'il aproche à Car-
deuil et trova la terre gastée et essillée et les villes arses, dont il li
poisse moult. Il ancontre I chevalier qui venoit de cele part et
estoit navrez moult duremant. Lanceloz li demanda dont il vient
— 864 —
et il li dist : < Sire, devers Cardeull. Si anmoine Kex li senes-
chaux, li tiers chevaliers, monseignor Yvein l'Anoutre vers le
chastel de Dore Roche. Je le cuidoie aidier à rescorre, si m'ont
navré an tel manière corne vous véez. • — c Sont-il onques
loing? i feit Lanceloz. c Sire, il passeront jà au chief de cele
forest et, se vos i volez aler, je retorneroi avesques vous moult
volenliers, si vos aideroi à mon pooir. • Lanceloz fiert le cheval
des espérons tantost, et li chevaliers après lui, et choissi Keu, li
seneschax, qui anmenoit grant aléure monseingnor Yvein, et l'avoit
mis desor un roncin trotant, quar il ne cuidoit mie que Tan le
sivist. Lanceloz le consuit, si li escrie : « Par mon chief, Kex li
seneschaux, vous vous déussiez bien tenir à tant de honte conme
vos avez feit au roi Artu, que son fill li avez mort ; si le guerroiiez
ancorre. • Il fiert chevax des espérons, le glaive alongnié, et Kex,
li seneschaux, tome vers lui, si s'antrefièrent des glaives sor les
escuz, si qu'il sont perciez, et passe chascun outre une aune de la
hantes.
Jjes lances furent forz, si ne brisièrent mie; il les resachent
à eus par grant aïr et s'antreviennenl si duremant que li chevaux
chanceloient et que il perdent les estriés. Lanceloz consit Kex H
seneschaux au passer outre, enmi le piz, et li anferre son glaive tant
conme li fers dura an la char, et Kex brisa li suen, et mout fu
dolanz quant il se santi bléciez. Li chevaliers qui navrez estoit
abati I des II chevaliers. Kex est à terre et Lanceloz prist le cheval
et mist sus monseingnor Yvein l'Anoutre, qui moult estoit navrez
duremant, si que à poines se pooit-il soffrir. Kex, li seneschaux,
feit son chevalier remonter et tient Pespée anpongniée autresint
conme se il fust enragiez. Lanceloz voit les II chevaliers navrez
moult duremant; il se panse que, se il areste, pora bien demorer
el champ; il les feit aler devant soi, et Kex li seneschaux les consuit
par derrière, soi tiers de chevaliers, qui moult est iriez de la ploie
qu'il sent et del sanc que il voit. Lanceloz anmoine ses chevaliers
autresint conme li sangliers vet vers les chiens, et Kex li doune de
Pespée granz cox, quant il le puet consivre, et Lanceloz, lui; si
•'an part, desfandant en tel manière.
— 965 —
Vouant Kex, li seneschaux, vit qu'il ne le poaret doumagier,
si ^an torna arière, de grant ire plainz, et s'aastist bien que il s'an
vangera se il le puet a teindre; quar c'est li chevaliers de la cort
que il plus het. Il est venuz arière el chastel de Dure Roche.
Brians des Ules li demande qui l'a si navré et il dist qu'il en
menoit Yvein l'Aoutre, que Lanceloz li a rescous. c Et li rois,
feit Brians, est-il repériez? » — c Je n'an oi onques noveles, feit
Kex. Quar je n'oi loissir del demander. » Brians et si chevalier se
consirassent bien de la venue Lancelot; il cuident bien que Lan-
celoz est venuz parsi que li rois soit mort et misires Gauvains. De
ce font moult grant joie. Kex, li seneschaux, fist désarmer et
gardent à sa ploie; Fan li dist qu'il n'avoit garde de mort, mès il
estoit bléciez moult duremant.
Jjanceloz est antrez dedanz le chastel de Cardeull atouz
ses chevaliers navrez et treuve la gant mout esfréée ; il démeinent
moult grant deul en plnssors leus, et regretent le roi Artus, et
dient que ore n'aient il mès nul secors de nullui se il est morz et
misires Gauvains. Mès il convient Lancelot qui monseignor Yvein
l'Aoutre avoit rescox, si furent auques reconfortez et démenèrent
moult grant joie. Les noveles an vindrent aux chevaliers qui el
chastel estaient; il vindrent tuit ancontre lui, fors cil qui navré
furent, et le moinent el chastel contremont, et monseingnor Yvein
aveques lui et l'autre chevalier qui navrez estoit. Tuit li chevalier
del chastel furent moult joiant, et li demandèrent noveles del roi
Artus et se il estoit morz ou non. Et Lanceloz lior dist que c'estoit
partiz de lui el pré del palès où il consuit le blanc destrier et la
corone d'or, là où l'an li aporta la novele que la réine Guenièvre
estoit morte.
« JL/ont, nos distes par vérité que li rois est en vie, et misires
Gauvains? • — c Tuit en soiiez certeins, » fet Lanceloz. Adonc
furent plus joiant que devant. Il contèrent la meschéance d'eus,
einsint conme Brianz des Ules les maumetoit et conmant Kex, li
séneschaux, estoit aveques lui, por eus gréver. Quar c'est celui qui
— 906 —
plus se pénoit d'eus mal fère. c Par mon chief, feit Lanceloz, Kex,
li séneschaux, se déust bien garder et targier de mal fère à vos ;
raès il se parti del chanp anferrez de mon glaive, quant je resquex
monseingnor Yvein. >
JJi chevalier sont moult reconforté de la venue Lancelot ;
mës il est moult dolanz de plussors que il trove navrez. Méiiaas
del Gaste Manoir est el chastel de Dure Boche et sont bien conpa-
gnon antre lui et Kex le séneschal. Il est moult liez des noveles
qu'il a oï de Lancelot qui est venuz, et dist que il est li chevaliers
el monde que il plus het; or vengera-il son père se il le puet
ancontrer. U vint devant le chastel de Cardcuil un jor soi Xiesine
de chevaliers armez, et acollirent la proie entre la forest et le
chastel. Lanceloz issi hors, touz armez, et ot VII des raeillors del
chastel avec lui. Il vint après ce qu'il la proie anmenoient; il con-
suit I chevalier et le féri del glaive très parmi le cors, et li autre
chevalier s'eslessent aux autres ; si brissièrenl li plusor des glaives
et fu granz li chapléiz, et il chéirent à l'asanblée, que d'une part
que d'autre, IIII chevaliers; si an ot de navrez moult duremant.
Mélians del Gaste Manoir choissi Lancelot et feit moult grant joie
de ce qu'il le voit, et le fiert desus son escu, si grant cop, qu'il li
brisse son glaive.
JLianceloz le fiert très parmi le piz par tel air qu'il le fet
soviner souz l'arçon de la sele derrière, si le porte à terre, janbes
levées, par desus la crope del cheval, et le démarche aux piez de
son cheval. Lanceloz volet descendre à terre por lui prandre, quant
Brians des Mes vint, qu'il le fist remonter à force. La force crut
d'une part et d'autre de chevaliers, qu'il vindrent de Cardeull et
de Dure Boche. Li froisséiz des lances fu moult granz el li chapléiz
des espées et li abatéiz des chevax et des chevaliers. Brians des
Ules et Lanceloz s'antreviennent einsint très duremant qu'il percent
les escuz et fausent lor hauberc; si se consivent des fers des glaives,
que les chars sont parties desouz les costes, et les hantes froissiées.
U s'entrehurtent si très duremant, au passer outre, que li eulz lor
estancèlenl ès testes, que li cheval chanceloient desouz elz. Il
967 re-
tinrent les espées sachiées, si retorâe Ii ans yers l'autre, si eonme
lyon. Il se donent si grant cox desor les hiaames. qu'il les font
anbatre et le feu saillir, par la force des cox del fer et de l'acier.
Et Mélyanz venoit, toz armez, vers Lancelot, por aidier Bruiant des
Illes; mès li fiouteilliers li vient à l'ancontrer et le Sert de son
glaive si duremant que il le fet passer très parmi l'escu, si li a
tort le braz au costé, si brisse son glaive au passer outre, et
Meslianz le sien ; mès il estoit navrez mout duremant.
Atant le sessi par le frein qu'il l'an cuide mener; mès les
chevalier et la force Bruiant le rescost. Li chapléiz dura grant
pièce antre Briant des Illes et Lancelot, que moult estoit chascun
iriez de ce qu'il estoit chascuns bléciez. Li uns sessist l'autre meintes
foizpar le frein ; chascun anmenast son par volontiers au sien recet;
mès la force des chevaliers les dessevrèrent d'une part et d'autre.
Einsint dura liestors trèsqu'à l'avesprir, tant que la nuit les départi.
Hés Brianz ne s'an puet mie vanter au départir; quar Lanceloz et
li sien menèrent à force IIII des siens, mout duremant navrez,
estre ceus qui demorent mort en la chanpangne. Brianz des Illes
et Mélianz s'en repérièrent arrières, tait dolanz de lor chevaliers
qui sont pris et mort. Lanceloz s'en revient à Cardeull, et font
mout grant joie cil del chastel, des chevaliers qu'il anmoinent pris,
et dient que la venue del bon chevalier Lancelot lor iert grant
confort, trèsquà cele eure que li rois Artus iert repériez et
misires Gauvains. Li navré chevalier, qui el chastel estoient, tor-
nèrent à garison, de quoi Lanceloz fu moult joieus. Il estoient
trèsqu'à XXXV dedanz le chastel ; de touz les chevaliers le roi,
n'i avoit-il plus fors Lancelot et le chevalier navré qu'il anmena
ensanble o lui.
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^ 268 —
\
i se lest li contes de Lancelot et des chevaliers
qui sont à Cardeull; si dist que li rois Ârtus et
misires Gauvains sont el chastel où li prestres dist
à monseingnor Gauvain conmant il nasqui; mès il
ne s an puéent mie partir à lor volanté; qnar Anu-
rez li batarz, qui frères fu Nabigant de la Roche que
misires Gauvains ocist por Méliout de Logres, seit bien qu'il sont là
dedanz, si a chevaliers asenblez et les tient là dedanz si corz que
il ne s'an puéent partir sanz grant doumage. Quar il a par dehors
trop grant foisson de chevaliers, et li rois et misires Gauvains n'en
ont avec eus que V del pais et de la forest qui sont à lor acort, et
il les tiennent si corz par dedanz qu'il n'an puéent essir ; ainz jure
li frères Nabigant qu'il ne s'an partira trèsqu'à icele hore qu'il
aura monseingnor Gauvain pris et de son conpagnon prisse van-
joison de son frère que il a mort. Li rois dist à monseingnor Gau-
vain que il a moult grant vergongne de ce que il sont si longuement
enclos là dedanz et mielz aime il à morir à anor que vivre à honte
dedanz le chastel. Et essirent hors, les glaives eslongniez; et
Anurez et si chevalier dont il i avoit grant foisson si an firent
moult grant joie.
Li rois et misires Gauvains se fièrent antr'ex et abat chas-
cuns le suen ; mès Anurez avoit grant vergongne de ce que il vit
ces chevaliers par si po de jant maumener; il aloingne son glaive
et fiert I chevalier le roi Artus parmi le cors, si l'abat mort; après,
revient à monseingnor Gauvain, si le fiert de tel vertu qu'il li
perce son escu ; il le fet desarmer et perdre les estriers ; et misires
Gauvains s'en aire et le fiert de tel vertu si très duremant que il
le fet cliner sor l'arçon de la sele derrière. Mès Anurez fu fort et
de grant vertu, si ressailli ès arçons et vint vers le roi Artus que
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il vit devant lai, mès il ne le connut mie. Il lessa monseing-
nor Gauvain, et li rois le fiert de si très grant aïr qu'il li tran-
cha le braz atout le glaive. La force des chevaliers fu grant, si
lor corent sus de toustes parz; il ne s'an fussent jà parti sein ne
antier, quant Mélyot de Logres i vint, soit XViesmes de cheva-
liers; qu'il avoit oies noveles de monseingnor Gauvain que l'an
avoit asis an I chastel, là où il estoient en tel manière antre lui
et le roi Artus, que il avoient perdu lor V chevaliers, si n'estoient
que dui, si se desfandent à lor pover corne cil qui bien cuidoient
demorer ; quar si n'estoit nule partisséure de II chevaliers à XXX.
iltant ès-vos Mélyot de Logres atout XV chevaliers et vient
là où li rois estoit et misires Gauvains en tel meschief, et se fièrent
par tel vigor et resceuent le roi Artus et monseingnor Gauvain à
cens qui les avoient pris ax freins, si an ocient bien dusqu à X et
li autre s*an fouirent, si ameinent lor seingnor afolé. Et monsein-
gnor Gauvains mercie moult Méliot de Logres de la bonté qu'il li a
feite, quar il lor a garenti lor vies, et il li doune le chastel et velt
qu'il le tiegne de lui; quar il nel sauroit an nul leu si bien anploiier,
et il l'a bien déservi à cest besoing. Mélyoz l'an mercie moult, si
prie moult monseignor Gauvain, se il ot que il ait raestier d'aide,
qu'il le viegne secorre autresint conme il feroit lui partout. Et
misires Gauvains li dist que de ce ne li couvient-il mie fère
proière; quar il est I des chevaliers el monde que il doit plus
amer. Li rois et misires Gauvains pranent congié à Méliot, si s'en
partent, et Mélioz garni le chastel qui moult estoit biaux et riches
et bien assis.
e Méliot se test li contes et dist que li rois Artus
et misires Gauvains ont tant chevauchié qu'il
sont venuz en l'île d'Avalon, là où la roïne gist.
Il herbergent la nuit avec les hermites qui lor
firent moult grant joie. Mès vos poez bien dire
que li rois ne fust mie joieus, quant il vit le
sarquex où la réine gissoit et celui où li chief de son fuiz gissoit;
adonc li renovela ses deus, et dist que cest seint leu de cele seinte
chapele doit-il plus amer que touz les autres de sa terre. Il s'an
partirent l'andemain quant il orent oï la messe. Li rois s'an vet
aux plus tost que il puet vers Cardeull et trove la terre gastée et
essilliée en plussors ïeus, dont il estoit moult dolanz, et set que
Kex, li séneschaux, le garroie avec les autres. Il se merveille moult
conment il l'osse fére. Il est venuz à Cardeul. Quant cil del
chaslel le sorent, si vindrent ancontre lui à moult grant joie.
Les noveles an alèrent par toute sa terre et cil de sa contrée an
furent mout joiant ; quar li plussors cuidoient qu'il fust morz.
Cil del chastel de Dure Roche le sorent, s'il n'an furent mie
joiant. Mès Kex, li séneschaux, fu gariz de la ploie, si se pansa
que il feroit grant folie se il demoroit plus illec pour le roi guer-
roiier ; quar il savoit bien, se li rois le tenoit et ses conmandemanz,
sa fin seroit venue. Il s'est parliz del chastel où il avoit grant
pièce esté et repassa lanier, et vint an la petite Bretaingne et fist
fermer I chastel, por la poor del roi, que l'an apèle Chinon, et fu
illec grant tans que il ne fu guerroiié del roi ; quar il avoit assez
autres aventures.
Xi. Cardeull fu li rois repériez et misires Gauvains; vous
povez bien savoir que sa terre an fu moult resbaudie et tuit li
chevalier reconforté; et revint à sa cort chevaliers de toutes parz.
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— m —
Ql qui narré avoient esté forent gari. Brias des nies ne délaia mie
son orgeull ne son outrage, ainz esforça la guerre de quant qu'il
pot, Melyanz et il ancore moult, et dist qu'il ne li faudra jà trèsqu'à
la mort, ne jà mès n'aura repos trèsqu'à icele heure qu'il iert
vanchiez de Lancelot. Li rois estoit I jour à Cardeull au mangier,
et avoit an la sale grant planté de chevaliers, et misires Gauvains
séoit dejoste le roi. Lanceloz séoit à la table et misires Yveins le
fuilz le roi Urian et Sagramors li Desréez et Yveins li Aostres et
autres chevaliers assez, anviron la table; mès il n'en i avoit mie
tant conme il soulet. Misires Lucans li Bouteilliers servoit devant le
roi de la coupe d'or. Li rois regarda anviron la table, si li souvint
de la réine, il conmença à panser et petit à mangier, et vit que la
cort estoit moult à gaste et enpiriée pour sa mort. Andemantres
que li rois pansoit de tel manière, atant ès-vos I chevalier, dedanz
la sale venu, tout armé, devant le roi ; et s'apuie sur l'arestaill de
son glaive : « Sire, feit li chevaliers, antendez à moi par vostre
pleissir et toit cil autre. Madeglanz d'Oriante m'envoie ci à vos, si
vous mande que vous li guerpissiez la Table Ronde ; quar vos n'i
avez droit, puis que la réine est morte ; que il est li plus prochiens
de son lignage et cil qui mielz la doit tenir et avoir ; et, se vos ce ne
testes, il vos desfie conme celui qui le deshirre ; quar il est vostre
anemis an II manières; por la Table Ronde que vos tenez à ton
et por la novele loi que vous tenez. Mès il vos mande par moi
que, se vous volez guerpir vostre créance et prandre la roïne
Jandrée sa seror, que vos clamera tôt quite la Table Ronde et
sera de vostre aide partout, et, se vous ce ne festes, onques n'aiiez
an lui fiance ; se vos mande-il bien par. moi. >
Li chevaliers s'en part atant, et li rois demore touz pensis,
et après mangier se leva des tables et tuit li chevalier. Il parole à
monseingnor Gauvain et à Lancelot et prant conseul à touz ses
autres. « Sire, fet misires Gauvains, vous desfendroiz au mielz
que vous pourez et nous vos aiderons à plessier vos anemis.
La Grant Breteingne est toute à vostre volenté, vous n'avez
ancore perdu chastel ne desrochié ne arsse que plaine terre et
les bordiax et les messons, ce n'est mie grant doumage à vostre
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eus ; mès la honte feit bien à amender. Li roi Hadeglanz est de
grant [hardemant] ; s'il guerroie vostre terre par devers Ocidant,
tremetez I des meillors chevaliers de vostre cort qui la guerre puisse
meintenir et la terre desfandre envers lui.
Jui rois séjorna à Cardeull grant pièce, il crut an Deu et an
sa douce mère moult bien. Il i aporta l'essample de feire des galices,
del chastel où li Graax estoit; il les conmanda à feire par toute sa
terre pour le Sauvéor del mont servir plus annorableraant. Il
conmanda ses cloches fondre an toute sa terre par Fan et que
•hascun an éust soulonc sa chière. Il plot mout à ceuls de son
réaume, quar la terre an estoit auques amendée. Les noveles li
vindrent un jor que Blians et Mélianz chevauchoient par sa terre
à grant rostes de jant et vouloient aler asoier Panenisousa ; et li rois
essi de Cardeull à grant planté de chevaliers touz armez, et che-
vaucha tant qu'il choissi Briant et sa gent, et Brianz lui. Il ran-
gèrent lor batailles de tousles parz, si s'antrevienent de si grant
vertu et de si grant aïr que ce sanbloit que la terre crolast; si
s'antrefièrent à l'asanblée, des glaives, si très duremant que l'an
povet oïr le froisséis de moult loing. Tel XIIII chéirent an l'asen-
bler qu'il onques puis ne relevèrent. Mélianz del Gaste Manoir
cerche Lancelot parmi l'estor tant qu'il Ta trové, et li cort sus
moult vigreussemant et li troe son escu de son glaive. Lanceloz le
fiert de si très grant aïr parmi le piz qu'il li anferre son glaive
trèsqu'anmi l'espaule, si l'anpeint par tel vertu que la hante brisse
et li tronçon demore ès cors; et Mélianz li cort sus, touz anferrez,
et li passe son glaive très parmi l'escu et parmi le braz, si que il
l'a consu au costé. Il passa outre et brisse son glaive; après,
retorne vers Lancelot, l'espée el poing, et li doune si grant cop
desus son hiaume qu'il li a tout anbaré. Lanceloz s'en aire moult
et plus li poisse de ce que il se sant navré : il vient vers Méliant,
l'espée traite, enbronchiez en son escu et anbronchiez an son
hiaume; il fiert Mélyant de si grant vertu qu'il li tranche l'espaule
desi au costé, si que .li tronçons an chiet, de quoi il estoit
anferrez. Mélianz se santi à mort navrez, si se trest arrières, touz
dolanz, et autre chevalier corent sus à Lancelot et li livrèrent
— «a —
antente, Misires Yveins et Sagramors li Desréez et misîres Gau-
vains furent d'autre part à grant meschief; quar jant cressent
duremant Brians des nies et venoient de toutes parz; H mieudre
chevalier an avoient de toutes parz le greingnor fès. Li rois Àrtus
et Brians des illes estoient anmî la bataille, [et] s'entredounoient
moult granz cox. Les janz Brians i viennent et prirent le roi Artus
par le frein, et K rois se desfanl eonme bons chevaliers -et fessoit
cerne autresmt anvafr come feit li sangliers antre les chiens. Misires
Yveins i est venuz et Lucans li Bouteilliers, et dêronpent la presse
à force. Atant ès-vous Sagramors li Desréez qui vient tant conme
cheval puet trère desouz lui, et fiert Briant des Illes, très devant
sa gent, de si grant aïr que il le porte à terre an I mont, et li et
le cheval. Brianz se brissa la cuisse au choir qu'il fist. Sagramors
tint fespée treite, si li vost bouter el cors, quant li rois li escrie
que il ne Pocie mie.
lies genz Brianz dorent mie pover de lor seingnor secorre;
ainz se traient arières, de toutes parz ; quar li estons avoit grant
pièce duré. Si antendirent aux morz et aux navrez, dont il i avoit
assez d'une part et d'autre. Li rois Artus an fist porter Briant des
Illes â Cardeull et mener austres chevaliers que si chevalier avoient
pris. Les janz furent moult joianz à Cardeull, quant li rots revint.
L'an a porta Méliant del Gaste Manoir sor son escu, à Dure Roche ;
mès ne vesqui guères puis. Li rois fist garir Bruiant des Illes et le
tint grant pièce en sa prisson, tant que Brians l'aséura de toute sa
terre et devint ses hons. Li rois le fist séneschal de tonte sa terre
et Brianz le servi moult bien.
JLianceloz fu guériz de sa ploie et tuit II chevalier des lor.
Li rois Artus fu touz raséurez et doutez et crémuz par toutes
terres et de sa terre autresint come il souloit estre. Brianz fu del
toit oubliez et ohéissanz aux conmandemanz te roi et plus est
privez de son conseull que nus des chevaliers, si an metoit auques
les autres arrières, de coi il lor pessoit moult. La félenie de Kex,
le séneschal, gissoit moult au roi el cuer, et dist qu'il an anaeroit
moult celui qui vangence Pan prendront ; quar H et si destoiaumant
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— 974 —
ouvré an vers lai que il n'an ossc feire eseondist; et est moult
grant doleurs au siècle quant hom de si poure pooir a ocis si haut
home couine son fill, sanz nul mesfeit ; et autresint an devrait
prandre vangeuce li estrange conme li privé et come il, por ce
que li autre se gardassent de tel desloiauté feire.
Brians fu doutez et crémuz par toute la Grant Bretaingne ;
li rois Artus lor avoit dist que tuit fussent an son conmandemant.
Si come li rois estoit un jor à Kardeull, atant ès-vous une damoi-
sele qui vient an la sale et li dist : « Sire, la roiine Jandrèe m'a
tramisse à vos, si vous mande que vous feroiz ce que ses frères vos
manda por son chevalier; ele veust estre dame et roiine de vostre
terre et que vos la prangnoiz à mollier, quar ele est de haut lignage
et de grant povoir; si vos mande par moi que vos guerpissiez la
novele loi et que vous créez el Deu là où ele croit, et, se vos ce ne
festes, vos ne povez avoir fiance an vostre terre; quar li rois Made-
glanz a jà aprestées ses olz por antrer el chief de vostre terre et a
juré son seremant que il ne finera si aura passé toutes les bones des
illes qui marchissent an vostre terre et vanra an la Grant Breteingne
à tout son pooir, si sessira la Roonde Table qui seue doit estre par
droit. Et ma dame méimes i vendrait ce n'estoit pour une chosse ;
mès ele a en lui tel desdeing de ceus qui croient la novele loi qu'ele
n'an daingne nul véoir; quar, tantost conme ele fust establie, fist
ele ses ielz couvrir por ce qu'ele ne voloit mie voier celz qui an
estoient. Mès li Deu an qui ele croit firent tant pour lui, por ce
qu'ele les aime et aheure, qu'ele descovre ses ielz et son vière et
qu'el ne voit goûte, dont ele est moult joieusse, et si an a les ielz
el chief bîaux et janz. Mès ele a grant fiance an son frère, qui
moult est puissanz, quar il li a an convenant qu'il destruira touz
ceus qui croient an la novele loi, à touz les leas où il les poura
ateindre, et, quant il les aura destruiz en la Grant Breteingne et •
ès a us très illes, si que ma dame n'an pouroit mès nul voier, ele
est si bien des Deus an qui ele croit qu'ele r'aura sa veue tout
antèremant; ne trèsqu'à cele bore ne velt ele voier nule riens. »
t JJamoisele feit li rois, j'ai bien oï que vous distes ce qui vos
est anchargiez; mès distes à vostre dame de par moi : que la loi
que li Sauvierres del mont a establie par sa mort et par son cro-
œfiement nel guerpirai-je jà pour amor que je aie an lui. Mès
distes-lui qu'ele croie an Deu et an sa douce mère, et qu'ele croie
la novele loi ; quar, par Cause créance an qoi ele meint, est ele
avolglèe an itel manière, ne jà mès n'en verra, cler trèsqu'à cele
heure qu'ele créra an Deu. Si li distes que je li mant que, tant
corn je vivroi, il n'i aura mès roiine an ma terre s'ele n'est d'au-
tretel valor come fu la réine Guenièvre. » — t Dont vos di-ge
bien, feit-ele, que vos orez par tans tex noveles que bones ne vos
seront mie. » La damoisele se part de Cardeul et vient arières là
où la roiine estoît et li conte que li rois ArtusJi mande. « Voire,
feit-ele, je l'eim plus que touz ceus del mont, et il refusse mon
voler et mon conmandemant. Or ne puet-il mès durer. • Ele
tramet à son frère le roi Madeglant et si li mande qu'ele méismes
le desfie se il ne prant vangance del roi Artus et se il ne li anmoine
an prisson.
peste esioiie dist que la terre à icelui roi estoit
moult loinicingne de la terre le roi Artus et que il
li convient passer II mers ançois qu'il aprochast
le prumier chief de la terre le roi Artus. II ariva
an Arbanie à grant force de jent, à grato navie.
Quant cil de la terre le sorent, si se garnirent
ancontre et desfandirent lors terres aux mielz qu'il porent; puis
mandèrent au roi Artus que li rois Madeglanz estoit venuz an tel
manière en la terre, à grant plenlé de jant, et que il les voist pro-
cheinemant secorre, ou qu'il li anvoit si bon chevalier qui les
puisse garantir, et, se il ne feil, la terre sera perdue. Quant li rois
Artus sot les noveles, si ne li fu mie bel ; si demanda à ses cheva-
liers qui il i poura tramestre. Et il li dient qui il i anvoiast Lan-
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celot; quar il estoit dînes chevaliers et seufranz et si saisît assez
de guerre, et si avoit an lui autretant de loiauté com an nul che-
valier que il séussent. Li rois le fist devant lui venir.
c Jjancelot, fieii li rois, je me fie tant an vos et an vostre ehe-
valerie que je vos veull tramestre au derrian chief de ma terre por
le garent, par le los de mes chevaliers ; si vos prl et requier que
vos an façois vostre pover autresint corne vos avez feit meintes foiz
an mon servisse. Et je vos charcheroi XL chevaliers. • — « Sire,
feit Lanceloz, contre vostre volenté ne veu-ge mie estre; mès il i a
an vostre cort autresint bons chevaliers ou mieudres conme je sui,
que vos i poissiez bien tramestre. Mès je ne voloie mie que vos le
teingniez à couardisse, si an feré vostre pleissk moult volontiers;
quar nullui ne doi-ge plus volentiers servir de vos. * Li rois le
mercie moullde ce qu'il dist, Lanceloz s'en part de la cort, si anmoine
XL chevaliers avesques lui; si est venuz an la terre d'Arbanie,
là où li rois Hadeglanz estoit arivez. Quant cil de la terre sorent
que Lanceloz estoit venuz, si an orent moult grant joie en lor
cuers ; quar il avoient meintes foiz oï parler de lui et de sa bone
chevalerie. Il furent tuit an son conmandemant et le reçurent come
avoé et conme garant.
JJi rois Madeglanz oissi un jor hors de ses nés, à bataille
contre Lancelot et contre cens de la terre. Lanceloz le reçut moult
vigreussemant et ocist moult de sa gent, et li plussor s'a» fouirent
et se vostrent trère vers les nés ; mès Lanceloz et sa gent les
alèrent péçoiier une partie. Li rois Mandeglanz, à tant de jant
come il pot, s'en est alez céléemant à la seue nef, si se fist an-
peindre an mer au plus tost qu'il pot. Cil qui ne porent venir
aux nés demorent à la pleine terre, si furent tuit détranchié et
ocis. Mandeglanz s'an ala desconfiz ; de X navées de jant que il
ont amené, n'en ramena que II. La terre fu an pès et raséurée ;
Lanceloz i demora grant pièce. Cil des païs l'amèrent moult et se
loèrent de sa valor et de sa grant bonté ; si dient li plussor meintes
foiz que il voudraient avoir I autretel chevalier à roi, com M estoit,
par la volenté le roi Ajrtus; que la terre estoit trop lointeingne, et,
- 177 -
s'il i raetat chevalier oh autre home fui la lerrê poïst garent^, il
l'as sauroient moult bon gré, si tenist cil la terre de lai ; quar U
ne la pouroient mie à lor voleûié garantir sanz avoé ; la jterre sanz
seingnor ne puet guères valoir. Cil de la terre amèrent moult
Lancelot si conme je vos di. Li rois Artus eatok à CardeuII et
estaient si chevalier ansanble o loi. II ouidoit estre assèurez et
vivre pessiblemant; més, ai corne il séoit I jor au mengier à Car-
deuil, atant ès-vos un chevalier qui vient devant la Table Roonde
sans lui saluer : « Sire, fait-il, où est Lanceloz? » — « Sire, feit
li rois au chevalier, il n'est pas an ceste contrée. » — «Par mon
chief, feit li chevaliers, ce poisse-moi; où que il soit, il est vostre
chevalier et de vostre hostel ; si vos mande li rois Glaudas que il
est ses annemis mortieus et vous, pour l'amour de lui, se vos le
recevez de cest jor an avant ; quar il li a ocis le fuilz de sa seror,
Mélioz del Gaste manoir, et si ocist le père Méliant autresint; mes
li pères appartient pas le roi Glaudas.
« Mélianz fu fuilz de sa seror germeinne, si li poisse moult
de sa mort. » — « Sire chevaliers, feit li rois, je ne sé eonmant
il lor est en convenant de ce que vos me dites ; més je soi bien que
li rois Claudas tient meint chastel qui le roi Glaudas ne déust estre,
dont il désérita son père; si s'en conviegne bien chascun de son
droit conquarre. Mès tant vos di-ge bien que à mon chevalier ne
faudré-ge jà, se il est tex que il s'ost de murtre desfandre, et, se il
ce ne velt fère, je souferé bien ce que droit an aporte. Blés puis
qu'il n'amera sa mort, ne je ne autre ne le devroit granmant
amer, se il ne velt adrecier son tort. Quant Lanceloz saura ces
noveles, je connois bien tant sa valor et sa loiauté qu'il respondra
bien resson et fera quant que Fan doit fère de tel blâme. » —
« Sire, feit li chevaliers, vo6 avez bien oï ce que je yos ai dit.
Toutes heures vos di-ge bien que li rois Glaudas vos mande, se vos
recétez son anemi, dès ore an avant et de tant conme vos an avez
feit, ne vos an set-il point de gré. »
Alant s'an part li chevaliers, et li rois demora à GardeuII.
II manda Briant des Mes, son séneschal, et une grant partie de
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ses chevaliers ; si lor demanda consenti que il poura fère. Misires
Yvains li dîst qu'il a mort celui an son servisse, conme celui qui
sa terre guerrooit, sans ce qu'il li éust mesfeit, et s'estoit mis avec
ses anemis sanz droit demander an sa cort. Ne onques Mélianz
n'avoit apelé Lancelot de murtre ne de traïsson, ne requis la mort
son père ; ainz, l'avoit ocis de guerre plénière, corne celui qui son
seingnor guerroiet à tort. « Sire, feit misires Yvains au roi, con-
mant que Lanceloz éust esploitié envers Méliant, vostre terre n'i
déust avoir garde; quar vos n'estiez mie el roiaume, ne ne saviez
mie que li uns éust riens mesfet à l'autre; et por ce vos di-ge que
li rois Claudas aroit grant tort se il vos an portoit groinz ne guer-
roiet. » — « Misires Yvains, feit Brianz des Itles, il est bien chosse
séue que Lanceloz ocist le seingnor del Gaste manoir et Melyanz son
fuillz, après el contant qui fu del roi Artus et de moi. Mes, quant
il avoit ocis le père, il déust bien garder soi del fuiz mesfère; ainz
' déust quarre la pès et l'acorde. »
rianz, feit misires Gauvains, Lanceloz n'est mie ci; ains
est an la besoin gne le roi. Si savez bien que Melyanz vint à vos et
que vos [le] féistes chevalier, et après guerroia la terre le roi sans
resnable achoisson. Li rois estoit esloingniez de sa terre corne cil
qui s'an aloit au Graal. L'en li conta les noveles, que sa terre
estoit maumenée; il anvoia Lancelot por lui garentir ; il meintint
la guerre au mielz qu'il pot trèsqu'à cele heure que li rois fu
repériez. Mélyanz sot bien que li rois estoit revenuz et que l'an ne
feisoit è nului tort à sa cort, qui droit i vossist demander. II n'i vint
ne n'i anvoia, por droit fère ne por droit demander, ou por despit
ou por ce qu'il ne le sot fère. Endemantres guerroia le roi qui riens
ne li avoit mesfet ne droit refussé à fère. Lanceloz l'ocist en la
guerre le roi et sur sa terre desfandant. Il fu pès de la guerre, si
estes asséurés antre vos et le roi, et, se l'an veust Lancelot sur ce
ancorper de la mort Mélyant, il me sanble que l'an ait tort. Quar
li autre ne sont mie ancorpez de ceus qu'il ocistrent; et, se vos
voliez dire que Lanceloz ne Féust ocis resnablemant, conmant qu'il
éust esploitié devant de son père, je le monterroi ore an droit de
mon cors an vers le sien. •
c iflisires Gauvains, feit Brianz des Mes, vos ne troverez ore
jè qui vostre gage an recève por cest afère, ne ne doit mie fère de
ses amis ses anemis, ne vos ne li devez mie conseillier. Li rois
Mandeglanz le guerroie et li rois Claudas li feit guerre ausint; il
liverront assez antanle. Mès je li loeroie bien, pour sauver sa terre
et por tenir ses amis, que il sosfrist, I an, Lancelot hors de sa corl,
tant que les noveles venissent au roi Claudas que Fan Féust congéé,
si Tan sauroit bon gré et si aurait s'amor. » Sagramors li Desréez
sailli avant : c Brianz des Mes, feit Sagramors, mal dahaz ail qui
jà mès donra tel conseull au seingnor de son chevalier, se li che-
valiers a son seingnor bien servi, et il ocist, el servisse son seingnor
et an sa guerre, I chevalier, sanz murtre et sanz traïsson, si li donra
congié ; moult aura ore mauvessemant anploiié son servise Lan-
celoz, se li rois por ce li doune congié ; après viegnc li rois Claudas,
si le face guestier et ocierre, et moult i aura granz anor li rois
Art us. Je ne le di mie por ce que Lanceloz ait garde del roi Claudas
cors è cors, ne dcl meillor chevalier de sa terre; mès meinte
chosse aviennent de coi Fan ne se done garde, et, se li rois Àrtus
done congié à Lancelot de sa cort, Fan le tendra à couardie, ne je
ne vos ne autres chevaliers n'i devra jà mès avoir fiance. » —
« Seingnor, feit Brianz, mielz vauroit le roi qu'il donast congié à
Lancelot I an que il an fù por lui guerroier X anz ne que sa terre
fu gastée ne maumisse. >
XLtant ès-vos FOrgueilleus de la Lande venuz, qui n'out esté
à la cort, grant tans avoit ; et Fot Fan li conté de coi les paroles
estoient. c Brianz, fet li Orgueil leus de la Lande, mal dehez ail
chevalier qui velt grever ne nuire envers son seingnor cens qui
Font bien servi! Se Lanceloz n'est pas ici, ne distes pas chosse de
lui qui à dire ne face : autretant à esté renomée la cort le roi Artus
et annorée par Lancelot conine par nul chevalier qui i soit, et, se
n'i estoit, sa cort ne serait mie si redoutée conme ele est. Quar il
n'a si cruel chevalier ne si redouté an toute la Grant Bretaingne
corne est Lanceloz, et, se li rois vos aime, ne feistes mie qu'il hée
ses chevaliers ; quar il i a tex MI ou tex VI an son chastel, 9e il
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— «0 —
s'an partoient sanz revenir, dont il n'auroit mie si bon reilor an
nos. Lanceloz a pièça le roi servi, si set bien li rois oonbien il
vaust, et, se li rois Claudas velt guerroiier le roi Àrtus por Lan*
celot, selonc ce que je ai antendu, sanz nule resson, se li rois
Artus n'est plus acouardiz que il ne souloit, il poura bien soufrir
sa guerre et son estrif, se traïsson ne li nuit. Quar autretant a
ancore li rois Artus de bons chevaliers corne nus chevaliers ne nus
rois que l'an sache el monde. »
ist contes dist que Brianz se fust coreciez volen-
liers envers l'Orgueilleux de la Lande, se pour le
roi ne fust, et li Orgueilleus envers lui, qui
n'estoit en nului dangier quant ire et mautalanz
le sorportoit. Les paroles demorèrent atant. Quant
li rois sot les noveles que Mandeglanz fu des-
confiz et que la terre d'Arbanie estoit en pès, si manda Lancelot
que il revenist arière. Cil de la terre furent moult dolant quant il
s'en parti; quar il avoient grant fiance an sa chevalerie* Si s'an
revint arières là où li rois Artus estoit. Tuit cil de la terre firent
grant joie, car il estoit moult amez de plussors, et, se nus le.haoit,
se n'estoit se par anvie non. L'en li conte les noveles del roi
Claudas, et einsint corne Brianz des Ules avoit palé. Lanceloz n'an
fist nul sanblant corne cil qui bien savoit venir & chief de toutes
ses grevances. U fu à la cort grant pièce, por ce que li rois Claudas
i dèust tramestre aucun de ses chevaliers. Brianz des Ules vossist
bien que li rois li dounast congié, quart il le haoit plus quenus
chevaliers de la cort; quar c'esloit cil qui plus l'avoit doîJP^ié
meintes foiz. Par le conseull Briant, tramist li rois Claudas son
chevalier à la cort le roi Artus; il ne fist mie que sage, quar il
renovela tel chosse de quoi il vint puis moult grant maus, ci
corne cil titres tesmoingae.
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— 281 —
luadeglanz d'Oriante oi dire que Lanceloz esloit repériez
arière et que la terre d'Arbanie esloit toute vide, fors que de oeus
del pais. Il out apresté sa navie moult, et revient an la terre à
grant [force]. Il art la terre et essille de toutes parz et pis i fist
assez qu'il ne fist pas à l'autre foiz. Cil de la terre tramirent au
roi Artus, si li mandèrent que mal lor estoit, convenant, se il ne
lor envéoit par tens secors, il leront la terre et rendront les chas-
tiax ; quar il ne puéent plus tenir. 11 prist conseull li rois à ses
chevaliers qu'il i pouroit anvoiier et il distrent que Lanceloz i
avoit esté, ore i anvoiast l'an I autre chevalier. Li rois i envoia
Briant des Mes, si li bailla XL chevaliers. Brianz, qui n'amoit
mie le roi de cuer, vint an la terre, si l'aida à desfandre fainte-
mant. Il vindrent un jor à bataille antre Mandeglant et Briant et
toutes lor janz. Brianz fu desconfiz, si an ot moult de ses cheva-
liers morz. Mandeglanz et ses genz s'espandirent par la terre, si
peçoient les viles et destruissent les chastiaus qui garni n'estoient,
et touz ceus qui ne voloient croire an lor Dieu fesoient morir et
tranchoient les testes.
Xuit cil del païs et de la contrée regretoient Lancelot, et
distoient que, se il i fust demorez, la terre ne fust mie einsint
destruite, ne jà par chevalier n'auront garantie se par lui non.
Briant des Ules revint arières conme cil qui voldroit que la guerre
créust au roi Artus de toutes parz ; quar, que bien que il li (ace,
il ne l'eime mie, ne jà mès ne fera, tant corne il vive. Mès ne l'an
osse mostrer nul sanblant, por ce que si chevalier les meillor
furent ocis an la bataille , si n'avoit nul pover anvers lui por
Lancelot et por les bons chevaliers que il a de sa mesnie, dont il
voroit que il n'éast nul.
JUi rois Artus estoit à Cardeull à I jor de la Pentecoste.
Moût ot de chevaliers venuz à icele cort que je vos di. Li rois fu
assis au mengier et li jorz fu biaux et clers et li aires purs
et nez. Sagramors li Desréez et Lucans li Bouteilliers servirent
devant le roi. Si que l'en ont servi del premerein mès, atant
— 38* —
ès-vos no quatre!, autresint corne se il deseoehast d'âne arfaaieste,
et Sert eo la coulonbe de la sale devant le roi si très duranaat
qoll n'ot chevalier an la sale qu'il ne Foïst quant il i ficha. Il
l'esgardèrent tait à grant merveille ; li carriaux estoit autres! conme
(for et afoit anviron de moult riches pières précieusses. Li rois
dist qoe si riches carriai ne fient mie de poure leo. Lanceloz
et misires Gauvains distrent qu'il n'avoient onqoes mès ? éo nal si
riche. Il ficha de tel vertu an la coulonbe que Tan ne pot riens
voier del fer, et de la flèche i ot antré assez. A tant ès-vos une
damoisele de moult très grant biauté qui vint, et sist desus une
moult riche mule, moult bien afeutrée. Ele avoit frein doré et sele
dorée ; ele méismes estoit vestue (Ton moult riche drap de soie.
Uns valiez la suif oit par derières qui chasçoit la mule par derrière.
[Ele vint] devant le rois Artus au plus droit qu'ele pot, si le salua
moult hautemant , et li rois li respont au plus bel que il pot :
c Sire, feit-ele, je vos sui venue dire et demender I don, ne je ne
descendrai mie jusqu'à cele hore que vous le m'aiez donné. Quar
ilex est ma coutume, et por ce sui-ge venue i vostre cort que je ai
oï tex noveles et tesmoignent an meint leus où j'ai esté que vos nés
oiez escondire. »
c Uamoisele, dites-moi quel don vos volez avoir de moi. »
— c Sire, fet-ele, je veull proiier et requarre que vos festes aler
le chevalier qui cel carrel poura sachier de cest coulonbe, là où il
est grant besoing. » — < Damoisele, feit li rois, distes-moi la
besoingne. » — « Sire, feit-ele, je la diroi bien quant je verai le
chevalier qui sachié l'an aura. » — c Damoisele, feit li rois,
descendez, de ma cort n'irez-vos jà escondite, se Dex plest. >
Lucans li Bouteilliess la prant entre ses braz et la mest à terre, et
l'an mena sa mule establer. Quant la damoisele ot lavé, Tan la
fist séoir dejoste monseingnor Yvein qui moult l'annora et servi
volentiers. Il la regardoit d'eures en autres, quar ele estoit bele et
sage et de bone contenance. Quant l'an ot mengié ax tables, la
damoisele prie le roi qu'il les hastast de fère sa besongne. c Sire,
feit-ele, il i a assez de bons chevaliers çà dedanz, et cil poura estre
moult liez qui forz l'an sacbast ; quar je vos di qu'il est moult bous
— 383 —
chevaliers, ne nus n'an poara fère sa besongne se cil non . » — « Biaux
niés, feit li rois, or metez rostre mein à cel qnarrel, si le rendez à
la damoisele. » — c Ha, sire, feit-il, ne me festes mie honte. Par la
foi qne je vos doi, je n'i metroi hui mein avant, se vos ne vos an
devez corecier. Vez ci avesqoes vous Lancelot et tant de bons cheva-
liers, que je n'i aurai point cTanor se je m'an avençoie devant eus. »
— c Misires Yveins, feit li rois, metez i voslre mein. Porroit-il
estre feit que vos i aillisiez. » — < Sire, feit misires Yveins, il
n'est riens el monde que je ne féisse por vos ; mès je vos pri que
vos me relâchiez de cestui. » — c Sagramors, et vos li Orgueilleus
de la Lande, qu'an feroiz-vos? > feit li rois, c Sire, font-il, quant
Lanceloz i aura essoiié, si ferons vostre plessir; mès devant lui
n'irons-nos mie, se il vos plest. »
c JJamoisele, feit li rois, priez Lancelot que il i voist, et puis
si iront li autre après lui, se mestiers est. » — c Lanceloz, feit la
damoisele, par la riens que vos plus amez, ne me tolez mie ma
besoingne; mès metez vostre mein el carrel, et après feront li
autre ce que il devront fère. Quar je n'ai mie loisir de demorer ci
longuemant. » — « Damoisele, feit Lanceloz, vos festes mal et
pechié, qui de nule riens me congurez; quar il i a tant dedanz de
bons chevaliers que Tan me tendra à fol et bobancier se je m'en
avant devant touz les austres. » — « Par mon chief, feit li rois,
non fera; ençois vos tenra l'en à cortois et à sage et à bons che-
valiers autresint conme Fan doit fère ore ; et si iert grant anor à
vostre eus, se vos poez sachier le carrel, et grant cortoissie sera
d'aidier à la damoisele. Si vos requier, par la foi que vos me devez,
que i metez vostre mein, puisque la demoisele le vos an prie, avant
les antres. »
Jjanceloz ne veull mie trespasser le conmandemant le roi;
si H menbra que la damoisele l'avoit conjuré par la riens que plus
amoit , ne il n'estoit riens el monde que il amast tant corne la
réine, encores fust-ele morte, et ne pensoit onques à chose nule se
& lui non. Puis, est levez tous droiz, si se desfuble et vient au
quarrel, tout droit, qui fichiez estoit el la colonbe; il i mist sa
— 984 -
me», si l'an sache» par. moult très .grant air, si duremant fue il
fist la colunbe tranhler. Après le doune à la d&moisele. c Sire,
feit-ele an roi Artus, or vos doi-je bien dire ma besoingne.; ne nus
chevaliers de ça dedanz ne péust sacbier le quarrel se i\ non ; et
vos m'éustes en convant que li chevaliers qui saoherok me ferait ce
que je li requarraie, se il le povoit fère ; ae je ne li veull requarre
ne proiïer se resson non. Il li convandra à aler -en la Chapele
Périlleuse, au plus test que il poura, et trovera là un chevalier
enseveli, qui gist*nmi la chapele; si prendra del drap en coi il est
anseveli et «ae espée qui fist dejoste lui el sarquex ; il l'an apor-
tera an Chastel Périlleus, et, quant il aura là esté, si revanra au
chastel là où il ocist le lion en la citerne où il i a II gripes, si
an prandra la teste de l'un et la m'aportera el Chastel Périlleus;
quar uns chevaliers i gist malades qui ne puet guarir autremant. »
t JL/amoisele, feit Lanceloz, je voi bien que vos ne doutiez
guères de ma vie, mès que vostre volonté fust acojuplie. > —
« Sire, feit-ele, je sai bien oeste afére conme vos, ne vostre mort
ne désir-ge mie. Quar, se vos estiez mort, li chevaliers ne geerroit
mie, por qui vos festes ceste besoingne. Et si verrez la plus bele
damoiaele qui soit an nul réaume et cele qui plus vos désire à
voier ; et, se an vos ne demeure, par lui aurez~vos vostre afeire ais-
siéemant. Or esgardez que vos ne le prolongiez mie; mès festes
hativemant la besoingne, puisqu'ele est sur vous misse ; quar, cou
plus targeroiz, plus si vos en pouret bien mésa venir. » Ladamoi-
sele s'en pari <ie la cort et prant congié et s'en vet au plus test
qu'ele pot arières, et diflt à soi raéismes : c Lanceloz, et oeste poine
et cest travail! avez-vous par moi, ne je ne voudroie mie vostre
mort; mès je doi bien johir vostre annui; quar vos irez an li
des plus périlleux leus del monde. Je vos doi moult haïr, quar
vos me tolites mon ami, si Je dounastes à 1 autre, ne jà mès ne
l'oblierai tant corne je vive. » La damoisele s'en vet, et Lanceloz
se part de la cort et prent congié au roi et à touz les autres. 11
essi hors de Cardeull, touz armez, et antra an la forest qui graaz
es toit; ai s'an vet grant aléure et prie Deu qu'il le conduie à
sauveté.
— m —
tant se test li contes de Lmeelot et dist firians
"des Illes est repériez à Cardeull ; de XL eheva-
liers qu'il anmena n'an i ramène que XV. De
coi li roi Artus est moult dolanz et dist c'or a il
mains d'amis. Cil de la terre d'Arbanie ontanvoié
au roi Artus et si li mendent que, se il ne velt
perdre la terre à toz jorz mès, que il lor anvoiast Lancelot ; quar il
ne virent onques mès chevalier qui mielz séust ses anemis vangier
et domagier, que il feit. Li rois demande à Briant des Illes conment
ce est que si chevalier sont mort en itel manière, c Sire, feitBrianz,
Mandeglanz a grant force de janz, si font chastel de lor navie quant
force de jant li cort sus, si ne puet nus durer ancontre eus, ne
nules janz ne sot onques tant de guerre comme il font. La terre
vos esloingne, si vos coûtera plus à détenir qu'ele ne vos vaura, et,
se vos me volez croire, vos la metrez nn nonchaloir, si an con-
viengne bien à cens del pais. » — c Brians, feit li rois, ce seroit
granz blâmes à mon heus. Nus prodons ne doit estre péreceus de
garder ne de retenir ce qui sien est. Li prodons ne doit mie détenir
les chosses tant por lor preu corne pour lor honneur, et, se je lais
la terre desgarnie de m'eide et de mon conseill, il m'en prisseront
meins, si diront que je n'ai mie cuer de ma terre guarentir; et
ore mesmes est-ce grant blâme à mon heus que il i sont embatu et
il veulent ceis de la terre atrère à lor mauvesse loi. Et je voroie
que Lanceloz éust acompli ce qu'il a anpris, si l'i trametroie; quar
nus ne garentiroit la terre mielz de loi, et, se il estoit ore atout
XL chevaliers et avec ceus del païs, Mandeglanz n'i anroit guères
de durée. > — c Sire, feit Brianz, cil del païs ne prisent ne vau-
roient ne vos ne autrui se Lancelot non, et dient que, ce vos li
trametez, que il le feront roi. » — c II puet bien estre qu'il le
dient, feit li rois, mès Lanceloz ne ftroit mie chosse qui contre ma
volenté fast. » — « Sire, feit Brianz, puisque vos ne me vote*
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croire, je ne vos an diroi plus; mès sa chevalerie vous nuira an
la fin plus qu'ele ne vos aide, se vos ne vos an prenez garde mielz
que vos n'avez feit dusqu'à ceste heure. »
e Brianz des Mes se (est li contes, que li rois
croit trop de plussors chosses ; et dist que Lanceloz
s'en vet très parmi la forest, moult pensis. Il n'ot
guères chevauchié quant il anconlra un chevalier
qui navrez estoit moult duremant; il li demanda
dont il venoit et qui l'avoit an cele manière navré,
c Sire, feit-il, je vieng de la Chapele Périlleusse, dont je ne me
poi desfandre d'une maies janz qui s'i apèrent ; si m'ont navré an
tel manière corne vos véez, et, se une damoisele ne fust qui là
dedanz vint de la forest, je n'an fusse mie eschapez vis. Mès ele
m'aida par si que, se je véoie un chevalier que l'an apele Lancelot
ou Perceval ou monseingnor Gauvain, je diroie auquel que je
ancontroie premier que il alast à lui sanz déloiier; quar ele se
merveille moult conmant aucuns d'eus ne vient , an la chapele,
quar il n'i doit antrer se bons chevaliers non. Mès je me merveille
moult, sire, couinent la damoisele i osse antrer; quar c'est li plus
merveillex leus qui soit et la damoisele est de moult grant biauté,
et si i vient par meintes fois toute seule an la chapele. I che-
valiers gist an la chapele qui novelemant est ocis, qui fu fel et
crieus et hardiz chevaliers. » — c Conment out-il non ? » feit
Lanceloz. « Il ot non Anurez li batarz, feit li chevaliers ; si n'avoit
que un braz et une mein, et li autres li fu trenchiez à un chaste!
que migres Gauvains^douna à Méliot de Logres, quant il le secorul
vers cel chevalier qui gist en cel sarquex. Et Méliot de Logres a
ocis le chevalier qui avoit assis le chastel ; mès li chevaliers le navra
duremant si que ne puet estre guariz se il n'a l'espée de quoi il le
navra, et ele gist el sarquex joste lui, et del drap de quoi il est
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— 987 —
anseveli ; et, se Dex me lessoit un des chevaliers [ancontrer], je
fourniroie volentiers le mesage à la damoisele. » — < Sire cheva-
liers, vos en avez un trové, je ni non Lanceloz, et, por ce que je
vos voi navré et à mescbief, le vos di-ge si abendonnéemant. » —
c Sire, feit li chevaliers, or garisse Dex vostre cors ; quar vos alez
an grant périll de mort. Mès la damoisele vos désire moult à voier,
je ne soi por quoi, qui bien vos aidera s'ele velt. »
c Sire chevaliers, Dex nos a gitez de meint péril ; ausint fera-il
cestui par son pleissir et par sa volenté. » Lanceloz se part atant
del chevalier et a tant chevauchié qu'il est venuz, à l'avespir, à la
Chapele Périlieusse, qui siet an une graçt valée de la forest, et avoit
I petit cimetire anviron, qui bien estoit clos de toutes parz, et
avoit une croiz anciane par defors l'antrée. La chapele et li cyme-
tires estoit aonbrez de la forest, qui moult iert grant. Lanceloz
antra là dedan2, touz armez; il se seigna et benéie et coumenda à
Deu. Il vit el cymetire sarquiex an plussors leus et li sembla qu'il
véist genz anviron qui paroloient ansanble li uns aus austres. Més
il ne pooit entendre que il dissoient. Il ne les pooit mie voier en
apert, mès il H sanbloient moult granz. Il est venuz vers la cha-
pele et descendi de son cheval, et vi,t un couvertiz, par dehors la
chapele, où il avoit viande à chevax ; il i ala mestre le seun, puis
apuia son escu à son glaive à l'entrée de la chapele et antra là
dedanz où il fessoit moult ocurs; quar il n'i avoit clarté que d'une
seule lanpe qui clarté rendoit moult oscuremant. Il voit le sarqueu
qui anmi la chapele estoit, là où li chevaliers gissoit.
Quant il out fete s'ouroisson devant un ymage de Nostre
Dame, si vient au sarquex et l'euvre le plus tosî qu'il puet, et voit
le chevalier grant el hideus, qui là dedanz gisàoit morz. Li dras
en qui il estoit enseveliz estoit touz sanglariz desploiés ; il prant
Pespée qui dejoste lui gisoit et prant le suère à descoudre; puis
prist le chevalier par le chief pour haucier contreraonl, et le trova
si pesant et si malotru que à grant poine le puet-il remuer. Il
trencha la moitié del drap en quoi il estoit anseveliz et li sarquex
conmença à croistre si très duremant que ce sanbloit que la chapele
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— 2S8 —
chétst. Quant il ot del drap et l'espée, il reclot le sarquex; tantost
» il Tient A Fois de la chapele et voit monter, el mileu del cimetire,,
ce li est avis, granz chevaliers et ombles, et sont apareïïliez ausint
corne de conbatre ; et il li est avis que il Pagaitent et espient.
A tant és-vos une damoisele secorciée très parmi le cymetire
grant aléore, et dist à cens qui là estoient : « Gardez qoe vos ne
vos movez trèsqu'à cele heure que l'an sache qui li chevaliers est. •
Et ele est venue à la chapele. c Sire chevaliers, metez jus Pespée
et ce que vos avez pris de cel [drap] an mort chevalier. • —
c Damoisele, que vos nuit ce que je Pai? » feit Lanceloz. « Por ce,
feit-ele, que vos avez pris sanz mon congié ; quar je Pai an garde,
et li et la chapele. Et je veull, feit-ele, savoir conment est voslre
non. » — « Damoisele, feit-il, que gaangnerez-vos en mon non
savoir?» — c Je ne soi, feit-ele, se je i auroi ou perte ou gaang;
més il fu jà tele heure que je vos» le demandasse moult à anviz,
dont je fui meintes foiz décéue. » — c Damoisele, feit-il, Tan
m'apele Lancelot del Lac. » — c Vos devez bien, feit-ele, avoir
Pespée et le drap ; més vous an venez avec moi an mon chastel ;
quar je vos ai meintes foiz désiré, et Pereeval et monseingnor
Gauvain, si verrez les trois sarquex que je ai feit à votre eus. »
c Damoisele, feit-il, je ne veull mie voier si par tens ma
sépoulture. » — « Par mon chief, feit-ele, se vos n'ï venez, vos ne
povez istre de çà dedanz sanz annui, et cil que vos véez là sont
déable terrian qui gardent cest cimetire et sous mon conmande-
mant. » — c Jà, se Dex plest, damoisele, feit Lanceloz, vostre
déable n'auront pover de mal fère vers crestian. » — < Ha, Lan-
celoz, feit-ele, je vos requier et pri que vos venez avec moi en mon
chastel et je vous sauveré jà vostre vie ici de cele jant qui jà vos
couront sus ; et, se vos ce ne volez feire, rendez-moi Pespée que
vos avez prisse el sarquex, si vos an alez atant. » — « Damoisele,
feit Lanceloz, an vostre chastel ne pui-ge mie aler ne ne veull ;
si ne m'en priez plus, quar j'ai autre besoingne à feire; ne l'espée
ne vos rendroie-je mie, conment qui m'en aviegne; quar uns che-
valiers ne puet guarir autremant, de quoi il seroit grant doumages
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— 289 —
s'il an mouroit. • — « Ha, Lanceloz, feit-ele, com je vos truis dur
et cruel anvers moi, et si me doit moult peser de ce que vos avez
l'espée, et à vos doit estre mout bel; se vos ne l'eussiez devers vos,
vos ne l'anportissiez mie à vostre volenté de céans; ançois éusse-je
tout mon pleissir de vos et si vos en féisse porter an mon chastel,
dont jà mès ne vos méussicz por nul pover; si fu-je quite de la
garde de ceste chapele et de venir çà dedanz en tel manière corne je
i vieng souvent.
c \Jv sui-ge anguignie, quar nus ne vos puet mal feire ne
retenir qui çà dedanz soit, tant corne vos aiicz l'espée. » De ce
ne fu mie Lanceloz dolanz; il prant congié à la damoisele qui s'en
part anviz; il se regarnit de ses armes, puis remonte sor son
cheval, si s'en vet très parmi le cimetire et esgarde cele mauvesse
gent, qui si es toi en t let et grant et hideus que ce sanbloit que il
déussent tout dévorer. Il guerpissent la voie à Lancelot ne n'orent
povoir de lui mal feire. Il est issuz del cimetire et s'an vet parmi
la forest, tant que li jorz li aparut, biaus et clers. Il trova I her-
mite là où il oï messe, puis menja I petit, puis s'en parti et che-
vaucha au lonc del jor jusqu'à souleull esconsant; onques ne pot
trover recest ne d'une part ne d'autre où il péust hcrberger, si li
anuita an la forest.
JJanceloz ne sot quel part torner, quar il ne connoissoit pas
ne ne savoit les estres de la forest, quar il ne Iavoit pas souvent
hantée. 11 chevaucha tant qu'il trova une petite rue, et avoit un
sentier dejoste, qui l'amena à I vergier qui estoit au chief de la
forest, où il avoit I poliz par où l'an i entroit, et estoit desfermez
la nuit. Et li vergiers estoit bien clos de murs. Lanceloz entra là
dedanz et referma l'entrée, puis abati le frein à son cheval, si le
leissa pestre de l'erbe. Il ne pot mie choissir le chastel qui près
d'ilec estoit, por la foisson des arbres et pour la nuit, et si ne sot
où il s'estoit anbatuz. Il mist son escu à son chevez et ses armes
dejoste lui, si s'endormi. Mès, se il séust là où il estoit venuz, il
ne se fust mie andormiz; quar il estoit près de la citerne où il ocist
le lion et là où les gripes esloient, qui venuz estoient de la forest
19
toutes saoules; si estoient endormies et por elles estoit li potiz
demorez touz desverrolliez. Une damoisele s'an ala jus d'une
chanbre parmi I faus huis, un brachet an son bras, por la poor
des gripes. Si corne ele s'an aloit vers le potiz por verrollier le,
ele choissi Lancelot qui endormiz estoit enmi le vergier. Ele cort
arières à sa dame au plus tost qu'ele pot et li dist : « Or tost,
dame, feit-ele, Lanceloz dort el Vergier. • Ele sailli sus inèlement
et s'an vient el vergier là ou Lanceloz dormoit, puis s'asist dejoste
lui et le conmença à regarder en soupirant, et se trest au plus près
de lui qu'ele pot. « Biaus sire Dex, feit-elç, que feroi-je? Se je
Pesveille avant, il n'aura cure de moi bessier et, se je le besse en
dormant, il s'esveillera tantost; et mielz me vient-il que je an
prangne ce que j'an puis avoir apareiilemant que je i faillisse del
tout; et, se je Ta voie bessié, espoir por ce ne me herroit-il mie;
puis si me pouroie venter que tant aroie-je del sien. » Ele aprocha
sa bouche de lui, si le bessa, au mielz et au plus bel qu'ele sot,
III foiz ; et Lanceloz s'esveilla tantost, si sailli sus et fist croiz sur
lui, puis esgarda la damoisele et dist : « Ha Dex, où sui-ge
donques? » — c Biaux dous amis, feit-ele, vos estes près de eele
qui tout a mis son cuer an vos sans r'oster. » — « Je vos cri merci,
damoisele, feit Lanceloz, et je vos... Quar chosse qui meint, se Dex
plest, ne harai-ge jà, ne chosse que Tan ait amce longuemant ne
doit l'an mie tost anchaier de l amor qui est anracinée el cuer,
quant l'en la trove bon et loial, ne s'en doit l'an mie si tost partir. »
ire, feit-ele, cist chastiax est an vostre conmandemant,
s'en vos ne demore; de moi povez-vous bien savoir le penser
anvers vous; je voroie que vos penssiez ausint anvers moi. —
« Damoisele, feit-il, je quier la guérison del chevalier qui ne puet
estre guériz se je ne li port le chief d'un de voz serpenz. » —
« Certes, sire, si feit ; mès por ce le fi-ge dire à la damoisele, que
je voloie que vos revenissiez çà dedanz à moi. » — c Damoisele,
feit-il, je i sut revanuz, si m'an iroi arière puisque li chief del
serpant ne li a mestier. » — c Ha, Lanceloz, feit-ele, corne estes
bons chevaliers, et mauvés faiiliz an autre manière. Je ne cuit
chevalier el mont qui me refussast, se vos non. Ce vos vient de
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folie et d'outrage et de bassesce de cuer. Les gripes n'ont pas fait
ma volenté qui ne vos ont ocis ou estranglé qae que vos dormissiez,
et, se je cuidoie qu'eles an éus ent pover de vos occierre, je les feroie
jà venir à vos ociere. Mes li déabie ont mis en vos tant de cheva-
lerie qu'à grant poine puet hom avoir garantie envers vous. Je vos
devroie mielz amer mort que vif. Par mon chief, je vorroie que
vostre leste pendist avec les autres qui pendent à l'entrée de la
porte, et, se je cuidasse à vos faillir an tel manière, je éusse mon
père amené ci illec, que que vos dormissiez, qui moult volentiers
vos éust ocis.
us qui sache le convenant de moi et de vos ne vos doit
tenir à bon chevalier; quar vos me deresnastes, par l'esgart et par
la coutume del chastel, si ne m'ossez avoir, par mavestié et par
pérece. » — « Damoisele, feit Lanceloz, vos diroiz vostre volenté ;
vos avez tant feit à moi puis que je ving ça dedanz que je nedoi avoir
garde de vos. Qui Tome besse ne la Came, se il lor porchace son
mal, il est treistres. » — « Lanceloz, j'an pris ce que j'an poi
avoir ; quar je voi bien que je n'i aurai plus nul recouvrier. » II
vet mestre le frein à son destrier, puis prant congié à la damoisele
qui s'en part moult dolante; inès Lanceloz n'i vosl plus demorer;
quar il avoit grant foisson de chevaliers el chastel, ne il ne se
voloit mie mestre à meschief por noiant. Il ist fors del vergier; la
damoisele lesgarde tant corne ele le pot voier ; après est venue à sa
chanbre, dolente et coureciée ; ele ne set an quel manière ele se
puisse conduire; quar la riens el monde qu'ele plus aime li
esloingne, dont ele ne puet avoir joie.
JUanceloz chevauche très parmi la forest tant qu'il ajorne,
et vint, endroit l'eure de midi, au Chastel Perillex, là où Méliot de
Logres gissoit. Il antra dedanz le chastel. La damoisele qui fu à la
cort le roi Artus li vint à rencontre. « Lanceloz, feit-ele, bien
puissiez-vos venir !» — « Damoisele, feit-ii, bone aventure aiiez-
vos! i II fu descend uz au perron de la sale; ele le feit monter
contremont les degrez, après le feit désarmer : « Damoisele, feit-il,
vez-ci del drap de quoi li chevaliers fi* anseveliz et véez ici l'espée;
— 292 —
mès vos me gabasles de la tesle au serpant. » — c Par mon chief,
£isl la damoisele, ce fis-ge pour la damoisele del chastel aus gripes
qui ne vos hel mie ; quar ele m'ap avoit prié. Or vous a véu, si an
sera plus aisse et si ne m'en saura que demender. »
Jja damoisele moine Lancelot là où Mélioz de Logres gist, en
une moult riche chanbre. Lanceloz s'asiet devant lui, puis li
demande conment il li est. c Méliot feit-[ele, vez-ci] Lancelot del
Lac qui vostre guérison aporle. » — c Ha, sire, bien soiez-vos
venuz! » — « Dex vos otroi santé hâtivement! * feit Lanceloz.
c Ha, pour Deu, feit Mélyoz, que feit misires Gauvains? Est-il
hestiez? » — c Je le lessai tout hestiez quant je me parti de lui,
feit Lanceloz ; et, se il savoit que vos fussiez bléciez en itel manière,
il an seroit moult dolanz et li rois Artus autresinl. » — c Sire,
feit— il, li chevaliers qui assis les avoit me navra an tel manière, de
quoi il morust puis. Mès les plaies que me fist sont si crieusses et
si forsenées qu'êtes ne puéent guérir se l'espée n'i atouche et si n'i
a del drap en quoi il fu anseveliz, qui sangianz est desploiés, que
il ot. » — « Par foi, feit la damoisele, vez-le ci. » — « Ha, sire,
feit-il, moult grant merciz de ceste grant bonté. An toutes manières
pert-ii bien que vos estes bons chevaliers ; quar, se la bontez de
vostre chevalerie ne fust, li sarquex où li chevaliers gist ne fust
mie ouverz si légièrement, ne n'éussiez mie Tespée ne le drap; ne
onques mès nus chevaliers n'i entra qui n'i morust ou il s'en par-
tist navrez moult orgeilleusemant. » L'en li descouvre ses plaies
et deslie Lanceloz, et la damoisele i a touchié l'espée et le suaire,
et eles li sont asouagiées. Et il dist que il set bien ore à primes que
il n'aura garde de mort. Lanceloz en est moult joieus en son euer
de ce que il voit que il iert par tens guériz ; et ce fust granz dou-
mages de sa mort; quar il iert bons chevaliers et sages et loiax.
« Jjanceloz, feit la dame, je vos ai longuemant haï, por le
chevalier que je amoie, que vos me tolistes et mariastes à autrui
qu'à moi, et de vos grever à mal feire me sui-ge meintes fois pènée,
por ce que vos me féistes ; quar je ne fui onques si dolante de
chosse qui m'avenist. Il m'amoit de très grant amor et je lui, ne jà
— 293 —
l'a m or ne faudra. Mes il m'est plus lointeinz assez que il n'estoit
devant et, por ceste bonté que vos avez feite, n'avez vos mes
garde de ma grevance. » — < Damoisele, feit Lanceloz, moult grant
mereiz. » Il fu la nuit herbergiez el chastel moult richemant et
hauorez, et l'andemein s'an parti quant il ot pris congié à la
damoisele et à Méliot, et s'en vet arière grant aléure vers la cort le
roi Artu, qui moult estoit esfraé; quar Mandeglanz conquéroit de
ses illes de sa terre grant partie. Li plussors des terres que il
conquéroit guerpissoient la novcle loi, por poor de mort, et tenoient
la fausse créance. Et misires Gauvains et meint autre chevalier
s'estoient partis de la cort le rois Artus por ce que li rois se créoit
mielz an Briant des Illes que il ne fessoit an eus.
V^juar meintes foiz anvoia li rois Arlus, chevaliers contre
Mandegïant, puis que Lanceloz s'en fu partiz de la cort, por sa
terre tanser ; onques ne vit celui qui niant s'en venist desconfiz.
Li rois d'Oriande s'afichoit moult que il tenroit à sa seror ce que
ele li avoit mandé; quar il li cuidoit par tens rendre le roi Artus
et rendre toute sa terre. Li rois desiroit moult la revenue Lancelot
et dissent par meintes foiz que, s'il éust esté contre ses anemis
einsint procheins corne li autre que il tranmist, il ne s'ossent mie
vers lui si revoler. En icel esfroi que li rois Artus estoit, revint
Lanceloz à la cort, de quoi li roiz fu moult joieus. Lanceloz sot que
misires Gauvains et misires Yveins n'i estaient mie et que il esloi-
gnent la cort plus volentiers que il ne looient, por Briant des Illes
que li rois Artus créoit plus que nus des autres. Il s'en vost partir
autresint; mes li rois ne li lessa, ençois li dist : « Lanceloz,
je vous pris et requier, corne celui que je moult aim, que vos
metez peine et conseull en ma terre desfandre ; quar je ai an vos
moult grant fiance. » — < Sire, feit Lanceloz, m'aide ne ma force
ne vos faudra jà; gardez que la vostre ne me faille. » — « Je ne
voi doi raie faillir, feit li rois; non feroi-je jà, quar je faudroie moi
méime. »
iJi estoires dist que il charcha à Lancelot XL chevaliers, et
est venuz en une illelà où li rois Mandeglanz estoit. Ançois que il
— 394 —
séust sa venue, li ot-il despecié sa voie et les cordes copées et les
ains péçoiées et les noies ronpues. Après, se féri an la gent Made-
glant, si an ocitrent tant conroe il vostrent, il et si chevalier. Li
rois se cuida arrières treire, et lui et sa mesniée, si conrae il
soulet à garison; mès il la trova moult mal apareilliée. Lanceloz le
chaça trèsque vers la mer, là où il s'en couret autresint desconfiz,
et il l'ocist entre sa gent, et luit li autre chevalier furent ocis et
gité en la mer. Icele ille fu aquitée par Lancelot, et il s'en ala aux
autres illes, quant que Mandeglanz avoît conquises et mis ens an
la fause loi; il en r'osta ceus qui mis estoient por poor de mort et
remist la terre el point où ele avoit avant esté. Il herra tant de ille
à autre que il vint en Arbanie où il les avoit prumereinemant
secoruz.
Quant cil de la terre le virent venir, si sorent bien que li
rois d'Oriande estoit morz et les illes aquitées, si en firent moult
grant joie. Il s'en ala an la terre d'Oriende qui fu le roi qu'il avoit
ocis. La terre estoit auques vidie des plus puissanz et des plus forz,
quar il estoient mort aveques lor seingnor. Lanceloz out amené
avesques lui des meillors chevaliers et des plus puissanz; il fu
venuz à grant navie en la terre et la conmença à destruire. Cil de
la terre estoient mescréant, quar il créoîent en fausses yores et en
fauses y mages. Il virent qu'il ne pooient la terre garentir, puisque
lor sires estoit morz. Li plussors se lessièrent ocirre por ce qu'il
ne voloient guerpir la mauvesse loi ; et cil qui se vorent atorner à
Deu furent gari. Li roiaumes estoit moult riches et moult granz,
que Lanceloz conquist et atorna à la loi Nostre Seingnor einsint. Il
fist brissier toutes les fausses ymages de cuivre et de laton an coi il
avoient créu avant et de quoi li faus respons lor venoient des voiz
aux déables; après, i fist fère crucefiz et ymages à la senblance de
Nostre Seingnor et an la senblance sa douce mère, por ceus des
roiaumes mielz confermer an la loi.
Lij plus fors et les mielz vallant de la terre s'asenblèrent un
jor et distrent qu'il estoit bien sesson que si riche tente ne fust mie
sanz roi. Il s'acordèrent tuit et vinrent à Lancelot et li distrent
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— 295 —
que il voloieut que il fust rois del roiaume qu'il avoit conquis; quar
an nuliui ne pooit-il mielz estre anploiiez, et il li aideraient assez
des autres roiaumes à conquerre. Lanceloz les an mercia moult, si
lor dist que de cele terre ne d'autre ne seroit-il jà rois se par le
los non le roi Artus; quar toute la conqueste qu'il avoit feite estoit
seue, et par son conmandemant i estoit-il venuz, si li avoit ses
chevaliers chargiez qui li avoient aidé à reconquerre les terres.
JJi rois Claudas avoit oï dire que Lanceloz avoit mort le roi
d'Oriande et que nule ille ne se povoit desfandre encontre lui c*à
poines. Il ne li fu pas bel, ne de sa bone chevalerie ne de sa
conqueste ; quar il li menbroit bien de la terre que il avoit con-
quisse sor le roi Ban de Benoyc, qui pères fu Lancelot ; et por ce.
estoit-il dolanz de la bone chevalerie de quoi Lanceloz avoit par-
tout pris et renon, por ce que il estoit tenanz de la terre son père.
Lt rois Claudas envoia un privé mesage à Briant et li menda que,
se il pooit tant feire que li rois Artus congéast Lancelot de sa cort
et que il fust raalement de lui, il Tan saurait moult bon gré et si li
aideroit par tens à prendre vengance de ses anemis; quar, se Lan-
celoz estoit fors dè sa cort et misires Gau vains,* ne dureroient
gueres les plussors, ainz auraient de la terre le roi Artus toute lor
volenté. Brianz remenda le roi Claudas arières que misyres Gau-
vains et misyres Yvains conmançoient la cort à esloingnier et li
plussor des autres, si ne s'esmoiast de riens, quar il pranroit de
Lancelot bon conroi à lor heus, en po de tans.
J\ la cort le roi Artus sont venues les noveles que li rois
d'Oriande est morz et ses genz destruites, et que Lanceloz a conquis
son roiaume et le roi ocis et toutes les terres reconquises, où il
avoit misses la fausse loi et la fausse créance par sa force et par sa
doutance. Et dient li plussor en la cort que cil del réaume d'Oriande
ne lessent repérier Lancelot, ne cil des autres illes, et estrivent de
lui faire roi; il n'est riens el monde, se il lor conmande, que il ne
facent, ne onques ganz ne furent si obéissant corne cil de toutes
ces terres sont à lui. Brianz des Illes vint I jor au roi Artus pri-
véemani et li dist : « Sire, feit-il, je vos doi moult amer ; quar vos
— 296 —
m'avez fcit scncschaux de voslre (erre ; si m'est avis que vos avez
grant fiance an moi, et je vos doi bien destorner de vostre mal et
avencier vostre bien partout, et, se je ne fessoie, je ne seroie mie
loial anvers vos.
t 11 ovcles me sont venues procheinemant que cil del roiaume
d'Oriande et d'Arbanie et des autres il les qui à vos sont apendanz,
se sont antr'aséuré luit ansanble et ont juré et fiancé d'aidier li un
à l'autre anvers vos; si dèvent fère ior roi de Lancelot procheine-
mant, por venir sus voslre terre au plus losl qu'il poront, là où il
l'oseront mener ; et a juré son seremant de vostre réaume conquarre
tout cinsint conme vos le tenez, et, se vos contre ce n'estes par tans
garniz, vous an pourez avoir grant annui de vostre cors méisme et
doumage tel corne je vos di. » — « Par. mon chief, feit li rois
Artus, je ne cuide mie que Lanceloz ossast ce penser ne que il
éust cuer de moi mal feire. » — t Par mon chief, feit Brianz, ci a
piéça que je m'en sui apercéuz et de ce et d'el ; més l'an ne doit
mie tout dire à son seingnor quant que Tan set, por ce que l'an ne
cuit que ce soit losange ou que l'an veullc janz me lier à lui par
haine. Mes il n'est riens ei monde que je vos celasse d'ore an
avant, por Tamor que vos me portez et por ce que vos avez fiance
an moi, et si povez-vos bien avoir, quar je vos ai ma terre aban-
donée, qui marchist à la voslre, par quoi vos povez moult des-
treindre vos anemis ; quar vos savez bien qu'il n'a chevalier an
vostre cort de greingnor pover qne je sui. »
c Jtar mon chief, feit li rois, je vos veull amer et chier
tenir, ne jà ne serez ostez de m'amor ne de mon servisse por nullui
qui parler en sache, tant corne je i voie le bien et la loiauté. Je
menderoi Lancelot, par mes lettres et par mon séel, que il viegne
à moi parler, .quar je an ai grant bessoing; et, quant il i ert, pren-
drons conroi de ce que vos m'avez dit; quar je ne veull mie que,
il ne autres qui mes chevaliers soil, voille par puissance révéler
anvers moi; quar assez doit avoir puissance li sires desor son
chevalier et estre crémuz et doutez de lui, ou autremant est feible,
sa seingnorie ne vout riens sans puissance. »
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Li rois tramist ses leslres par son raesage à Lancelot. Li
mesages le quist tant qu'il le trova el roiaume d'Oriande; il li
bailla les lestres et le séel le roi. Tantost corne il sot que les lestres
dient, il prist congié à cens de la terre, qu'il furent moult dolant;
il s'en parti, si revint arières à Cardeull et ramena assez touz les
chevaliers qu'il li avoit chargiez ; si li dist qu'il li avoit reconquisses
toutes les il les et que li rois d'Oriande es toit morz et que sa terre
estoit atornée à la loi Nostre Seingnor. Li rois manda Briant des
Illes que il féist XL chevaliers venir, armez desoz les chapes et qui
préissent Lancelot tantost corne il le conmenderoit. Les noveles an
vienent à Lancelot, là ou il estoit à son ostel, que li rois avoit feit
venir chevaliers touz armez el palès; Lanceloz s'apensa que il avoit
aucun besoing et qu'il s'armeroit autresint; il se fist armer et vint
an la sale où li rois estoit. « Sire, feit Brianz. aucune chosse pense
Lanceloz, qui s'est armez à son ostel et venuz çà dedanz en tel
manière et an tel point sanz le vostre congié; encore vos fera-il
autre chosse. Vos li devriez bien demander porquoi il vos veult
mal feire, ne an quel manière vos l'avez déservi. • Il le feit mander
devant lui. * Lanceloz, feit li rois, porquoi éstes-vos armez? » —
c Sire, l'an m'a dist qu'il avoit çà dedanz venuz chevaliers armez;
si doutoie que aucuns essoine ne vos fust créue, quar je ne voroie
que nus maux vos venist. » — « Vos i venisles por autre chosse,
feit li rois, si corn m'an a feit antendant, et, que la sale fu vidiée de
jant, espoir que vos m'océissiez. » Li rois le conmande tantost à
prandre sanz nul escondist feire; li chevalier qui estoient armé
desfublèrent lor chapes et saillent de toutes parz , quar il n'ossent
trespasser le conmandemant le roi, et li plussor estoient honme
Briant des Illes.
Lanceloz les voit venir vers lui, si a l'espée tranchant et
dist : t Par mon chief, vos me rendez mauvès garredon del ser-
visse que je vos ai feit. » Li chevalier li vienent tuit ansanble, les
espées sachiées, et li corent tuit an un fès. Il se vet desfandant
trèsqu'au mur de la sale, de quoi il fist chastel par derrières;
mès, ançois qu'il i venist, an ocist VII et que navrez. Il se con-
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manda à desfandre moult vigreussemant de toutes parz ; mes il ti
donent des espées granz cox et ce n'estoit mie jeus-parliz de XXX
cox ou de XL contre un seul. Ne nus ne devroit croire que uns
seus chevaliers se péust partir de tant de jant, porquoi il fussent
antalenté de lui prendre et de lui mal feire. Lanceloz se desfandi
tant corne il pot, mès la force n'estoit pas seue, et toutesvoies,
ançois qn'il se lessast prandre, se vendi-il moult chier; quar des
XL chevaliers damaga-il tant le XX, n'i ot il celui qui ne fust
navrez moult dinremant et li plussor mort; et consivi Briant des
Illes à lui prandre si duremant qu'il fist boivre l'espée el sanc de
son cors, si que la ploie fu grant. Li chevalier prirent Lancelot de
toutes parz et li rois conmenda que Tan mal ne li féist, mès le
menast l'an an sa chartre an prisson. Lanceloz se merveilla moult
porquoi U rois li feisoit ce, ne de quoi ceste haine estoit venue si
noveleroent. Il est mis an la prisson si con li rois l'avoit conmandé.
Tuit cil de la cort an sont dotant, fors Briant et si chevalier ; mès
ancore le poura-il bien conparer chier, se Dex giète Lancelot de
prisson. Li auquant dient : « Ore est la cort le roi perdue; puisque
misires Gauvains et li autre chevalier l'ont einsint eslongniée et
Lanceloz est mis an la prisson por bien feire, mauvesse Oance
puéent li autre avoir. » Il prient à Deu qu'il an doint ancore
mauvès guerredon à Briant des Illes ; quar il sèvent bien que tout
ce a-il pourchacié. A mauvès guerredon ne puet-il faillir, se Dex
garist Lancelot et il le giète de prisson.
ta m se (est li contes de Lancelot et revient à
Perceval qui n'avoit pas oies ces noveles, si les
savoit. 11 est parliz del chastel son oncle qu'il ot
reconquis et fu moult dolanz de la novele, que la
damoisele li aporta qui navrée estoit, desaserour
que Arisloz en avoit menée à force chiés I vava-
sor ; il la devoit prendre à moullier et tranchier lui la teste, au chief
de l'an ; tex esloit sa coutume de toutes celés que il prenoit. Perce-
val chevauche I jor, touz pensis, si s'en aloit au plus tost que il puet
vers l'ermitage son oncle le roi Peschéor; il i est venuz à I avesprir;
il vit III hermites issus hors de l'ermitage; il descendi et ala
ancontre, tantost corne il les vit. « Sire, font li hermite, n'entrez
mie là dedanz; quar l'an i ansevelit I cors. » — « Qui est-il? •
feit Perceval. < Sire, feit li hermites, c'est li bon rois Pelles que
Deritez ocist oreins après la messe, por I sien neveu Perceval que
il n'aime mie, et une damoisele ansevelit le cort là dedanz. » Quant
Perceval oi la novele de son oncle qui est morz, si an fust moult
dolanz an son cuer, et fu l'andemain an son oncle anterrer. Quant
la messe fu chantée et Perceval s'en vost partir, corne celui qui
estoit an grant désir de prendre vengence de lui qui tel honte li
avoit feite,
iltant es vous la damoisele qui est à lui : « Sire, feit-ele,
je vos ai quis moult a lonc tans. Véez ci la teste d'un chevalier
que je port à l'arçon de ma scie pendue, en cest riche vessel
d'ivoire que vos povez voier, qui ne doit estre vanchiez se par vos
non. Si m'en deschargiez, biaus sire, par vostre franchise; que je
l'ai porté trop longuemant; et ce set bien li rois Àrtus et misires
Gau vains; quar chascuns m'a véue à cort atout le chief; mès il
ne me savoient dire noveles de vos; ne je ne puis r'avoir mon
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chaslel jusqu'à cel hore qu'il soit vangiez. » — t Dont fu ii che-
valiers, damoisele? » feit Perceval. c Sire, il fu fuiz vostre oncle
Brun Brandalis et fu I des meillors chevaliers del monde, se il fust
demorez an vie. » — c Et qui l'ocist, damoisele? » feit Perceval.
c Sire, li chevaliers de la parfounde forest, qui le lion moine,
mauvessemaot en traïsson là où il ne s'an doune garde. Quar, s'il
fust armez aulresint corne cil esloit, il ne l'éust pas ocis. »
— c Damoisele, feit Perceval, ce poisse-moi qu'il Fa ocis, et de
mon oncle le roi hermite autresint, que je vangeroie plus volen-
tiers que toz les oms del monde; quar il est ocis por moi.
« lYlout fu cil desloial et mauvessemant s'en vost venchier,
qui I sejnt ho m, un hermite, qui à lui ne volet mal, ocist por
moi, ne pour autrui. Je seroie moult joieus se je povoie trover
le chevalier; ausinl feroil-il de moi, ce cuit; quar il me het autant
corne je faz lui, si conme Tan le m'a conté; et Damediex otroit,
eonmant que il prangne, que l'un puisse trover l'autre par tens ! »
— c Sire, feit la damoisele, il est si outrageus chevaliers qu'il n'a
an tout le mont si bon que il ne cuit mielz valoir de lui, et, s'il
vos het, de volent, se il vos séust ci yos ou autre ou voz tierz, si i
venroit-ii jà meintenant, s'il en esloit en leu ne an èse. » —
* Damoisele, feit Perceval, à meschief doint Deux qu'il i viegne
quant il i venra ! » — « Sire, fet-ele, la parfonde forest là où li
chevaliers Rous le lion moine, est vers le chaslel Arislot, et, ançois
que vos i veingniez par aventure an la forest, an poroiz-vos bien
ofr aucunes noveles. »
— 301 —
a darianne branche del Gréai conmence ici, el
non del père et del fuilz et del seint esperit. Li
contes dist que Perceval s'en ala parmi la forest;
il vit passer devant lui II valez, et portoit chas-
cuns une beste chauvache trossée derrière lui,
qui prises èrent aus chiens. Perceval vint à ceus,
grant aléure, si les feit arester. « Scingnors, feit-il, où enporterez-
vos ces bestes? • — « Sire, font li valet, au chastel d'Arisle de coi
Aristoz est sire. » — «A-il grant plenté de chevaliers au chastel?»
feit Perceval. < Sire, font li valet, il n'an n'i a nul; mès il an i aura
mil dedanz quart jor, que missires se doit marier, si an feit Tan
grant apareillemant. Il doit prandre la fille à la Veve Dame que
il ravi à force devant son chastel de Kamaalot, si Ta mise chiés
I sien vavasor trusqu'à icele hore qu'il l'espousera. Mès nous
sou mes moult dolanz de ce que eie est de trop grant hautece et de
grant biauté et de la plus grant valor del monde. Si est granz deus
quant il l'aura, quar il li tranchera la teste au chief de l'an; itele
est sa coutume. » — « [Qui] li pouroit tolir, feit Perceval, dont ne
feroit-il bien? » — « Sire, oïl, font li valet; Damedeux l'an sau-
roit moult bon gré; quar ceste cruauté est la greindres que nus
chevaliers puisse avoir; autresi est-il moult blâmez del bon her-
mite que il a ocis, et chascun jor désire-il à encontrer le frère à la
damoisele que il doit prandre; qu'il est uns des meillors chevaliers
del monde. Et dist qu'il l'ociroit plus volentiers que nul chevalier
qui vive. • — « Et où est vostre sires? feit Perceval. Sauriez-me
vos dire noveles? » — « Sire, oïl, font li valet, nos nos partimes
ore de li en cele forest, où il lenoit mellée à un chevalier, qui nos
sanble estre moult preuz et moult vaillanz, et dist qu'il a non li
Hardiz Chevaliers. Por ce que il dist à Aristot qu'il estoit cheva-
liers Perceval et de sa mesniée, si li courut sus, puis nos an cou-
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— 302 —
manda à venir, si dist que il l'auroit herrant conquis. Encore
oïmes-nos ore les cox des espées, là où nos estions an la forest; et
Aristoz est de si cruel manière que chevaliers ne puet passer par
ceste forest, se il l'ancontre, que il ne le veulle ocierre. »
v Vouant Perceval oi les noveles,si s'en parti des valez, et,
tantost corne il les ot eslongniez, si s'en vet grant aléure, si conme
il estoient venu. [Il avoil] chevaucbié demi liue galesche quant il
oi les eox des espées que il s'entredonoient sor les hiaume, et li fa
moult bel de ce que li Hardiz Chevaliers tenoit si longucmant
mêlée à Aristot, en qui il est i tant de cruauté et de félonnie. Més
Perceval ne savoit mie à quel meschief li Hardiz Chevaliers estoit
navrez parmi le cors d'un glaive, si que li sanc li raoit hors de
toutes parz ; et Aristoz ne restoit mie louz entiers, ençois estoit
navrez en II leus. Tantost conme Perceval les choissi, il fiert
chevax des espérons, le glaive anpongnié, et fiert Aristot très
parmi le piz de si grant vertu qu'il li feit perdre les estriex et
an/erser sur l'arçon derrière de la sele. Après li dist : « Je sui
venuz aux noces ma seur; ele ne doit mie estre feites sanz moi. »
iiristoz, qui moult estoit hardiz, se remist aus arçons de la
sele o grant ire, quant il vil Perceval, et vint vers lui autresint corne
il fust anragiez, l'espée an la mein, et li doune si grant cox desus
son hiaume qu'il li anbare luit. Li Hardiz Chevaliers se trest
arières quant il vit Perceval, quar il estoit navrez à mort très
parmi le cors; il a voit si longuemant tenu estor qu'il ne le pooit
mès soufrir. Mès, ainz qui s'en partist, ot-il an II leus navrez
Aristot moult doulereussemant. Perceval senti le cop qui grant fu
et son hiaume anbaré; il revint vers Aristot et le fiert si très dure-
mant qu'il li anbal le glaive très parmi le cors et abat lui et son
cheval tuit an un mont ; puis est descenduz sur lui, si li osle la
coiffe del hauberc et deslace la ventaille. < Qu'avez-vos en pensé à
feire?» feit Aristoz. « Je vos trancheré la teste, feit Perceval, si la
présanterai à ma seror, qui. vos avez failli. » — « Non feroiz, feit
Aristoz ; mès lessiez-moi vivre et je vos pardonroi ma haine. » —
t De vostre haine me soufferai-je bien d'ore an avant, ce m'est
— 303 —
avis, feit Percerai ; mès Tan ne puet plus demorer ao vos, quar
▼os l'ayez bien déservi, et Damedeus ne le veust soufrir. » Il li
tranche la teste tout herrant et la pent à l'arçon de sa sele, et
vient au Hardi Chevalier, si li demande conmant il li est. c Sire,
feit-il, je sui moult près de ma mort; mès je me resconfort moult
de ce que je vos voi ançois que je muire. » Perceval est remontez
sor son cheval, puis prant son glaive et lest le cors del chevalier
anmi la lande, si s an part tantost et anmoine le Hardi Chevalier
an un hermitage qui estoit prèsd'ilec; il le descendi de son cheval
aux plus tost que il. pot ; après le désarma et le fist counfesser à
l'ermite, et, quant il fu confès de ces péchiez et repentanz et l'âme
s'en fu partie, il le fist ansevelir à la damosele qui le suivoit et
dona ses armes et son cheval à l'ermite por s'àme, et le cheval
Âristot autresint.
Quant en out la messe chantée por son chevalier qui morz
estoit et li cors fu anterrez, Perceval s'en parti. « Sire, feit la
damoisele qui le sivoit, ore avez-vos meinz à feire. Del cruel
chevalier et del félon avez cest païs vanchié. Ore vous doint Dex
par tans trouver le Rous Chevalier qui le fuil vostre oncle a ocis; je
ne cuit mie que vous ne le conquérez, mès je sui del lion an
grant doutance; quar c'est la plus cruel beste que je onques véisse,
et si aime tant son seingnor et son cheval que nule beste n'eime
tant autre, et aide à son seingnor à soi desfandre moult hardie-
roant.
Perceval s'en va vers la grant forest parfonde, sans targier,
et la damoisele après. Mès, ançois qu'il i venist, encontra-il un
chevalier qui navrez estoit moult duremant, et il et ses chevaux.
« Ha, sire, feit-il à Perceval, n'entrez mie an cele forest; à grant
poine an sui-ge eschapez. Quar il i al chevalier qui m'a â grant
poine de son lyon rescox, et autretant redot-je le passage de çà
devant, quar il i a I chevalier que l'an apele Aristot qui sanz
achoisson cort sus aus chevaliers qui par la forest trespassent. »
— c De celui, feit la damoisele n'avez vos garde; quar vos an
povez voier le chief à l'arçon de la sele à cil chevalier pandre. »
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• 304 —
c Ijerles, feil li chevaliers, je ne fui onqaes mès si liez de
noveles que je oïsse et je soi bien que il n'est mie sanz grant
hardemant qui Ta ocis. » Li chevaliers se part de Perceval; mès
li lions avoit navrez son cheval si très duremant an la cuisse
derrière que à grant poine pooit-il aler. » Sire chevaliers, feit
Perceval, alez à Termite en la parfonde forest, si li distes que
je li mant qu'il vos doint I destrier que je li lessai ; quar je
voi bien qu'il vos est grant mestier, et vos li guerredoneriez en
autre manière; quar il amcra mielz une autre chosse que le
cheval. » Li chevaliers Tan mercie moult de ce que il li dist; il est
venuz à l'ermite au mielz qu'il pot et li a dist einsint corne il fu
anchargiez, et il li conmanda à prandre lequel destrier que il
vodroit por Tamor del chevalier qui le maufesséor a ocis, qui tant
maux fessoit parmi ceste forest : c Et si les vos bailleroi en II se
vos volez. » — c Sire, feil li chevaliers, je n'an demande que
l'un. » Il prant le cheval Arislot qui mieudres li sanbloit et est
tanlost sus montez, si guerpi le sien qui mès ne povet aler. Il prant
congié à Termite, si li dist qu'il li guerredoneroit moult bien; mès
mielz li venist que il n'éust mie pris le cheval, quar il en fu puis
ocis sans resson; I chevaliers qui de Tostel Àrisloles es toit le consivi
au chief de la forest et il connut le cheval son seinguor et avoit oï
dire que Àristoz estoit morz; si aloil an la forest pour lui anterrer ;
il féri li chevalier parmi le cors, de son glaive, si Tocist ; puis
prist le cheval, si s'en vet atot. Mès, se Perceval le séust, il n'en
fust mie joieus, por ce que il rouva le chevalier aler pour le
cheval; mès il ne le fist se pour bien non, et pour ce que il che-
vauchoit à grant mesesse.
x erceval s'en vet vers la forest parfonde, qui moult est granz
et larges et hideusse, et, quant il fu dedanz antrez, il n'ot guères
chevauchié quant il choissi le lion qui gissoit anmi une lande de-
souz un arbre et atendoit son seingnor, qui esloit alez loing an la
forest; et savoit bien li lions que c'estoit ilec le trespas des cheva-
liers; por ce s'i esloit-il areslez. La damoisele se trest arières por
la poor et Perceval s'en vet vers le lyon qui jà Tavoit choissi et
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venoit vers lai les ielz anflanbez et la geule baée, et Perceval
l'avise et le cuide férir de son glaive el'palès dedanz; mès li lyons
li guenchi, et il le consivi an la jambe devant, si li feit une grant
ploie, et li lyons art le cheval aus ongles destire la crope et li abat
le euir et la char desure la queue; et li chevaux, qui bleciez ce
sant, le consuit des II piez derrière, ançois qu'il s'eslongnast, si
très duremant qu'il li brisse les mestres danz de la geulle. Li lyons
gita I si grant breit que toute la forest en retentist. Li rous cheva-
liers oi son lyon brère, si vient cele part grant aléure; mès, ançois
qu'il i fust venez, Tôt Perceval ocis. Quant li chevaliers vit mort
son lyon, si an fu moult dolanz. « Par mon chief, fcit-il à Perceval,
quant vos océistes mon lyon, si féistes que treitres. » — « Et vos,
feit Perceval, vostre mort avez jugiée, quant vos océistes le fuilz
mon oncle, de quoi ceste damoisele porte le chief. » Perceval li
vient, sanz plus dire, et li chevaliers antresint par grant ravine,
débrise lor glaives sor son escu, et Perceval le fiert de si très grant
vertu qu'il li passe le glaive très parmi le cors et le porte à terre
mort, jus del cheval. Perqeval est descenduz del sien quant il ot le
chevalier mort, puis est montez sur le cheval au rous chevalier,
quar il ne se povet mès del suen aidier.
c KJire, feit la damoisele, mes chastiaux est anrai ceste forest,
que li rous chevaliers m'a tolu, grant pièce a; or vos pri-ge que
vos i veingniez avec moi tant que je soie asséurée et tant que je le
r'oie enterriannemant. » — c Damoisele, feit Perceval, ce ne vos
doî-ge mie vaier. » Il chevauche tant parmi la forest qu'il sont au
cbastel venu qui à la damoisele devoit eslre. Il séoit el plus biau
lieu de toute la forest et estoit clos de haut murs batailliez, si avoit
dedanz riches sales fenestrées. Les noveles furent venues el chastel
que lor sires estoit mort; Perceval et la damoisele antrèrent dedanz;
il fîst la damoisele asséurer à ceus qui dedanz esloient et randre
son chastel, que il sorent bien que c'estoil ces droiz érilages. La
damoisele Cst le chief anterrer qu'ele avoit porté grant pièce, et
dist qu'ele feroit chascun jor une messe là dedanz por l'âme de
lui. Quant Perceval ot léanz esté tant conme li plot, il s'en parti.
La damoisele le mercia moult de la bonté qu'il li avoit feite de son
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— 306 —
cbastel qu'ele r'avoit par lui ; quar jà mès ne fust reconquis par
autrui, ce savoit ele bien.
J osephus nos rfist, par l'escrilure qui le nos recorde de quoi
cist estoires fu traite de latin en rouraanz, que nus ne doit estre
en doutance que ces aventures avenissent â cel tans an la Grant
Breteingne et an touz les autres roiaumes, et plus i avint ancore
assez que je ne recort ; mès ces tes furent les plus séures. L'estoire
dist que Perceval est venuz à un recest là où sa seur estoit chiés
1 vavasor qui moult estoit prodons. La damoisele menoit chascun
jor moult grant deul, por le chevalier qui prandre la devoit; quar
li jors estoit jà auques aprochiez, n'ele ne savoit mie que il fust
morz. Ele regrestoit la Veuve Dame, sa mère, moult souvant, qui
menoit autresint grant deul pour sa fille. Li vavasor conforloit la
damoisele moult doucemantet regretoit son frère Perceval ; mès
ele ne cuidoit mie estre si près de lui. Et Perceval est venuz au
recest, touz armez; si descendi à I perron devant la sale. Li
vavasor li vient à rencontrer, si se merveille moult qui il est, et li
plussor cuidèrent que ce fust des chevaliers Aristot. « Sire, feit li
vavasors, bien puissiez-vos venir !» — « Bone aventure aiez-vos,
sire, » feit Perceval. Il tint an sa mein le chief Aristot par les che-
veux, de coi li chevaliers se merveilla moult, por ce qu'il portoit
le chief du chevalier en tel manière. Perceval vint an la mestre
chanbre de la sale là où sa seur estoit, qui duremant se démentoit.
c JLfamoisele, feit-il à sa seror, ne, plorez mie, quar vos noces
sont faillies ; à ces enseingnes le povez-vous bien savoir. » Il giète
le chief Aristot devant lui à la terre ; puis li dist : c Vez vos ci la
teste de cejui qui vos devoit prandre. » La damoisele entendi Per-
ceval son frère qui armez estoit, si le reconnut; ele sailli sus, si li
fist la greingnor joie que damoisele féist onques à chevalier. Ele
ne set qu'ele puisse feire, tant est joieusse, que tuit cil an ont
pitié qui la voient, de la joie qu'ele moine à son frère en plorant.
Li contes dist que il séjornèrent là dedanz et que li vavasors
l'anora moult. La damoisele (ist giter le chief del chevalier en une
rivière qui couroit anviron le recest. Li vavasors fu moult joianz
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— 307 —
de sa mort, por la grant félonie qu'il avoit en lui et por ce que
il convenist la damoisele à morir ainz un an, quant il 1 eust
espossée.
Quant Perceval out esté là dedanz tant conrae li plot, il
mercia moult le vavasor de l'anor qu'il li ot feite à lui et à sa
seror; il s'en parti et lui et sa seror aveques desor la mule sur
quoi l'an l'avoit amenée. Perceval chevaucha tant par ses jornées
qu'il est venuz à Kamaalot et trova sa mère moult adolée por sa
fille qui roïne estoil, et cuidoil bien qu'ele ne la déust jà mès
voier, et estoit moult dolante de son frère le chevalier hermite
qui morz estoit autresint. Perceval vint an la chanbre là où sa
mère gissoit, qui ne pooit cesser de feire deul ; il tint sa seror par
la mein et vint devant lui. Tantost cornue ele le connut, si con-
mença à plorer de joie ; après, si bessa li un après l'autre,
c Biaux fuilz, fet-ele, bénoite soit l'eure que vos naquistes, quar
par vos me revient tuit mi grant joie; or pourroie-je bien finer,
quar j'ai assez longuemant vescu. » — t Dame, feit-il, vostre
vie ne doit nule annuie; quar ele ne feit à nului mal; quar vous
ne fîneroiz mie çà dedanz, se Dex plest; ainz fineroiz el chastel
qui fu à vostre jermein cousint, le roi Peschéor, là où li seintimes
Gréaux est et là où les dives reliques sont. » — t Biaux fuilz,
feit-ele, vos distes moult bien et je i vorroie jà estre. i — c Dame,
fet-il, et Deux i metra conseull que vos i seroiz, et ma seur, s'ele
se veust marier, nos la métrons en aucun bon leu là où ele iert
annoréemant. » — c Certes, biaux frère, feit-ele, je ne seroi jà
mariée se à Deu non. » — c Biaux fiuz, feit la Veuve Dame, la
damoisele del char vos est alée quarre, ne ne fineroi jà mès très
qu'à cele heure qu'ele vos aura trové. » — c Dame, feit-il, an
aucun leu orra ele noveles de moi, et je de lui. » — c Biaux
fiuz, feit la dame, la damoisele est céanz que li fel chevaliers navra
parmi le braz, qui vostre seror ravi ; mès ele est garie. » —
c Dame, feit-ele, je sui moult bien vangiée. » Il li a contées toutes
les aventures trusqu'à cele ore que il out le chastel reconquis qui
fu son oncle. Il séjorna grant pièce avesques sa mère dedanz le
chastel et vit que la terre fu toute asséurée et pessible; il s'en parti
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— 30S —
et prist confié, quar il n'avoit mie encore tout son afeire acheté.
Sa mère demora et sa suer grant pièce à Kamaalot et menèrent
bone vie et seinte. La dame flst fére une chapele mout riche au
sarqueu qui gissoit entre la foresl et Kamaalot et la fist aorner de
riches vestemanz et estora un chapelein qui chascun jor i chantoit
messe; puis fu H leus si édéfiez qu'il i out abahie et janz de reli-
gion, et ancore tesmoiugnent li plussor qu'ele i est moult bele.
Perceval fu partiz de Kamaalot et antra an la grant forest, si che-
vauche grant pièce tant que il out esloingoié le.chaslel sa mère, et
vint à Pavespir au recest d'un chevalier qui estoit au chief de la
forest. Il se herberga là dedanz et li chevaliers l'anora moult et le
fist désarmer, si li aporta une robe pour vestir. Perceval voit le
chevalier moult simple et soupirer d'eures en autres.
c Sire, feit~il, m'est avis que vos n'estes mie très bien joieus. »
— c Certes, sire, feit li chevaliers, je ai droit, quar l'an ocist I mien
frère vers la parfonde forest n'a mie grant tans, et je n'en doi estre
liez; quar il iert moult prodom et loiax. » — c Biaux sire, fet
Perceval, savez-vos qui l'ocist? » — « Biaux sire, jà Pocist uns
chevaliers Aristot, por ce que il séoit sor son cheval qui Aristot
avoit esté, sur quoi uns autres chevaliers l'avoit ocis ; et uns her-
miles l'avoit baillié à mon frère por ce que li lyons au rous che-
valier avoit le sien afolé. » Parceval ne fu mie liez de ceste novele,
por ce que il li avoit tramis, qu'il avoit esté ocis por ce cheval,
c Sire, feit Perceval, vostre frère n'avoit-il mort déservie, ce cuit,
car il n'avoit mie ocis le chevalier. » — « Sire, non, je le sai tuit
de voir ; mès uns autres qu'il ocist le rous chevalier de la parfonde
forest. » Perceval se test alant; il jut la nuit an l'ostel et fu moult
bien herbergiez, et l'andemein s'en parti, quant il ot pris congié.
Il herra tant que il vint en un herraitage là où il oï la messe. Après
le servise, vint li hermites à lui et li dist : « Sire, feit-il au che-
valiers, en ceste forest a chevaliers louz armez qui giièlent
I chevalier qui Aristot ocist et le Rous au lyon autresint. Si Ren-
contrent chevalier an ceste forest qu'il ne voilent ociere pour le
chevalier qui ces II a ocis. » — * Sire, feit Perceval, Dex m'an
gart d'ancontrer tex janl qui mal me facent! »
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— 309
Àtant se parti de l'ermitage et prant congié à l'ermite et
chevauche tant qu'il est venuz en la forest et choisi ie chevalier
qui séoit sor le cheval Aristot por coi il avoit l'autre chevalier
ocis. II avoit I autre chevalier avec lui. 11 s'arestent quant il virent
Perceval. < Par mon chief, feit li uns des chevaliers, itel escu
porloit cil qui Aristot ocist, si conme il no& fust conté, et ce
puet-il moult bien estre. » Il vienent vers lui, tuit eslessié. Perceval
les voit venir, si n'oblie mie les esporons, ainz les ancontre aux
plus tost qu'il puet. Li dui chevalier le fièrent sur son escu et
brisent lor glaives. Perceval consuit celui qui séoit sor le cheval
qui fu Aristotes et li passa aune de son glaive parmi le cors si que
mort l'abati.
Après, vint à l'autre chevalier qui foïr se voloit et li tranche
l'espaule trusqu'au costé, et cil chaï morz dejoste l'autre. Il prent
amedeus les destriers, puis noe les rênes ansanble et les chace
devant lui trèsqtfà la messon à l'ermite qui fors iert oisâuz de son
hermitage. Il li bailla [le cheval Aristot et] l'autre au chevalier par
qui il i menda. c Sire, feit Perceval, je sai bien que vos ne verroiz
nul chevalier sosfreslé que vos ne li bailliez aucuns des chevaux,
se le vos requiert; quar c'est grant cortoissie d'aidier à preudome
quant l'an le voit à meschief. > — « [Sire, feit li hermites] il avoit
oreci III chevaliers; tanlost conme il sorent que li dui furent ocis,
.de qui vos m'avez baillié les chevaux, si s'an partirent an fuiant
aux plus tost qu'il puéent. Je lor louoie moult l'aler et si lor dis
que ne fessoit mie bon morir en tel point ; quar les âmes de che-
valiers qui par armes meurent sont plus près d'anfer que de
paradis. »
Perceval, qui onques ne fu sanz granz travaill et sanz poine
en tant corne il vesqui, se parti de l'ermitage et s'an vet à grant
esploit très parmi la forest; il encontra I chevalier qui li venoit
grant aléure à rencontre. Il connut Perceval à l'escu que il por-
toit. c Sire, feit-il* je vieng del chastel au noir hermite là où vos
troverez la damoisele del char tantost conme vos venroiz, si vos
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— 310 —
mende par moi que vos esploiliez vostre herre et que vos li alliez
requarre les eschès qui li furent toluz devant monseingnor Gau-
vain, ou vos ne renterrez jà mès el chastel que vos avez conquis.
Sire, feit-il, el si vos haste por une grant pitié que j'ai oï an cesle
forest. Je oï que I chevaliers anmenoit une damoisele contre cheval
bâtant d'unes granz corgiées ; je passoie d'une part par la lande et
il d'autre part, si que je le choissi parmi l'arbroie qui est antre
deus ; mès il me sanbloit que la damoisele regretoit le fuill à la
Veuve Dame qui li avoit rendu son chastel, et li chevaliers dissoit
que, por l'amor de lui, la melroit-il an la fosse au serpant. Uns
ancians chevaliers el uns prestres i vont après le chevalier pour
proiier que il ait merciz de la damoisele; mès il est si criex que il
nel veust feire, ainz s'aïre moult de ce que il li proient, et feit
chière et sanblant d'eus deus ociere. « Li chevaliers se part de
Perceval et prant congié, et Perceval s'en vet tout le chemin que li
chevaliers estoit venuz ; il se pense qu'il iroit après la damoisele,
quar il cuide bien que ce soit ele à qui il rendi son chastel, et si
vouldra savoir, se il puet, qui li chevaliers est qui en tel manière
la baillast. II a tant chevauchié qu'il est venuz el plus parfont de
la forest et el plus espès ; il s'areste, si ot et antent la voiz de la
damoisele qui estoit an une grant valée là où la fosse au serpant
estoit, où li chevaliers la voloit mestre. Ele crioit moult duremant
merci, an plorant, et li chevaliers li dounoit de la corgiée grant
cox, porce qu'ele se téusl. Perceval ne se vost plus alargier, ainz
est venuz cele part au plus tost qu'il puet.
Xantostconme la damoisele voit Perceval, si le connut-ele;
ele li joint ses meins amedeus et dist : c Ha, sire, feit-ele, pour
Deu merci ! Jà me rendistes vous mon chastel que cist chevaliers
me velt tolir. » Le cheval sor quoi Perceval séoit, li chevaliers le
connut : « Sire, feit-il, icel cheval fu monseingnor le Rox de la
parfonde forest. Ore à primes soi-je bien que ce fustes vos qui
1 océissvs. » — « Il puet bien estre, feit Perceval; se je l'ocis, je le
dui bien feire, quar il avoit trenchic la teste à un fuiz de mon
oncle, de qui ceste damoisele porta le chief longuemant. » — c Par
mon chief, feit li chevaliers, puisque vos l'ocèistes, vous estes mes
— 311 -
anemis mortieux. » Si se trest très anmi la lande et Perceval autre-
sint, si s entreviennent quant que cheval puéent randre et s'antre-
donnent si grant cox, enmi lor piz, des glaives, conme il plus
puéent. Perceval anpeint le chevalier si très duremant que il l'abat
à terre très par dessus la crope del cheval ; et, au choier qu'il fist,
se brisa-il le mestre os de la janbe, que il ne se pot mouver. Et
Perceval descent à terre et vint là où li chevaliers gissoit. Il li crie
merci, que ne l'ocie mie. Et Perceval li dist que il n'a garde de
mort, ne, einsint conme il est, ne le veult-il mie ocirre ; mès,
autretel si conme il voloit que la damoisele féist, li fera-il feire. Il
feit descendre l'autre chevalier ancian et le proveire ; puis feit le
chevalier porter vers la fosse au serpant et à la vermine dont il i
avoit grant planté. La fosse iert oscure et parfonde; quant li che-
valiers fu dedanz, il ne puet mie longuemant vivre por la vermine
qui i estoit. La damoisele mercia moult Perceval de ceste bonté et
de l'autre que il li avoit feite. Ele s'en part et revint arière à son
DStel, si fu asséurée de toustes parz, ne onques puis n'ot garde
de nul chevalier, pour la cruel jostisse que Perceval ot feite de
celui.
JLii fuiz à la Veuve Dame s'an vet vivre sanz poine pour sa
bone chevalerie. II sot bien que, se il avoit esté el chastel le noir
hermite, il avoit auques achevée sa besoingne. Mès il li con ven-
dra^ avant meinte autre chosse feire, dont il ne se donne garde, de
coi Dex li saura bon gré. Il à tant chevauchié I jor et autre que il
antra an une terre où il ancontra chevaliers forz et entiers, là où
Deux n'estoit eréuz ne amez ; ainz aouroient fauses ymages et faux
Daroedeus et déables qui s'aparoient. Il ancontra un chevalier à
l'antrée de la forest. « Ha, sire, feit-il à Perceval, retornez arières;
il ne vos est mi£ mestiers de plus aler avant ; quar les janz de ceste
ille ne sont mie bien créant bn Deu. Je ne puis pas passer parmi
la terre se par trives non; la réine de ceste terre fu seur le roi
d'Oriande; si Ta Lanceloz ocis an la bataille et toute sa gent et sa
terre sessie, qui mescréant estoit. Or croit Fan par toute la terre
au Sauvéor del monde; si an est trop dolante el het touz ceus
qui croient an la novele loi [el ne vossist cler voier tant que la
— 312 —
novele loi] seroit abatae, et Dex, qui puissance est de ce feîre,
l'aveugla tantost; ore quide que ce aient feit les faux Dex en qui ele
croit, si dist, quant la novele loi chaïra, qu'ele r'aura sa veue par la
noveleté de ces Deux et par leur vertu, ne trusqu'à cele heure ne
velt ele mès. Et por ce le vos di-ge, feit li chevaliers, que je ne
vodroie mie que vous jà i issiez, quar jedout vostre anconbremant. »
— c Sire, grant merciz, feit Perceval, mès il n'est mie si bele che-
valerie conme cele que l'an fet pour la loi Deu essaucier, et pour
lui se doit l'an raielz esprover que pour touz les autres ; autresiut
conme il mist son cors en poine et en travaill por nous, si doit
chascuns le sien mestre pour lui. >• Il s'en partiz del chevalier et
fu moult joieus de ce qu'il ot oï dire de ce que Lanceloz avoit
conquis un roiaume dont il avoit la fausse jant ostée. Mès, se il
séust les no vêles que li rois l'eust mis en prisson, il n'an fust mie
joianz; quar Lanceloz estoit de son lignage et si estoit bons che-
valiers, et por ce l'amoit-il plus assez.
Perceval chevauche trusqu'à l'anuitier et trove un grant
chastel batailliez à granz ponz tornéiz, et avoit granz tours ancianes
dedanz. Il choissi à la porte un valet qui avoit le cherchant d'une
chaanne au col, et estoit la chaanne de l'autre part fichiée à un
grant tronc de feir. La chaanne duroit tant conme le pont avoit
de looe. Puis [li valiez] vint an contre Perceval quant il le voit
venir, c Sire, feit-il, il me sanble que vos créez an Deu. » —
c Biaux amis, si faz-je au mielz que je puis » — c Sire, pour
Deu, feit li valez, n'entrez mie an cest chastel. » — c Porquoi,
biaux amis? » feit Perceval. c Sire, feit-il, je le vos diroi. Sire,
feit-il, je sui crestians ausi corne vos estes et sui sougiez çà dedanz
et garde ceste porte, si conme vos véez. Mès c'est li plus crieux
chastiaux que je sache, si l'apele l'an le Chastel Erragé. Il i a
III chevaliers çà dedanz, moult biaux et moult janes ; tantost
conme il voient un chevalier de la novele loi, si sont hors del sens
et tuit erragé, si que riens nule ne puet durer antr'eus. Si a çà
dedanz une des plus bêles damoiseles que je onques véisse; ele
garde les chevaliers tantost conme il anragent, et il la doutent tant
que il n'osent trespasser son conmandemant de chosse qu'ele
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— 313 —
teulie; quar il maaraestrbient moult de jant s'de n 'estoit. Et, por
ce que je sut sou songiez, me seufrent-il, et n'ai garde d'eus; més
il i sont venu meiiit chevalier crestian qui onques n'en oissirent. »
— c Biaus dous amis, jè i enterroie, feit Perceval, se je puis ;
quar je ne sauroie huimès où aler, et il est vérilez que Dex a
greingnor puissance que li déables. » Il entre dedans le cfaastel et
descendi anmi la cort.
lia damoisele estoit ax fenestres de la sale, qui moult estoit
de grant biauté; ele descendi aval tantost conme ele puet, et ele vit
Perceval anz et la croiz an son escu ; adonc sot-ele bien qu'il estoit
crestians. » Ha, sire, pour Deu, feit-ele, ne venez mie çà amont;
quar il i a III des plus biaux chevaliers que nus véist onques qui
jeuent aux tables et aux dez, an une chanbre, si sont frère jarmein;
il istront tantost del sans, conme il vos verront. »
c JL/amoisele, feit Perceval, se Deux plest, non feront, et
itiex miracles est bons à voier; car il est bien droiz que tuit cil
qui Dex ne volent croire soient anragié quant il voient les chosses
qui de lui viennent. » Perceval monte an la sale, touz armez, que
que la damoisele die. Ele le suit aux plus tost qu'ele pot. Li
III chevalier choissirent Perceval tout a^mé, et la croiz an son
cseu; il saillirent tantost sus et furent forsené. Il rou lient les ielz
et se descirent et braent corne déable. Il avoit léanz jussarmes et
espées que il vont sessir ; il assaillent volentiers vers Perceval,
mès il n'en ont pover, que Dex le vost einsint. Quant il virent
qu'il ne porent à lui aprochier, si corurent li uns à l'autre, si s'en-
tr'ocient, c'onques pour la damoisele ne le vorent lessier. Perceval
esgarda les miracles de ces ganz qui einsint estoient mort et la
damoisele qui an menoit moult grant deul : c Ha, damoisele,
feii-il, ne plorez mie ; mès repentez-vous de cesle fausse créance;
quar cil qui an Deu ne v.oroient croire morront conme anragié et
conme déable. > Perceval feit porter les cors de la sale aux valiez
qui léans estoient; quant il les ot feit gitcr an une ève courant,
aures ocist touz les autres por ce qu'il ne voloient an Deu croire.
Li chastiax fu touz vidiez de la gent mescréant, fors que* de la
— 314 —
damoisele et de ceus qui la servoient et del crestien sougier qui la
porte gardoit. Perceval le mist hors de la chaane, puis le mena
amont an la sale, si se fist désarmer. Il trova de moult riches
robes. La damoisele qui estoit de moult grant biauté l'esgarde; ele
le vit moult biau chevalier, si li plout moult. Ele l'anora moult
duremant, mès ele ne pooit oublier les III chevaliers qui si frère
furent; si an moine moult grant deul.
« Damoisele, feit Perceval, icistdeus à mener ne vaut notant ;
mès confortez-vos an autre manière. » Perceval esgarda la sale de
chief an autre qui mout est riche; et [la] damoisele, en qui il avoit
moult biauté, lessa son duel à mener pour esgarder Perceval ; ele
le voit biau chevalier et séur et grant et bien fourni de bone con-
tenance ; si li plest moult, ele le commance tantost à amer et dist
à soi méimes que, se volet lessier si Deus por ceus an qui ele croit,
qu'ele an seroit moult joieusse et si le feroit seingnor de son chastel;
quar il li sanbloit qu'ele ne le pouroit mielz anploiier, et, puisque
si frère sont mort, il n'i a nul recouvrier ; ainz la couvendra le
deul oublier. Mès ele ne set mie le penser de Perceval ; quar, s'ele
le séust ce que il pansse, ele ne cuidast mie ce; quar s'ele estoit
crestiane, si l'aimeroit-il mout anviz en cele matière qu'ele panse;
quar il ne perdi onques sa virginité pour famé, ce dist Josephus;
ainz morut vierges et chastes et nez de son cors. Encore fust-il en
tel manière, ne puet-ele mie refreindre son cuer de li, ainz cuide
que, se il savoit qu'ele le vossist amer, qu'il an fust moult joiant
por ce qu'ele est de si très grant biauté. Perceval demande à la
damoisele qu'ele avoit en pensé, t Sire, feit-ele, je ne pansse se
bien non, se vos volez. » — « Damoisele, feit Perceval, en moi ne
demorra-il jà, se Dex plest, que vos guerpissiez ceste mauvesse loi,
si créez en la bone. » — c Sire, feit-ele, mès guerpissiez la vostre
pour l'amor de moi et je feroi vostre conmandemant et vostre
voler. »
c Damoisele, feit Perceval, ce ne vaut noiant à dire. Se vos
fussiez home autresint conme vos estes famé, vostre fin fust venue
avec les autres. Mès, se Deux plest, votre conroi se panra an bien. »
— 315 —
— c Sire, fet-ele, se vos me volez créanter que vos jn'ameriez
antresint conme chevaliers doit amer damoisele, je sui bien pour
panser de croire an voslre Deu. » — c Damoisele, je vos créant
bien einsint conme je sui crestians que, se vos volez recevoir
bauptesme, que je vos aimeroi si corne cil qui Dex croient ferme-
ntant doivent amer domoisele. » — c Sire, feit-ele, je ne vos quier
plus. » Ele feit mander I seint home hermite qui estoil an la forest
pertrine, et il i est venuz moult volentiers, quant il sot les noveles.
11 l'ont levée et baptisée, ele et ses damoiseles aveques lui. Perceval
la leva desuz fonz. Josephe nous tesmoigne en ceste ystoire qu'ele
ot à non Célestre. Ele fist moult grant joie de son bautesme et mua
son courage an bien. Li hermites fu avesques lui là dedanz, qui li
priast à connoislre la ferme créance, et fessoit le servise Noslre
Seingnor. La damoisele fu de moult bone vie et de moult sein te et
fina puis en mout bonnes euvres.
JT erceval se parti del chastel et rendoit grâces à Nostre
Seingnor et merciz de ce que il li a si cruel chastel sosferl à con-
quarre et à atourner à la loi. II s'en vct grant aléure, touz armez,
tant que il vint an I païs là où an démenoit moult grant doulor, et
dissoient li plussor que cil esloit venuz qui lor loi destruiroit;
quar il avoit jà le plus fort chastel conquis. Il est venuz vers
I chastel encian qui estoit au chief d'une forest; il esgarde et voit
à l'entrée de la porte moult grant planté de jant. Il voit un valet
venirde cele part, si li demande à qui li chastiax est. c Sire, feit-il,
il est à la roiine Gendrée qui s'est feit amener devant sa porte
avec les janz que vos i véez ; quar ele a oï dire que li chevalier del
Chastel Anragié sont mort, et uns austres chevaliers qui le chastel
a conquis a feit la damoisele bauptissier, si se merveille mout
conmant ce est. Ele est an grant doutauce de sa terre perdre, quar
ses frères Mandeglanz d'Oriande est morz, si n'aient mès secors de
nullui, et l'an li a dit que li chevaliers qui le Chastel Erragié a
conquis est li mieudres chevaliers del monde et que nus ne puet
durer vers lui. Pour cele dotance et pour cele péor de lui, ne véist
ele à aler à un sien chastel qui est assez plus fort. » Perceval se
part del valet et chevauche tant que cil qui estoient à l'entrée del
— aie —
chastel le choisirent; il virent la crois vermeille que il portolt an
son escu, il distrent à la roiine : c Dame, uns chevaliers crestians
vient en cest chastel. c — « Gardez, feit-ele, que ce ne soit cil qui
doit nostre loi abatre. » Perceval vient cele part et descent et vient
devant la roiine, touz armez. La roiine li demande que il quiert.
c JL/ame, feit-il, je ne quier se bien non à votre eus, s'en
♦vos ne demeure. » — c Vos venez, feit-ele del Chastel Anragié, 1A
où li m frère sont ocis, dont c'est granz doumages. » — c Dame,
feit-il, au chastel fu-ge, si vorroie ore que li vostre. fust à la
volenté Jesu-Christ autresint conme cil est. » — c Par mon chief,
feit-ele, se vostre sire a si grand pover conme l'an dist, si ert-il. »
— c Dame, sa vertu et sa puissance est greindres assez que Tan ne
dist. » — t Ce vourroie-je savoir, feit-ele, meintenant, et si vous
vel-ge proiier que vos ne vos partez de moi de si là que Taie
esprové. » Perceval li ostroie volentiers. Ele retorna dedanz son
chastel et Perceval avec lui. Quant il fu descenduz, si monta an la
sale; cil qui là dedanz estoient se merveillièrent moult de ce
qu'ele se consentoit issi ; quar, onques puis qu'ele aveugla, ne pot
soufrir chevalier de la novele loi si prochein de lui et fessoit ociere \
touz ceus qui venoient en son pover, ne ne vossist mie cler véoir
par si que ele en éust un devant soi; ore li est muez ces courages
an tel manière que ore voroit bien qu'ele péusl voier celui qui là
dedanz estoit vennz; quar Tan li dist que ce est li plus biaux
chevaliers del monde et bien sanble estre si bon conme Tan tes-
moigne.
x erceval fu léanz mout volentiers por ce que véoit auques
la cruauté la dame amenuissée; il li senbla que ce seroit grant joie
s'ele se voloit à Deu atorner, et cil qui là dedanz sont ; quar il set
bien que, s'ele tenoit la novele loi, que tuit cil de la terre si acor*-
deroient. Quant Perceval ot jéu la nuit el chastel, la dame menda
l'andemein les plus poissanz de sa terre, et ele vint hors de sa
chanbre en la sale là où Perceval estoit, [et véoit] autresint cler
conme ele avoit onques plus véu. Tuit cil qui là dedanz estoient
s'an merveillent mout. c Seingnors, feit-ele, ore antendez tuit, si
— 317 —
vos conteroi la vérité einsint canine il m'est avenu. Je me couchai
en mon lit hersoir et bien sachiez que je ne véoie goûte, et fis
ouroissons à nos Diex que me rendissent la veue; il me sanbla que
me responséissent que il n'en avoient pooir; mès féisse cel cheva-
lier ociere qui c'estoit anbatuz céanz, et, se je einsint ne le fessoie,
il se coureceront mout à moi. Et, quant j'oi lor voiz oïes que il n'i
en auroient noiant ce que je lor avoie requis, si me souvint del
seingnor en qui cil qui tenoient la nouvele loi croient. Je li priai
mout doucemant, se il avoit tel vertu et tel puissance conme li
plussor dissoient, que il me fèist voier cler par si que je créroi an
lui. Je m'andormi an icele hore et me sanbla que je véisse une des
plus bêles dames del monde, si se délivroit d'un enfant çà dedanz
et avoit anviroo lui aulresint grant clarté conme se li souleus
luissist en droit midi.
c vouant li anfes fu nez, si fu si très biaux et si très janz et
de si douz sanblant que li esgarders me plut mout; il me sanbloit
qu'il avoit à son délivrer une conpagnie de jant, la plus bele que
nus véist onques, si avoient èles autresint conme oissel et déme-
noient mout grant joie. II m'iert avis que uns anciaa honme me
dissoit, qui avec lui estoit, que ma dame n'a voit mie perdue sa
virginité pour l'enfant. Je fui mout aisse tant conme ceste chose
me dura. Il me senbla que je la véisse autresint conme je faz vos.
Après, me fu avis que je véisse I honme lier à I estache, en qui il
avoit mout douçor et humilité; si le batoient unes maies janz de
corgiées et de verges moult très duremant, si que li sans an cou-
roit aval. Il n'an voloient avoir nule merci. De ce ne me povoi-ge
tenir que je ne plorasse de pitié. Adonques si m'esveillai et me
merveillai mout d'où ce venoit et que ce puet estre. Mès toutes
voies me plessoit-il mout ce que* je an avoie véu. Il me sanbla
après ce, que je véoie icel home, qui avoit esté liez à l'estache,
mètre en une croiz et closficbier mout doulerossemant et férir el
costé d'un glaive; de celui oi-je si grant pitié que il me couvint
plorer par estouvoir, de la grant doulor que je li véoie soufrir. Je
vi la dame aux piez de la croiz et reconnui que je l'avoie véue
délivrer de l'enfant; mis nul nel sa voit escrire Le grant deul qu'ele
— 318 —
menoit. De l'autre part de la croiz avoit un honme qùi ne senbloit
mie eslre liez, mès il réconfortait la dame le plus biau qu'il povet.
11 i avoit unes autres genz qui recoilloient son sanc an un seintime
vessel que Tan i tenoit.
c Après, me fu avis que je le vi despandre de la croiz et
meitre en un sépucre de pierre. Je an oi grant pitié. Quar, tant
conme senbla que je le véisse einsint, ne me poi onques tenir de
plorer. Tantost conme la pitié m*an vint au cuer et les lermes me
vindrent aux ielz, oi-ge ma veue, einsint conme vos véez. En itel
seingnor doit-on croire, quar il soufri la mort que il éust bien
eschivée se il vossist; mès il le fist pour son peuple sauver. En cri
seingnor veulle-je que vos créez tuit, si relanquissiez nos faux
Dex, quar ce sont déable, si ne nos puéent ne aidier ne valoir.
Et qui croire ne vora, je le feré ocierre ou morir de vileine mort. »
La dame se fist lever et bautissier, et touz ceus qui ne le voloient
feir'e, si les fist destruire et essillier. Cist estoires nos dit qu'ele ot
non Saiubre; ele fu bone dame et bien créant an Deu et mena puis
si seinle vie qu'ele morut an un hermitage. Perceval se parti- del
chastel et fu mout joianz an son cuer de la dame [et] de sa gent,
qui croiet an la novele loi.
près, nos dist cist tistres que Mélioz de Logres
Vestoit partiz del Chaslel Périlleux, seins et
gariz par l'espée que Lancelcz li ot aportée et
pour le drap que il prist an la Chapele Péril-
leusse. Mès il estoit mout dolanz d'unes noveles
que il avoit oïses que misires Gauvains iert an
prisson, et si ne savoit où; mès qu'an li avoit feit antendant que
dui chevalier, qui estoient parant cil del Chastel Anragié qui s'en-
tr estaient ocis, Fa voient anserré por Perceval, qui le chastel
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— 319 —
avoient conquis. Or dist Mélioz de Logres que il n'ert mès aîsse
si saura où misires Gauvains est. 11 chevauche parmi une forest
et prie Deu que il li lest par tans oïr noveles de monseingnor Gau-
vain. La forest estoit estrange et sostive; il chevaucha trèsqu'à
l'anuitier c*onques ne pot trover recest ne hermitage. Il esgarde
très anmi la forest devant soi et vit une damoisele séoir toute seule
qui se démantoit mout duremant. La lune estoit ocure et li leus
moult hideus et la forest ounbrage. « Ha, damoisele, que festes-vos
ci à tel heure? » — c Sire, feit-ele, je ne le puis amender, de ce
sui-ge mout dolante. Quar li (eux est plus périlleux que vos ne
cuîdez. Esgardez, feit-ele, contremont, si verroiz l'achoisson por-
quoi je i sui. » Mélioz esgarde et voit II chevaliers touz armez
penduz contremont desoz le chief à la demoisele. Si s'an merveille
mout. t Ha, damoisele, feit-il, qui ocist ces chevaliers si vileine-
ment? » — t Sire, feit-ele, li chevaliers de la Galie qui chante an
la mer. » — c Et porquoi les pent-il an tel manière? » — t Por ce,
feit-ele, que il croient an Deu et an sa douce mère. Si les me cou-
vint ci ilec garder XL jorz que Tan ne les despande; quar, se il an
esloient ostè, il perdroit son chastel, ce dist, et si me trancheroit
la teste. » — « Par mon chief, feit Mélioz, itel garde est vileine à
damoisele et vos ne demorez plus ci. > — « Ha, sire, feit la damoi-
sele, donques seroi-ge morte, quar il est de si grant cruauté que à
poines me pouret nus garentir anvers lui. >
c JL/amoisele, feit Mélyoz, ce seroit grant honte se je lessoie
ici ces chevaliers'en tel manière pour la reproche d'autres cheva-
liers. » Mélioz fist les fosses en terre à s*espée, si les anterra aux
mielx qu'il pot. « Sire, feit la damoisele, se vous ne pensez de moi
garentir, li chevaliers m'ociera; quant il ne troverra demein les
chevaliers, il cerchera toute la forest por moi quarre. » Entre Méliot
et la damoisele s'en vont parmi la forest tant que il viennent à une
chapele, où il soulet avoir I hermite, que li chevaliers de la Galie
avoit destruit. Il descendi la damoisele de son cheval; après, en-
trèrent an la chapele où il avoit grant clarté, et une damoisele i
gardoit I chevalier mort. Mélioz se merveille moult : « Damoisele,
feit Melioz, quant fu morz ce chevaliers? » — c Sire, ier à la marine
— 320 —
Pocist li chevaliers de la Galie, si le me couvient einsint garder et
demein doit einsint venir et aler au chastel où niisires se doit
demein coobatre à I lyon, touz désarmez, et ma damoisele, à qui
nos sonmes entre moi et eele damoisele que vos avez amenée ici,
ert autresint demein menée couine li lyons doit ociere monseingnor
Gauvain, si ert ma dame livrée autresint s'ele ne guerpist la novele
loi en coi li chevaliers la fist croire, qui vint el Chastel Aragié,
dont ele est dame; et nos méimes serions autresint dévorées
avecques. Més cele damoisele éust eneore enpris ma mort de
respit s'ele gardast les chevaliers encore qui en tor furent pendu
vileinement. Mès, quant vos les avez ostez de là où il pendoient,
vos avez feit mout grant bien, conmant qu'il aviegne, quar li sires
de la Vermeille Tor donra au chevalier son chastel por ce. »
Mélioz est mout joieus des noveks qu'il a oies de monseingnor
Gauvain qui est encore vis; quar il set bien, puisque li chevaliers
de la Galie venra par ilec, qu'il viendra ençois que misires Gau-
vains se conbat au lion. « Sire, feit la damoisele de la chapele,
pôr Deu, quar amenez ceste damoisele à garisson, quar li cheva-
liers iert si erragiez d'ire et de mautalant, tantost conme il venra
ci, que il li voura trenchier la teste meintenant, et de vos raéisme
ai-ge grant poor. >
c JJamoisele, feit li chevaliers, dont est-il hom autresi conme
je sui. » — « Sire, més il est plus forz et plus crieus que vos ne
sanblez estre. > Mélyoz fu la nuit an la chapele trusqu'à Fende-
mein, et ot le chevalier venir conme lanpeste, et amenoit avec lui
la damoisele del ehastel et la lesdangoit d'eures an autres ; et
Mélyoz le voit venir et I nein qui le suit après grant aléure. Il
li escrie : c Sire, véez là la desloial par qui vos avez vostre.
chastel perdu. Or tost, vengiez-vos de lui. Après, irons à la mort
monseingnor Gauvain. > Mélyoz, tantost conme il l'a choissi, est
montez et aprestez de ses armes : « Estes- vos ce, fet li chevaliers de
la Galie, qui ma jostisse avez anfreinte et mes chevaliers des-
penduz.» — cPar mon chief, vostre n'estoient-il mie, ainz estoient
chevalier Dieu, si avez feit grant outrage qui einsint vileinemant
les aviez ocis. i II vet vers le chevalier, sans plus dire, il le iert
-r 391 -
si très duremant, enipj le piz, que il li f*qsae Je hauberc et U rout
tout le fer de son glaive el cors et après le retret à lui par grant
atr. Et li chevaliers fiert lui si duremant sur son escu qu'il li feit
I aune de son glaive passer outre; quar il iert moult coureciez
qu'il iert navrez. Li neins li escrie : « Avoi donc, li chevaliers dure
envers vos qui tant en avez ocis. > Li chevaliers de la Galie s'aïre
moût duremant, il prant son eslès et vient tant conme cheval li
puet randre, et fiert Mélyot si duremant qu'il li brisse son glaive
si qu'il feit, lui et son cheval, chanceler. Mès Mélyoz le consuit
raielz, car il li anpeint le glaive très parmi le cors et au passer
outre le hurta de si grant vertu et de tel force que il le fist choier
" à terre mort del cheval. Li neins s'an cuida partir ; mès Mélyoz li
trancha la teste, de coi les damoiseles Tan mercièrent moult, quar
il lor ayoit feit meint anui.
Mélioz anterra le chevalier que il trova an la chapele mort,
puis dist ax damoiseles qu'il ne povoit plus demorer, ainz iroit
secorre monseingnor Gauvain s'il povoit. Les damoiseles orenl
chevauchéures à lor volenté, quar l'une ot le cheval au chevalier
qui morz estoit et l'autre ot le cheval au nein ; l'autre damoisele
estoit venue sur une mule; et distrent que il s'an iroient arières;
quar li païs estoit touz asséurez del chevalier qui morz estoit. U
mercièrent mout Méliot, quar il dient bien qu'il les a resceusses de
mort. Mélioz se part des4 damoiseles et s'an vet très parmi la forest
conme celui qui moult volentiers orroit noveles de monseingnor
Gauvain. Quant il out chevauchié grant pièce, il ancontra I cheva-
lier qui s'an venoit grant aléure, toz armez, c Sire chevalier,
feit-il à Mélyot, sauriez me vos à dire noveles del chevalier de la
Galie. » — c Qu'en avez-vos à feire? » feit Mélyoz. c Sire, li sires
de la Tour Vermeille a fait monseingnor Gauvain amener en une
lande de ceste forest, si se doit là, touz désarmez, conbatre à
I lion. Si atent misires, le chevalier de la Galie qui II damoiseles
i velt amener que li lyons dévorera quant il aura monseingnor
Gauvain ocis. > — t Iert an pièce la bataille?» feit Mélyoz.
c Oïl, feit li chevaliers, assez par tans; quar misires Gauvains
iert jà là amenez et liez là à une estache trusqu'à icele hore que li
— 322 —
lions iert venuz. Adonques le deslira l'en, mès il le gardent ore
androit dui chevalier tuit armé. Mès dites-moi noveles del cheva-
liers de la Galie, se vos le véistes. > — « Alez avant, feit-il, si an
saurez noveles. » Mélioz s'en part atant, grant aléure, et aproche
la lande là où misires Gauvains estoit amenez. Il choisi les
11 chevaliers qui le gardoient ; se il en avoit poor, ce n 'estoit mie
merveille, quar il cuidoil bien que sa fin fust venue. Mélyoz le
choissi liez â une a tache de fer parmi le cors de toutes parz, si
que il ne se povoit mouvoir. Mélyoz en out grant pitié en son
cuer, il dist bien â soi méismes que il i mora ançois que misires
Gauvains ère mort. 11 fiert cheval des esporons, quant il aproche
des chevaliers ; il en consui un de tel aïr que il li passe son glaive
très parmi le cors et l'abat mort. Li autres s'an voloit aler au
chastel por secors, quant il vit mort son conpagnon. Mélyoz l'ocist
tantost. Il est venuz à monseingnor Gauvain, si li deslie et tranche
les cordes dont il estoit liez. «Sire, feit-il, je sui Mélioz de Legres,
vostre chevaliers. »
Vouant misires Gauvains se senti desliez, se. il out joie, nel
couvient à demander. Les noveles estoient venues à la cort ver-
meille que la roiine Jandrée estoit levée et baptizée, et que li che-
valiers estoit venuz, qui tant avoit force et pooir en soi que nus ne
povoit encontre lui durer por le Deu en qui il croient, et si sorent
autresint que li chevaliers de la Galie estoit [morz] et misires Gau-
vains desliez et li chevalier qui le gardoient estoient ocis. Il dient
que il n'i dutroient pas, si se partirent del chastel et distrent que
passeroient la mer por lor cors garenlir, quar là n'auroient-il garde.
\Juant Mélyoz ot misire Gauvain délivré, il fist tant que il
fu armez des armes à I des chevaliers qu'il avoit ocis. Misires Gatf-
vains monta sur I cheval tel conme li plot et ot mout grant joie
an son cuer. II se merveillent mout conmant cil del chastel ne
sont venu après eus; mès il ne sèvent mie lor pensée ne eon-
mant il sont esfréé. « Mélyoz, feit misires Gauvains, vos m'avez,
délivré de mort ceste foiz et I autre, ne onques mès n'oi acoin-
tance â chevalier quj tant me vausist en si poi d'eure conme
- 321 —
la Yostre m'a fet. » Il s'en partirent ans plus tost que il porant et
chevauchent assez près del chastel; mès il n'oïrent dedanz ne
raouver ne noise, ne il n'en virent nului essir, si s'an merveillent
moût de ce que Fan ne venoit après eus. H chevauchièrent tant
que il Tinrent au chief de la forest et choissirent la mer qui lor
estoit assez procheine et virent à la rive qu'il i avoient grant cha-
pléiz. 1 seus chevaliers se conbatoit à touz ceus qui volloient antrer
an la nef et lor rendoit si grant estor qu'il fessoit li plussor an la
mer trébucher. Il alèrent cele part aux plus tost que il poipnt, et,
quant il orent une nef aprochiée, il connurent que c estoit Per-
ceval, à son escu et à ses armes. Ançois que il parvenissent, se fu
la nef esquipée enmi la mer, en quoi il s'estoit anbaluz par son
grant hardemant et il s'aloient conbatant en la nef à ce dedanz.
« Melioz, feit misires Gauvains, véez-vos là Perceval, le bon cheva-
lier? or poons-nos bien dire par vérité que il est an grant péril! de
mort; quar cele nef ariva an tel manière et an tel leu, se Dex n'en
panse, que jà mès n'an ora Tan noveles, et, se il périst jà mès, nus
chevaliers qui vive n'aura pover d'essaucier la loi NostreSeingnor. »
Misires Gauvains voit eslongnier la nef et Perceval qui
dedanz se desfant envers ceus qui li corenl seure. II est moult
dolanz de ce que il ne vint avant, ançois que la nef fust eslongniée
de terre. Il s'en retorne entre lui et Mélyot, et fu misires Gauvains
moût dolanz de Perceval; quar il ne savoient an quel terre il devoit
ariver, et, s'il le poïst suivre, il aiast mout volentiers après, pour
lui aidier. II ont tant chevauchié que il encontrent I chevalier.
Misires Gauvains demanda dont il vient et li chevaliers li respont
que il vient de la corl le roi Arlus. c Quex noveles m'en savez-vos
dire? » feit misires Gauvains. t Sire, feit-il, mauvesses assez. Li
rois Artus a mis touz ces chevaliers an nonchaler por Briant des
Illes et si a mis I de ces meillors chevaliers an prison. » — c Con-
mant a-il non, li chevaliers? » feit misires Gauvains. c Sire, Tan
l'apele Lancelot del Lac; il avoit reconquis toutes les illes que l'an
a voit le roi Artus tolues et si ocist le roi Mandeglant et conquis!
la terre d'Oriande que il mist A la créance le Sauvëor del monde ;
et tantost le menda li rois Artus, quant il ot conquis ces anemis,
si le misi tantost an aa prisspn par le conseull Briant 4es Hles. Mè*
li rois Àrtus aura par tans soufrète d'amis ; quar li rois Claudas a
assenblez janz àgrant plentez por reconquarre le réaume d'Oriande
et por revenir sur le roi Artus par le conseull Briant des llles qui
le roi traïst; quar il an a fait son séneschal et conmandéor de toute
sa terre. » — « Sire chevaliers, feit misires Gauvaius, il doit bien
mescfeoier au roi qui le conseull de ses bons chevaliers esloingne
pour lossange de traïtor. > Atant s'an parti li chevaliers de missire
Gauvaii*, Il est mout dolanz de ce qu'an li a dit que li rois a mis
Lancelot an prisson. Or ne fist-il onques mès chosse de quoi il
féist tant à blâmer.
tant se test li contes de monseingnor Gauvain et
de Mélyot, et paie del roi Claudas qui grant jant
a assenblée, par le conseull Briant des llles, por
venir an la terre le roi Artus; quar il le set
desgarni de bons chevaliers qui eslre i souloient,
et si sel tout le couvine de la cort et quel pover
li rois Artus a. Il aproche de sa terre aux plus qu'il pot et a le
réaume d'Oriande reconquis tout à sa volenté. Mès cil d'Arbanie se
tienent ancontre lui et li chalehgent la terre aux mielx qu'il puéent.
Les noveles en vienent à la cort le roi Artus, et li mandèrent cil del
païs, s'il ne lor anvoiast par tens secors, que il li rendront la terre
au roi Claudas, et regrestrent souvant Lancelot et dient que, s'il
éust I autretel desfandéor, que les il les fussent toutes an pès^Li
rois i anvoia Briant des llles par meintes foiz, qui adès an revenoit
touz desconfiz ; mès il n'i tramist onques celui qui poor n'éust de
la terré garentir contre le roi Claudas. Li rois Artus fu mout
esmoiiez ; quar il ne set noveles de monseingnor Gauvain et de
monseingnor Yvain ne des autres par quoi sa cort devoit estre cré-
mue et doutée et de grant renon par toz les autres réaumes. Li rois
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— 325 —
estoit I jor in la sale à Cardeuil, mont pensis, et estoit à une des
fenestred, si li menbroit de la réine et de ses bons chevaliers que il
soloit plus souyant véoir à la cort, dont li plussor esloient mort, et des
aventures dont avenir i souloit, dont il ne véoient mès nule. Lucas
li fionteilliers le vit raout très pensé, si s'est aprochiez pès de lui.
ire, feit-il, vous me senblez estre sanz joie. » — c Lucas,
feit li rois, la joie m'est auques eslongniée puis que la réine fu
morte et Gauvains et li autre chevalier ont eslongniée ma cort, si
n'i daignent mès venir. Et li rois Claudas me guerroie et aquiert,
si n ai pover de moi rescorre par la défaute de mes chevaliers. » —
c Sire, feit Lucas, de ce ne devez-vos demander noiant à nului s'à
vos mesmes non. Quar vos féistes mal à celui qui vos a servi, et
bien à ceus qui sont tréistres vers vos; vos avez 1 des meillors
chevaliers et des plus loiax qui soit el monde en vostre prisson,
par quoi tuit li autre esloingnent vostre cort. Lanceloz vos avoit
bien servi par sa bone volenté et par sa bone chevalerie, ne n*avoit
chosse déservie par quoi vos li déussiez feire ceste honte ; ne jà ne
vos esloigneront vostre anemi ne n'auront doutance de vos se par
lui non, el par bons chevaliers. Se sachiez -vos de voir que
Lanceloz et missires Gauvains sont li meillor de vostre cort. >
— « Lucas, feit li rois Artus, se je cuidoie jà mès avoir fiance
en lui, je le feroie mestre hors de ma prisson ; quar je soi bien
que je n'ai mie corloisseinant esploitié envers lui, et Lanceloz est
d'un grant cuer, si ne se sauroit refroidir de l'annui que l'an li a feit
trusqu'à cel horo qu'il an seroil vangiez; quar il n'est rois el monde,
tant soit puissanz, envers qui il n'ossast bien son droit tenir. >
c Oire, feit Lucas, Lanceloz set bien, se vos n'éussiez autre
conseull que le vostre, qu'il ne fust mie einsint bailliz; et si sai
bien que anvers' vos ne mesfera-il jà, tant conme il vive; quar il a
an soi moult valor et loiauté, si conme vos avez esploitié meintes
foiz. Mès, se vos volez estre secoruz ne aidier ne retenir vostre
réiaume, [vos couvient le mestre] fors de la prisson, ou autremant
n'en venroiz-vos jà à chief, et, se vos ce ne feites, vos panroiz terre
par trafrson. » Li rois tint le conseull Lutan le Bouteillier; il fisl
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— 326 -
amener Lancelol, devant lui, enmi la sale, qui auques estoit eschar-
nez en la prisson ; mès il avoit la contenance conme il souloit; nus
ne l'esgardast à qui il ne sanblast bons chevaliers. « Lanceloz, feit
li rois, conmant vos est-il? » — « Sire, feit-il, il m'a esté mauves-
semant une pièce; mès, se Dex plest, il me sera mielz «Tore an
avant. » — « Lanceloz, feit li rois, je me sui repentiz de ce que je
vos ai feit et je me sui porpensez des bons servisses que je aie
trovéen vos; si le vos amenderai à voslre volenté; mès que l'amor
i soit aussint enterrianne conme ele iert devant. »
ire, feit Lanceloz, vostre amendisse ein-ge mout et voslre
amor plus que de nullui; mès jà, se Dex plest, por chosse que
vos m'aiez feite, mal ne vos feroi; quar Tan set bien que je n'ai
mie esté en la prisson por traïsson que j'ai feite ne por folie, mès
parce que vostre volenté i fu. Il ne m'iert mie reprochié en vilennie,
et, puisque vos ne m'avez feite chosse de quoi j'aie blâme ne
reproche, je me doi trère arrière de vos haïr; quar vos estes mes
sires, et, se vos me fêtes mal, sans blanlres s'en ferez vostre ; mès, se
Dex plest, que que vos m'aiiez feit, m'aide ne vos faudra jà, ainz
metrai mon cors partout en aventure pour vostre amor, ausint
conme j'ai fet meintes foiz. »
J\n la cort le roi Ârtus ot mout grant joie de plussors quant
il sorent que Lanceloz ert mis hors de prisson ; mès Brianz ne ses
janz n'en furent mie joianz. Li rois conmanda Lancelot à guarir
et à respasser et que l'an féist son conmandemant. La cort en fu
toute resbaudie, et distrent : ore à primes pooit li rois garroier
séurement. Lanceloz fu en la cort le roi plus avant que nus des
autres chevaliers et plus douiez. Brianz des Mes vint I jor devant
le roi : « Sire, feit-il, vez-ci Lancelot qui me navra an vostre ser-
visse, si veull que il le sache que je sui ses anemis. » — t Brians,
feit Lanceloz, se vos le déservistes avant, il vos an doit bien peser
et, puisque vos mes anemis volez estre, je ne sarai mie vostre
•amis. Quar je me pouroi bién consierer de vostre amor selonc ce
que j'ai an vos trové. » — « Sire, feil Brianz au roi, vos estes mes
sires et je sui vostre asséurez. Vos savez bien que je sui si riches
— 327 —
de terres et d'amis si poissanz, que je doi bien eschiver mon anemi ;
ne an vostre cort ne demourai-je mie tant conme Lanceloz i soit.
Ne dites mie que je m'an parte vileinnemant endroit moi, ainz
m'en part ainsint conme cil qui me vengerai volentiers se je an
avoie leu et èse ; et je voi bien et sai que vos et la vostre cort l'aime
assez mielz de moi, si m'en couvient à consirer. » — c Brianz,
feit li rois, mès demorez et je le vos ferai amender à Lancelot et je
méismes le vos feroi amender por lui. »
« Sire, feit Brianz , par la foi que je vos doi , de vos ne
d'autrui, trusqu'à cele hore que je li auroi tret autent sancde son
cors conme il fist del mien, et si veull bien que il le sache. »
Atant s'est Brianz parliz de la cort, touz iriez ; mès, se Lanceloz
ne doutasl courecier le roi, Brians n'éust mie chevauchié une line
anglesche, quant il éust sen et anforcié la guerre. Brianz s'en vet
vers son chastel de Dure Roche et dist que mielz venist au roi que
Lanceloz fust ancore an prisson ; quar il ii mouvra tel j>leit, se il
puet esploitier, dont ii perdra le meillor pan de sa terre. Il est
alez an la terre le roi Claudas et dist : ore à primes a-il mestier de
s'aide, quar Lanceloz est issuz de la prisson le roi et «st plus amez
à cort que nus, si ne croit li rois conseull se de lui non. Li rois
Claudas li jure et créante que jà ne li faudra, et Brians à lui.
tant se test ici li contes de Briant et parole de
Percival que la nef an moi ne à grant esploit;
mes il sVst tant conbatuz dedanz que a trestouz
cens o<: i s qui an la nef esloient, fors celui qui la
gouverne; quar il li a en cornant que il croira
an Deu et guerpira sa mauvesse loi. Perceval
esloingne la terre si que ne voit se la mer non, et la nef s'en vet à
grant esploit et Damedeu le conduit conme cel qui le croit et eime et
sert de bon cuer. La nef a tant couru et par nuit et par jor, einsint
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— 328 —
conme Dcu plot, que il virent I chastel et I ille de mer. Il demanda
é son marinier se il savoit quex chastiax e'estoit. < Certes, feil-il,
je non ; que nos avons tant couru que je ne conçois la mer ne les
estoiles. > Il aprochent le chastel et virent IIII areines sonner,
aux IIII chief de la vile, moult doueemant, et estaient cil de blanc
dras vesluz qui les sounoient. Il sont venuz cele part.
JLântost conme la nef ot pris port desouz le chastel, et la
mer se restrest arières, si que la nef fa aséchierre. Il n'avoit dedanz
que Perceval et son cheval et le marinier ; il essirent hors de la
nef, puis antrent par devers la mer el chastel, et il i avoit les plus
bêles sales et les plus belles messons que nus véist onques. Il
esgarde desouz I arbre, qui grant estoit et larges, et voit la plus
bele fonteine et la plus clère que nus péust dévisser, et estoit toute
avironnée de riches' pilers, et or scnbîoit estre la gravele*ie pières
precieusses. Desus cele fonteine, avoit II honmes séanz, plus blanz
de barbes et de chevex que n'estoit nef négiée, eTsftnbloient à estre
jane de vière. Tantost corn il voient Perceval, il se drécent ancontre
lui et il anclinent et aorent son escu qu'il aportoit à son col, et
bessent la croiz et puis la boucle là où les reliques estoient. «Sire,
feit-il, ne vos an merveilliez de ce que nos fessons, quar nos con-
néusmes bien le chevalier qui l'escij jjqrta çnçois*de.\os; Nos le
véismes meintes fois ançois qué Dex fust crocefiez. > Perceval se
merveille mout de ce qu'il dient, quar il parolent mout de loing.
c kjeingnors, savez-vos donc conmant cil ot non? > « [Oïl],
fonl-il, Jhossep d'Arimacie ; raès il n'avoit point de croiz en î'escu
devant la mort Jesu-Crist. Mes il Pi fîst mestre après le crocefie-
mant Jhesu-Crist, pour l'amor del Sauvéor que il arna mout. »
Perceval osta I'escu de son col el un des prodoumes l'apièce à l'erbe
qui florie estoit des plus bêles flors del monde. Perceval esgarde
outre la fonteinne et voit, an I mout biau leu, I tonnel autretel
conme si fust d'ivoire, et estoit si granz que il avoit I chevalier
dedanz, touz armez. Il esgarde là dedanz et voit le chevalier; il
l'aresna meintes foiz, mes onques li chevaliers ne vost respondre.
Perceval le regarde à merveilles, il revint aus prodeshonmes el lor
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demande qui cil chevaliers est, et il li dient que il nel puet ore mie
savoir. Il Fan moinent au une grant sale et portent son escu avant
lui, de quoi il font mout grant joie et si l'annorent. Il voit la sale
moût riche, quar onques mës si riche ne si bele ne fa véue. Ele
estoît avironée de mout riches dras de soie, et estoit anmi la sale
li Sauvières del monde escriz, si conme il est an sa majesté, et si
apostre anviron lui; et avoit là dedanz gauz qui plein estoienl
de grant janz et sanbloient estre plein de grant seintété, et si
estoient-il, quar, se ne fussent prodoume, il n'i péussent mie
demorer.
< Sire, font li dui mestre à Perce val, iceste messon, que vos
véez ici si riche, est la sale roiax. » — c Par foi, feit Perce val, ele
le doit bien estre; quar je ne vi onques de tel valor. • Il esgarde
tout anviron et voit les plus riches tables d'or et d'ivoire qu'il éust
onques mès véues. Li uns des mestres souna un apel 111 cox, et i
viennent XXXIII honmes en la sale tuit d'une conpagnie. Il avoient
blans dras vestuz et n'i avoit celui qui n'éust une vermeille croiz
enmi son piz, et sanbloient estre tuit d'un aage. Tantost conme il
entrent an la sale, il annorèrent Deu Nostre Seingnor et bâtirent
lor coupes, puis alèrent laver à I riche lavoer d'or, et puis s'alèrent
asséoir aux tables. Li mestre firent Perceval asseoir à la plus
mestre table par soi. Il furent là dedanz servi mout glorieusse-
ment. Perceval esgarda plus volentiers que il ne raenga.
Einsint conme il esgardoit, il voit sur lui une chaanne d'or
descendre, chargiée de pières précieusses, et avoit el mileu une
ocurone d'or. La chaanne descendoit par grant conpas et ne tenoit
an nule riens s'à la volenté Nostre Seingnor ooh. Tantost conme
li mestre la virent avaler, il ouvrirent une grant fosse large qui
estoit anmi la sale, si que Ton puet véoir le pertuis tout an apert.
Tantost conme l'antrée de cele fosse fu descouverte, il an issirent
li grant cri et li plus dolereus que nus oïst onques, et, quant li
plus pretadonme les entendent, il en tendirent les moins vers
Nostre Seingnor et conmencièrent luit à plorer. Perceval oi cele
doulor, si se merveille mout que ce puet estre. 11 voit que la
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chaanne d'or avale cele part et s'asiet par dessorre le pertuis, tant
que Fan ot près de mangié ; adonc se retrest en Pair, si s'en revêt
amont. Mès Percevat ne sot qu'ele devint, et li mestres recovre la
fosse, qui mout estoil hideusse à véoir, et piteuse à oïr les voix qui
an issoient.
JJi prodome se levèrent des tables quant il orent mangié et
rendirent grâces mout doucemant Nostre Seingnor; après, s'en
r'alèrent là dont il estoient venu. « Sire, feit li mestres à Perceval,
la chaanne d'or que vos avez véue est moult riche et [la] courone
d'or autresint. Mès vos ne povez jà mès oissir de çà dedanz se vos
ne créantez que vos revanroiz lantost conme vos verrez la nef et la
voile crocefiée de la croiz vermeill ; autremant ne vos an povez dé-
partir.» — « Dites-moi, feit-il, de la chaanne d'or et de la courone
que ce puet estre. » — t Nos vos le dirons, feit li uns des mestres,
se vos créantez ce que je vos di. b — « Certes, sire, feit Perceval,
je le vos créant bien que, tantost conme je aurai fet la besoingne
ma dame ma mère et l'autrui, que je revenrai ici, por que je soie
an vie, se je voi vostre nef tele conme vos dites. » — « Oïl, touz
en soiiez certains, et vos aurez la couronne d'or el chief tantost
conme vos revenrez, si en seroiz assis en la chaière, et seroiz rois
d'une ille qui près de ci est, mout planteine de touz biens ; quar
il n'est riens el monde qui i faille, qui conviegne à cors d'onme.
[Li rois hermites] an a esté rois qui einsint la garnie; por ce que il
se prova bien en cel roiaume et que cil s'en loèrent qui en l'ile
sont, est-il esléuz pour estre an I greingnor réaume. Or i vostrent
anvoiier 1 autre prodonme à roi, qui autretant lor face de bien
conme cil flst; mès gardez- vos bien que, puis que vos ao seroiz
rois, que l'ile soit bien garnie; quar, se vos ne la garnissiez bien,
vos seroiz mis en l'iie soufresleusse, dont vos oïstes oreins les criz,
si vos retodra l'en courone. Quar cil qui ont esté roi de Pille plen-
téureusse et qui bien ne se provèrent, sont auques ces genz que
vos véistes en l'ille soufresleusse de tous biens. Et si. vos di que li
rois hermistes, sor qui vos devez aler, i a anvoiié de ses janz une
grant partie; il i ont le chief sééllé an argent et li chief sééllé an
plonc, et li cors qui de ces chief estoient avesques, vos di-ge que
— 331 —
vos les festes venir ça dedanz et le cliief del roi et de la réine. Més
de l'autre ?os di-ge que il sont an Tille soufresleusse. Mès nos ne
saurons se il en istront jà mès. »
ire, feil Perceval, dites-moi del chevalier qui est touz
armez el tonel d'ivoire, que il est et conmant cist chastiax a non. »
— c Vos ne le povez savoir, feit li mesures, trèsqu'à vostre revenue.
Mès distes-moi del seintime Graal noveles, que vos reconquistes ;
est-il anoore en sa seintime chapele qui fu le roi Peschéor? » —
« Sire, oïl, feit Perceval, et l'espée de quoi seint Jahan fust descolez
et d'austres reliques à grant foison. » — « Je vi le Graal, feit li
mestres, avant que li Rois Peschières Joseph, qui ces onques fu,
receulli le saric Jessu-Crist. Sachiez que je connois bien tuit vostre
lignage et de quex janz vos estes nez ; pour vostre bone chevalerie
et pour vostre bone nestetéet pour vostre bone valor, venistes-vos
céanz ; quar ce fu la volenté Nostre Seingnor ; et gardez que vos
soiiez apareilliez, quant leus en venra et verroiz la nef apareilliée. »
— « Sire, feit Perceval, je revenré moult volentiers, ne jà mès
n'en quéisse partir se ne fust pour ma dame ma mère et por ma
seror; que je ne vi onques mès leu qui tant me pléust. • Il fu, la
nuit, mout bien herbergiez dedanz, et, la matinée, einz qu'il s'an
partist, oï une seinte messe en une seinte chapele, la plus bele
que nus véist onques. Li mestres vint à lui après la messe, si li
aporte un escu blanc conme nef', après li dist : • Vos me lérez
vostre escu çà dedanz pour connoissance de vostre venue et si
anporleroiz ces lui. » — « Sire, feil Perceval, je feré vostre
plessir. » Il a pris congié, si s'en part de cel riche manoir, et
trouve la nef toute apareilliée et oi souner les areines autresint en
son aler conme an son venir. Il est entrez dedanz la nef et la
voille est dreciée. Il esloingne la terre et li mariniers gouverne la
nef et Damediex le conduit et moine. La nef s'en cort à grant
esploit; quar ele avoit .assez au core; mès Damedex les fessoit tant
esploitier conme il volet; quar il savoit la très bonté grant et
la très grant valor del loial chevalier qui dedanz estoit.
iex a tant la nef conduite et menée, et jor et nuit, qu'ele
— 332 —
ariva an unè ilie où il avoit I chastel mout ancian ; niés ne parait
ihte estré mout riches, ainz sanbioit bien que il fttst jadis d'une
grant seingnorie. Il gitèrent lor ancre, pais est venuz vers le chastel
et antre dedanz, touz armez; il vit le chastel large et la menante
déchéue et la messon descouverte, et voit une dame séoir devant
les degrez d'une viee sale. Ele se dreça tantost conme ele le vit;
mès ele estoit mout pouremani vestue. Il sanbioit bien à son cors
est à sa ehière et A sa contenance qu'ete fust gentill famé; et voit
que II damoiseles vindrent avesques lui, qui sont jone d'aage et
sont ausint pouremant vestues conme la dame est. « Sire, fet-ele à
Perce val, bien puissiez-vos venir ! Je ne vi mès piéça an cel chastel,
chevalier antrer. > — c Dame, feit Perceval, Dex vos ostroit joie
et anor. » — c Sire, feit-ele, mestiers nos en seroit; quar je n'en
ai guères grant pièce a. » Ele le moine en une grant sale anciane,
qui mout estoit pouremant garnie, c Sire, feit-ele, vos vos herber-
gerez annuit ça dedanz et pranrez an gré ce que nos pourons feire,
si sauroiz le couvine del chastel. • Ele le feit désarmer à I serjant
qui là dedanz estoit, et les damoiseles [viennent] devant lui, si le
servent mout doucement. La dame li aporle I mentel por afubler.
c Sire, feit-ele, il n'a cèanz plus de garnemanz honorables que ces-
tui. » Perceval regarde les damoiseles, si an a mout grant pitié;
quar eles estoient si bien festes de cors et de manbres, conme nature
les povet mielz former, et toutes biautez qui povoient estre en
cors de famés estoient ès leur, et toute la douceur et la simplece.
* JL/ame, feit Perceval, dont n'est cist chastiax vostres? » —
« Sire, feit-ele, tant ai-ge de remanant de toute ma terre, et vez
ileques mes filles dont il est mout grant pitié; quar ele n'ont
autre chosse que vos véez, si sont gentis famés et de haut lignage,
mès il lor est trop lointeins; si nos a tolu I chevaliers, qui mout est
criex» nostre terre, puis que mes sires fu mort, et tient I mien fuiz
an sa prisson, de quoi je sui mout dolante ; quar c'est uns des plus
biax chevaliers del monde. Il n'avoit mie esté plus de IUI ans che-
valier quant il le prist; or ne pnis aidter ne à moi ne à autrui ;
mès j'ai oï conter qu'il a un chevalier en la terre de Gales qui fu
fuiz Elein le gros des vax de Camaalol, si est li mieudres cheva-
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— SS8 -
lions <U monde et cil Elayns fu fuili Calobmtus, qui nellier Je foi»
de qui j'oi mon fuilz et ces II filles. Ce sai-ge bien, se li Boas Che-
valiers, qui si lor est precheins, venist an eest ille par aucune
aventure, je béasse mon fuill, et mes filles qui sont déséritées
r'éussent lors terres quites, si fus-ge gitée de grant poime et de
grant poireté. Je sui d'an autre liagnage qui mont m'est loing; quar
li rois Ban de Benoyc fu mes onqu es, qui morz est ; mès il a un £11
qui moult est bons chevaliers, ee m'a l'en dit ; se li uns de ces
II m'aprechast an aucune de ces illes, je an fusse mont joieusse. *
Perceval ot que les II damoiseles sont filles son oncle, si en
ont grant pitié. « Dame, feit-il, conment a non cil qui est an
prisson? » — « Sire, feit-ele, Galobruos; et cil qui le tient en
prisson a non Gohaz del chastel de la Baleine. » — t Est son
cbastel près de ci, dame?» feit-il. « Sire, il n'a qu'un bras de mer
à passer, si n'i a nullui, en tontes ces illes de mer, qui pooir ait
sor lui non; il est si asséurez qu'il ne se garde de nullui. Quar
nus qui soit an ceste terre n'oseroit vers lui mesprandre. Sire, il
m'a mendé une cbosse dont je sui moût dolante; quai:, se je ne ti
anvoi une de mes filles, il a juré son sairemant que il me todra
mon chastel. » — « Dame, feit Perceval, l'en ne feit mie quanque
Tan doit. As II damoiseles, se Dex plest, ne fera-il nule ver-
goingne, et, de tant conme il lor a feit, me poisse-il raout dure-
roant; quar ele furent filles mon oncle; Julain le gros fu mes
pères et Galobrutus mes oncles et meint autre prodonme qui mort
sont. »
Quant les damoiseles oïrent ce, eles s'agenollièrent devant
lai, si conmencent à plorer de joie et li bessent les moins et li
prient pour Deu qu'il ait merciz d'eles et de lor frère. Et il dist
qu'il ne se partira de lor terre si an aura feit son pover. Il meint
la nuit el chastel et ses mariniers autresint. La dame fist grant joie
de Perceval et l'anora de quant qu'ele pot. Quant vint l'endemein,
Tan li mostre la terre à cel roi qui sa terre li toloit; mès la dame
ne li sot dire où ses fuilz iert an prisson. Il s'en parti et revint à
la nef, quant il ot pris congté à la dame et aux damoiseles, et fu
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mont liez de ee que H sot que ces II damoiseles li estaient si pro-
cheines. Si pria à Deu qu'il li consente que il lor puisse lor terre
rendre et giter de la poureté où il sont. Il nage tant que il est
venuz vers une roche roonde et estroite et séure autresint conrae
une petite messon. Perceval esgarde cele part, si vit seoir I home
dedanz ; il feit aprochier la nef de la roche, puis esgarde et vit une
tranche d'une voie en la roche qui s'en aloit contremont. Il est
issuz hors de la nef, si s'en vet la petite sente, tant qu'il est venuz
en la petite messon. Il trouve là dedanz un des plus biaux cheva-
liers del monde. Il avoit un anniax à ses piez et un charchant sur
son col, de quoi li chief de la chaane estoit seselée en un grant
perron. Il se dresça ancontre Perceval tantost cornue il le vit.
« Sire chevaliers, feit-il, vos estes bien fermez. » — « Sire, se
poisse-moi, feit li chevaliers ; je m'amasse mielz aillors que ci. »
— « Vos éussiez droit, feit Perceval ; que vos estes à grant mes-
chief enmi ceste mer. Âvez-vos ça dedanz que boivre ne que men-
gier? » — « Sire, feit-il, la fille au chevalier malade, qui meint an
Fille ci près, m'envoie chascun jor an I batel viende tant conme l'an
puet mengier; quar ele a grant pitié de moi. Li rois qui ci m'a
enprisonné li a tolu ses- chastiax autresint conme il a feit ma dame
ma mère les siens. » — « Pouroit-vos nus d'ilecques oster? » —
« Sire, nennil, se cil non qui m'i mist; quar il a la garde de sa
serréure avec soi, et me dist, quant il an parti, que je n'en istroie
jà mès. » — « Par mon chief, feit Perceval, si feroiz; se vos
fustes fuill Galobrutus, vos estes fuilz de mon oncle, feit Perceval,
et ge del vostre; si me devroit estre reproché à touz jors mès se
\Juant Galobrus l'entent qu'il fu fuilz de son oncle, il an ot
mout grant joie. 11 li vot choier aux piez; mès Perceval ne volt, si
li dist : « Ore soiez touz asséur; quar je vos quarrai vostre déli-
vrance. » Il avale de la roche, si entre an la nef et nage grant pièce ;
si regarde devant lui et vint une ille moult riche et mout plentéu-
reusse; et voit d'autre part, en I petit illet, un chevalier qui est
montez desor un haut arbre qui mout estoit granz et branchuz. II
avoit une damoisele avec lui, si estoit desor montez por la poor
je vos lessoie en ceste prisson. »
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— 335 —
(fun serpant, grant et hideus, qui estoit issuz del cruex d'une
monteingne. La damoisele vit la nef Perceval venir, si li escrie :
« Ha, sire, feit-ele, venez aidier à cest rois qui lasus est et moi qui
damoisele sui. » — «De quoi avez-vos poor, damoisele? » feit
Perceval. « D'un grant serpant, sire, feit-ele; çà nos a feit monter,
de coi je ne doi mie estre dotante, quar cist rois m'a rouvé de la
messon mon père, si m'éust vergondé mon cors se cist serpanz ne
fust seure coruz. » — « Et conment a non li rois, feit Perceval,
damoisele?» — « Sire, l'an l'apele Gohas del chastel de la Baleinne,
cest grant terre est seue, qui si est plenteureusse, et autres terres
assez, que il a tolues à mon père et autrui. » Li rois ot grant ver-
gongne de ce que la damoisele li dissoit, si ne respondi mot. Par*
cevax entendi que c'estoit cil qui son cousin tenoit en prisson, il
est issuz de la nef tantost, l'espée sachiée. Li serpenz le vit, si vint
vers lui, la gueule bahée, et gièle feu et flanbe à grant foisson.
vPereeval li lance s'espée très parmi la gueule, « Or povez des-
cendre, » feit-il au roi. « Sire, feit-il, la clef d'une chaanne de coi
uns chevaliers est enserrez, chai, et li serpenz la sessi. » Perceval
li fant la gorge et trove la clef tantost, toute chaude et toute
enflanbée del feu de la serpant. Li rois descendi, qui ne -se dounet
garde de noiant; einz vint, conme il devoit, mercier Perceval de la
bonté qu'il li avoit feite, et Perceval le sessi antre ses braz, si
l'anporte an sa nef.
ire chevaliers, feit Gohaiz, gardez que vos feistes ; quar je
sui rois de ceste (erre. » — « Por ce, fet Perceval, le faz-je. Quar,
se ce fust uns autres, je ne le féisse mie. » — « Ha, sire, feit la
damoisele, ne me lessiez mie cileuc estrarère; mès aidiez-moi
tant que je soie an la messon mon père, le chevalier malade, qui
mout est dolanz de moi. » Perceval oi que ce est la damoisele de
qui Galobrus se looit tant ; il la vet descendre de l'arbre, puis l'an-
raoine an sa nef, et s'an revêt vers la roche où ses cousins estoit.
« Sire chevaliers, feit Gohaiz, où me metroiz-vos? » — < Je vos
an metroi, feit-il, conme anemi, là où vos aviez mis le fttiz mon
oncle en prison ; si me vancherai de vos et il à sa volenté. » Quant
li rois oi ce, si ne fu mie joieus, et la damoisele n'en fu mie lait,
— 33Û —
que il désèrttok einsint. Il nagent tant que il sont venus i la roche.
Perceval ist hors de la nef et moine Gohaiz contremont maugré
suen. Galobrans le voit venir, si en moine grant joie, et Perceval
li dist : t Veez ci vostre anemi mortel ; ore en feistes vostre
volenté. » Il tint la clef, si le déserre de ses fers de quoi il estait
enprisonez.
t Ualobrus, feit Perceval, ore an festes vostre plessir de
vostre anemi. » — « Sire, feit-il, mout volontiers. » 11 li serre les
fers ès piez, que il avoit es suens, et après li met le changnon el
col. c Or soit ici, feit-il, en itel manière et an itel prisson conme il
m'avoit mis. Quar je soi bien que il n'iert secouruz de nullui. »
Après, giète la clef en la mer aux plus loing que il pot, si senbla
bien à Galobrus que il se vancha bien en tel manière et mielz que
se il Téust [mort]. Perceval en ostroie tout à sa volenté. Il antrent
an la nef et lessièrent Gohaz tant dolanz an la roche, que onques
puis ne but ne ne manga. Et Perceval enmoine son cousin el la
damoisele, et nagent tant que il vindrent en lor terre, [et Perceval
la reprist à la jant] le roi Gahart toute et l'en fist séure oumage à
touz le plus puissanz et aus sereurs, si que la terre fu toute à sa
volentè. Il séjorna tant conme li plot; puis s'en parti et prist
congié i la damoisele [et à Galobrus] qui moult le mercia de sa
terre que il r'avoit par lui.
xant a nagié Perceval qu'il est venuz près d'un chastel qui
moult duremant ardoit à grant flanbe, et voit un hermitage assez
près desor la mer. Il voit l'ermite à l'uis de la chapele. Perceval li
demande qui li chastiax est, qui si est espris. c Sire, feit li ter- .
mites, je le vos diroj. Joseph, li fuiz le roi Pelles, i ocist sa mère ;
onques puis, le chastiax ne fina d'ardoir, et si vos di que de cest
chastel et d'un autre movra li feus qui ardra le siècle et metra £
fin. » Perceval se merveille mout et sot bien que ce fust li chastiax
le roi hermite son oncle. Il s'en part à grant esploit ; il passe
III roiaumes, et puis nueve les gastes et les désertes d'une part et
d'autre la mer; quar la nef couroit assez près de terre. Il epgprde
en I ille et voit séoir XII hermites desor le rivaje <fc la «»er. La
roer estoit coie et série et il feit giter l'ancre pour tenir la coie;
après salue les hermistes, et il l'anclinent et responent tuit. Il lor
demande où il repéraient et il dient que il ont assez près d'illec
XII chapeles, XII messons qui avironent I cimetire où il gissoient
XII chevaliers morz que nos gardons. Il furent tuit frère gerraein
et mout prodomes, si ne vesqui chascun que XII anz chevalier,
fors que li uns; si n'i ot celui qui ne conquéist grant terre et
grant réaumes sor les mescréanz, et morurent tuit à armes; et
l'einnez ot à non Vilain le Gros, si vint en cest païs des vax de
Ramaalot por vaochier Alibran son frère de la Gaste Cité que li
rois jaianz avoit ocis, et an prist la vengance ; mès il an morust
après, par une ploie que li jaianz li fist. « Sire, feit li uns des
hermites, je fui A sa mort; mès nule riens ne regrettoit-il tant
conme un sien fuilz, et dist que avoit non Perceval ; ce fu li der-
rians des frères qui fina. »
vouant Pérceval oi ce, si en ot pitié, si oissi hors de la nef
et vint à terre et ses mariniers avec lui. Il pria les hermites que il
le menassent au cymetire où li chevalier gisoient, et il si firent
mout volentiers. Perceval i est venuz, si voit les sarquex mout
riches et mout biax et les chapeles moult bien aornées, et gisoit
chascuns sarquex contre l'autel de chascune chapele. « Seingnor,
liquex sarquex est au seingnor de Ramaalot? » — « Cil plus hauz,
font li hermites, et li plus riches; quar ce fu li ainznez de touz
les frères. » Perceval s'agenolle devant; après, acole le sarquex et
pria pour l'âme de son père mout doucement, et ala en tel manière
à touz les autres sarquex. Il se herberga la nuit avec les hermistes
et lor dist que Viliein le Gros fu ses pères et tuit li autre si oncle.
Li hermite furent moult joiant de ce qu'il i fu venuz, et l'ande-
mein, ençois qu'il s'en partist, oi la messe à la chapele son père et
aux autres, là où il pout. 11 antra an la nef, si s'an vet à grant
esploit; et la nef a tant couru que il aproche les illes de la Grant
Breteigne. Il arriva au chief d'une forest, desouz la Vermeille Tour
dont il avoit le seingnor ocis, là où Mélioz délivra monseingnor
Gauvain. Il est issuz fors de la nef et tret fors son cheval et s'^st
armez et conmanda le marinier à Deu. Il mont sur son destrier,
— 33S —
touz armez; si s'en vet parmi la terre, qui mout estoit ride de
jant; quar il mesmes an avoit ocis la greingnor partie, si n'an
savoit riens. Il chevauche tant, très parmi le païs, que il vint, à
l'avesprir, à un recet qui ert en une grant forest, et se pensa qu'il
ira dedanz l'ermitage; et est venuz au recet droit, et voit I cheva-
lier gésir à l'entrée de la porte sour une coste de paile, et séoit
une damoisele à son chevez, de mout très grant biauté, et tenoit
le chevalier an son giron.
Xji chevaliers la lesdengoit d'eurres an autres, et dissoit
qu'il li feroit trenchier la teste se il n'avoit ce dont il estoit an
désir, qu'il estoit messiax. Après, esgarda la dame qui le tenoit et
qui le servoit moult doucemant ; il la tint à bone dame et à loial.
Li chevaliers malades apela Perceval : « Sire, feit-il, estes-vos
céanz venuz pour herbergier? » — « Sire, feit Perceval, se il vos
plest, g'i herbergeré. » — « Dont ne me blâmez mie, feit li che-
valiers, de ce que vos me verrez feire ma famé? » — t Sire, feit
Perceval, puisqu'ele est vostre, vos an devez fere vostre plessir.
Mès an toutes chosses doit en sa voie garder. » Li chevaliers se fet
reporter dedanz son manoir, qu'il out esté à l'air tant conme li
plout, et conmande à sa famé qu'ele face mout honorer cel cheva-
lier qui venuz est herbergier là dedanz. « Mès gardez, feit-il, que
vos ne soiiez véue à la table ; mès mengiez, einsint conme vos
soulez, à la table ax valiez. Quar, trusqu'â cele bore que je aie la
coupe d'or que tant désire, ne vos pardonrai-je mon mautalant. »
Perceval se fu désarmez. La dame li out aporté un sercot
d'escarlate por vestir, et il li demandoit de quoi ses sires la portoit
et la chaisoit en tel manière, et ele li conta tuit einsint conme
Lanceloz l'avoit mariée à lui, et conment ses sires l'avoit puis
désanorée. « Sire, feit-ele, ore est devenuz messiax puis, et a I frère
autresi malade conme il est ; si li a sa terre tolue Gohaz del chastel
de la Baleine, de quoi missires est mout dolant, ne onques puis
hestiez ne fu que il le sot. Et vos savez bien que tiex genz se co-
rucent de pou, et sont moult joiant quant il ont une petite chosse
qui lor plest, quar il mainent tous tens en désirer. Mes sires a oï
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— 330 -
peler «Fine coupe d'or que une damoisele porté, qu! mout est
riche et de gretngnor valor tjoe nule que l'en véisft gront tans a ;
uns chevaliers vet avec la damoisele qui la coupe porte et dist que
nus ne la puet avoir si n'est li nrieudres chevaliers del inonde.
Misires m'a dist meintes foiz, puis qu'il an oï noveles, que jà ses
maux talenz ne me seroit jà pardonnez tant qu'il auroit la coupe.
Mès il est si ireus, avesques touz ce, de son frère, que perdu a sa
terre, que je le conper mout chier, quar je li faz toute sa volenté,
et si ne puis avoir biaux conmandemant de lui ; ne jà, por mal que
H m'en face ne pour vilenie que il m'en die, ne sera ancontre lui
de riens que il n'aille. Quar je le veull avoir, si Foi ; bénoiet soit
Lanceloz par cui ce fu. Autretant conme je l'amoi en sa senté,
l'ain-ge en sa maladie, et plus ancore, por ce que je veull déservir
que Dex m'en cha meillor gré. »
ame, feit Perceval, l'en vos doit moult proissier de ce
que vos an distes ; mès vos li poez bien dire par vérité que li rois
malades, ses frères, a toute sa terre quite et sa fille, quar je fui
au reconquarre et si connois le chevalier bien, qui le rendi. Mès
de la coupe d'or ne vos sai-ge à dire no vêles. » — « Sire, feit-ele,
la damoisele la doit porter à une assenblée qui doit estre de che-
valiers ci près desouz la Blanche Tor ; là la doit l'en douner au
meillor chevalier et à celui qui mielz le fera à l'asenblée, et li
chevaliers qui la damoisele suit la doit porter là où cil li conmen-
dera qui l'aura conquise, se il la velt à autrui donner que soi. » —
« Dame, feit Perceval, je sai bien que cil qui la coupe conquerra
par pris d'armes sera mout cortois se il la vos tramest, et Dame-
deux ostrait que cil l'ait qui tel bonté vos an feroit conme vos en
verroiz. » — « Sire, feit-ele, je cuit bien que, ce Lanceloz i estoit,
ou il ou misires Gauvains, que il la conquarroient, et, se il lor
menbroit de moi, que il séussent conmant il m'est convenant, ore
il me croantéroient la coupe. » — « Dame, feit Perceval, par l'un
de ces II, la devriez-vos bien avoir; quar il ont meintenant grein-
gnor conqueste fêle. » Ele s'en vet à son seingnor et ele li dist :
« Sire, feit-ele, ore soiiez plus joieus que vous ne soûliez; que
vostre frère r'a sa terre toute quite. Quar li chevaliers qui çà
— 340 —
dedans est, fu au reconquarre. » Li chevaliers malades Tôt; si en
ot mout grant joie : « Alez, feit-il à sa famé, si annorez mont le
chevalier; mès gardez que vos ne séez autremant que vous ne
soûliez. » — c Sire, feit-ele, non ferai-je. »
Lia damoisele feit Perceval asséoir au mangier ; quant il
ot lavé, il cuida que la dame déust venir sëoir dejoste lui; mès
ele ne vost trespasser le conmandemant son seingnor. Quant Per-
ceval fu assis à la table et il ot esté serviz del prumier mès,
adonques ala la dame aveques les valez soier. Perceval fu mout
honteus de ce qu'ele séoit en bas; mès il n'en voloit pasler; quar
ele li avoit auxques dist la manière de son seingnor. Et jut la nuit
el recest et, l'endemein, quant il ot pris congié, s'en parti et se
pensa an son courage que li chevaliers feroit bone chevalerie et
grant auxmosne qui à cel chevalier malade feroit sa volenté de la
cope, einsint que la dame fust ostée de l'anui où ele estoit; quar
tuit li chevalier qui le savoient en dévoient avoir pitié. Perceval
s'en vet conme cil qui est en grant désirrer d'aconplir son afeire et
mout connoistre le r'aler el chastel où la chaanne d'or s'aparut à
lui, quar il ne vit onques mès manoir qui tant li pléust. Il a tant
chevauehié qu'il est venuz en la durersse forest le roi hermite qui
tant est lède et hideusse que n'i a feulle ne verdor, en yver ne en
esté, ne chanz cPossel n'i fu onques oïz; ainz est la terre laide et
arse et les crevaces grant. Il n'out gaires alé quant il a consivi la
damoisele del char qui mout grant joie fist de lui : « Sire, feit-ele,
ge estoit chanue la première fois que je vos vi ; or povez-vos savoir
que je sui chevelue. > — « Certes, oïl, feit Perceval, si conme il
m'est avis, en très grant biauté de chevax. » — € Sire, fet-ele, je
souloie porter mon braz i mon col en une toaille d'or et dissoie
por ce que je cuidoie avoir le servisse emploié mauvessemant, que
je vos fis en l'ostel le roi Peschéor vostre oncle ; mès voi-ge bien
que non ai ; ore port l'un bras autresint conme [l'autre], et la
damoisele qui souloit aler à pié vet A cheval ; et bénoiez soiez-vos,
qui si vos estes provez en bonté par bone manière de vostre cuer et
par le conmancemant de vostre bon lignage qui vos resanblez de
tostes bones teches! Sire, feit-ele, je n'os aprochier del chastel,
quar il i a archiers qui traient si très duremant que nus n'i puet
durer vers lors cox, et si ne cesseront, ce dient, trusqu'à icele bore
que vos i venissiez. Mès je soi bien por quoi il cesseront adonques ;
il vos venront enclorre dedanz pour ocierre et pour destruire ; mès
tuit cil qui léanz sont n'auront pover ne volenté de vos mal feire
fors que li sires del chastel ; mès cil se conbatra à vos mout volen-
tiers. »
Perceval s'en vet vers le chastel au Noir Hermite et la
damoisele del char après. Li archier del chastel traient et desco-
chent duremant. Perceval s'en vet grant aléure avant ; cil ne le
connoissoient mie pour l'escu blanc; ençois quident que ce soit
uns auxtres chevaliers; il li enferrent meintes saiètes en son escu.
Il aprocha I pont tornéiz, [que gardoit] une très grant vivre laide
et orrible ; et li ponz a beissiez tantost conme il vint et tuît li
archier lessièrent à treire. Adonc sorent-il bien que c'estoit Per-
ceval qui venoit. La porte fu uverte por lui recevoir ; quar cil de
la porte et cil de léahz cuidoient avoir pover de lui ocierre. Mès,
tantost conme il le virent, il an perdirent la volenté et furent tuit
mat et sans puissance, et distrent que il an metroient cest afeire
sor lor seingnor, qui fors es toit assez et puissanz d'un honme
ocierre. Perceval antra, touz armez, dedanz une grant sale et la
trova tout avironée d'une grant gent qui mout estoient lait à voier.
Estoit mout grant et sanbloit estre de noble seingnorie cil que l'an
apeloit le Ner Hermite, et estoit enmi la sale touz armez. « Sire,
distrent si onme, se vos n'avez desfanse de vos méismes, vos n'an
aurez jà conseull ne aide de nos.
« Los soumes A vous à garder, à garentir, et meintes foiz vos
avons desfandu ; or nos desfendez à cest grant besoing. » Li Ners
Hermiles séoit sur un grant chevaux noir, et estoit mout richemant
armez. Tantost conme Perceval le choissi, il vient de si grant
ravine vers lui que il feit toute la sale tentir ; et li Noirs Hermites
autresi. Il s'entrefièrent de si grant vertu. Li Noirs Hermites brisse
son glaive sor Perceval ; mèé Perceval [le fiert] de si très grant
vertu à senestre, desor l'escu, que il le porte à terre jus del cheval,
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«34»-
si que il li froisa, au choier que il fist, II des mestres eostes el
revire. Et, quant cil le virent choier, qui là dedanz estoient, il
oyrèrent le permis d'une grant fosse qui ert anmi la sale. Tantost
couine il Forent ouverte, la greindre puor en oissi que nus sentist
onquei. Il prennent lor seingnor, si le giètent en celé abisme et an
cele ordure ; après vindrent à Perce val, si li rendent le chastel et
se mestent an sa merci del tuit. Atant ès-vos la damoisele del char
qui vient ; l'en li rent les chiés séélez en or et le chief del roi et de
la roiine; si s'en est partie atant; qqar ele set bien que Perceval
achèvera bien son afère sanz lui. Ele se part del chastel et s'en vet,
au plus tost qu'el pot, vers les vax de Camaalot. Et tuit cil del
chastel qui fu au Ner Hermite sont obéissant à Perceval de fère sa
volenté et li ont en convant que jà mès li chevalier ne seront tra-
vailliez an tel point conme il l'ont esté trusqu'à hore; ainz i seront
recéuz volentiers li trespassant chevalier autresint conme en autres
leux. Perceval se parti del chastel, joianz; quar il Tout atreit à la
créance Nostre Seingnor, et fist Tan son servise là dedans chascun
jor, autresint seintemant conme l'an feit aux austres leus.
JL/ont se dout asmer bons chevaliers qui par la bonté de
son cuer et par sa loial chevalerie a achevez touz les afères que il a
anpris, sans reproche et sanz blasme. Perceval ot tant chevauchié
que il a consivi la damoisele qui la riche coupe d'or portoit et le
chevalier qui avesques estoit. Perceval le salue, et li chevaliers li
respontque bénéoist soit-il de Dieu et de sa douce mère. « Biaux
sire, feit Perceval, est ceste damoisele de vostre conpagnie? » Feit
li chevaliers : « Ainz sui-ge de la seùe. Mès nos alons à une
assenblée de chevaliers qui doit estre desouz la Blanche Tor, por
esprover liquex vorra mielz, [et sera] à celui qui le pris aura de
l'asenblée, délivrée ceste cope d'or. » « Par mon chief, feit Per-
ceval, se iert mout biaux. » Il se part del chevalier et de la damoi-
sele et s'an vet grant aléure, enmi les prez, desouz la Blanche Tor,
où li chevalier venoient de toustes parz ; et s'armoient jà li plussor
por fors oissir. Tantost conme il fu séu que la damoisele à la coupe
an fu venue, si assenblèrent les rostes de toutes parz et fu granz
li fcréiz. Perceval se fiert à l'ensenblée, qui meint chevalier abat et
— 343 —
cravente an son venir, et en donne tant de cox et tant an reçoit
que tuit cil qui Fesgardent se merveillent mont conmant il le puet
soufrir. L'asanblée dura trusqu'à l'avesprir, et, quant ele fu faillie,
la damoisele vint ax chevaliers, si loir pria et requist que il li
déissent, par droit jugemant d'armes, liquex l'avoit mielz feit. Li
plusor distrent que cil au blanc escu les avoit touz passez d'armes
et tuit si acordoient. La damoisele an fu mont liée ; quar ele savoit
bien que dissoient vérité. Ele vint à Perceval : « Sire, feit-ele, je
vos présant ceste coupe d'or pour vostre bone chevalerie, et si est
bien droiz que vos sachiez dont la coupe vint. L'ainznée damoisele
de la tente où les maies coustumes souloient estre, la tranmist à
monseingnor Gauvain. Misires Gauvains en fist mout grant joie.
Si avint chosse an tel point que Brundans, le fuilz de la seror
Brian s des Illes, ocist Méliot de Logres, le plus cortois chevalier et
le plus vaillant qui fu el réaume de Logres; si en est misires Gau-
vains si dolanz que il ne set conroi de lui méismes. Quar Mélioz
l'avoit rescox de mort deus foiz, et li rois Artus une. Il estoit hom
lige monseingnor Gauvain. Si vos requiert et prie de par lui que
vos ne recevoiz mès la coupe se vos ne le devez vanchier. Quar il
estoit amez de toute la cort, et si n'i avoit gaires hande. Brundans
l'ocist en traïsson, que Mélioz ne se dounet garde de lui. » —
« Damoisele, feit Perceval, jà n'en fust-il néiant de la coupe, si
vorroie-je fère la volonté monseingnor Gauvain ; quar je nesauroie
amer honme qui déservie éust sa haine. » Il prant la coupe en sa
mein. « Damoisele, feit-il, je vos an mercie mout et Deux le me
lest garredouner. » — « Sire, feit-ele, Bruians est mout orgeullex
chevaliers, si porte un escu parti de vert et d'argent. Onques sa
connoissance ne vost changier, quar tele le porta ses pères. » Per-
ceval apela le chevalier qui de la conpagnie à la damoisele estoit :
« Je vos requier, feit-il, an guerredon et an servise, que vos ceste
coupe me portez au recest del chevalier malade et si dites è sa
famé que li chevaliers au blanc escu, qui là dedanz fu herbergiez,
li tramest par vos. » — « Sire, feit li chevaliers, ce ferai-je bien
por vostre volenté aconplir. • Il prant la coupe pour fornir le
mesage, si s'en part atant.
— 844 —
La nuit, jut Perçeval el chastel de la Blanche Tor, et Tan*
demein s'en parti corne cil qui volentiers feroit chosse de quoi
misires Gauvains li séust gré. Il l'avoit oï meintes foiz paler de
Méliot de Logres et de sa chevalerie et de sa grant valor. Il estoit
antrez an une forest, si avoit messe oïe à un hermite, dont il
s'estôit partiz. Il vint au Chastel Périlleux qui estoit ilesques près,
là où Mélioz jut malades, jut navrez, quant Lanceloz li porta
l'espée et le drap que il atoucba à ses ploies. Il antra dedanz le
chastel et descendi. La damoisele del chastel, qui menoit mout
grant deul, vint ancontre Perceval. < Damoisele, feitril, por quoi
estes- vos si dotante? » — Sire, feit-ele, pour un chevalier que je
avoie gardé et gari çà dedanz, que Brundans a mort en traïsson,
et Damedex nos an achast encore vanchance; quar je ne vi onques
si cortois chevalier. » Si conme ele paloit an tel manière, atant
ès-vos une damoisele qui vint : « Ha, sire, feit-ele à Perceval,
remontez et si nos venez aidier ; quar je ne truis plus de chevaliers
an ceste terre ne an ceste forest fors vos tout seuil. » — « Quel
mestier avez-vos de m'aide? ». feit Perceval. < Uns chevaliers
enmaine ma damoisele à force, qui s'an aloit à la cort le roi
Artus. » — « Qui est vostre damoisele? » feit Perceval. t Sire,
c'est la meinnée de la tente où misires Gauvains abati les mau-
vesses coutumes. Por Deu, si vos hastez, quar il la Iesdange
mout, pour l'amor del roi et de monseingnor Gauvain. » Perceval
remonte tantost et ist hors del chastel à esporon. La damoisele le
moine tout ausint conme li chevaliers s'an va. Il n'ont gaires che-
vauchié quant il les aprocha; il oï la damoisele crier merci mout
duremant, et li chevaliers dissoit que il n'en aroit merci, ainz li
dounet parmi le chief et parmi le col del plast de l'espée.
Perceval choissi le chevalier et connut Pescu tel conme l'an
li ot dévissé. «Sire, feitril, vos menez trop vileinenmant cele damoi-
sele. Que vos a-ele mesfet? » — « Qu'an tient, feit Brundans, de
moi et de lui? » — « Je le di, feit Perceval, por ce que nus che-
valiers ne doit fère à damoisele vilenie. » — « Il ne demora jà por
vos. » feit Brundans. 11 hauce l'espée et rant à la damoisele si
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— 345 —
très graot cop del plat qu'il la feit toute anbrouehier, si que li
sanc li roie parmi la bouche et par le nez. « Par mon chief, feit
Percerai, à cest cop vos desfi-ge, por la mort de Héliot et pour la
honte que vos avez feite à ceste damoisele. » — « Que nus ne vos
pouret trop chier vanter que vos avez cuer de moi envaïr. * —
c Vos le verrez jà, » feit Perceval ; si se trait arières por mielz
anpeindre et muet vers lui quant que cheval puet corre, et le fiert
si très duremant que il li troe l'escu et li fausse son hauberc ; puis
li anpeint son glaive el cors par si grant vertu que il abat tuit an
un mont, lui et son cheval, si qu'il li froissa an II les janbes, au
choier; puis est sor lui descenduz, si li abesse la coife, et li deslace
la ventaille; après, li tranche la teste. « Damoisele, feit-il, tenez,
je la vos présant; si vos pri et requier, puisque vos iroiz à la
cort le roi Ârtus, que vos li portez, et si le me saluez avant et diroiz
à monseingnor Gauvain et à Lancelot que ce est ici li derrians
présanz que je lor cuit mès fère; quar, je les cuit jà mès voier, et,
où que je soie, je seroi lor bienvollanz, ne je ne m'en pourroie
oster de l'amor, et je lor voroie avoir feit autretel prèsant del chief
à louz lor anemis; mès que Dex ne m'en séust maugré. » La damoi-
sele l'en mercie de ce que il l'a délivré des meins au chevalier, et
dist qu'ele s'an loera mout au roi et à monseingnor Gauvain. Ele
s'en tel et anporte le chief, et Perceval la conmanda à Deu. Il
revint arières au Chastel Périlleux. La damoisele an fist mout
grant joie, quant ele sot que il avoit Brundant ocis. Perceval jut
cele nuit et l'andemein s'en parti, quant il out la messe oïe. Quant
il vint hors del chastel, si enconlra le chevalier par qui il avoit
tramise la coupe à la famé au chevalier malade. Perceval li
demande conment il li est. « Sire, feit-il, je ai mout bien forai
vostre mesage, quar onques chosse ne fu onques si recéue an gré.
Li chevaliers malades a à la dame pardouné son mautalent; ele
menguë à la table et feit l'an à l'ostel son conmandemant. » —
« Ce m'est mout bel, feit Perceval; si vos mercie de cest mesage. »
— c Sire, feit li chevaliers, il n'est chosse que je ne féisse por
vos ; quar vos féistes mon frère hardi chevalier là où vos le véistes
prumièremant [couart. » — c Sire, feit Perceval, si ne pensez] que
il vesquist ancore se il fust an la eoardisse. » — c Sire, feit-il,
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H pot mielz morir, quant il fust mort à annor, que il vesquist à
honte. Ne je n'en fui mie liez de sa mort, quar il estoit bardiz
chevaliers, et fust ancore plus se il vesquit auques. »
Percerai se part del chevalier et le conmanda à Dieu. Il a
tantherré I joret autre que il est revenuz à son seintime chas tel,
et trova là dedanz sa mère et sa seror, que la damoisele del char i
avoit amenées. La novele dame i out feit aporter le cors qui gissoit
el sarquex devant le chastel de Kamaalot, en riche chapele que ele
i avait estorée. Sa seur aporta le drap qu'ele prist an la gaste cha-
pele, si le présanta là oà li Graax estoit. Perceval fist porter le
sarquex de l'autre chevalier qui estoit à l'entrée de son chastel,
dedans la chapele autresint, et mestre dejoste le sarquex son oncle,
neonques mèsne le pot remuer. Josephus nos raconte que Perceval
fu an cel chastel grant tans que il onques ne se mut por nul aven-
ture querre; ainz avoit si son courage atorné au Sauvéor del monde
et sa douce mère que, il et sa seur et la damoisele qui là dedanz
estoit, menoient seinte vie et religieuse. Furent là dedanz einsint
conme Dex plot, tant que sa mère desvia et sa seur et trestuit cil
qui là dedanz estoient, fors que I seul; li hermite qui procheins
estoient del chastel les an terrèrent et chantèrent les messes, et vienen t
chascun jor, si se conseillent à lui por la saintéé que il li voient
feire et pour la bone vie que il i menoit. Si conme il estoit un jor à
la seinte chapele où les reliques estoient, atant ès-vos une voiz qui
là dedanz descent : « Perceval, feit la voiz, vos ne demorez mie
longuemant çoianz; si veust Dex que vos départez les reliques aux
hermites de la forest là où ses cors iert serviz et anorez, et li sein-
times Gréax ne s'aperra plus çà dedanz ; mès vos sauroiz bien
trusqu'à brief terme là où il ière. » Quant la voiz s'en parti, tuit
li sarquex qui èrent là dedanz croissirent si très duremant que ce
sanbla que la mestre sale chéist. Il se saingne et benéie et con-
manda à Deu. Li hermite vinrent à lui I jor; il lor départi les
seintes reliques, il an édéfièrent seinte isglisse et messons de reli-
gions que l'an an voit ès terres et ès illes. Joseus le fuiz le roi
hermite demora là dedanz avesques Perceval por ce que il sot bien
que il s'an partiroit par tens.
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347 —
X erceval estoit I jor [en la chapele et oï] araine soner mont
haut par defors le manoir devers la mer. Il vint aux fenestres de
la sale et voit venir la nef à la blanche voile et à la croiz vermeille,
et avoit dedanz les plus bêles ganz qu'il onques véist ; si estaient
tuit vestu en itel manière conme s'il déussent messe chanter. Quant
la nef fu ancrée desoz la sale, il alèrent orer à la seintime chapele.
Il aportèrent les plus riches vessiaux d'or et d'argent que nus véist
onques, autresint conme sarquex, et mirent an, l'un des III cors de
chevalier qu'il an ont aporté là dedanz et le cors del roi Peschéor
et la mère Perce val. Mès nule oudor del monde n'est si souef.
Perceval prist congié à Joseph et le conmenda au Sauvéor del mont
et toute la mena misse dont il se partoit autresint. Li prodonme qui
an la nef estoient les seingnièrent et bénéirent autresint. La nef an
coi Perceval estoit s'eslongna ; I voiz issirent del manoir qui au
partir les conmendent à Deu et à sa douce mère. Josephes nos regorde
que Perceval s'en parti en tel manière, ne onques puis ne sot nus
homes terrians que il devint, ne l'estoire n'en parole plus ; mès
l'estoire nos dit que José demora el chastel qui fu le roi Peschéor
et s'anserra là dedanz si que nus n'i pot antrer, et il vivoit de ce
que Damedeux li anvoiet. Il i demora grant tans après ce que
Perceval s'en parti, et fina là dedanz. Après la fin, conmença li
manoirs à déchoier. Mès onques n'enpira la chapele, ainz fu adès
an son bon point et est ancore. Li leus estoit lointeins de janz et
sanbla estre li leus auques divers. Quant il agasti, les plussors
gens des illes et des terres qui plus procheins estoient se mer-
veillent que ce puest estre en cel manoir; il prisent an plussors
que il iroient voier que c'estoit dedanz et il i alèrent par toutes
les terres, si n'i ossa nus plus antrer, fors que dui chevalier
galois qui paler an oïrent. Il estoient moult biau chevalier et
moult jone et anvoissié. Li uns fiança à l'autre qu'il iroient par
anvoisséure; mès il i demorèrent puis grant pièce, et, quant il
revindrent fors, il menèrent vie d'ermites et vestirent les haires
et aloient par la forest, si ne mangoient se racines non, et menoient
mout dure vie ; mès il lor plessièrent moult, et, quant l'an lor
demandoit por quoi il se duissoient en tel manière : « Alez,
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fessoient-il à «eus qui lor demandoient, là où 110s feuroes, si
sauroiz le porquoi. > Einsint respondent aax gens. Cil dui cheva-
lier montrent an cele seinte vie, ne onques autres noveles n'an
portoient par ceus; cil de cele terre le appeloient sains.
Ci faut li contes del seintime Graal. Joseph, par qui il est
an remanbrance, doneja bénéicon Nostre Seingnor à celz toz qui
l'entendent et honorent. Li latins de coi cist estoires fust traite an
romanz fu pris an Tille d'Avalon, en une seinte messon de religion
qui siet au chief des mores aventureusses, là où li roi Artus et la
roïne Guenièvre gissent, par les tesmoing de prodomes religieus
qui là dedanz sont, qui tote l'estoire en ont, vraie dès le conmance-
mant trésq^'à la fin. Après iceste estoire, conmence li contes si
conine Brians des Iiles guerpi le roi Artus por Lancelot que il
n'amoit mie et conme il aséura le roi Claudas, qui le roi Ban de
fiénoic toli sa terre. Si parole cis contes conment il le conquist
et par quel manière, et)si corn Galobrus de la Vermeille Lande vint
à la cort le roi Artus por aidier Lancelot, quar il estoit de son
lignage. Cist contes est mout Ions et mout aventureus et poisanz ;
mès li livres s'en téra ore atant trusqu'à une autre foiz.
Por le seingnor de Neete fist li seingnor de Cambrein cest
livre escrire, qui onques mès ne fu troitiez que une seule foiz avec
cestui en roumanz; et cil qui avant cestui fust fez est si anciens qu'à
grant poine an péust Tan choissir la lestre. Et sache bien misires
Johan de Neele que Tan doit tenir ceste conte cheir, ne l'an ne
doit mie dire à jent malentendable ; quar bone chosse, qui est
espendue outre mauvesses genz, n'est onques en bien recordée
par els.
ExptU le romanz de PdUsvaus le fuit au roi Peschéeur.
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SOMMAIRE
Objet du livrât autorité, but, page 1. — Lignage de Perceval, 2. —
Décadence du roi Arthur, ta résolution de te relevé*. Il part et tue
le Noir ffermite, 4-17. Histoire de la jeunette de P., 17-90. —
Prophétie au roi, 22. — Fête à la cour.. Vécu de Joseph tArimathU
g ett envoyé par le roi Pécheur, U ett dettiné au Bon Chevalier, 93. —
Oauvain te met à la recherche du Oraal, il bat un chev. du Noir ffer-
mite, 28-32. — Clamadot cherche P. pour venger ton père, 35-39. —
O. tecourt la mère de Perceval et lui rend ton château, 40-46. —
Uittoire de Marin le jaloux gui tue ta femme, 45-54. — Hittoire de
? Orgueilleuse. G. lui échappe, 55-58. — 0. adopte le fils du jaloux :
Méliot de Logret, 59. — P, malade après un échec au Oraal, 62. — i
0. n'est pat reçu au château du Oraal parce qu'il n'a pat Pépie de
saint Jean. Il la cherche, 63-69. — // refuse V amour det demoiselles
des Tentes, et la mauvaise coutume, 69-70. — // venge Oorgalan,
qui lui donne Vépée de eaint Jean et se fait chrétien, 70-76. — «
G, retourne au château du Oraal; diverses aventurée V arrêtent, il g
arrive, 77*79. — 0. voit deux fois le Oraal, il se tait et échoue, 79-91.
— G .va au secours de Lancelot. Gladoen est tué en défendant L.; L. fra-
ternise avec le frère de Gladoen et lui reconquiert son domaine, 92-97.
— Histoire du château des Barbes. L. en sort vainqueur, 97-99. —
Z. cherche le Oraal, U en est détourné : par l'aventure du cimetière,
100-101, — par l'aventure de la ville dévastée 102, — et par P. qui le
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provoque pour essayer $a force. Ile sont blessée tous deux, mais P. moms
quel., 106-108.
Clamadot armé chevalier tue le lion de Méliot et arrive chez là reine des
Tentes, 108-113. — P. tue Chaos le roux; la reine des Tentes se prend
d'amour pour^ lui. Clamados le provoque et est provoqué par Méliot
qui le blesse mortellement , 114-121. — L. défend le pauvre chevalier
contre Matin, 121-123. — L. refuse la royauté d'une ville brûlée,
124-125. — Il pend des voleurs qui attaquent V ermitage de José, fils
du roi Pelles, 125-127. — // arrive à la cour de Oraal, il se confesse
et ne peut se repentir d aimer la reine, ce qui V empêche de voir le Graal,
128-131. — L. force un chevalier à épouser une jeune fiUe qu'il a en-
levée, 132-135.
P. attaque son oncle, le roi paien du Château Mortel qui veut conquérir le
Graal et la lance. Le roi prend la fuite, 136-139. — La saur de P.
demande secours au roi Arthur. P. emporte Vécu de J. dy A rimât Aie.
G. et L. vont à la recherche de P., 140-145. — G. rencontre P. deux
fois et le voit triompher dans un tournoi, sans le connaître, 145-155. —
L. cherche P. chez l'ermite José; aventure du Cercle d'or, danger que L.
court chez les voleurs où il est assiégé, 156-161. G. et P. se ren-
contrent et délivrent L., 162-165. — Histoire de Lohot,JUs à* Arthur,
qui tue un géant et est tué en trahison par le sénéchal Keu, 169-170.
P. rencontre sa sœur. Elle va au cimetière périlleux, 170-176. — P. va
chez sa mère. Ils arrivent ensemble chez leur mère. Combats, première
vengeance. Mort du sire des Mores, 177-184. — Le roi Pécheur est mort,
le roi du Château Mortel rétablit le paganisme et massacre les chrétiens.
Prière de la mère de P. à son fils, 185. — Le chevalier au Dragon
ravage le royaume, P. pari. Scènes allégoriques dans la foret, 186-188.
— P. change le chevalier Couart en Hardi chevalier, 189-191. —
P. marche contre le chevalier au Dragon. Le Château Tournant : à la
vue de P., tout le peuple se fait chrétien, 192-197. — L'ile des Élé-
phants. P. triomphe du chevalier au Dragon; il reçoit le Cercle (for,
198-201. — Le Château de Cuivre : P. y détruit le mauvais culte. Tous
les païens sont tués, sauf trois qui se font chrétiens, 201-203. — P. chez
le roi ermite. Explication des scènes allégoriques et de ses victoires.
- 351 -
Nouveauté devoir» : les sujets du roi Pécheur sont redevenue païens,
204-208. — P. se met en campagne avec 12 ermites. Le Château Mortel :
P. s'empare des neuf ponte par force et par miracle. Le roi païen, son
oncle, se tue. Te Deum, miracles, 209-217.
Suite de V histoire de Lohot. Keu dévoilé prend la/uite, 218-222.
Le roi va au Graal avec G. et L. Suite de l'histoire du château des Barbes.
L. triomphe, 223-228. — Suite de l'histoire du chevalier marié malgré
lui. Vengeance du mari, 228-229. — Naissance S Arthur, 229-231. —
Suite de F histoire de la ville dévastée. L. en danger de mort; son cou*
rage sauve la vUle, 231-235.
Tournoi pour le Cercle d'or. G. emporte le prix, 236-242. — Le roi et
G, secourus par L. et Méliot. Le roi et L. vont au Graal, Q. va recon-
quérir le château de Méliot, 242-245. — Tournoi pour la couronne et
le destrier de la reine Genièvre. Arthur est vainqueur et apprend la
mort de la reine et le danger du royaume. L. court à sa défense, 245-
248. — Arthur est reçu au Oraal par P., 248-251. — P. va délivrer
sa sœur des mains d*Aristot, 251. — Naissance de G., 252-254. —
L. arrive au château des Serpents, est sauvé par V amour de la fille du
châtelain dont il refuse V amour, 25 5,- 262. — L. au tombeau de la
reine, 262. — L. à Car de il. Combats, victoires, 263-268. — Le roi et
G. cernés sont secourus par Méliot. Ils s'arrêtent au tombeau de la reine
et arrivent à CardeiL Keu s enfuit, 268-270.
Arthur est sommé par Madeglant, roi d'Oriande, de lui rendre la Table*
Ronde ou d? abandonner le christianisme, 271. — La guerre continue,
Priant fait prisonnier se rallie au roi et devient sénéchal, 272-274. —
Nouvelle sommation de la sœur de Madeglant, Gendrée. Invasion de
r Albanie par Madeglant. L. la repousse, 274-277. — Le roi Claudas
provoque L. Conspiration de Briant. Nouvelle invasion, Brian t se laisse
vaincre, 277-281. — Aventure de la chapelle Périlleuse. L. en est
chargé. Il réussit, 281-289. — Suite de V aventure du château des
Serpents. Nouveau refus oV amour de L., 289-291. — Méliot est guéri.
La demoiselle qui aimait le chevalier que L. a forcé <F épouser sa rivale
pardonne à L., 291-292.
Suite de la guerre d? Albanie. Briant est vaincu. L. tue Madeglant, il tue
— 352 —
les païens qui refusent le baptême ; le reste te /ait chrétien, 293-894. —
Disgrâce de L., 995-297.
P. tranche la tête (PAristot, 299-303. — Il tue le Roux chevalier et son
lion, 303-306. — // arrive chez sa mère, 306-307. — Mort et ven-
geance d'un chevalier auquel P. a donné le cheval tPAristot. Châtiment
d'un chevalier qui veut jeter une demoiselle ans serpents, 308-311.
Expédition de P. contre Qendrée. Le Château Enragé, miracle, les patène
i entretuent. Le Château de Gendrée : miracle, songe et conversion de la
reine, 311-318.
Cruautés du chevalier de la Oalie; Méliot le tue, 318-320. — Méliot
délivre G. Méliot et 0. voient P. en mer et en grand danger, 321-324.
Expédition de Claudas en Albanie. L. rentre en grâce. Briant quitte la
cour, 324 327.
P. aborde au château des ermites. Merveilles, 327-332, — Oalobrus est
délivré par P. 332-336. — Histoire du château en flammes, 336. —
P. arrive aux tombeaux des rois du Oraal; il prie sur la tombe de son
père, 337. — Suite de F histoire du chevalier marié malgré lui. Détou-
rnent de sa femme, 338-341. — Le Château du Noir-Hermite est rendu
au christianisme par P., 341-342. —Fin de flistoire du chevalier marié
malgré lui. Réconciliation, 342-345. — P. tue Brundans quia tué
Méliot, 344-346. — P. rentre au château du Oraal et s'y voue à
Dieu avec sa famille, 346. — Sa mère et sa sœur mortes, P. quitte le
château et se retire dans Vile des ermites où il meurt. Conclusion,
347-348.
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Le roman en prose, publié dans ce volume, semble inconnu, et sauf
quelques fragments, unique.
Les bibliothèques de l'Europe ont été explorées par des savants dont
l'attention était acquise au cycle de la Table Ronde; aucun bibliographe
dans ses recherches, aucun critique dans ses études, ne signale une oeuvre
semblable. M. Paulin Paris a consacré, dans son Catalogue des manuscrits
de la Bibliothèque nationale de Paris, une longue étude à la Table Ronde ;
il n'en dit mot. M. Francisque Michel, éditeur d'un Graal en vers, a
visité les bibliothèques d'Angleterre; il n'y a rien trouvé de pareil.
MM. Leroux de Lincy, de la Villemarqué, Fauriel et vingt autres cri-
tiques sont dans la même situation. M. Jonckbloet a publié un long
poème flamand de ce cycle, en y ajoutant les sources françaises en prose ;
il n'a rencontré rien qui ressemblât à notre roman. Ni l'étude de Halliwel
sur les Thornton romances , ni le livre de lady Guest, consacré aux contes
gallois, ni la thèse spéciale de M. Heinrich sur Perceval, ne donnent la
moindre indication. ,
La patrie de Wolfram von Eschenbach attache un grand prix à tout ce
qui peut se rapporter à son Parzival. M. Keller a trouvé au Vatican la
continuation en vers de Wolfram et le roman en prose de Luces de Gast ;
il n'a pas découvert autre chose ; M . Ulhand a vu à Donnaueschingen un
autre manuscrit du continuateur de Wolfram; M. San Marte a étudié et
traduit le Perceval allemand ; M. Holland a publié la bibliographie la plus
complète de Chrestien de Troyes ; presque tous les savants allemands se
sont exercés sur ce sujet : aucun, que je sache, n'a mentionné, ni soup-
çonné de Perceval en prose.
rM. Bormans a analysé ce cycle littéraire et cité le beau manuscrit de
Gauthier Map, de la bibliothèque de Bourgogne ; M. Moland (Origines
littéraires de la France) a étudié ces romans en prose d'après les plus
anciens manuscrits de Paris ; nul Perceval n'entre dans la classification de
l'académicien belge ni du savant français.
Une lettre publiée dans Y Indépendance belge pour attirer l'attention
des savants sur notre roman, et les demandes particulières de renseigne-
ments que nous avons faites en France et en Allemagne ont confirmé jus*
qu'ici nos conclusions.
23
— 354 —
Un seul manuscrit connu ressemble an nôtre ; c'est on manuscrit de
Berne, signalé depuis longtemps par Zinner. Mais il ne contient que deux
fragments qui représentent à peine la septième partie du roman, et qui ne
suffisent pas à en faire comprendre la portée (1).
Ce serait une tâche immense de recommencer, après tous ces savants,
l'exploration des bibliothèques de l'Europe ; mais, jusqu'à meilleure infor-
mation, on peut supposer que, sauf les précieux fragments de Berne, notre
roman est inconnn et que le manuscrit qui le contient est unique.
Notre manuscrit est complet ; c'est un petit in-4° sur vélin à deux
colonnes de 40 lignes ; il contient 112 feuillets de quatre colonnes, dont
111 feuillets pleins et le dernier feuillet n'ayant que 10 lignes. L'écriture
est du treizième siècle. La première lettre est ornée d'une miniature assez
grande, à demi effacée. Chaque branche commence par une grande lettre
historiée, rouge et bleue, dont nous avons donné un spécimen (page 1),
et chaque alinéa, par une petite lettre historiée, aussi rouge et bleue.
L'auteur déclare traduire un livre latin (pag. 306, 348, 213, etc.), et il
s'en rapporte à l'autorité de Josephus le bon clerc, on le bon chevalier
clerc, si ce passage (page 3), qui n'est pas confirmé par le manuscrit de
Berne, n'est pas une faute de notre copiste. Ce Joseph, comme l'ermite
Nascien de la première partie du Roman du Oraal, écrit la Haut* histoire
sous la dictée et par les ordres d'un ange, et il y était. Les fragments
de Berne, faisant partie d'un manuscrit qui contient plusieurs œuvres,
sont précédés d'un titre ainsi conçu :
• Ici après commence li histoires del saint Graal et comment il fu con-
• quis et quel chevalier l'alèrent querre. Si nos tesmoigne Joseph, qui
• ceste hystoire fist par Vanoneion de P angle, et si dist que Fercevaus et
• messires Gauvains et Lancelos del lac furent li troi chevalier qui la
• conquieste en firent, et si nos dist Josephes, qui y/u, que Parcevaus le
• conquist. «
Joseph est l'auteur de l'œuvre latine. Les dernières lignes de notre
manuscrit nous donnent des indications précieuses :
• Por le seingnor de Keele fist le seingnor de Cambrein cest livre
(1) Ces fragments te trouvent à la fin du riche manuscrit de Berne, in-folio à 3 colonnes
du un* siècle, qui porte le n* 113, décrit par Zinner (II, 354), et qui contient on fragment
de 9,500 vers environ dn Perceval de Chrestien de Troyes et de nombreuses œuvres en
vers et en prose du un* siècle : à la suite do dernier poème : Duremart le Gallois,
se trouvent six feuillets comprenant tout le début de notre manuscrit, et un septième
feuillet contenant un antre fragment qui se rapporte anz pages 909 à SI do présent
volume. J'en ai donné en notes les principales variantes.
— 355 —
• escrire, qui onques mès né fu troitiez que une seule foiz avec cestui en
• roumanz, et cil qui avant cestui fust fez est si anteus qu'à grant
• poine an peust Tan choissir la lestre. Et sache bien misires Johans de
• Necle, etc. •
Ainsi, ce roman a été écrit pour l'évêque de Cambrai, pour être offert
à Jean de Nesle, et ce sujet n'avait été traité auparavant en français
qu'une seule fois dans un manuscrit si ancien qu'à peine pouvait-on le
déchiffrer.
Ces lignes ne peuvent être ni de Joseph, ni de son premier traducteur;
elles doivent appartenir à l'auteur de notre manuscrit ; car il n'est pas à
présumer qu'un copiste de seconde main, écrivant pour un autre seigneur et
copiant un manuscrit plus récent, eût reproduit cette dédicace et répété,
faussement cette fois, ce que le premier avait pu dire de son texte ancien.
Le nom de Jean de Nesle nous permettra de fixer l'époque où cette
copie fut faite pour lui. Les derniers mots cités nous empêchent de cher-
cher ce seigneur après l'an 1200; car à cette époque, au dire de Raoul
de Houdenc, les œuvres de Chrestien de Troyes étaient célèbres et ne
devaient pas cesser de l'être pendant plusieurs siècles. Des deux Jean de
Nesle qui furent châtelains de Bruges, il faut donc s'arrêter au père qui
tint sa charge de 1170 à 1212. Dès lors, l'évéque de Cambrai doit être
Roger de Wavrin, fils lui-même d'un sénéchal de Flandre, et qu'on voit avec
Jean de Nesle en Palestine, devant Saint- Jean- d'Acre, en 1187. Rien
n'était mieux fait que ces sortes de romans pour engager les seigneurs à
prendre la croix et l'on peut supposer que l'évêque offrit son livre au châ-
telain avant de se croiser avec lui. L'évêque mourut devant Saint- Jean-
d'Acre, en 1189, ou, selon d'autres, en 1191. Jean de Nesle devait
prendre une seconde fois ia croix avec Baudouin de Coustantinople , le
23 février 1200, et il devait, en 1204, commander la flotte qui conduisit
Marie de Champagne à Ptolémaîs. Jean de Nesle aimait les lettres; des
chansons d'Audefroid le Bâtard lui sont dédiées.
Ainsi, cette copie, ou peut-être cette version renouvelée du vieux roman,
peut être reportée à l'époque de la rédaction des branches du Graal de
Luces de Gast et de Gauthier Map, c'est à dire à la £n du douzième siècle,
et il n'y a pas de témérité à faire remonter la première rédaction gauloise
au commencement du douzième siècle et l'œuvre latine du bon Joseph au
onzième.
Les fragments de Berne prouvent que notre copie ne fut pas unique et,
comme ils sont plus lisibles et beaucoup plus corrects , rien ne s'oppose â
ce que nous en croyions la note finale de notre manuscrit.
— 356 —
Ce manuscrit est très fautif, et le copiste semble nous expliquer pour-
quoi, lorsqu'il dit qu'il peut à peine distinguer la lettre de l'original. Il
est à regretter que les feuillets de Berne ne soient pas complets ; nous
aurions dû les publier de préférence. Si une version plus correcte était
découverte, ce roman offre assez d'intérêt pour qu'on en publie une
seconde, une meilleure édition.
N'ayant aucun autre texte à suivre, nous avons pris le parti de publier
le manuscrit avec ses fautes de grammaire et toute sa variété d'ortho-
grapbe. Nous prévenons donc les lecteurs qu'ils ne doivent pas s'attendre
à trouver un texte correct. Ainsi, les terminaisons du singulier ou du plu-
riel, du nominatif et des autres cas, sont loin d'être toujours observées,
même pour les noms propres. Ayant souvent trouvé Lanceloz, Mélioz,
Gau vains, etc., nous avons bien orthographié ces noms partout. Mais
pour Perceval, nous avons cru devoir agir autrement : l'auteur écrit le
nom du héros de diverses façons : Pellesvaux, Peslevaux, Percevons,
Percevax, le plus souvent Perceval au nominatif. On ne sait quand ni
comment le nom gallois ou armoricain de Pérédwr ou de Péronik fat
traduit en Perceval; M. de la Villemarqué attribue cette traduction à la
langue française et à Chrestien de Troyes ; mais un passage de notre
roman nous met sur la voie d'une explication contraire; il donne au
héros le nom de Par-lui-fait; ce qui semble la traduction de Per-se-
voleta, d'où Perceval, et, si ce mot ne rend pas le sens que les savants
attribuent à Pérédur : chercheur de bassin, il a le mérite de résumer le
caractère du héros qui ne doit rien qu'à sa bonne nature : Car il le ienoit de
nature, dit Chrestien de Troyes. Cependant notre auteur ne rend pas
Persevalens par Per-soi-vaut, et il ne trouve pas dans Par-lui-fet l'éty-
mologie de Perceval; il y voit au contraire une sorte de surnom remplaçant
le nom véritable pour ceux qui l'ignorent encore ; et il donne une autre
explication du nom de Perceval, qui nous éloigne singulièrement des noms
gallois et du nom latin (v. pag. 19). De là, ses hésitations dans l'ortho-
graphe du nom du héros, hésitations assez significatives pour être con-
servées.
Les fautes du manuscrit ne se bornent pas là (1). U emploie tantôt la
terminaison du pluriel pour le singulier, du régime pour le sujet, et réci-
proquement ; tantôt l'indicatif du verbe pour l'imparfait ou le prétérit
(i) Je ne relèverai pas ces fautes dans les notes, et me bornerai i celles que je n'ai pas
signalées en général ici.
t
- 357 -
pour le futur. Quelquefois il se sert des homonymes les uns pour les
autres : choses pour chances (page 52), clercs pour clefs page (184), reco-
vrer pour recovrir (page 234), etc. D'autres fois, il retranche une syllabe :
nuieuse, poulture, mes tance, pour anuieuse, sépoulture, mèsestance; crieux
pour cruieux, ardre pour aërdre, art pour aërt, etc., ou bien il ajoute une
syllabe ou une lettre : anhatr, processicon, rerevint, etc. Souvent il em-
ploie qui pour que; gui pour qu'il et réciproquement: puis, *s pour se,
ès pour el, des pour del, ces pour ses.
L'orthographe du manuscrit est des plus variables. Ici, il supprime
des lettres, soit qu'il néglige d'indiquer la lettre supérieure, signe
d'abréviation, soit qu'il suive un caprice de dialecte : loig, besoig, tieg,
vteû> fr<*'9> poigte, greigdre, pour loing, etc., — s9apartir pour s'anpar-
tir, paler pour parler, traites, pour traîtres, etc. Là, il en ajoute :
anmors pour amors , avolglée , eschivre, esckwre , dissoit ou distoit,
diversse, oîse, prisson, assi pour à si, comme on a fait assavoir de
à savoir, etc., etc.
Tantôt, il remplace une voyelle par une autre : daigniez pour doignies;
loians pour laians; roier pour raier ; jane poar joue; quarre et requarre
pour querre; garre pour ^guerre, etc.; tantôt une consonne : esnite,
sant, songiez, eslrit, costel, pour ermite, sanc, sovgiet, estrif, costet.
Il emploie presque généralement le z au lieu de l's à la fin des mots,
et cette terminaison semble pour lui invariable. Enfin il remplace souvent
le j par le g : gaianz, serganz,ganz; et il écrit voter et assoier pour véoir
et asséoir, estaler, estauler pour establer, etc., eto.
Plusieurs de ces formes se retrouvent ailleurs ; la plupart se rattachent
au dialecte flamand de la langue d'oïl et pourront être utiles à l'étude
des dialectes. •
Devant ces fautes nombreuses, devant cette variété quelquefois étrange,
nous n'avons pas songé à suivre une stricte correction grammaticale, ou
une orthographe régulière et uniforme. Le lecteur prévenu rétablira .
facilement le texte, et nous indiquerons en notes quelques corrections.
Il nous a semblé préférable de conserver au manuscrit sa physionomie
et en quelque sorte le goût de terroir du cloître de Cambrai ; et qui sait
si cette irrégularité ne représente pas moins l'ignorance du copiste que
ses efforts pour rajeunir la langue à demi formée et le dialecte plus
accentué du onzième siècle?
Le même effet s'est produit dans l'impression de ce livre : l'irrégula-
rité du texte a passé dans la correction typographique et nécessite de
nombreux errata. Puisse un savant découvrir une version plus correcte
— 358 —
de ce précieux roman, et en donner une édition meilleure ! U nous suffit
d'avoir ajouté ces nouvelles pages, pleines d'intérêt, au cycle si curieax
' duGraal.
NOTES ET CORRECTIONS PROPOSÉES
Page 3, ligne 5. Sa mère. Le M s. porte : sa mère, son père, sans quun
des deux mots soit effacé. Il faut sans doute lire avec
le Ms. de Berne : son père.
- 5,
— 3.
La chapelle Saint- Augustin. Saint Augustin est le
premier archevêque de Londres, envoyé par le Pape
Grégoire après la victoire des Anglo-Saxons pour
Us convertir.
- 5,
- 7.
Porquoi — il faut sans doute lire : pour que.
- 6,
— 30.
Estavaus : signifie cierge.
- 8,
— 20.
Que manroiz-vosP lisez : Qui manroiz-vos?
- 8,
— 14.
* A Saint-Pol, à Londres, car l'iglise était fondée
novelement. • L'église de S t- Paul fut bâtie en 604,
par Vévéque Augustin, sur V emplacement du temple
de Diane; agrandie en 674, incendiée et réédifiée
en 1003, etc.
- 9,
— 91.
Ainsint feite et ainsint doucement — ellipse curieuse 9
pour : ainsint feitement, etc.
- 10,
— 15.
Estres — estrif.
- 19,
— 5.
Loe sa plaie, /. Lève ou lave.
— 24, — et passim. Où elle, où il, sont employés souvent pour qui.
— 27, «-13. Bruis — n'est-ce pas buis qu'il faut lire?
— 36, — 28. Devant lor — devant els.
— 38, — 10. Li leus de son service repaire. Le copiste aura né'
gligé $ effacer ; service, qu'il remplaçait par repaire,
comme à Berne.
— 64, — 1, et passim. Ghéanne employé pour chacune.
— 78, — 17. II damoiselcs, /. ni damoiseles.
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Page 94, ligne 16. Desoonforte, le sens exigé : resconforic.
— 100, — 1. Par II chevaliers — por, etc.
— 106, — 32, et passim. Doie, L Dois.
— 113, — 35. Oïr regreter et recorder» — // faut lire ton* doute :
Oïr recorder.
— 115, — 4. Le oonssanti et le oonssuivi. — Il faut sans doute
effacer les trois premiers mots.
— 120, — 36. Corne i, /. Corne il.
— 129, — 13. Puis, L Pis.
— 131, — 5, et passim. Je Ta, /. Je l'ai.
— 134, — 5. Oîr, mis pour Oïl.
— 139, — 2. Peut, /. péust.
— 140, — 16. Que que, pour puis que.
— 140, — 21. Il faut sans doute : De„sa chevalerie ne de son har-
— 141, — 27. Cele part, /. nule part.
— 143, — 36. Le le, L Le.
— 147, — 7. Viennent, /. Venoit.
— 165, — 3. Est convenant, /. Est en convenant.
— 194, — 24. Abitent, /. Abite.
— 197, — 23. Ès chastel, /. El chas tel. Id. 220, Ès coffre pour
el coffre.
— 198, — 6. Respitiées, /. Respitiée.
— 202, — 26. D'ivoire. Le sens exige : de coivre.
— 230, — Cette histoire de la naissanoe du roi remonte haut. Les
conteurs armoricains prétendent, dit M. De la
Villemarqué, que * le sévère prophète (Merlin),
voyant son jeune maître près de mourir d'amour pour
une reine de Cornouailles, consentit à jouer près de
lui le rôle que joue Mercure auprès de Jupiter dans
Amphytrion et participa de la sorte à la naissance
du roi Arthur. * {Merlin, pag. 114. ) Ce fait
est aussi raconté dans le Merlin de Robert de
Borron.
— 230,
— 28.
Venoit, /. Voioit.
— 235,
— 8.
Par. Le sens exige : sur.
— 242,
— 3.
Cest, pour se est.
— 249,
- 2.
Le mostra, /. Lors li monstrent. Ce passage est
évidemment mutilé.
dément.
Digitized by
— 860 —
Page 251, ligne 4. Teniat, le sens exige : tenistes.
— 252, — 4. L'aviroient, sans doute pour : l'avironoient.
— 254, — 6, et passif*. Faix. Le second copiste écrit toujours : fuiz.
— 257, — 36. Fichiez, il faut sans doute lire : Sachiez.
— 260, — 28. Pour le congié, le sens demanderait : prent lecongié.
— 265, — 18. Convient, il faudrait lire : Conjoient.
— 270, — 18. S'il, lisez : Si. — Ligne dernière : Revint, lisez:
Revinrent.
— 270, — 24. Que Tan apele Chinon. — Cette légende sur C ori-
gine du château de Chinon se retrouve dans les chro-
niques de Saint-Denis : • Le château de Chinon, qui
fut apélez Kinon, pour Kaion le maistre le roi Arthur
qui jadis Vot fondé. {Gestes de Phil. Auguste \extr.
des G. Ch. de St- Denis. Dm Bouquet XVII.)
— 281, — 8. Il priât consenti li rois. Il faut lire : Si prist, etc.
— — — 19. Qu'il i pouroit, est mis pour : Qui il i pourrait.
— 287, — 15. Bénéie, il faut, bénéï.
— 292, — 9. Ostroi, il faut : ostroit.
— 293, — 21. Revoler, pour révéler (rebeller).
— 293, — 19. Dissent, le sens exige : disset.
— 297, — 36. Ocis et que navres, sans doute pour : tant ocis que
— 298, — - 1. Comenda, il faut lire : Comença.
— — — 8. Le XX, il faut sans doute ; les XX.
— 299, — 10. Le roi Peschéor. Le sens exige : le roi Hermite.
— 301, — 5. Chauvache pour sauvache, sauvage.
— 802, — 18. Feites, la grammaire veut : feite.
— 323, — 6. Àvoient, la grammaire veut : avoit.
— — — 13. A ce, il faut lire : à cens.
— 325, — 33. Panroiz terre, le sens demande : perdroiz voatre
terre.
~ 320, — 17. Ce passage est évidemment corrompu; le Ms. porte :
en irez rostre.
— 333, — 16. Sor lui non, il faut : se lui non.
— 334, — 34. Vint, le sens demande : voit.
— 335, — 20. La serpant. // faut lire : la serpante, ou le ser-
pent.
— 336, — 32. Nueve,/or** inusitée pour : Noe.
pour fiuz.
navrez.
— 361 -
Page 338, ligne 26 et 27. La portoit et la chaisoit. Le copiste aura
négligé, comme cela lui arrive souvent, de biffer les
trois premiers mots; il faut lire sans doute : la chai-
soit, pour lachosoit, de ckoser, coser (Jtldmer, répri-
mander).
— 841, — 27. Los somea. Deux ou trois fois f enlumineur s'est
trompé d'initiale, et a mis : lamoisele. pour damoi-
sele. La même erreur se présente sans doute ici et il
faut lire : Nos.
— 343, — 18. Kequiert, lisez : requier.
— 344, — 35. Demora, lises: demorra. Idem page 347, ligne 24 :
demorez est mis pour dem orrez.
— 347, — 26. Il pris an plnssors. Ce passage est évidemment cor-
rompu; on pourrait lire : Il prisent ou il diatrent
antre plnssors.
ERREURS TYPOGRAPHIQUES
Au lieu de : Lisez :
Pag. 3' lig. 18. qu'il»— qu'il.
— — — 19. les vois— les nons.
primez la note.)
— 4—9. chevalier — [chevalière].
— 12. li roi - le roi.
— 5 — 23 et passim, fuis — fias.
— 6—4. conebier — couchier.
— 7 note 12. tordus — tortius.
— 9 lig. 12. chevaliers — chevalier.
— — — 21. escrit — estrit
— — note 5. panture — pauture.
— 10 lig. a la -là.
— 11 — 14. prendoos — prendons.
— — — 26. en droit — endroit. (Id.
p. 74.)
— 13 et passim. Inès — lues.
— 18. li pareil — sa pareille],
— 14—15. an commencement — au!
— 17 — 5. Un mout — uu mont.
— 20 - 7. li-le.
— — — 15. hlaumes — hiaumes.
— — — 16. Par lor cors — por lor
cors.
Au lieu de : Lisez :
Pag. — lig. 25. vit qui — vit que.
— 21 — 5 ils orenl— il sorent.
— 22 — 2. et 26. mont — mout.
— — — 2. oi je — ol je.
— 23— 2. et en note. Ll rois — le roi.
— — — 16. feistes — feites.
— 24 — 6. réaunes — rëaumes.
— — — H. mes sires — messires. (Jd.
P. 48.)
— — — 20. ans chief — aus chiés.
— 25 — 3. goûte d'or — goûté <Tor.
— — note 5. estole — estéle.
— 28 lig. 27. liens — leus.
— 29 — 25. aotresint — antresint.
— 30 — 4. anulx — anvis.
— — — 26. un aigle — uoe aigle.
— 32 et passim. pévent— peuent.
— 34 — 9. garde moi— garde de moi.
— — — 29. duisant — deuisant.
— 35 — 1. esfraement — esfraément.
— 38 — 3. rescovez — recoues.
— 13. li servise — le servise.
— — note 1. L'argesse — largesse.
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- ?,62 -
Au lieu de : Lisez :
Pag. 99 Ifg. 3. boojor — bon jor.
41
8. degerré — degeréé.
43
2. me fois — mes fiuz.
, ■
_
4. ne me perdroie — ne ne.
36. pieca, ore — pieca ore.
43
5. Orsona — Or si m'a.
_
47
19. atant - à tant.
49
—
7. n'a dame n'a — n'à dame
D'à.
—
53
—
25. conqoeir— conqnier.
—
—
_
32. voust — fenst.
_
58
_
8. i a failli - j'ai failli.
—
—
—
30. recreuassent — recre?as-
senl.
—
63
—
23. clos — clot.
63
_
28. bries — brîés.
66
18. sanx gonte d'or — samis
gonté d'or.
67
16. tenrcis — tenrtis.
74
33. antrelele — antretele.
75
21. pént — peut.
34. esteiot — estreint.
_
79
—
33. traiz — traïz.
80
_
30. li chevaliers — li chars.
84
_
9. nos — tos.
28. resloigoa — ressoigna.
31. estoieos — estoieos qni.
—
89
_
22. éches — écbès.
—
90
—
11. ce la — ce est la.
—
92
7. l'an m'ot — l'an m'oit.
30. an povre — an povre.
99
23, 24 et 26. an fers — an fer g.
100
24. et passim : as si — assi.
103
8. et passim. oi — oï.
_
_
16. mi feites — m'i foi tes.
102
—
19. ce qui a — ce qni à.
23. vioz — ?uiz.
—
103
—
8. li chevalier— le cheTalier.
—
—
—
23. Suppr. le point après :
qni de.
106
36. vicaires— ti aires.
107
30. haine — haïne.
115
7. vangist — vangast.
117
27. à eise se si. Supp. se.
118
28. por offre — poroffre.
119
27. traïrrent — t mirent.
120
28. Supp. la virgule.
122
20. si — se.
124
8. flaieus — flajeas.
125
6. en cel — en tel.
Au lieu de : Lisez :
Pag. 126 lig. 33. encres — encrés
— 127 — 34. ainsint — ansint.
— 128 — 12. feines — reines.
— IV — 9. à noire— i votre.
— — — 23. cestes — eeste.
— 132 - 13. léisl-leist.
— 133 — 20. ne seriez — ne soiez.
— 135 — 17. ne lui ost — ne li vost.
— 137 — 2. ès chambre— ès chambres.
— 138 — 22. par f éoir — por véoir.
— 140 - 1. fet-el — fet-il.
— 141 — 4. Tonst — venst.
— 17. de li li brachez — de li. Li
brachez.
— 18. Supp. le ; après : l'est o.
— 144 — 19. Supp. la virgule.
— 29. sénst-senst./rf.l46,/.ll,
etm>l. 33.
— 147 — 18. avoir —a voit.
— 151 — 18. del chevalier, ajoutez :
[eoquerre.]
— 152 — 22. a tendre — ateindre.
— 153 — 31 trahirent — treislrent.
— 155 — 26. descoannéns — descon-
néos.
— — — 27. Connoistre-je — Coonois-
troie-je.
— 156 — 21 des de - dès de.
— 157 — 1. estrages — estranges.
— 158 — 30. ce n'estoie— ce n'estai t.
— 160 — 17. vint — vnit. Id. voidier,
p. 167 et voide, p. 331.
— 21. a tel — à tel.
— — — 35. la porte — le porte.
— 161 - 25. De fors - defors.
— 164 — 14. Lancelot — Perceval.
— 23, et passim. aide — aide.
— — — 36. manvéise — mauvaise.
— — — 2. soufrez-nos— sonfrez vos,
6. â-a.
— 169 — 19. gasté — gaate.
— 170 — 1. cestes — ceste.
— — — 4. leu — lene.
— 6. par — por.
— — — 10. s'an dormoit — s'andor-
moil
— 171 — 29. greigooir — greignor.
— 174 — 24. péoareos — péoorens.
— 177 — 13. remonte — temoate.
— — — 19. ceste — cest.
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— 363 —
Au Heu de : Litez :
Pag. 177 lig. 34. recovra— reconta.
— 183 — 7. le» VIII — les VII.
— 23. loi le -loi et le.
36. la -là.
— 185 — 29. sont fil — son fil.
— 186 — 36. Nos ele — Noie.
— 188 — % veisseil — veissel.
— — — 14. ceurt le — ceart [Ters] le.
— 45. Tara ti ce ni — la ratisent.
— 191 — 5. remuez — remez.
— 192 — 24. qui m'est — qui n'est.
— 193—15. vencheroit cheTalier —
Tencberoil [le] cheTa-
lier.
— 196 — 17. an ferra — anferra.
— 197 - SB. air - aïr. Id. p. 208,
/. 27.
— 200 — 13. famt — fanl.
— — — 15. enrooga — enrouga.
— 205 — 17. ameurir — amenrir.
— 18. deintié — déilé.
— 209 — 21. prophétie — prophélié.
— 215—20. déçoivent — déçoivent.
— — — 21 et 22. traîtres et soudaianz
— traîtres et soaduianz.
— — note 4. ne nan — ne n'an.
2*0
22. chief— chiés.
223
5. planteine — planléive.
225
17. vileinie — vileinne.
27. anstres — anstres.
231
20. vecrai — Tenrai.
31. covrinne — coorinne.
233
11. péris d'erbe—peus d'herbe.
19. si -se.
234
21. bénéicon — bénéiçon.
236
7. enidoie — cuidoit.
239
21. tourmoiemenz— tournoie-
mena.
240
4. gaisse — gai lté.
241
27. al-ge — ain-ge.
243
3. chevalier — chevaliers.
246
7. Laroïnne,q/oute?.»[mout
dolente].
6. n'en énst— n'en ot.
247
6. merveill — vermeill.
249
20. mettre un; apr. plan-
tez.
27. profession — prosession.
250
19. [la puissance] — [la pois-
sance non].
Au lieu de: Usez:
Pag. 250 lig. 42. dissoit — dissoleot.
— 251 — 19. neilméismes- il méismes
ne. Le Ms. porte : il
ne il méismes.
— 257 — 8. antre qoi — antre que.
— — — 13. néelee — néélée.
— 259 — 4. s'ele me — s'ele ne.
— 263 — 18. nns — nne.
— 264 — 2. Anootre — ATootre.
— 265 — 25. lior— lor.
— 267 — 3. anbatre— anbarer.
— 270 — 36. revint — revinrent.
— 271 — 13. a gasle — agastio.
— — — 33. vous n'avez—vousn'i avez.
— — — 34. desrochié — desrocbie.
— 272 — 9. Tan — jan[t].
— 280 — 25. quart — quar.
— 281 — 6. Supp. la , après : estoit.
— 282 — 19 et 20. nés oiez — ne soiez.
— 283 — 22. avant— avanc.
— 34. el la - «lia.
— 284 — 11. an chastel — an chas tel.
— — — 17. ceste — cest.
— 289 — 5. fn-je — fuisse.
— 290 — 21. qni meint — qni m'eint.
— 293 — 24. looient — l'ooient.
— 294 — 1. saTole— sa noie, pr na vie.
— — — 4. Ains — ams.
— 299 — 16. cort — cors.
— 302 — 10. i tant — itant.
— — — 32. en prnsé — enpensé.
— 304 — 23. li cheTalier— le chevalier.
— 305 — 10. venez — venoz.
— 15. antresint — an t retint.
— 307 — 18. Après : ne doit, ajoutez :
[estre an].
— 310 — 5. cheval — che val.
— 32. océisses — océistes.
— 312 — 11. s'en partiz — s'est partis.
— — — 14. li rois l'enst—li rois l'énst.
— 313 — 32 et 33. ôve courant, anres
. ocist — ève courant
an rès, ocist.
— 315 — 2 et 3. Ponr panser — pour-
pansée.
— 316 - 29. si-s'i.
— 317 — 7. enauroienl — eoauroient.
— 319—36. marine — mâtine.
— — — 4. sostive — sostlne.
— 320 — 10. en tor — entor.
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— 364 —
Au lieu de : Lisez :
Pag.325lig. 33. paoroiz,a/ouli2 [rostre].
8. aséchierre — à séchie
lerre.
26. ocorooe — eonrone.
23. la garnie — Ta garnie.
30. l'en conronoe — l'en la
couronne.
31. an core — ancoré.
31 très bonté grant — très
grant bonté.
5. fas-ge — fosse.
— 33. J a lain — Vilain.
— 335 — 27. eslrarère — estraiére.
— 340 — 10. dorerse — direrse.
- 328 -
— 329
— 330
- 331 —
- 333 -
. Au lieu de : Lisez :
Pag. — lig. 25. esloil — esloie.
— 343 - 7. si — s'i.
— 20. bandé— hanté.
— — _ 22, néiant — neiant.
— 345 — 1. anbroocbier — anbron •
chier.
— — — 4. que nos— [Jecnic]qnenos.
— 348 — 22. anciens — anlens.
— — — 27. par els — par cel«.
— 349 — 3. Noir hermite — noir che-
valier.
— 349 — 14. et la mauvaise — et
détruit la mauvaise.
— 350 — 33. trois — treize.
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